‹ La propriété, origine et évolution; thèse communisteChapitre 28 sur 149 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

La Révolution de Selon,

L'autorité de PLutarque. — Solon. — La réforme monétaire,— Us débiteurs et les créanciers. — Erreur, — Paa de crédit. — Eupatridei et tnètes, — Droits féodaux. — Servitude du thète. — La révolution de Solon est le 89 de l'AUiqiie. — Pïsiatrate et le partage des hiena.

Racontant vers Tan 80 après Jésus-Christ des faits qui gelaient passés vers Tan 593 avant Jésus -Christ, Plutarque ne peut pas plus cire invoqué comme une autorité contemporaine de la révolution de Solon, que Michelet ne pourrait être invoqué comme une autorité contemporaine de la guerre'de Cent ans. Dans l'intervalle d'une demi-douzaine de centaines d'années, les points de vue changent. Plularque, qui s'occupe plus de raconter, de faire des tableaux, des portraits, des récits, que de contrôler et d'examiner la valeur des faits, rapetisse l'acte qui porte le nom de révolution de Solon à une liquidation forcée de dettes et à une opération d'altération de monnaies. Les socialistes, à court d'arguments pour la liquidation sociale, s'emparent de ces souvenirs classiques pour dire : « Solon fut grand parce qu'il décida que h quantité d argent qui servaità frapper 73 drachmes en fournirait 100, et parce qu'il libérales débiteurs de leurs dettes envers leurs créanciers. » Rien de plus simple.

Or, si Solon introduisit le système euboï'que à la place

du système éginétique pour la frappe de l'argent, et s'il prétendit donner à une monnaie plus faible un pouvoir libératoire égal, il fit une opération qui ne trompa personne; mais elle fut de médiocre importance; car rare était l'argent, en dépit des mines du Laurîon, introuvable était l'or; et quant aux débiteurs, Plutarque a oublié que toute dette implique une créance, et que toute créance implique crédit. Comment les thètes auraient-ils pu avoir du crédit, puisqu'ils n'avaient rien à eux? Leurs terres appartenaient aux eupatrides. Ils ne pouvaient donc pas les hypothéquer.

Voilà le point qui montre le caractère de la révolution de Solon. Les eupatrides étaient les propriétaires du sol de l'Attique, les thètes étaient leurs clients, leurs serfs de la glèbe; et c'étaient leur propre personne, leur femme et leurs enfants qui répondaient de leurs redevances. A défaut de payement, l'eupatride pouvait les saisir. Solon affranchit les thètes de ce que nous appellerions les droits féodaux; il ajouta que le défaut de payement de la redevance n'entraînerait pas la servitude pour le thète.

Jusqu'alors, la terre était restée immuable. Le dieu Terme défendait la propriété contre toute transmission. Le thète ne pouvait pas plus acquérir la terre qu'il cultivait que le serf du moyen âge. Solon apu dire: « Ceux qui sur cette terre subissaient la cruelle servitude et tremblaient devant un maître, je }es ai faits libres... J'en appelle à la déesse mère, la Terre noire, dont j'ai en maints endroits arraché les bornes, la terre qui était esclave et qui maintenant est libre. » Aristote dit simplement de Solon : « Il fit cesser l'esclavage du peuple. » En réalité, il abolit le servage, mobilisa

la propriété noble. Sa révolution est le 80 de l\Utique, Kileen a d'autant plus le caractère qu'elle est suivie de I "égalité devant laloi : Solon se vante dans ses vers d avoir écrit les mêmes lois pour les grands et pour les petits.

Ce fut si bien le caractère de son œuvre» qu il se trouva à la fois en butte à la haine des eupatrides do ni il avait aboli les privilèges territoriaux, et des démagogues qui promettaient le partage des biens. Pisïstrate se mit à la tête de ces derniers, ne Je réalisa pas et failli t faire sombrer Athènes sous sa tyrannie.

Quoique, en vertu des préjugés existants, Solon eût, dît-on, frappé de déshonneur quiconque vendrait sa Wre, il y avait, avant Clisthénes, 4,280 propriétés de k'ute grandeur dans l'A ttique, probablement une famille ér propriétaires pour quatre sans propriétés. Denys l'Halicarnasse dit qu'après la chute des Trente Tyrans, un ne comptait pas plus de 3,000 citoyens non propriétaires, lly avait 31 ,000 citoyens, L'Attique était donc partagée en 16,000 propriétés, ayant chacune une étendue moyenne de 9 hectares un tiers. Le nombre des propriétaires avait quadrupler depuis Solon, Il y avait bien quelles grandes fortunes : une fortune de onze talents était ^nsidérable ; une fortune de 3, 4, 5 talents était regarde comme fort respectable : les plus riches, comme Ueibiade et Aristophane, possédaient 3ÔÛ pléthres de ferre (82 hectares)-

Cette multiplication du nombre de propriétaires caractérise l'œuvre de Solon.

Du moment que Solon s'était borné à faïrejune œuvre d* liberté, il n'avait rien fait. Ainsi raisonnaient les démagogues qui amenèrent la tyrannie de Ptsîstrate; ainsi raisonne M. Laf argue â l'égard des hommes de 80.

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