CHAPITRE V
Les biens communaux et la vaine pâture.
Les biens communaux et la vaine pâture. — Nouveau grief de M. Laforgue, — Toute propriété sans propriétaire trouve un propriétaire, — Les partager s dt* communaux. — En 178SJ, les paysans demanda n t la division et uou l'indivision. — Les lois de la Révolution- — Le partage entre les habitants. — * Bien collectif, bien maudît. » — La vaine pâture, — Opinion deSchwers etdeRoacher. — Inconvénients. — Lois du 0 juillet 1889 et du 22 juin 1890. — Les prairies des bords de la Saône, — Les atimenden suisses, — La lande de ilaugée, — La coutume sibérienne.
Toutefois sa manière de traiter les conspirateurs communistes n'est pas le seul grief de M. Lafargue contre la Révolution, Il en a encore un autre. M. Lafargue considère les biens communaux comme la survivance du communisme primitif. Au lieu de les développer, de les agrandir, de les entretenir pour préparer le communisme en retour vers lequel il veut nous acheminer, la Révolution y porta atteinte. Mais là encore il nTest pas équitable à son égard : car le partage des communaux avait commencé longtemps avant elle* d abord en vertu de ce Eut que nous avons vu se produire constamment : c'est que tout bien-fonds sans propriétaire spécifié pour défendre son droit, devient
toujours la proie du plus fort, du plus audacieux ou du plus malin.
En vertu du principe « nulle terre sans seigneur », les seigneurs n'avaient pas eu de peine à les absorber.
La monarchie essaya de défendre les communaux par l'édit de 1554, les déclarant inaliénables, et par Tédit de 4667, réintégrant les communautés dans leurs droits d'usage et leurs communaux aliénés ou usurpés depuis 1620. Cette inâliénabilité allait jusqu'à Tinterdiction de les bailler à ferme ou louage. Deux ans après, l'ordonnance de 1669 donne permission d'en affermer des portions pour payer des travaux utiles.
Mais la vue de ces terrains incultes crevait le cœur des habitants, qui en auraient tiré un si bon parti si on en avait donné des morceaux à chacun d'eux. Ils n'attendirent pas la Révolution pour éprouver ce sentiment, et un édit de 1762 y répond en autorisant la province dite des Trois-Évêchés à partager entre les ménages alors existants, et par portions égales tirées au sort, les communaux, en tout ou en partie1. En 1771, 1773r 1777, trois arrêts du conseil donnent la même autorisation aux généralités d'Auch et de Pau ; en 1774, des édits ou des arrêts du conseil retendent au duché de Bourgogne, au Maçonnais, à l'Auxerrois, au pays de Gex et de Bugey, à l'Alsace ; en 1777, à la Flandre française; en 1779, à l'Artois. Ces faits montrent à M. Lafargue que, la Révolution ne se fût-elle pas produite, les communaux étaient voués à la destruction. Quand elle éclata, les paysans, loin de demander à verser leurs biens respectifs dans la communauté, se précipi-