‹ La Propriété Paysanne: Partage en Nature du Code civilChapitre 5 sur 29 · De Roquigny. Les syndicats agricoles · texte numérisé non relu

De Roquigny. Les syndicats agricoles

menter rapidement sa population, Le nombre des naissances reste le plus faible qu’on ait jamais vu, sauf celui de 1907: |

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Le nombre des décès est très variable, il y en a eu un peu moins en 1908 qu’en 1907. Beaucoup de mariages ont été célébrés en 1908, (premier semestre 162.495 contre 154.081 en 1907.) Nous croyons que c’est la loi du 21 juin 1907 due aux efforts de M. l'abbé Lemire, qui a produit cet heureux résultat. C’est sans doute à cette circonstance que nous devons d'enregistrer un faible excédent de naissances sur les décès. M. le D' Bertillon dans un article où nous avons puisé ces renseignements fait cette réflexion : « Mais ilne suflit pas de se marier, il faut avoir des enfants et les élever. Sur ce point la mentalité française ne parait pas s’améliorer et ce danger de la dépopulation reste le même (1). »

Point n’est besoin de disserter longuement pour prouver qu’en favorisant la petite propriété, la propriété paysanne en particulier, on ralentira le mouvement d'émigration intérieure ou extérieure.

r. Art. du D' Jacques Bertillon : « Le mirage de la statistique. » Le Journal, janvier 1909.

Dussert 2

| L'émigration intérieure est la seule importante, chez nous, l’'émigration extérieure est peu pratiquée, nos économistes voudraient qu'elle s’étende pour contribuer puissamment au développement de la colonisation et du commerce extérieur de la France. M. Richet écrivait dans la Revue des Deux-Mondes(1)que depuis soixantequinze ans la population des six ou huit plus grandes villes de France avait triplé, celle des campagnes à diminué, en 1831 elle était de 25.877.200 âmes, en 1878 de 24.945.064; depuis cette époque, la situation n’a pas changé, Il est à présumer que les émigrants sont surtout les paysans non propriétaires, ce sont les ouvriers agricoles qui partent pour la ville. Ce courant qui dirige les masses vers les villes ne peut provenir que d’un seul sentiment, le désir d'améliorer sa condition. Il y a peu de paysans propriétaires ayant une assez large aisance qui quittent leurs terres pour venir habiter la ville. Il y a beau temps que £a Fontaine vantait les bienfaits d’un petit chez soi qui vaut mieux qu’un grand chez les autres. Nous savons qu'ici quelques économistes nous demanderont si c’est un bien, d'enrayer le mouvement d’émigration intérieure, pour eux, ce peut être un mal; ils prétendent qu'il est nécessaire de laisser se développer l’industrie et le commerce et qu'empêcher l’émigration c’est entraver leur développement.

1. D' Richet. Revue des Deux-Mondes, 1882,t, L et LI, t. LI, p. 6vs.

Ils ajoutent même que dans une société comme la nôtre où la loi établit l’égalité dans les partages successoraux, cette émigration est nécessaire pour assurer l’existence des propriétés rurales, qui sans cela seraient morcelées à l'infini.

Nous croyons pour notre part, ce remède insuflisant pour lutter contre le morcellement, nous nous efforcerons d'en trouver d’autres, c’est là le principal objet de notre travail. Avec M. Souchon nous estimons que le problème est complexe, et que la vérité se trouve dans une doctrine éclectique. Les pays pauvres en industrie et en commerce, à forte population rurale peuvent bien distraire une partie de leur population pour alimenter les villes industrielles naissantes, mais nous ne sommes plus dans ces conditions de vie économique. M. Méline (1) dans sou livre, Le Retour à la Terre, soutient qu'il y a surproduction industrielle et engorgement du marché, il souhaite que cet exode des campagnes vers les villes s'arrête.

La petite propriété a d’ailleurs l'incontestable avantage de hâter la conclusion des mariages précoces, ce sont les plus féconds. Le jeune cultivateur a besoin d’une compagne qui prenne la charge du ménage et soit pour lui un auxiliaire précieux dans les travaux des

champs.

1. V. Méline. Le Retour à la Terre et la Surproduction Industrielle, Voy. ch. II. « L'Engorgement industriel », Paris, 1906.

Mr

De plus, il peut gagner sa vie plus vite que l’ouvrier des villes, surtout que l'employé, le fonctionnaire. Si l'on ajoute que l’air de la campagne estle meilleur élixir de longue vie, on sera obligé de reconnaître que pour toutes ces causes la propriété paysanne favorise l'accroissement de la population.

On objecte que notre régime successoral annule en partie ces heureux effets, il y a une part de vérité dans ce raisonnement, nous chercherons à l’établir dans un chapitre ultérieur.

L'importance sociale de la propriété paysanne est évidente,personne ne l’a sérieusement contestée ; 1l n’en est pas de même de son importance économique. Ici les partisans de la grande culture font de sérieux griefs aux défenseurs de la propriété rurale, on peut ramener ces derniers à trois chefs principaux.

La grande culture occasionne peu de frais généraux, elle permet l’emploi rationnel d'un outillage moderne, machines agricoles, moteurs, et, sans elle il n’est pas possible de se livrer à certaines cultures, ni à l'élevage de certaines animaux.

Parmi les frais généraux 1l en est, et ce sont les plus importants peut-être, que la petite culture verra singulièrement diminuer, ainsi, les frais de transports ; puisque les producteurs et leurs familles consomment sur place une partie des produits du sol. Le développement de l'association dans l’agriculture et surtout la

création des coopératives de production permettront à

ces producteurs de réunir leurs denrées pour la vente’ et l'expédition. Depuis quelques années il s’est fondé de ces coopératives pour la fabrication du beurre, du fromage, la vente du lait, des œufs, du beurre, du vin,etc.

Les foires qui existent certainement depuis que les hommes ont eu l’idée de faire des échanges donnent aux négociants la possibilité de grouper leurs achats et de profiter des tarifs réduits pour le transport des denrées, Les syndicats agricoles (1) qui prêtent leurs machines, les entreprises de battage, fauchage, fournissent aux propriétaires l’emploi des machines les plus indispensables. Nous ne voyons pas cependant qu'on ait répondu victorieusement à la dernière objection, on ne pratique certaines cultures, on ne fait l'élevage de certains animaux que dans une grande exploitation. Un petit cultivateur ne pourra élever facilement les chevaux, auxquels il faut de vastes prairies pour s'ébattre librement.

Ces bœufs magnifiques qui sont admirés chaque année

1. On sait qu'un récent arrêt de la Cour de cassation (29 mai 1908) ne reconnaît pas aux syndicats agricoles le droit de faire des actes de commerce. Le groupe des réformes sociales réuni le 23 janvier 1909 a examiné la question de capacité commerciale des syndicats posée par le projet de loi de M. Ruau relatif aux syndicats agricoles, M. Dubief croit qu'on ne peut faire une situalion exceptionnelle à ces syndicats. M. Millerand propose de chercher les éléments d’une solution dans un texte qui autoriserait les syndicats à faire des actes de distribution entre leurs membres. Ce serait une façon de légitimer les pratiques suivies depuis 1884 par les syndicats agricoles et quelques syndicats ouvriers. Si l’on interdit aux syndicats agricoles les achats en commun on leur enlève une grosse part de leur utilité,

Ce

dans nos concours généraux par les connaisseurs, viennent des grandes fermes de la Nièvre, du Bourbonnais, etc. Il faut aussi tenir compte de ce fait, que l’étendue d’une exploitation n’est pas absolument arbitraire, elle est réglée par la nature du sol, des cultures, les mœurs et les débouchés du pays. Dans les régions où la petite culture estavantageuse, les grands propriétaires terriens savent fort à propos multiplier leurs exploitations pour bénéficier de toute la fécondité du sol.

Nous sommes en droit de conclure après ces développements que la petite culture n’est pas inférieure à la grande, qu’elle lui est même préférable à beaucoup de points de vue.

Arthur Young (1) visitant la France nous raconte ses impressions tandis qu'iltraverse le Béarn, et ce sont les petites propriétés qu'il parcourt. « Partout, dit-il, on respire un air de propreté, de bien-être et d’aisance qui se trouve dans les maisons, dans les étables fraîchement construites, dans les petits jardins, dans les clôtures ; dans la cour qui précède la maison, jusque dans les mues des volailles et les toits à porcs. »

La petite culture même à cette époque n’engendrait

donc pas la misère.

1. Voy. Arthur Young. Voyages en France pendant les années 1787,1788, 1789, traduits, annotés par Lesage.

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