Henry Bordeaux. les Roquevillard, roman
Dussert EN E 3
famille. Tous les membres sont appelés à émettre leur avis, le dernier, l'ancètre, motive ainsi le sien : « Le père est le juge domestique de ses biens, Français tu es seul responsable, tu ne relèves de personne... »
« Eu ce temps-là, c'était sous le régime sande avant l'annexion, les filles ne recevaient qu'une légitime et on ne les épousait pas pour leurs êeus, le patrimoine devenait le lot d'un seul avee ses obhgations auxquelles n'aurait pas failli l'héritier, telles que nourrir, doter, établir les eadets, recevoir les infirmes, les nécessiteux, les vieillards. Les jeunes gens ignorent & que représentait alors le patrimoine qui était la force materielle de toute la nation groupée autour d'un chef, assurée de subsister, de durer grâce à sa cohésion. Aujourd'hui à quei bou garder un domaine, si tu ne le vends pas là loi se charge de le pulvériser ; avee le partage forces, il n’y a plus de patrimoine, avee le chacun pour soi d’une part et de l'autre l'intervention permanente et intères— sée de l'Etat dans tous les actes de la vie, il n'y à plus de famille. Nous verrons ee que réalisera cette suaisté d'individus asservis à l'Etat. » Il y à dans ee passage, résumées en quelques mots, toutes les doléanees de l'école qui reste attachée aux antiques traditions.
Le Play et ses disciples ont les mèmes idées, 1ls nous donnent en exemple ce qui se passe en Angleterre. Les Anglo-Saxons ne connaissent pas notre égalite.eu sontils moins heureux ?
Le père de famille y est libre de disposer de sa fer.
tune, il a ainsi en mains le châtiment ou la récompense qu'ont mérité ses enfants, On ne voit pas le triste spectacle du fils de famille qui, #4 14 posséder un jour la fortune patrimoniale, ne pense qu'a s'amuser et devient un inutile. Les familles sont nombreuses, les puinés quittent sans regret la mére patrie, ils partent vers les rivages lointains porter la civilisation et les lois de l'Angleterre ; nos fils à nous ne quittent pas la métropole ; leur plus grande félicité est de devenir fouctionnaires. La plupart de ceux qui ont étudié nos lois successorales sont d'accord pour estimer qu’elles coutribuent au morcellement exagéré de la propriéte. Le morcellement est assurément l’une des conséquences les plus immédiates de notre partage en nature. Des lors que tous les héritiers doivent recevoir leur part en nature, il faut que les immeubles soient divisés. Il apparaissait aux auteurs du Code que cette division du sol allait à bref délai amener l’âge d’or dans le pays. Ils voyaient dans leur imagination s'émietter les grandes propriétés, les petites exploitations, décupler et enserrer dans un réseau à mailles compactes toute l'étendue de La France agricole.
Les résultats, nous l'avons dit précédemment, n'ont pas été ceux que l’on attendait. Les grandes propriétés couvrent une partie du territoire, les exploitations d’importance moyenne sont encore très nombreuses.
Nous avons constaté que la propriété paysanne est
restée presque immobile de 1882 à 1892, avec une
légère tendance à l’accroissement. Cette tendance s’est accentuée depuis quelques années. Mais il n’en reste pas moins vrai que cette forme de propriété a cruellement souffert du partage en nature forcé, elle en eût beaucoup plus souffert si les parents n’avaient (ce que nous établirons plus tard) restreint volontairement le nombre de leurs enfants pour éviter le morcellement.
Le comte de Butenval (1) écrit : « Mais les ellets matériels ont été infiniment plus funestes pour les petits propriétaires chez lesquels il anéantit périodiquement par une inévitable liquidation les fruits du travail et de l'épargne, et notamment la possession du foyer domestique ». Claudio Jannet est plus énergique encore : &« Au-dessous d’un certain niveau de fortune, toute liquidation forcée aboutit fatalement à la destruction du foyer domestique. Nos lois révolutionnaires vont directement contre l'intérêt du peuple en empéchant les familles d'ouvriers de devenir propriétaires de leur foyer et en détruisant à chaque génération les établissements industriels où elles pourraient trouver un patronage eflicace fondé sur la solidarité et le tra- " vail. »
Ce morcellement excessif qui serait la conséquence du partage entraine souvent la licitation. L'un des hé-
ritiers ne peut pas toujours se faire déclarer acquéreur.
1. Le comte de Butenval. Lois et Successions appréciées dans leurs effets économiques, par les Chambres de commerce de France.
ae Plus souvent encore les parcelles sont vendues séparément par les cohéritiers, et les voisins qui attendaient ce moment se jettent, comme sur une proie sur ces morceaux de terre.
De toute façon la propriété paysanne est désorganisée, désagrégée, on comprend qu’elle forme fréquemment un tout indivisible, une unité économique, ses constructions ont été aménagées suivant leur destination, il n'y a que l'indispensable, ce tout va être brisé; l’un des héritiers devient propriétaire de la maison, tandis qu'un autre a les bâtiments d'exploitation, un troisième la prairie qui s’étalait devant la chaumière. Personne n’a cet ensemble, constructions, terres, bois, vignes, pâtures, qui faisait l’utilité et l’agrément de cette petite exploitation.
Le morcellement (1) a encore d’autres suites très fàcheuses, qu’il nous sufise de dire que la culture devient plus difficile lorsqu'elle porte sur des parcelles éloignées, trop petites, elle est aussi moins rémunératrice.
Il y a eu une époque de notre histoire où le morcellement excessif a existé. Au xiv° et xve siècle le propriétaire dut faire valoir sa terre lui-même ou la vendre à l'exploitant moyennant une redevance. En général le seigneur foncier se déposséda. Le paysan
avait donc un moyen d'acquérir la terre sans bourse