I. Introduction à la science sociale, p
ques, de génération en génération, quand ils sont depuis longtemps implantés dans les familles ou les races. Darwin insiste beaucoup sur la transmission de cette qualité morale qu'on appelle le caractère^ la force de volonté, le courage, la fierté qui fait que Ton compte sur soi et non sur les autres; d'autre part, selon lui, il est des gens lâches, paresseux et insouciants par droit de naissance, tels que les Irlandais. Transportez sur une même terre un certain nombre d'Irlandais et autant d'Écossais, dit Darwin : au bout d'un temps déterminé, les Irlandais seront devenus dix fois plus nombreux que les Écossais, mais ceux-ci, grâce à leurs qualités héréditaires, seront tous à la tête et occuperont les hautes places*. Si quelqu'un conteste, dit à son tour Spencer, que les enfants ressemblent à leurs parents par leur caractère moral et leur capacité intellectuelle, s'il conteste que les fils et les pelits-fils des criminels ont des tendances moins bonnes que les enfants dont les parents et les grands parents étaient industrieux et honnêtes, il peut admettre sans inconséquence qu'il n'importe point à la société de quelles familles sortent et sortiront les générations succes-
1. Encore faut-il, ici même, faire la yjart de réducation. Mettez des enfants irlandais dans les berceaux de jeunes Écossais, sans que les parents s'aperçoivent de la substitution, et faites-les élever par les Écossais : vous aurez probablement la surprise de reconnaître que le résultat final ne sera pas beaucoup modifié. Stuart Mill a fait remarquer avec raison que les Irlandais, paresseux chez eux, deviennent très laborieux en Amérique.
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sives; il peut ne voir aucun inconvénient à ce que les plus actifs, les plus capables, les plus prudents, les plus consciencieux meurent sans postérité, tandis que les gens insouciants et malhonnêtes laisseront beaucoup d'enfants. « Mais quiconque n'admet pas cette théorie absurde, doit accorder que les arrangements sociaux sont extrêmement funestes quand ils s'opposent à la multiplication des individus les mieux doués intellectuellement et qu'ils favorisent la multiplication des hommes mal doués. » Aidez-vous les moins « méritants » à se propager, en les affranchi ssant de la mortalité à laquelle les vouerait naturellement leur absence de mérite, le mérite même deviendra de plus en plus rare de génération en génération. De plus, outre leur propre conservation et la conservation de leurs familles, les bons sont aussi obligés de veiller à la conservation des mauvais et de leurs familles, et ils sont ainsi exposés à être surmenés. C'est ce dont se plaignait également Stuart Mill; grâce à l'inintelligent emploi de Vincome tax et à l'obligation pour toute commune de nourrir ses pauvres, ce sont les travailleurs qui sont forcés de nourrir les paresseux. Est-ce là de la justice? Dans certains cas, cette situation empêche les hommes laborieux de se marier; dans d'autres, elle restreint le nombre de leurs enfants ou les oblige à ne leur donner qu'une nourriture insuffisante ; dans d'autres cas. elle enlève les hommes laborieux à leur famille; de toute façon, elle tend à arrêter la
propogation des capables, à altérer leur constitution, à la ramener au niveau des incapables. Pendant ce temps-là ceux-ci croissent et se multiplient, conformément à la sagesse fort douteuse de la Bible; ils pullulent aux dépens d'autrui. « C'est, dit Spencer, une réserve de misères amassée à dessein pour les générations futures. On ne peut faire un plus triste cadeau à la postéiité que de l'encombrer d'un nombre toujours croissant d'imbéciles, de paresseux et de criminels. Aider les méchants, c'est au fond préparer malicieusement à nos descendants une multitude d'ennemis. On a le droit de se demander si la sotte philanthropie qui ne pense qu'à adoucir les maux du moment et persiste à ne pas voir les maux indirects, ne produit pas au total une plus grande somme de misère que l'égoïsme extrême K » Telles sont, dans toute leur force, les objections de Spencer et de Darwin. Selon nous, elles tombent encore ici sur l'exercice aveugle et irrationnel de la philanthropie, plutôt que sur la philanthropie même. Poussé trop loin, le théorème relatif à l'abaissement intellectuel et moral des sociétés aurait des conséquences encore plus inadmissibles que le théorème relatif à leur abaissement physique. En effet, la loi d'hérédité intellectuelle et morale, qui en est le principe, est beaucoup plus vague et plus lâche que la loi d'hérédité physique. Que signifient ces expres-