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2, « Après mûre rénexion, dit M. Le Play {la Réforme sociale, ii, 35), je préfère la condition des journaliers ruraux de France, d'Espagne, d'Allemagne, qui, à force de sobriété et d'épargne, s'assurent avant toute autre satisfaction la propriété d'un lambeau de terre et d'une bumble cabane... J"ai toujours remarqué que le besoin préalable de confort ferme à l'ouvrier anglais et à ses descendants le chemin qui conduit à la propriété et à l'indépendance. » — Est-ce seulement le besoin de confort qui ferme ce chemin, ou n'est-ce pas surtout la loi anglaise? — « Un de nos amis », dit à son tour M. Taine (Notes sur V Angleterre, page 184), « membre du bureau de bienfaisance dans son village, fit allouer 13 shillings par semaine à un ménage qui avait quatorze enfants ; ni la femme, ni la fille aînée, âgée de quinze ans, ne savaient faire la soupe, un rôti, un plat quelconque; elles allaient chez les marchands acheter du pain frais, du thé, du beurre, du jambon, et toujours au plus cher; tout le monde dans la famille pouvait sarcler un champ, personne ne savait faire cuire une côtelette .. D'ailleurs une paysanne, et, en général toute ferame de la classe inférieure en Angleterre, manque
leur fécondité et leur imprévoyance sont plus grandes encore *.
d'adresse; elle n'a pas, comme une Française, le talent du ména'^'e, l'esprit d'ordre, Ihabitiide de marchander, l'art de faire beaucoup avec peu de chose, et (luelque cbo.-^e avec rieu; elle ne sait pas raccommoder, retourner un habit, tirer parti d'un plat; bien souvent elle n'est pas capable de faire la cuisine. » M Grole remarque en outre que la viande, (\m était autrefois un luxe parmi les paysans, est devenue un besoin de chaque jour depuis la transformalion de l'agriculture : autrefois ils n'en mangeaient qu'une fois par semaine; maintenant il leur faut de la viande fraîche tous les jours, et l'Angleterre, qui en produit tant, est obligée d'en faire venir encore du Danemark et de la Hollande. {Collected Papcrs, p. 13.)
d. M. Taine a décrit jadis en ces termes (qui seraient peutêtre aujourd'hui exagérés) le résultat en Angleterre de ce régime d'inégalité dont il reproche si amèrement l'abolition à la France de 1789 : w H est six heures, et nous revenons par les quartiers pauvres. Quel spectacle î Aux environs de Creeds-street, il y a quinze ou vingt rues tendues de cordes en travers, où sèchent des haillons et des linges. Sur chaque escalier grouillent des troupeaux d'enfants, échelonnés par cinq ou six sur les marches, l'aîné portant le plus petit; ligures pâles, cheveux blanchâtres, ébourilles , guenilles trouées, ni bas ni souliers, tous ignoblement sales; le visage et les membres semblent encroûtés de poussière et de suie. 11 y a peut-être deux cents enfants qui se vautrent et se battent ainsi dans une seule rue. — On approche, et l'on voit dans le demi-jour du couloir la mère, une grande sœur accroupie, presque en chemise... La vieille grand'mère idiote est assise dans un coin; la femme essaye de raccommoder les pauvres hardes, les enfants se bousculent. L'odeur est celle d'un magasin de chiffons pourris. Presque toutes ces maisons ont pour rez-de-chaussée un sous-sol dallé, humide. Se figure-t-on la vie dans ces caves en hiver? — Quel([nes enfants tout petits sont encore frais et roses, mais leurs grands yeux bleus font mal à voir, ce beau sang va se gâter; plus âgés, ils s'étiolent : la chair devient flasque et d'une blancheur malsaine; on voit des visages scrofuleux, de petites plaies recouvertes d'un morceau de papier. — Nous avançons
LES INCONVÉNIENTS DE l'aSSiSTANCE SOCIALE 107
On aura beau jeter For à pleines mains, impossible de combler cette sorte de tonneau des Danaïdes; la charité pure, tout en soulageant les misères, est impuissante à en supprimer les causes et à suppléer à la justice '. De même, la religion ne saurait remplacer la science. « Il est une chose, dit Spencer, qui appelle une réprobation sévère : c'est ce gaspillage d'argent inspiré par une fausse interprétation de la maxime bien connue : La charité efface une multitude do péchés. Chez les nombreuses personnes qui simaginent, par suite de cette
et la foule augmente. De grands garçons, assis ou demi-couchés sur le trottoir, jouent avec des cartes noires. Des vieilles barbues, livides, sortent des boutiques à gué; leurs jambes flageolent; leur regard morne et leur sourire hébété sont inexprimables; il semble que les traits ont été lentement corrodés par le vitriol. Les haillons tiennent à peine et montrent par place la chair crasseuse ; ce sont d'anciens habits élégants, des chapeaux de dames. Détail horrible, ces rues sont régulières et paraissent assez nouvelles; probablement c'est un quartier réformé, aéré par une administration bienfaisante; voilà ce qu'on a pu faire de mieux pour les pauvres. La file uniforme des maisons et des trottoirs s'allonge des deux cùtés, encadrant de ses lignes mathématiques cet amas fourmillant de laideurs et de misères humaines. Et je n'ai pas vu le quartier des Irlandais. Ils affluent ici; on dit qu'il y en a cent mille; leur quartier est le dernier cercle de l'enfer. — Non pas, pourtant, il y a pis et plus bas, notamment, me dit-on, à Belfast, en Irlande, où le soir, au sortir de la manufacture, les filles, sans bas, sans souliers ni chemise,, en blouse grise de travail, s'attardent sur le trottoir pour ajouter quelques pence au salaire de la journée. » {Notes sur l'Angleterre, 304.) 1. « Allez partout où vous voudrez, dit M. Grote, le trait permanent de chaque country seat, ce sont les occupations de charité. Quelle est la résidence rurale où un hôte est à l'abri de l'assiette passée à la ronde ou du livre de souscription? Y a-t-il un dîner en province où la loi des pauvres, le
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fausse interprétation, qu'en donnant beaucoup elles peuvent expier leurs mauvaises actions, nous pouvons reconnaître un élément de véritable bassesse. On s'efforce d'acquérir une bonne place dans l'autre monde sans s'inquiéter de ce qu'il en peut coûter à ses semblables *. »
Mais, demanderons-nous, Spencer voit-il le mal et le remède où ils se trouvent réellement, lorsqu'il attribue l'insouciance et la paresse des indigents à rhérédité. et qu'il se préoccupe surtout d'empêcher une nouvelle transmission de ces vices par le sang aux générations futures? Les meilleurs procédés de sélection darwinienne seront sans grand résultat en l'absence d'une bonne éducation, et l'éducation elle-même aura peu de puissance en l'absence de lois justes sur la propriété, les impôts, les assurances. 11 faut donc rétablir dans le problème ces deux éléments essentiels que les darwinistes laissent de côté : l'éducation et les lois.
comité des administrateurs et autres sujets semblatjles ne prennent dans la conversation la première place? 11 n'est que tout juste prudent d'accompagner l'hôte chez qui vous êtes à Toffice de l'après-midi à sa paroisse, car il y a dix à parier contre un que vous serez pris par une collecte à la porte de l'église, après le sermon. Tout cela outre une taxe des pauvres qui monte à quelque chose comme 7 millions sterling par an. » {Collecled Papers, p. 53.) Aujourd'hui, la taxe des pauvres est environ de 250 millions de francs.
1. Introduction a la science sociale, p. 370. On peut ajouter que bien des associations religieuses, particulièrement en France, favorisent involontairement l'hypocrisie, en faisant d.i leurs secours un moyen de propagande et en imposant l s prati(iues du culte comme condition de leurs bienfaits.-