LES ANTINOMIES DE LA DÉMOCRATIE
mune, et de la capacité, qui n'appartient réellement qu'à un certain nombre : c'est l'éternelle opposition de la démocratie politique et de l'aristocratie naturelle. Si les sociétés modernes n'arrivent pas à résoudre ces problèmes, elles périront nécessairement. Sans prétendre à une solution complète, le philosophe peut du moins tenter de poser exactement les questions, il peut appeler sur les difficultés l'attention de tous et indiquer des méthodes générales pour les résoudre. Nous essaierons d'esquisser ici, dans ses traits principaux, la philosophie du suffrage universel. Il en est qui en font une rehgion : nous nous tiendrons plus près de terre. Nous rechercherons le principe et le but de cette institution tout humaine, ses effets avantageux ou nuisibles, enfin les moyens de la relever, parmi lesquels le plus efficace est encore d'augmenter, par l'éducation nationale, le capital intellectuel collectif, en même temps qu'on répartit entre tous le capital de puissance collective. Nulle question n'est plus vitale pour notre pays; nulle aussi n'intéresse davantage les autres peuples ; nulle n'est plus nationale et plus universelle. La démocratie est la forme inévitable des sociétés modernes. Un large courant démocratique se fait partout sentir et il est chimérique de prétendre lui résister. La démocratie est un milieu existant, « une atmosphère » ; au lieu de vouloir vivre en dehors, il faut s'en pénétrer et chercher les meilleurs moyens de la rendre respirable.