‹ La proscription de la Saint-BarthélemiChapitre 18 sur 100 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

La reine négocie la paix. — On fait une trêve pendant laquelle les Français des deux partis se rapprochent et s'embrassent. — Les négociations sont rompues. — Bataille de Dreux.

Catherine attend le prince de Condé avec de nouvelles propositions. Elle consent à l'exercice public du calvinisme partout où il a été établi depuis l'édit de janvier, excepté dans Paris, Lyon, les résidences des cours souveraines et les villes frontières. Condé veut l'exercice libre, au moins dans les faubourgs de ces mêmes villes, et dans les lieux circonvoisins , chez les barons , châtelains et autres gentilshommes.

Pour ces négociations on était convenu d'une trêve. Remarquons, avec Lanoue , ce qui se passa entre les troupes respectives durant ce temps de repos. « On voyoit , dit -il, sept ou huit cents «gentilshommes de côté et d'autre, deviser en* «semble, aucuns s'entre-saluer, d'autres s'entre- » embrasser, de telle façon que les reitresdu prince »de Condé, qui ignoroieut nos coutumes, en- » troient en soupçon d'être trompés et trahis et s'en » plaignirent aux supérieurs. • Ces reîtres étaient, de fort bon sens de ne pas croire qu'ils venaient

se battre pour une religion contre une autre, quand ils voyaient ces manières élégantes de gentilshommes , cette politesse de nobles guerriers, dans des hommes en qui ils supposaient la rage du fanatisme et des aversions furieuses. Quelle apparence en effet d'une guerre religieuse , entre cescombattansqui ne sont en présence qu'en vertu de la foi jurée et de leur dévouement à un chef qu'ils affectionnent ? Quelle apparence d'animosité religieuse, entre ces reîtres et les Suisses soudoyés pour servir des querelles étrangères? et si la France était aussi divisée, aussi exaspérée qu'on le suppose par les opinions religieuses, comment fallaitil des troupes étrangères pour vider ses différens; comment s'en mêlait-elle si peu ? et comment laissait-elle à des mercenaires étrangers le soin de faire triompher une cause sacrée et de servir les plus intimes intérêts de leur conscience?

Les négociations rompues, le prince de Condé s'éloigne de Paris ; il va en Normandie au-devant d'un secours d'argent qu'Elisabeth lui envoyait d'Angleterre. L'armée de la cour le suit et l'atteint près de Dreux.

Là , on se bat sept heures avec des alternatives de succès et de revers.

Enfin les troupes du prince de Condé ploient et perdent le champ de bataille. Le maréchal Saint-André est tué, le connétable prisonnier des

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confédérés, le prince de Condé prisonnier de l'armée de la cour.

Le duc de Guise, comblé par la fortune, achève la défaite des confédérés; il complète sa victoire; il s'en assure tout l'honneur; il n'en parlait jamais à la suite sans dire: Ma bataille, ma victoire. Il traita noblement son prisonnier. Condé et lui couchèrent ensemble, ce que n'auraient pas fait deux prêtres ou deux théologiens de différent culte : et le prince de Condé rapporte que le duc de Guise dormit profondément toute la nuit , tant il se sentait peu d'horreur pour l'hérétique qu'il avait vaincu.

Guise court à Orléans pour en faire le siège. Il est tué d'un coup de pistolet. Fut-ce un malheur de guerre , ou un assassinat? fut-ce un meurtre commandé par Famiral Coligni, chef de l'armée d'Orléans , ou commis par un officier agissant de son propre mouvement, et croyant user du droit de la guerre? cette question , souvent discutée, semble avoir été jugée contre Coligni par le P. Griffet , critique savant et judicieux. Il resta dans l'esprit des princes lorrains que le meurtre avait été commis par ordre de Coligni. Le duc de Guise laissa un fils âgé de onze ans, qui devînt célèbre à jamais par la Saint-Barthélemi, où il vengea son père , ensuite par les barricades, et enfin par l'assassinat qui termina sa vie.

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