‹ La proscription de la Saint-BarthélemiChapitre 24 sur 100 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

La reine annonce que le roi et elle vont voyager par toute la France pour assurer la tranquillité. — Marche du voyage , de Lorraine en Provence et en Languedoc en i564 ' *• Bayonne en i565. — Entrevue avec la reiue d'Espagne. — Conférence avec le duc d' Albe. — Retour à Blois à la fin de l'anne'e.

Catherine annonça le voyage du roi comme un moyen de porter sur tous les points de la France qu'il parcourrait, la confiance et la tranquillité. Elle voulait, disait-elle, le montrer h ses su-

jets, les lui attacher , et obvier par là à toute occasion de trouble pour la suite (1).

Vers le temps fixé pour le départ, arrivèrent à Fontainebleau des ambassadeurs du pape , du roi d'Espagne et du duc de Savoie suscités par le cardinal de Lorraine. Ils demandèrent que le concile de Trente fût reçu en France, qu'on punît sans miséricorde les hérétiques , qu'on révoquât les grâces qui leur avaient été accordées; enfin que le roi condamnât comme criminels de lèse-majesté les auteurs et complices de l'assassinat du duc de Guise. Le roi se borna à répondre qu'il voulait vivre dans la religion de ses pères , qu'il était disposé à rendre justice à tous ses sujets, et que sur le reste il écrirait à leurs maitres.

La cour partit pour le voyage projeté au commencement de 1 564-

La reine ne négligea dans ce voyage aucun moyen d'assurer l'obéissance des provinces. Ses premiers pas furent dirigés vers la Lorraine : pendant les fêtes dont elle et son fils étaient l'objet, elle négociait avec les princes allemands pour qu'ils s'engageassent à ne plus laisser passer leurs soldats au service des calvinistes.

Les provinces du midi, hérissées de châteaux forts, pleines de grandes villes s habitées par des

(i) Anquetil , liv. I , page 210.

peuples belliqueux, avaient, pendant la guerre, fourni aux affidés de Condé des officiers sûrs et des troupes de gentilshommes (1). Catherine voulut montrer son fils à cette noblesse et se concilier les villes. On prit par la Bourgogne, où Tavan nés commandait, Tavannes, génie profond , général habile qui avait défait les hé ri tiques en plusieurs combats. La reine s'assura de lui.

La cour passa la fin de l'année en Provence et en Languedoc.

Au commencement de l'année i565, la reine eut à Bayonne la visite de la reine d'Espagne, sa fille; son séjour dans cette ville a donné lieu à une absurde calomnie qui a été renouvelée dans des histoires modernes. Le duc d'Albe accompagnait Elisabeth. Catherine eut des entretiens particuliers avec lui, et l'on veut que de leur conférence date le projet du massacre de la Saint -Barthélemi, et que Charles IX même y fût dès lors initié.

Il n'est pas douteux que le duc d'Albe n'ait exprimé contre les protestans toute la haine dont il a donné tant de preuves dans les Pays-Bas, et l'on cite de lui un mot qui prouve qu'il les détestait non comme religionnaires, mais comme toujours prêts à former un parti dévoué à quelque ambi-

(i) Anquelil , livre I , page 217.

tieux. On peut croire aussi qu'il a fait impression sur l'esprit de Catherine et sur celui de son fils.

Mais de ces impressions à la conception d'un projet monstrueux il y a une longue distance.

D'abord les leçons du duc d'Albe, toutes politiques et nullement religieuses, loin de tendre à un massacre général des dissidens , indiquaient au contraire le sacrifice d'une tête principale comme bien plus utile qu'une proscription qui s'étendrait à la multitude.

Ensuite comment accorder dans l'esprit de la reine un projet de massacre avec la sévérité dont elle avait usé un an auparavant envers les auteurs d'un pareil complot, et la disgrâce du connétable ?

Toutefois plusieurs circonstances concoururent à approfondir l'animadversion que le duc d'Albe avait inspirée contre la révolte. Tavannes était dans l'opinion qu'il ne fallait qu'un seul culte; il y était de bonne foi. C'était sa politique comme c'était l'instinct du connétable de Montmorenci; il avait aussi eu des conférences avec la reine, et l'on ne peut douter qu'il ne lui ait dit sa pensée.

Enfin le jeune roi et sa mère n'avaient pu voir sans un secret dépit, en parcourant les provinces méridionales, « les monastères renversés , les

I) E S GUKRIU'S DE COUR. 9 J

.) églises ruinées , les croix abattues , les statues des » saints mutilées, les campagnes semées d'osse- » mens arrachés des tombeaux, ies villes déman- » telées, et les traces presque encore fumantes des «incendies allumés dans la dernière guerre (1).» Tous ces désastres n'offensaient pas comme ouvrage de l'hérésie, mais comme ouvrage de la révolte ; un roi de seize ans, tout inepte qu'il peut être pour juger des questions de religion, est fort capable de s'irriter de la désobéissance des peuples et de l'impuissance de la punir.

Page 1