CHAPITRE VIII
Alarmes des protestants cause'es par les commissaires chargés de l'exécution du traité d'Amboise et par un nouvel édit en interprétation du traité d'Amboise , en conséquence d'une décision émanée du concile de Trente.
Les protestans paisibles s'effraient et se rassurent en même temps à la nouvelle du crime accompagnée de celle du châtiment.
Mais d'autres circonstances concourent à répandre des alarmes.
Catherine avait envoyé des commissaires dans les provinces pour l'exécution du traité d'Amboise. Dans les parties où les calvinistes étaient les plus forts, on leur marqua des lieux d'assemblée commodes; ailleurs la gêne qu'on leur imposait équivalait à l'interdiction : des plaintes commencèrent à se faire entendre.
Dans le même temps (vers la fin de 1 565 ) , le concile de Trente, commencé depuis vingt-cinq
années, touchent à sa fin; î^cs décisions étaient attendues avec impatience, comme la règle invariable de la foi catholique. Le cardinal de Lorraine y figurait parmi les plus influens; il avait de fréquentes conférences avec l'empereur et avec le pape, ce qui ajoutait beaucoup à la considération qu'il tenait de sa doctrine peu profonde, mais tranchante, et de ses mœurs peu régulières, mais aimables et faciles. Alors se décida une question sur laquelle plusieurs grands prélats étaient partagés ; c'était de savoir si le mariage serait permis aux prêtres. Plusieurs ecclésiastiques et des religieuses s'étaient mariés en France, croyant ne pas blesser en cela la foi catholique. Comme nous l'avons vu, le cardinal de Châtillon , évêque de Beauvais, était du nombre; sa femme était reçue à la cour sous deux titres: ou madame la cardinale, ou madame la comtesse de Beauvais.
Le concile prononça contre le mariage des prêtres : quelles furent ses raisons? Nous savons par l'histoire du concile celles qu'on a données; nous savons par l'histoire du cœur humain celles qui ont déterminé. On a dit que la soumission au chef de l'église serait moins parfaite et moins intime , le recueillement dans des fonctions sacrées , moins profond , l'élévation des âmes vers des contemplations, sublimes, moins facile, le respect de soimême moins exalté, si l'esprit des prêtres était
partagé entre le sacerdoce et des affections de famille, entre les intérêts de l'église et les intérêts domestiques. Mais le motif déterminant fut que les prêtres qui s'étaient mariés depuis quelques années étaient par cela même des partisans de Calvin, des hérétiques, des ennemis; qu'autoriser leur mariage serait leur accorder une victoire dont ils ne pourraient manquer de se prévaloir. Ajoutons que le cardinal de Lorraine et ses adhérens avaient les yeux fixés sur son confrère le cardinal de Châtillon , prêtre marié, et considéraient qu'une approbation de son mariage , quand il était possible d'en faire un scandale, présenterait ce contresens de donner de la force à un adversaire redoutable, dans la circonstance la plus favorable qui pût se présenter pour l'abaisser. Le bruit de la décision s'étant répandu en France, la cour, sans attendre la clôture du concile, fit un édit en interprétation de celui d'Amboise. «Ce nouveau règlement tombait principalement sur les personnes du clergé qui s'étaient laissé entraîner à la nouvelle religion et célébraient le nouveau rit dans leurs propres églises (1). Le roi déclare que dans les lieux appartenant à l'église, il ne pourra point être établi de prêches ; on met quelques restric-
(i) Anquctil, liv. I , page 202.
DES GUERRES 1)1 (UlR. 89
tions aux lieux accordés pour les assemblées , surtout aux environs de Paris , et au mode d'exercice; enfin, et ce fut l'article le plus dur, la loi enjoignit aux religieux et religieuses qui avaient renoncé à leurs vœux de rentrer dans leurs couvens, et aux prêtres qui s'étaient mariés de rompre leur mariage ou de sortir du royaume.
Les calvinistes se récrièrent ; ils inondèrent le royaume d'apologies, de complaintes, de remontrances qu'ils adressèrent au roi, à la reine, aux seigneurs de leur parti , surtout au prince de Condé, qui ayant signé le traité d'Amboise était appelé à en garantir l'exécution.