‹ La proscription de la Saint-BarthélemiChapitre 29 sur 100 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Deuxième paix, 23 mars i568. — L'arme'e protestante dissoute et les chefs sans parti , par les concessions trompeuses qu'on fait aux mécontens. — ]\louvemens sourds excités par la cour contre le parti. — Les princes lorrains s'emparent du jeune roi et de l'esprit de la reine. — L'Hôpital exilé. — Attaque au prince de Gondé pour le paiement des reîtres ; ordre de l'arrêter.

Le 25 mars 1 568 le roi promet par un édit l'exécution de celui de janvier i5Ô2. Il pardonne tout; il rend ses bonnes grâces aux confédérés.

Ils se séparent dans un morne silence. Les troupes allemandes sont congédiées, la cour se charge de les payer, en se réservant secrètement de récupérer cette avance sur le prince de Condé. Condé et l'amiral se retirent dans leurs châteaux. Tous les grands de leur parti font de même; ils se trouvent ainsi dispersés dans le royaume.

Et voilà ce qu'on appelle la deuxième paix de religion.

Le parti de Condé céda-t-il par confiance en ses forces ou au contraire par un sentiment de faiblesse? Crut-il les promesses de la cour bien sincères et bien solides? La réponse ne me parait pas

douteuse: si le priucede Condé et les Coligni se fussent sentis appuyés fortement, en déposant les armes ils eussent exigé quelques garanties. Il est probable que la folle entreprise d'enlever le roi ne parut au peuple protestant, comme aux catholiques, qu'un attentat de l'ambition parfaitement étranger à tout intérêt public ou religieux. Dès lors les contributions pour payer les reîtres devaient être fort difficiles à obtenir. Il faut donc regarder la dispersion de l'armée de Condé comme un acte de résignation et de prudence en même temps, parcequ'en la dispersant, ce prince se flattait d'ôter à la cour toute raison de révoquer ses concessions.

Il n'était plus temps pour le prince de Condé ni pour les Coligni décompter sur les bonnes intentions de la reine , ni même d'espérer qu'elle leur saurait gré de leur résignation à ses volontés : la faction l'avait réduite à vouloir son extinction totale.

Dès que les reîtres furent retirés, la reine permit aux prêtres catholiques les prédications séditieuses contre les protestants et contre la paix; ils avancèrent hautement qu'on ne doit pas garder la foi aux hérétiques, et qu'on fait son salut en les assassinant. Les prêtres catholiques n'étaient en cela ni les organes de leur religion, ni ceux de la masse de catholiques qui composait le gros de la

nation, ni même ceux d'un parti fanatique. Ils étaient les organes d'une rour ulcérée contre des courtisans en révolte (i). Par le mot d'hérétiques, on n'entendait pas les simples et francs calvinistes , mais les amis et les partisans du prince de Condé et des Coligni. Le poignard , le poison , le supplice lent du cachot détruisaient ceux qu'on savait conserver ou seulement avoir eu des liaisons avec le prince ou ses principaux affidés. Les écrivains de la faction prétendent qu'en trois mois plus de dix mille personnes périrent par ces moyens exécrables (2).

Le ressentiment de la reine et l'irritation du jeune roi qui avait atteint sa dix-huitième année, se déclarèrent sans déguisement. Le chancelier de L'Hôpital fut exilé dans ses terres et dépouillé des sceaux ; le cardinal de Lorraine devint l'àme de la reine et des conseils; la reine fit signer à la cour et aux gouvernemens de province le serment de ne reconnaître que les ordres du roi, de ne prendre les armes que pour lui, de s'abstenir de toute entreprise qui n'aurait pas son aveu , comme si les lois n'imposaient pas ces devoirs, ou qu'on fût dispensé de l'obéissance aux lois.

(1) La chaire faisait alors la fonction que font aujourd'hui les gazettes. Walter-Scott a justement observé que les gazettes ont beaucoup réduit l'effet de la prédication.

(a) Anquetil , liv. I, page 273.

DES GUERRES DE COUR. Il5

Les manifestes, les plaintes, les récriminations se succédaient dans le parti des confédérés avec la même rapidité et les mêmes caractères que du côté de la cour.

Bientôt elle agit contre le prince de Condé ; elle lui demanda le remboursement des cent mille écus avancés auyx reîtres pour les faire sortir du royaume; le roi déclara qu'il n'entendait pas que cet argent fut levé sur tous les calvinistes indistinctement, mais seulement sur les chefs qui s'étaient engagés envers les étrangers.

L'amiral accourut vers le prince de Condé, qui était alors dans son château de Noyers en Bourgogne; le reste du parti s'émeut, se rapproche, se groupe.

Tavannes, commandant en Bourgogne, reçoit l'ordre d'arrêter le prince à la fin d'août i56S. Le prince est averti, s'échappe de Noyers avec l'amiral, sa femme, sa fille aînée , d'autres enfans en bas âge , l'épouse de Dandelot , un enfant à la mamelle, des nourrices et d'autres femmes, partie à cheval, partie en litières, le tout escorté de cent cinquante hommes.

Il6 ÉBAUCHE HISTORIQUE

Page 1