‹ La proscription de la Saint-BarthélemiChapitre 31 sur 100 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Le cardinal de Lorraine gouverne le jeune roi ; lui inspire de la défiance contre sa mère. — Jalousie du roi contre son frère. - — Coligni donné pour guide au prince de Bcarn. — Le roi se met à ia tète de l'armée; va au-devant des troupes allemandes. Bataille du Moncontour.

La reine-mère n'était alors, pour le roi, qu'un premier ministre; maîtresse encore de beaucoup de choses, mais sous de sérieuses conditions et à la charge d'une grande conformité de volonté avec celles du maître. Le cardinal de Lorraine, témoin du plaisir que le jeune prince prenait à constater son pouvoir en le faisant sentir souvent à celle qui l'avait long-temps exercé, glissa dans cette âme neuve de la méfiance pour sa mère et de la jalousie pour son frère; la reine fut réduite à exercer l'art d'un courtisan pour plaire au roi et pour nuire au cardinal, qui espérait plaire bientôt plus qu'elle.

A peine Henri , prince de Béarn , a pris la place du prince de Condé, que le sage Dandelot meurt : on a dit sans preuve qu'il fut empoisonné; ces accusations prouvent au moins que les mœurs du temps ne rendaient pas le fait incroyable. Coligni

restait pour guide au jeune prince et. pour chef au parti.

Le duc d'Anjou profita mal de la victoire de Jarnac. Content d'avoir prouvé sur le champ de bataille qu'il était brave, il montra dès lors la nonchalance qui Ta caractérisé à la suite. Coligni eut le temps de recevoir des troupes du prince de Deux-Ponts; car les religion naires français se lassaient bien vite et retournaient chez eux au premier événement qui les rebutait ou les tranquillisait; ils ne voulaient pas servir l'ambition des grands et la soupçonnaient aisément : auraient-ils eu besoin d'Allemands, si le fanatisme avait soulevé les Français ?

Le roi cependant s'était mis en campagne; il était à la tête d'une armée commandée par le duc d'Aumale, à Metz, pour empêcher l'entrée de ces troupes du duc des Deux-Ponts : c'était le fruit des conseils que lui avait donnés le cardinal de Lorraine, de sa jalousie contre son frère et contre sa mère.

Le duc de Deux-Ponts battit le roi et les ducs de Nemours et d'Aumale, malgré la supériorité de leurs forces; son armée arriva sans être entamée sur la Loire, traversa le fleuve et , le 1 5 juin , elle se joignit à l'amiral au milieu de la Guyenne : ainsi le premier essai que le roi fit de ses talens militaires ne fut point heureux.

Pendant l'expédition du roi, Catherine était allée joindre le duc d'Anjou; le cardinal de Lorraine l'accompagnait. Il s'était flatté de procurer de merveilleux succès aux armes du prince et de lui en ravir la gloire ainsi qu'à la reine; en effet il s'ingéra à commander une manœuvre; Tavannes en prouva l'ineptie et refusa d'obéir, en disant : A chacun son métier; il est impossible d'être tout ensemble bon prêtre et bon gendarme.

Les historiens supposent que les revers du roi étaient l'ouvrage de la reine, et que c'était ellemême qui s'était donné le cardinal pour compagnon de voyage à l'armée du duc d'Anjou , à l'effet de. l'éloigner du roi. On la fait toujours puissante tutrice de ce roi qui alors était âgé de vingt ans, dont elle avait perdu la confiance, dont elle voulait éviter de subir la disgrâce. On la voit toujours commander, quand elle manœuvre en courtisan soumis; on croit qu'elle a commandé au cardinal de la suivre, quand il lui est imposé comme surveillant.

Les armées étant en présence, tout-à-couple duc d'Anjou dissout la sienne qui était la plus forte, renvoie les gentilshommes chez eux et met ses soldats en quartier de rafraîchissemens , avec ordre de rejoindre le drapeau au 1er octobre. Il renonce à toutes ses espérances de victoire et réduit l'armée opposée à faire des sièges pendant

les chaleurs de l'été. Cela pouvait être fort sage; mais il est manifeste que ce parti convenait surtout à l'amour-propre de la reine et de son fils, à qui l'orgueil des prétentions et l'incapacité du cardinal de Lorraine faisaient craindre également des revers préjudiciables et des succès dont il aurait eu les honneurs.

L'amiral se détermine à faire le siège de Poitiers . Le jeune duc de Guise et le duc de Mayenne son frère se jettent dans cette ville avec une troupe de gentilshommes. Le duc d'Anjou rassemble des troupes et assiège Chatellerault, où étaient les malades de l'armée de l'amiral , attaqués de la dissenterie. Le parlement de Paris met à prix la tête de l'amiral qui lève le siège de Poitiers. Le duc d'Anjou le poursuit et gagne contre lui une bataille sanglante à Moncontour, le 3 octobre 1569. L'amiral ne conserve pas cinq ou six mille hommes de vingt-cinq mille qu'il avait.

Page 1