‹ La proscription de la Saint-BarthélemiChapitre 44 sur 100 · LA REINE A MANDELOT · texte numérisé non relu

LA REINE A MANDELOT

10 aoast,

Monsieur de Mandelot, je vous faictz ce mot de lectre pour vous dire que sur tant que vous aymez le service du roi monsieur mon filz , et à luy obéir , vous ne laissiez passer aucun courrier venant de Rome en cà- soit qu'il soit dépesché vers le dict seigneur ou aultre quelque soit , que îundy ne soit passé , prenant bien garde qu'ilz ne puissent passer jusques à la première poste secrettement, et delà prendre la poste pour s'en venir par deçà; et m'asseurant que vous satisferez entièrement à la volonté dudict Seigneur et à la mienne, je feray fin à la présente; priant Dieu, monsieur de Mandelot, vous tenir en sa saincte garde.

Escript à Paris , le treizième jour d'aoust 1672 , et que le fassiez sans que l'on puisse congnoistre que en ayez commandement, et le plus secrettement que pourrez, sans qu'il en soit bruict.

Signé Catherine.

Et contresigné Chantereau.

LE ROI A MAJNDELOT,

18 aoust.

Monsieur de Mandelot, je vous faictz ceste lectre par ce courrier que j'envoye expressément vers vous, pour vous pryer ne laisser passer par ma ville de Lyon aucun courrier ny autre, quel qu'il soit, allant en Italye dans six jours, à compter du datte de ceste présente , sinon en vous faisant apparoir un passe-port de moi bien et duement expédié, et signé de l'un de mes secrétaires d'estat; ce que je vous prye faire bien et duement observer, comme de vous-même; tenant le commandement que je vous en faictz si secret , que l'on ne pense que ce soit chose qui vienne de moy. A quoy m'assurant que sçaurez très bien et exactement tenir la main, je prye Dieu, monsieur de Mandelot , etc.

Escript à Paris, le dix-huitième jour d'aoust i5-!2.

Signé Charles.

L'éditeur trouve dans ces deux lettres la preuve que plusieurs jours avant la blessure de l'amiral, la boucherie de la Saint-Barthélemi était irrévocablement fixée au 24 août, c'est-à-dire que le massacre fut prémédité sept ou huit jours avant l'exécution.

Voici l'argument qu'il tire de la lettre de la reine.

Elle est du 1 5 août qui était un vendredi. Elle ne

pouvait, dit-il, parvenir à Lyon que le lundi 17 ou

le mardi \ 8 ; ainsi la défense de laisser passer les

<rriers venant d'Italie avant le lundi, doit s'étendre jusqu'au lundi *?J\. Or le lundi 24 était le jour marqué pour le massacre; quel était donc l'objet delà lettre? c'était, selon l'éditeur, d'éviter qu'un courrier de la cour de Rome ne vînt apporter obstacle au mariage de Marguerite de Valois avec le roi de Navarre , qui devait se célébrer le 18, et de dissiper l'illusion que ce mariage aTait pour objet d'entretenir dans les protestons , jusqu'au jour marqué pour leur extermination.

D'abord l'éditeur suppose qu il fallait cinq jours pour porter une dépêcbe de Paris à Lyon; il en fallait au plus deux. La lettre du 10 au matin pouvait arriver le i5, qui était le dimanche matin; elle s appliquait aux courriers qui arriveraient dans cette journée et dans celle du lundi 16; et cela suffisait à la reine-mère, pareeque le mariage de Marguerite avait lieu le mercredi 1 8 ; ainsi le courrier qui aurait été arrêté le i5 ou le 16, et qui ne se serait remis en marche que le 17, n'aurait pu arriver avant la cérémonie et l'empêcher.

(/est donc sans raison que l'éditeur veut étendre au second lundi qui suivra la réception de la lettre, ce qui s'applique littéralement à celui qui la suivra immédiatement. Pour substituer un sens conjectural au sens grammatical d'une phrase, il faut que le premier soit évident. Est-ce une assertion indubitable de dire que le mariage eut pour objet d'empêcher les protestans de prévoir le massacre du S&4? Elle est plus que douteuse

puisqu'elle porte sur une supposition incroyable , ou du moins qui est en question : c'est celle du massacre.

Quant à l'ordre du roi, en date du 18, qui défend de laisser passer aucun courrier, ni autre, allant en Italie avant le 24, l'éditeur pense que Charles IX en écrivant cette lettre « prévoyait le cas où quelque victime son » gérait à fuir. Son intention, dit-il, est manifeste. Gomme » la mort de Coligni , arrêtée po ur le 22 , devait réveiller » toutes les craintes des religionnaires , la plupart de- » vaient, en l'apprenant, chercher à se soustraire au même » sort. » L'éditeur a supposé plus haut qu'il fallait quatre ou cinq jours à un courrier du cabinet pour aller de Paris à Lyon; et ici il suppose qu'en deux jours, de nombreux fugitifs partant en troupe de Paris le 22 , pouvaient être arrivés le 24. Il suppose l'impossible, car des troupes de fugitifs ne vont pas comme des courriers du cabinet. Il est manifeste que le roi en ne défendant de laisser passer des courriers et des voyageurs que jusqu'au 24 , laissait un libre passage aux fugitifs que le meurtre de l'amiral, dans la journée du 22, avait déterminés à fuir: le 24, les plus diligens et les mieux servis n'auraient pas été à moitié chemin de Lyon. Le 2 5, le 26 et les jours suivans la sortie de France leur eût été ouverte sans difficulté.

Mais l'éditeur fait prévoir la fuite des religionnaires d'après une supposition manifestement inadmissible : c'est que la mort de Coligni ait été arrêtée pour le 22, comme prélude du massacre du 24. La blessure de l'a-

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mirai est la preuve la plus certaine qu'on puisse donner de l'absence de tout projet pour le 24.

Pour qui sait l'histoire de cette époque, la lettre du roi, écrite le 18 août, jour du mariage de sa sœur avec le roi de Navarre , a eu pour objet d'empêcher le légat d'écrire au pape les détails de la cérémonie et même des fêtes accessoires , avant que le roi les eût lui-même adressés au saint père tels qu'il voulait qu'ils lui fussent présentés.

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