SCENE IL
LA REINE-MÈRE, LE DUC D'ANJOU
LE DUC D'ANJOU
Quelle fureur ! Comment l'apaiser ?
LA REINE
Il nous menace aussi. On dirait qu'il soup çonne...
LE DUC D'ANJOU
Il sait déjà peut-être...
v LA REINE.
11 ne sait pas ; mais le duc de Guise nous accusera pour se tirer d'embarras.
LE DUC D'ANJOU
Comment nous accuser d'être ses complices sans avouer son crime ?
LA REINE
Il peut nier sa participation et nous imputer le crime à nous seuls. Et sans nous accuser devant le roi , il peut faire répandre dans le parti de Coligni que nous sommes seuls coupables.
LE DUC DANJOU
Ohl madame, quel malheur que cette maladresse de Maure vert!
LA REINE
Qui pouvait la prévoir? il avait si bien expédié Dumouy!...
[Long silence. )
LE DUC D'ANJOU
Nous avons contre nous rembarras de Guise et son parti, le ressentiment de Coligni, du roi de Navarre, du prince de Condé, enfin la fureur du roi.
la reine.
La fureur du roi m'a émue et troublée. Ah î si sa colère était apaisée ! le reste ne serait pas difficile à arranger; mais...! Toutes mes idées se confondent. Laissez un peu» reposer ma tête, ne vous agitez point ainsi... Mon dieu!... mon fils, que vous me donnez de peine!... Tout n'est pas perdu : quelques heures de calme m'aideront peutêtre à trouver un moyen de sortir de cette situation...
( Elle s'assied, prend la position d'une personne qui réfléchit profondément , et reste ainsi quelques momens en silence. Le duc d'Anjou s agite , la regarde avec anxiété. )