CHAPITRE VI
État respectif des partis : d'un côté , les Guises et la jeune reine, Marie Stuart ; de l'autre , les Bourbons , les Montmorencis , les Golignis. — Le roi mené' par sa femme et les Guises. — Catherine de Médicissans puissance, mais disposée favorablement pour les Bourbons. — Etat des protestans. — Assemblée du parti de Bourbon contre les Guises. — Délibération politique nullement religieuse. — Formation d'un conseil permanent.
L'objet dont il s'agit entre les partis est l'exercice du pouvoir royal, qui semble s'offrir aux mains qui voudront s'en saisir: celles du roi, âgé de quinze ans, indolentes et sans force, le laissent à l'abandon.
A côté du jeune monarque est la reine, Marie
Stuart, princesse jeune, belle, spirituelle, qui le captive.
Plus loin et de côté, Catherine de Médieis, mère du roi.
En face sont les trois familles de grands que nous connaissons : les Guises, au nombre de six et quatre sœurs ; les Montmorencis, au nombre de cinq, le connétable et quatre fils ; les trois Colignis.
Plus loin, mais plus haut : la maison de Bourbon, composée comme nous l'avons dit du roi de Navarre, de Jeanne d'Albret sa femme, du cardinal de Bourbon , et du prince de Condé son frère, sans compter le jeune prince de Navarre âgé de six ans.
Les mécontens politiques s'unissent à laFerté, maison du prince de Condé voisine de la Picardie, avec les calvinistes. Là le prince s'attache à l'amiral.
Les réformés commençaient à former une secte composée de personnes*de tous les états; ils se réunissaient en assemblées depuis Boulogne jusqu'à Bayonne, depuis Brest jusqu'à Metz.
Dans l'assemblée de La Ferté on est bien loin de s'occuper de la prééminence du calvinisme sur le papisme et des moyens de faire triompher les réformés, même de les soutenir contre les catholiques; cela n'importait ni au prince de Condé
ni aux Colignis. Us avaient accueilli les calvinistes comme mécontens et non comme calvinistes ; ils les avaient pris sous leur protection , ils ne s'étaient pas mis sous la leur ; ils ne s'étaient pas dévoués à leur cause, ils les avaient admis à soutenir leurs intérêts personnels. Dans le fait, le triomphe du culte protestant n'aurait apaisé aucun des griefs de la maison de Bourbon et des Colignis; et ceuxci, en délivrant la France de l'oppression et de la tyrannie des Guises, faisaient pour les protestans tout ce que des hommes raisonnables avaient l'intention de leur accorder , savoir : la liberté de conscience. On ne discuta dans l'assemblée de la Ferté que des questions politiques où Condé et son parti avaient intérêt.
On y examine s'il n'appartenait pas à la nation de former un conseil d'administration , lorsque le roi n'était pas en état de gouverner ? c'était là l'affaire des Bourbons.
Ce fut pour combattre l'opinion exprimée à ce sujet par les mécontens, que du Tillet, le plus éclairé des publicistes du temps, fit le fameux mémoire où il établit que le roi majeur, c'est-àdire à quatorze ans , a seul le droit de nommer ses ministres.
On demanda ensuite si la principale noblesse n'était pas en droit de requérir la convocation des états-généraux et de l'exiger.
DES GUERRES DE COUR. liD
En troisième lieu, si les députés n'étaient pas en droit de se faire escorter par un certain nombre d'hommes armés pour leur sûreté, soit pendant la route, soit pendant leur séjour à la cour?
En quatrième lieu, si une assemblée de ces mêmes personnes ne pourrait provisoirement donner force de loi à ses décisions.
En cinquième lieu, s'il n'était pas permis de tuer les oppresseurs de la liberté publique, au cas qu'ils ne pussent être jugés dans la forme ordinaire.
Ces questions réduites à leur simple expression étaient de savoir, si le prince de Condé et les Colignis ne pouvaient pas se mettre à la tête du gouvernement, en chasser les Guises à force ouverte et les faire tuer.