‹ La proscription de la Saint-BarthélemiChapitre 8 sur 100 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Conjuration de Lyon, appelée conspiration d'Amboise , des Bourbons et adhe'rens contre les princes lorrains. — Les Guises en font une boucherie à Amboise après les y avoir attirés par surprise.

On forme un conseil à Lyon.

La Renaudie, gentilhomme d'une bonne maison de Périgord, homme d'épée, et nullement théologien , aimé et estimé du prince de Condé , va consulter à Lauzanne et à Genève sur le parti qu'il convient de prendre. Il rapporte de Genève une consultation de François Hottman, fils d'un conseiller au parlement de Paris, et l'un des plus célèbres jurisconsultes de son temps. Les conjurés se réunissent à Nantes. La Renaudie y harangue avec véhémence ; il accuse les Guises d'avoir privé la nation du droit de s'assembler, de composerseuls le conseil pendant le bas âge du roi, d'en éloigner les princes du sang qu'il dit être magistrats nés du royaume dans un temps de minorité ; de priver, sous prétexte d'économie, les anciens officiers domestiques de leurs emplois, tandis qu'ils doublent les gages de leurs affidés ; de se revêtir des grands offices, des grands gouvernemens, et d'en dé-

pouiller des hommes tels que le connétable de iVlontmorenci et l'amiral de Coligni. On voit ici à découvert des intérêts politiques et personnels, appuyés sans doute sur les droits les plus certains, mais enfin différens des intérêts religieux; ceux des calvinistes ne seront pas exclus de la protection des conjurés, mais ils ne sont pas l'objet de la conjuration : on ne s'occupera point de leurs succès, de leurs progrès, même de leur défense on ne protégera que le droit de se défendre euxmêmes, que la liberté de se servir pour leur conservation ou leur propagation , des moyens qui leur sont propres: l'exercice du culte, la parole et l'exemple.

Non seulement les conjurés ne sont point fanatiques des opinions des calvinistes, mais ils ne croient ni au fanatisme des calvinistes ni même à celui des catholiques. La Renaudie, après avoir représenté les magistrats arrachés de leur siège, traînés sur un échafaud, brûlés, pour avoir déclaré qu'ils croient la tolérance juste et nécessaire, s'écrie: « Plût à Dieu qu'une piété mal entendue, un zèle • aveugle, mais vrai, le fanatisme enfin ( voyez »quel vœu j'ose former ), dirigeât nos persécuteurs; du moins nous apercevrions un terme à » nos maux; car la vérité triomphe tôt ou tard. «Mais... regarderai-je comme un dévot, comme » un chrétien , un homme dont la conduite est di-

«rectement opposée aux maximes de l'Évangile, » un prêtre qui dans une cour débordée est encore »un objet de scandale? (Il parlait du cardinal »de Lorraine. ) N'entends-je pas débiter dans les » rues que les princes lorrains sont les vrais descen- »dans de Charlemagne, que les Capets sont des «usurpateurs? Si cette fable s'accrédite, il ne » leur manquera qu'un ordre émané de Rome pour «parvenir à leur but, et Rome le fera- t-il long- » temps attendre ? »

Après ce discours la Renaudie communique la consultation et fait connaître les dispositions des princes et celles des puissances étrangères en faveur des réformés. On convient de signer d'abord une protestation de fidélité au roi, ensuite de rédiger une requête qui lui serait présentée, pour demander l'expulsion des Guises. On prévoit le cas où les porteurs de la requête seraient écartés du trône par les Guises : en ce cas, s'écrie-t-on , qu'ils meurent de la mort des tyrans. La présentation de la requête devait avoir lieu à Bîois, le i5 mars.

Dans l'intervalle la conjuration se découvre. Guise est nommé lieutenant-général pour le temps et le fait de la conspiration. La reine consulte les Colignis, feignant d'ignorer qu'ils soient d'accord avec les conjurés. Les Colignis feignent, de leur côté, d'ignorer les griefs des conjurés, excepté celui de la persécution , qu'on ne pouvait nier. En

conséquence ils conseillent de désintéresser les proteslans en leur accordant liberté de conscience et amnistie.

La cour se rend à Amboise. Le prince de Condé s'y rend avec ses gentilshommes ; des troupes de réformés s'avancent.

Nemours va au-devant. Il propose de déposer les armes et s'offre à conduire les pétitionnaires au pied du trône : on souscrit à son offre. Sur sa parole on entre désarmé dans Amboise. Malgré les réclamations de Nemours, dont l'honneur est engagé, on jette les pétionnaires dans les prisons, on en fait mourir douze cents.

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