‹ La proscription de la Saint-BarthélemiChapitre 76 sur 100 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

LA REINE seule.

Heureux ces hommes de guerre, ils n'ont qu'une pensée, abattre l'ennemi qui est là debout devant eux ! et nulle horreur du sang ! . . . tandis que moi!... je vois naître mille dangers de celui que j'écarte, mille guerres de celle que j'évite, des

millions de vengeurs des ennemis dont je me défais ! moi qui suis obligée de me livrer à des ennemis secrets pour me dérober aux coups de mes ennemis déclarés; de grandir, de fortifier les Guises pour anéantir Coligni; moi que l'effusion du sang glace d'effroi... {avec un accent douloureux) et qui prévois l'exécration du genre humain jusqu'à la fin des siècles, pour un massacre qu'aucun prétexte d'intérêt public ne couvre de la plus faible excuse!... La présence d'un danger capital m'oblige à vouloir ce massacre! que dis-je, à Je vouloir i} à le faire vouloir au roi , à le presser, à le solliciter, à le justifier, à y faire concourir toutes les personnes et tous les moyens qui sont en ma puissance! affreuse destinée!... Mais où m'emporté-je ! Vaut-il mieux périr sous leurs coups et abreuver leur haine de mon sang ( i) ?

(i) Tavannes parle à plusieurs reprises des hésitations de la reine- mère , XLV1 , LV.

Page 1