SCENE VIII
Les mêmes, LA REINE-MÈRE, LE DUC D'ANJOU.
la reine prend le roi à part; les autres personnages s'éloignent; à demi-voix.
Vous hésitez! quand tout est prêt, et par votre ordre! Différez une demi-heure, l'éveil sera répandu parmi tous les protestans? Songez à ce qui peut en arriver ! Après tout, de quoi s'agit-il? de permettre au duc de Guise de venger son père : il paraît seul dans ceci, il prend tout sur lui.
(i) Paroles écrites dans la note marginale de P. Mathieu, don H a été donné copie plus haut.
3f)8 LA PROSCRIPTION
LE ROI
Et ce massacre général , sera-ce aussi pour venger son père ?
LA REINE
Ce sera une conséquence inévitable... ce sera la haine des catholiques pour les protestans qui aura complété l'événement.
LE ROI
Et ne voyez-vous pas que Guise s'attache pour jamais les bourgeois et la canaille qu'il va employer, en leur donnant les dépouilles des victimes?
la reine , après avoir regardé si le duc de Guise n'est pas à portée de l'entendre , s* approchant du roi, lui dit à voix basse , mais avec une vive expression.
Cela peut être, mais tout est armé, rangé sous les ordres du duc de Guise et plein d'ardeur pour sa personne: si vous ne voulez pas en être, te jeu se fera sans vous (1).
(i) Pierre Mathieu , noie marginale
DK r,A SAINT-BARTHRI.KIVU. ACTE \. r)5f)
LE ROI
Sans moi! il oserait! Qu'il ose!...
la. reine, avec un accent encore plus prononcé.
S'il se fait sans vous, il se fera contre vous. (Le roi interdit la regarde fixement et en silence. ) Je n'ai plus qu'un mot à vous dire : (bas) au moment que je vous parle , il n'est plus possible de contenir les troupes; les corps-de-gardes postés autour du Louvre sont aux prises avec des protestans qui sont venus les insulter (1). (Le roi fait un mouvement d'effroi. La reine élevant la voix. ) Monsieur de Guise attend votre ordre , sire ; n'hésitez pas,... donnez-lui l'ordre qu'il attend. (Elle fait signe au duc de Guise de s'approcher.)
LE DUC DE GUISE
Sire, je me suis dévoué à l'exécution de vos volontés, je n'attends que votre ordre.
le roi, avec frémissement.
Mon ordre !
(i) De Thon, littéral, XL.
36o LA PROSCRIPTION
le duc de guise, avec fermeté.
Votre ordre.
LE ROI
Eh bien ! . . . allez, monsieur, venger votre père ( 1 )„
LE DUC GUISE
J7y cours, et le tocsin de Saint-Germain-l'Auxerrois vous annoncera bientôt qu'il n'y a plus à reculer (2).
( Tous les conjurés se retirent avec le duc de Guise.)
(1) Tavannes. « Il reçoit l'ordre de venger son père ; il y court. » LVIII et LIX.
(2) On lit dans la Vie de Coligni, page 420 , ce qui suit :
« Le duc de Guise ayant reçu les ordres du roi , disposa ses amis , les Parisiens , et quelques gens de guerre qui e'taient à sa dévotion. L'heure qu'il leur donna fut quand ils entendraient sonner la cloche de Saint- Germain- 1' ' Auxerrois , qui sonnait ordinairement à deux heures après minuit, et à qui les autres cloches de Paris devaient répondre. Mais la reine-mère l'ayant fait sonner une heure plus tôt ce jour-là , de peur que le roi , qui paraissait quelquefois se repentir de Tordre qu'il avait donné , ne rétractât sa parole , Cosseins , averti par le duc de Guise qu'il était temps , frappa à la porte du logis de l'amiral , etc. »
DK LA SAINT-BARTHELEMl. — ACTE V. 7)6 l