CHAPITRE XXVII
Les avis du sieur de Tavannes irritent l'amiral. — Les calvinistes français sont assiégés dans Mons. — Défaite de Genlis. — Nouveaux avis du duc d'Anjou et du sieur de Tavannes contre la guerre de Flandre. — Projet pour faire élire'le duc d'Anjou roi de Pologne. — L'amiral s'empare de l'esprit du roi. — Conférence de ce prince avec la reine sa mère à Montpipeau. — On l'inquiète, on excite sa colère. — Mort de l'amiral résolue. — Noces du roi de Navarre et de Marguerite de Valois. — L'amiral blessé grièvement par Maurevert. — Le roi promet justice. — Son conseil s'assemble. — La perle des huguenots est arrêtée. — Massacre de la Saint- Barthélemi. — Description de ce massacre et de ses suites.
I. Cest advis du sieur mareschal de Tavannes ( contre le projet de Coligni de porter la guerre en Flandre) appreuvé des non-passionnezn'estoit agréable auroy, quiestoit enclin à la guerre, joinct à la vacillation de la reyne, possédée d'espérance, de timidité, et de sa fille, qui devoit être reyne de Navarre , de la terreur d'une guerre estrangère , et du désir de l'avancement de Strosse et de ses pnrens; cela embrouille toutes résolutions.
II. L'admirai entre espoir et désespoir violentoit les conseils, sans considérer que c'est un mauvais moyen de faire craindre son maistre avec leque! il tient des colloques secrets:
III. Offre dix mille hommes , ce que le roy ayant dict au sieur de Tavannes , il respond : « Sire , celuy de vos subjets qui vous porte telles parolles ,vous luy devez faire trancher la teste: comment vous offre-t-il ce qui est à vous? c'est signe qu'il les a gagnez et corrompus , et est chef de party à vostre préjudice; il a rendu ces dix mille vos subjets à luy, pour s'en ayder à un besoin contre vous. »
IV. Le roy passionné et aveuglé le redit à l'admirai , tournant sa générosité en imprudence , suivant laquelle il croyoit que MM. de Retz et le secrétaire de Sauve ne révéleroient ses conseils à la reyne , sans considérer qu'elle avoit pourveu à ses desseins , luy ayant dès son enfance donné ses créatures : elle dissimule , feint de ne savoir les conseils secrets de son fils tant qu'elle fust résolue.
V. L'ambassadeur d'Espagne insistoit sur la révocation du voyage de Strosse , qui estoit à Bourdeaux avec 8,000 hommes , tous préparatifs maritimes soupçonnez des Espagnols 'y divers bruits courent de cest embarquement , en effet préparé pour la Flandres , non pour le Peru, et moins pour la Rochelle, encore qu'aucuns huguenots , qui ont survescu l'admirai , l'ayent creu.
VI. Il n'y avoit résolution de la Saint- Barthélémy, que celle que l'admirai et ses adhérens par imprudence firent naistre
VII. Geste entreprise de Strozze faisoit désirer à la reyne la guerre d'Espagne , par lettres qu'elle recevoit de luy. C'est assez rompre un voyage que le retarder, la saison fort advancée en juillet rend le voyage douteux : joint que Tambassadeur d'Espagne demande congé, s'il n'est rompu.
VIII. Le conseil assemblé, le sieur de Tavannes donne cest advis.
(Suis l'avis de M, de Tavannes. Il conclut):
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« ... Que toutes les navires et l'équipage de ceste armée de M. de Strosse doivent estre conservez, et les munitions renouvelées, s'il est besoin, pour (si ceste entreprise se trcuve si advantageuse, et que les occasions qui escherrons le permettent) l'entreprendre à la prime, et que le dict Strosse et ses gens soient révoquez et mis en la frontière aux places qu'il sera advisé , pour en faire selon les évènemens , et tenir le royaume en seureté. »
IX. Le franc conseil du sieur de Tavannes, fortifié des nouvelles de la grande armée du duc d' Albe , qui avoit chassé les François de Valenciennes , assiégé Monts si à l'étroict, qu'il estoit en voye de se perdre , estoit loué de tous les bons François, et néanmoins non encore bien gousté du roy ni de la reyne , imbus des raisons susdictes.
X. » Joinct que l'admirai crie au roy Charles , que le sieur de Tavannes est son contraire , partisan de M. d'Anjou , son frère , que ses conseils tendent a son exaltation et abaissement de S. M. , et s'en faisant accroire.
m. L'admirai lève jusqu'à trois mille hommes sous Genlis, qu'il envoyé au secours de Monts; les Espagnols, bien avertis par les ennemis des hugnenots qui estoient en France , les rencontrent à trois lieues de Monts, paraissant au bord d'une forest. La cavalerie de Genlis imprudente va à la charge , laquelle soustenue de leurs ennemis avec des picques , faveur du pays, et '2,000 mousquetades, elle plie, puis tourne et fuit. La cavalerie espagnole tombe et charge sur eux en chaleur, et soustenementdes escadrons de picques en ordre. Et comme il advient à ceux qui ont peur, encore que ceste cavalerie françoise en fuite se fust peu détournée de leur infanterie qui venoit au combat, ils se précipitent au milieu, y pensant plus de seureté, ayant dumesme party tiré les uns sur les autres de rage, par confusion se rompent ., se désordonnent; et voilà
tous les François en fuite, suyvis en ordre des Espagnols , tirans de pas à autre : les retraictespardes chaussées estroictes causèrent l'entière perte et meurtre par les gens du pays. Le travail de la nuict (ayant combattu tout le jour devant en pays marescageux) avoit osté aux François la force comme le courage de sesauver, et demeurèrent plus de deux mille morts que pris; un petit nombre de despouillés se sauvent par pitié en France, Genlis et plusieurs signalez pris.
XII. Ceste defaicte vole en cour, change cœur et conseils, apprend aux entrepreneurs ce qu'il importe de bien commencer, et se garder des accidens qui empeschent les résolutions du gros de la guerre.
XIII. Ceste route joincte aux menaces et imprudences des huguenots sont autheursde leur massacre; la peur saisit la réyrie des armes espagnolïes; ledesdain, le despit, se conçoit dans l'admirai, qui rejette cette defaicte sur ceux qui avoient empesché le roy de se déclarer ; l'audace augmente aux pacifiques, tout tonne dans la cour.
XIV. L'admirai ne perd courage , possède le roy, fait nouvelle levée de trois mille hommes de pied sous Villars et autres, emporté d'audace, et du destin des prospéritez passées, et adversité présente, trouble son sang et ses yeux, ne considérant quel et où il est, sur l'assurance du roy, outrecuidé dit, quil ne pouvoit plus tenir ses partisans , qu'il falloit une des guerres espagnolle ou civile. Chacun demeure en garde sur la poincte de la résolution.
XV. Le sieur de Tavannes dicte advis à M. d'Anjou, qui (comme; lieutenant-général) rend compte au roy de ce qu'il avoit faict depuis la défaite de Genlis, conseille faire levée sous les maistres-de-camp du roy, à ce que les soldats ne prennent party sous^ceux des huguenots.
(suit Va{>is de M. de Tavannes.
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XVI. La défaicte , le doute de la reyne , et faveur de M. d'Anjou, qui penchait à la paix , fait parler le sieur de Tavannes plus librement, résolu , à quelque péril que ce fust, de ne celer ce qui estoit utile à la France. (Suit lavis de M. de Tavannes pour la guerre de Flandre.)
X.VII. L'admirai maintient ses propositions, qu'on ne devoit treuver mauvais si ceux de la religion s'eslèvent pour servir le roy, et luy conquérir la Flandres.
XVIII. Il ne s'apperçoit que la reyne s'esloigne de ses advis, ne cognoist la légèreté du roy Charles, la puissance que la dicte reyne a sur ses enfans, par ses créatures qu'ello leur a données pour serviteurs dez leur enfance. Imprudemment essaye d'y mettre la division , remonstre au roy qu'il ne fera jamais rien qui vaille s'il ne limite le pouvoir de sa mère, et qu'il ne chasse son frère hors du royaume, propose de l'envoyer en Pologne (siège vacant par la mort de Sigismond), nation qui veut estre creue belliqueuse, et toujours veut la paix , nommément avec les Turcs. Leur royaume est pauvre, excepté trois villes; le Turc ne les veut conquérir; leur pauvreté les défend.
XIX. Eslisent un étranger, pareequ'ils ne se veulent céder les uns aux autres, se laissent corrompre par argent de leur élection. La réputation de M. d'Anjou le fait désirer; l'alliance que les François ont avec le Turc, auquel les Polonois sont dès long-temps associez, joinct aux belles harangues du sieur de Valence , avec la hayne qu'ils portoient aux Allemands, commandement et défenec du Turc , qui empeschent l'élection du fils de l'empereur, prépare celle de M. d'Anjou.
XX. L'admirai en estant adverty, publie qu'il falloit que Monsieur desclarast ne vouloir sortir de France; si , après avoir refusé Je royaume d'Angleterre par alliance , il rejette celuy de Pologne par élection : fondement aussi faux que sa conduite.
• Hj4 ECRITS JUSTIFICATIFS DE LA PROSCRIPTIOiN
XXI. Voulant contraindre la France à deux extréniitez <l -ijgereuses, on la guerre d'Espagne, ou la civile, ce n'est merveille si elle se tourne à sa perte. MM. de Sauve et de Retz avertissant la reyne des secrets conseils, desseins et parolles du roy, que si elle n'y entendoit, les huguenots le posséderaient.
XXII. Qu'aumoins (avant que penser à autre cljosé ) ils lui conseilloient de regagner la puissance de mère , que l'admirai luy avoit fait perdre. La jalousie du gouvernement de son fils et de Testât, ambition démesurée, enflamme, brusle la reyne dehors et dedans, et tient conseil de se défaire de l'admirai.
XXIII. Le roy, chasseur, va àMontpipeau; la reyne y court, enfermée en un cabinet avec luy, elle fond eu larmes (dit) : Je n'eusse pense', que pour avoir pris tant de peine à vous eslever, vous avoir conservé la couronne que les huguenots et catholiques vous vouloient oster, après m'estre sacrifiée pour vous , et encouru tant cV hasard, que m' eussiez voulu donner récompense si misérable. Vous vous cachez de moy ( qui suis votre mère) pour prendre conseil de vos ennemis, vous vous ostez de mes bras , qui vous ont conservé , pour vous appuyer des leurs qui vous ont voulu assassiner. Je sçai que vous tenez des conseils secrets avec l admirai ; vous désirez vous plonger en la guerre d'Espagne inconsidérément, pour mettre votre royaume, vous , et nos personnes en proye de ceux de la religion. Si je suis si malheureuse y avant que de voir cela, donnez-moy congé de me retirer au lieu de ma naissance , et esloignez de vous vostre frère , qui se peut nommer infortuné, d'avoir employé sa vie pour conserver la vostre ; donnez-luy au moins tems de se retirer hors du danger et présence de ses ennemis , acquis en vous faisant service ■ huguenots qui ne veulent la guerre
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(F Espagne , mais celle de France , et la subversion de tous estttts pour s'establir.
XXIV. Ceste harange artificielle esmeut, estonne, espouvante le roy, non tant des huguenots que de sa mère et de sou frère , dont il sçait la finesse, ambition et puissance en son estât , s'émerveille de ses conseils révéliez , les advoue , demande pardon , promet obéissance.
XXV. Ceste méfiance semée, ce premier coup jette, la reyne continuant son mécontentement , se retire à Mouceaux, le roy tremblant, la suit, la treuve avec son frère, les sieurs de Tavannes, de Pietz et de Sauve.
XXVI. Lequel de Sauve, secrétaire d'estat, se met à genoux, et reçoit pardon de S. M. pour avoir révélé ses conseils à sa mère.
XXVII. L'infidélité, braverie, audace, menaces et entreprises huguenotes sont magnifiées avec tant de vérité et artifices, que d'amis les voilà ennemis du roy. Lequel fluctuant, ne pouvoit perdre le désir conceu d'obtenir gloire et réputation par la guerre espagnolle.
XXVIII. La reyne juge qu'il n'y alloit seulement de Testât de la France, mais de ce qui luy estoit plus proche , du gouvernement d'icelle , de la renvoyer à Florence, et du danger de M. d'Anjou , se contente d'avoir disposé le roy sans luy en dire davantage.
XXIX. Résout avec deux conseillers et M. d'Anjou, la mort de l'admirai , croyant tout le party huguenot consister en sa teste, espérant, par le mariage de sa fille avec le roy de Navarre, r'habiller tout; résout l'exécution , et de se couvrir du prétexte de ceux des Guyses, dont l'admirai avait aidé à faire tuer le père.
XXX. Le cardinal de Lorraine absent, le paquet s'adresse à M. d'Aumale, qui le reçoit en joie. Morver, assassi-
nateur de Mouhy , est choisi -, blasmé de ce premier coup par le sieur de Tavannes, maintenaDt par commandement de la reyne, agréé par luy pour effect semblable.
XXXI. Il promet de tuer l'xdmiral d'une arquebuzade. M. d'Aumalle le loge dans le logis de Cnally, son maistre d'hostel -y il s'affuste , il se couvre de drapeaux aux baraeaux des fenestres, dispose sa fuittepar une porte de derrière, sur un cheval d'Espagne.
XXXII. Cependant les nopces du roy de Navarre et de Marguerite de France se font, mariant les deux religions ensemble. Les huguenots dans la nef de Nostre-Dame, l'admirai dit, q\iilJalloil oster les enseignes conquises sur les hérétiques , marques de troubles , demande gaussant les 5o,ooo escus promis pendant iceux à celuy qui apporteroit sa teste.
XXXIII. Masques, bagues, ballets, ne s'espargnent. Furgatoire, enfer, représentez en Bourbon, où sont envoyez les huguenots après un combat de barrière, présage de leur malheur.
XXXIV. L'admirai pressé, continue ses audaces, importune, sefasche, croit l'esprit de la cour estre ensevely dans tournois et mascarades , menace de partir, qui estoit le premier son de trompette de la guerre civile.
XXXV. Il est pourveu, retournant du conseil, par une arquebuzade dans les deux bras. La porte est rompue; cependant l'arquebusier se sauve. L'admirai porté en son logis.
XXXVI. Le roy adverty s offense , menace ceux de Guyse, ne sachant d'où venoit ce coup.
XXXVII Et après, un peu r'adoucy par la reyne, à l'aide du sieur de Retz, ils mettent S. M. en colère contre les huguenots ( vice péculier par S. M., d'humeur colérique) ; ils lui font croire avoir sceu une entre ^ise des huguenots contre
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luy, les desseins deMeaux, d'Amboise, luy sont représentez.
XXXVIII. Soudain gagné, comme sa mère se l'estoit promis, il abandonne les huguenots, demeure fasché avec les autres, que la blessure n'estoit mortelle.
XXXIX. Les huguenots (encore aveuglez du roy) ne pénètrent ce coup , passent à grandes troupes cuiracez devant le logis de MM. deGuyseet d'Aumalle, menacent de les attaquer.
XL. Eux, s'excusant, somment le roy de prendre leur querelle, ce qui fait que lesdits huguenots pénètrent plus avant, soupçonnent M. d'Anjou, demandent justice , ou qu'ils la feraient sur-le-champ , menacent leurs majestez.
XLI. Le conseil est tenu composé de six , le roy présent cognoissant que tout s'alloit descouvrant , et que ceux de Guyse rnesme , pour se laver, accuseroient la reyne et M. cC Anjou , et que la guerre estoit infaillible, qu'il valoit mieux gagner une bataille dans Paris où tous les chefs estoient, que la mettre en doute en la campagne , et tomber en une dangereuseet incertaine guerre. Du péril présent de L. M. et des conseillers tenus en crainte , naist la résolution de nécessité , telle qu'elle fust, de tuer l'admirai, et tous les chefs de part; conseil nay de l'occasion , par faute et imprudence des huguenots ? et qui ne se fust peu exécuter sans estre descouvert, s'il eust été prémédité, la feinte du roy Charles n'eust peu estre telle que la vérité; il ne luy estoit besoin de déguisement, puisqu'il estoit à eux , et porté à la guerre; nul conseil de si longue haleine ne se celé dans la cour.
XLII. Le roy ivre, proteste de son déplaisir, envoyé visiter l'admirai blecé, luy promet justice exemplaire.
XLIII. Toute la cour est triste, aucuns du coup, et la plus grande part de la faute ; les huguenots interprètent ce deuil à leur advantage.
XLIV. Les principaux s'assemblent chez l'admirai, le chirurgien l'asseure. Deux advis sont débattus par eux , de sortir le blecé en armes malgré Paris et la cour ; aucuns se méfient de touts, autres accusent ceux de Guyse, descoulpent leurs majestez, qui avoient ( disoîent-ils ) autre moyen de le faire mourir, que d'une arquebuzade. Telligny, beau-fils de l'admirai, le croit ainsi, pour s'estre le premier trompé; il asseure, il emporte le conseil, jure que le roy estoit pour eux, qu'ils verroient punition exemplaire. Le parentage, la suffisance, l'amitié deTelligny, l'incommodité de transporter le blecé, résout le séjour de deux jours.
XLV. L'imprudence, les menaces continuent, jusques à accuser M. d'Anjou que l'arquebuse treuvée en la maison de Chailly estoit recogneue pour estre à un de ses gardes.
XL VI. Le conseil du roy rassemblé, le péril présent, la reyne en diverses craintes, la vérification du coup , que l'on doustoit s'esclaircir , la guerre ou l'exécution présente pour l'empescher, lui tournent dans la teste. Si elle se fust peu parer de la source de l'arquebusade , malaisément eust-elle achevé ce à quoy l'événement la contrainct.
XL VII. L'accident de la blessure au lieu de mort , les menaces, forcent le conseil à la résolution de tuer tous les chefs. Ce qui est proposé au roy , l'esmeut et le colère contre les huguenots; ils luy remonstrent le danger commun , les moyens de l'éviter , se destrapant de ses compagnons et maistres.
XLVIII. Le chancelier de Birague , M. de Nevers , avoient esté adjoincts à cest advis.
XLIX. La mort du roy de Navarre , du prince de Condé, des mareschaux de Montmorency et d'Anville est sur le tapis; l'opinion du sieur de Retz est indécise , si c'estoit pour couper la source des guerres , ou pour avoir leurs estats de ma-
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reachaux , est contredicte et rejettée par le sieur de Tavannes, lequel propose que l'innocence devoit exempter les uns, la jeunesse les autres, que le roy de Navarre et prince de Condé estoient du sang de France, qu'il falloit espargner et respecter , qu'ils estoient jeunes , et que l'on leur pouvoit donner des serviteurs qui leur feroient changer de religion et d'opinion. De ce seul advis , et de ceste seule voix du sieur de Tavannes, ce grand roy Henry IVe , régnant aujourd'hui, et le feu prince de Condé, tiennent la vie; et le malheur est pour la postérité du sieur de Tavannes, et que sa majesté n'en savoit la vérité; etdisoit davantage le sieur de Tavannes, que ce coup de nécessité devoit estre franc d'autre blasme.
L. La résolution prise , les huguenots semblent aider à leur ruine; aveuglez, demandent les gardes du roy , qui leur furent accordées pour garder l'admirai , autour duquel les principaux se logent , autres avec le roy de Navarre dans le Louvre , pour le concerver ( disoient-ils ) , de ceux de Gu vse . Ils facilitent leur massacre.
LI. Le roy voit l'admirai le dimanche (i), qui luy dict que Dieu l'avoit réservé pour son service , messe , requeste , crainte et menaces; essaye de parler au roy particulièrement , il en est empesché par la reyne.
LU. Les huguenots se rasseurent , se gardent seulement de ceux de Guyse , demandent justice , un matin , au jardin des Tuileries , insolemment.
LUI. La reyne , craintive , s'en retourne au Louvre , haste la résolution de tuer l'admirai et les chefs huguenots , qui murmuroient contre M. d'Anjou.
(1) Tous les écrits du temps s'accordent à dire que le roi alla visiter l'amiral le vendredi , jour de la blessure de celui-ci. Le dimanche Coligni n'existait plus.
LIV. Eux. abandonnez de Dieu , Pardaillan , huguenot* veut battre Nambur, huissier du roy à la porte, qui ne le vouloitjaisser entrer à son coucher. Le roi dissimule entretient luy et La Rochefoucault de propos joyeux, leur donne congé , se couche et se lève soudain.
LV. La reyne et les conseillers appeliez, elle (comme femme craintive ) se fust volontiers dédictée , sans le courage qui luy fut redonné des capitaines, luy présentant le péril où elle et ses enfans estoient.
LVI. Deux compagnies des gardes mandées arrivent à minuit , le logis de l'admirai est investy de sentinelles.
LVII. De peu de catholiques parisiens advertis , il en manque la moitié, tant la crainte a de pouvoir, nonobstant l'autorité du roy, qui commandoit les armes.
LVIII. M. de Guyse est envoyé quérir, sous prétexte duquel est résolue l'exécution , il luy est permis d'aller tuer l'admirai , venger la mort de son père.
LIX. Il y court , y arrive devant jour , enfonce les portes avec les gardes de sa majesté.
LX. L'admirai cognoit sa mort , adverty que c'estoient les gardes du roi qui l'attaquoient, admoneste ses amis de se sauver , qui montent sur les toits ; quelques Suisses tués à l'abordée. Besme , Haultefort , flattain , trouvent l'admirai sur pied , en l'appréhension de la mort. Les admoneste d'avoir pitié de sa vieillesse, se sentant leurs espées glacées dans son corps , il prolonge la vie,
LXI. Embrasse la fenestre pour n'estre jette en bas , ou tombé il assouvit les yeux du fils , dont il avoit fait tuer le père.
LXII. Le tocsin du Palais poinct avec le jour, tout se croise , tout s'esmeut , tous s'excitent et cherchent colère , le sang et la mort courent les rues en telle horreur , que leurs
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majestés mesrae; qui en estoientles auteurs , ne se pouvoient garder de peur dans le Louvre.
LXIII. Tous huguenots indifféremment furent tuo/ , sans faire aucune défence. Je sauvay La Neufville, Béthune , Baignac, et ayday fort à La Verdin.
LXIV. Les gentilshommes et capitaines couchez en la chambre du roy au Louvre en sont tirez et tuez; deux catholiques parmy eux , pour ne vouloir marcher à la mort, s'exemptent n'ayans perdu l'entendement.
LXV. Le roy de Navarre et prince de Condé craintifs , après avoir essayé de parler à moy , qui ne leur osay respondre , et de quoy sa majesté s'est bien souvenue depuis à mon préjudice, sont menez au roy. Il leur propose la me«e ou la mort , menace le prince de Condé , qui ne se pouvoit feindre.
LXVI. La résolution de tuer seulement les chefs est enfreinte 'y plusieurs femmes et enfans tuez à la furie populaire , il demeure deux mille massacrez. Le sieur de Ta vannes sauve le maréchal de Biron, soupçonné (sans subject) de favoriser les huguenots , par l'advis qu'il luy donne de se sauver dans l'Arsenal.
LXVII. MM. de Guyse (en exemptant d'autres) sont calomniez de ne vouloir l'extinction du prétexte des armes.
LXVIII. Le sang s'estanche, le sac s'augmente; le seul sieur de Tavannes a les mains nettes , ne souffrant que ses gens prennent aucune chose. Ceux de M. d'Anjou pillent les perles des étrangers ; Paris semble une ville conquise au regret des conseillers : n'ayant esté résolu que la mort des chefs et factieux. Au contraire , tous huguenots, femmes et enfans, sont tuez indifféremment du peuple , ne pouvant le roy ni lesdits conseillers retenir les armes qu'ils avoient débridées.
LXIX. M. de Guyse suit en vain Montgommery , qui se sauve du faubourg Saint-Germain en Angleterre.
LXX. Les mareschaux de Montmorency et Dampville estonnez, s'abais-sent , recherchent leurs amis, évitent le péril. Leur maison estoit soupçonnée des intelligences huguenottes.
LXXI. Plusieurs villes du royaume tuent non seulement les chefs et factieux , comme il leur avoit été mandé, ains se gouvernent en ceste effrénée licence parisienne.
LXXII. Ce coup faict , la colère refroidie, le péril passé, l'acte paroist plus grand, plus formidable aux esprits rassis; le sang espandu blece les consciences. L'exécution de l'acte avoit occupé les entendemeus , tellement qu'ils vascillaient aux prétextes plusieurs fois changez, selon les occurrences, monstre qu'/7 ri y avoit rien de prémédité , et descharge les huguenots de l'accusation de l'entreprise à eux depuis imputée.
LXXIII. Les premières lettres du roy contenoient aux princes étrangers et ambassadeurs que la blessure de l'admirai avoit été commise par ceux de Guyse ses ennemis. Le stile en est changé après le meurtre général des huguenots, les mesmes villes et ambassadeurs advertis par le roy , que c'estoient ceux de Guyse qui avoient faict ce massacre ; bruit qui eust continué, si lesdicts sieurs de Guyseplus nns,cognoissans le tems que leur refus ne pou voit retarder l'exécution jà acheminée , n'eussent dit et publié que ce n'estoit eux; ains sa majesté, qu'ils supplioient ne les vouloir mettre en butte à tous les hérétiques de la chrétienté.
LXXIV. Que puisque sa majesté en avoit peur, à plus forte raison les devoient-ils craindre. Ce Conseil rassemblé, la foy violée , l'hymen arrosé de sang , contrainct d'inventer un troisième mensonge. Les huguenots sont accusez d'à-
voir voulu tuer leurs majestés , dont la force n'avoit donné temps ny moyen d'user de la formalitéde justice, avoit contraint de la superséder jusques aprèsl'cxécution , pour mieux prévenir la leur; qu'il n'y avoit danger de mentir en les accusant, puisqu'on l'entreprise de Mcaux ils avoient feint que l'on eust entrepris sur eux , pour prendre le roy. Sa majesté advoue l'acte assis en sa cour de parlement.
LXXV. L'admirai traisné, pendu à Montfaucon par les pieds , sa teste envoyée à Rome , les processions générales se font.
LXXVI. Le sieur de Tavannes sépare les quartiers de la ville à plusieurs seigneurs par le commandement du roy , pour faire cesser le meurtre et le pillage. Briquemault et Cavagnes pris , liberté leur est promise, s'ils avouent avoir voulu entreprendre contre le roy ; eux (bien avisez) le nient, sachans que puisqu'il falloit mourir, il vrloit mieux que ce fust sans mentir, que essayer par artifices à sauver ce qu'il falloit perdre : ils sont pendus en Grève. C'est Dieu qu'il faut appaiser ; esteignantles troubles, s'en allument d'autres.
LXXV II. M. d'Alançon (offensé de n'avoir rien sceu de ce dessein , se lie davantage avec ceux de Montmorencv , autre source de guerres civiles. Je vis parties des papiers de l'admirai chez mon père , le roolle de leurs hommes , leurs levées de deniers, les signais et menées de leur party , avec un discours de Francourt , prévoyant de point à autres ce qui advint : que l'on tireroit l'admirai d'une arquebusade; si failly , seroit cause du meurtre de tous les huguenots, et de leur party , tant les hommes d'estat ont pouvoir de deviner. L'aubcspin fleurit, une estoille (non remarquée par le passé) nasquit, tout est attribué à miracles.