ÉCRITS JUSTIFICATIFS, ETC. !\QD
dignement à lui par hommes, femmes et en/ans ,Jrancais et allemans, tant en notre langue quen allemand et en latin,. . . procédans de la seule occasion et en haine de la Sainct- Barthélemy.
» Et davantage en des banquets et festins faicts à S. M... se disoient des brocards piquans , et des rencontres et allusions qu'aucuns faisoient venir à propos, qui V ofj'ensoient grandement.
» Et encore des grands tableaux mis exprès aux salles c chambres où il devoit loger , dans lesquels les exécutions de la Sainct-Barthélemy faites à Paris et autres lieux estoient peints au vif, et les figures représentées après le naturel, où aucuns des exécutés et des exécuteurs estoient si bien dépeints, qu'on les remarquoit naïvement... »
L'auteur de la relation laisse au jugement commun à décider si le souvenir de ces disgrâces récentes et si souvent, répétées durant le voyage du roi, ne fut point cause de l'agitation qui s'empara de lui durant la nuit, deux jours après son arrivée à Cracovie , etne lui permit pas de reposer une seule minutte de temps. Le fait est « qu'environ sur les trois heures après minuit, il envoya quérir , par un valet de chambre, le personnage que je ne puis nomme/-, il t L'auteur, qui, pour le rang qu'il lenoit près de sa personne^), estoit logé dans le château près' de la chambre
(i) Ces mots indiquent Souvré plutôt que Miron. Je n'ai pas rencontré le litre sous lequel Souvré était près du roi ; mais c'était ou premier gentilhomme de la chambre, ou capitaine des gardes; à son retour en France , Henri le (it grand-mailre de sa garde-robe, étant à Turin , et l'envoya sous ce titre à Catherine sa mère qui était à Lyon.
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du roy..., pour lui faire entendre au vray l'occasion de r exécution de la Sainct- Barthélémy , faite le 24 d'août
« Commença, le voyant entrer dans sa chambre, à lui diie, l'appellant par son nom : « Monsieur tel, etc.. je vous fais venir ici pour vous faire part de mes inquiétudes et agitations de cette nuict qui ont troublé mon repos en pensant à l'exécution de la Sainct-Barthélemy, dont possible n'avezvous pas sceu la vérité telle que présentement je vous la veux dire*
I. » La royne ma mère et moi desja par trois ou quatrefois nous estions apperceus que quand l'admirai de Châtillon avoit en particulier entretenu le roy mon frère ( ce qui advenoit souvent ) , eux deux seuls , en de bien longues conférences, si lors, et par cas d'aventure, après le départ de l'admirai , la royne ma mère ou moy abordions le roy pour lui parler de quelques affaires , voire mesme de celles qui ne regardoient que son plaisir, nous le trouvions merveilleusement fougueux et renfrogné, avec un visage et des contenances rudes, et encores davantage ses réponses, qui n'estoient point vrayement celles qu'il avoit accoutumé de faire à la royne ma mère précédemment , accompagnées d'honneurs et de respects qu'il luy portoit , el à moy de faveur et signes de bienveillance.
II. » Cela nous estant ainsi arrivé plusieurs fois, et encores en mon particulier bien peu de temps avant la Sainct-Barthélemy , partant exprès de mon logis pour aller voir le roy, comme je fus entré dans sa chambre et demandé où il estoit ..
et que quelqu'un m'eut respondu qu'il estoit dans son cabinet, d'où tout présentement l'admirai venoit de sortir, qui y avoit esté seul fort long-temps, j'y entrai incontinent comme j'avois accoutumé.
» Mais si tost que le roy mon frère m'eust apperceu , sans me rien dire il commença à se promener furieusement et à grands pas, nie regardant souvent de travers et de fort mauvais oeil , mettant parfois la main sur sa dague , et d'une façon si animeusc que je n'attendois autre chose si non qu'il me vinst me colleter pour me poignarder, etainsi jedemeurois tousjours en cervelle. Et comme il continuoit cette façon de marcher et ces contenances si estranges, je fus fort marry d'estre entré, pensant au danger où j'estois, mais encores plus à m'en oster; ce que je fis si dextrement qu'en se promenant ainsi , et me tournant le dos , je me retiray promptement vers la porte, que j'ouvris* et avec une révérence plus courte que celle de l'entrée , je fis ma sortie , qui ne fut quasi point apperceue de luy que je ne fusse dehors , tant j'en sceuz prendre le temps à propos , et ne la peus faire pourtant si soudaine qu'il ne me jettast encores deux ou trois fascheuses œillades , sans me dire ny faire autre chose , ny moy à luy, que tirer doucement la porte après moy, faisant mon compte ( comme on dit ) de l'avoir belle eschappée.
111. » Et de ce pas m'en allay trouver la royne ma mère, à laquelle faisant tout ce discours , et conjoignant ensemble tous les rapports , advis et suspicions , le temps et toutes les circonstances passées avec cette dernière rencontre , nous demeurasmes l'un et l'autre aisément persuadez et comme certains que l'admirai estoit celui qui avoit imprimé au roy quelque mauvaise et sinistre opinion de nous , et résolusmes dès lors de nous en desfaire, et d'en chercher les moyens avec madame de Nemours , à qui seule nous estimasmès
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qu'on se pou voit descouvrir, pour la haine mortelle que nous sçavions qu'elle luy portoit.
IV. » Et l'ayant fait appeler et conféré avec elle des moyens et de l'ordre que nous devions tenir pour exécuter ce dessein , nous envoyasmes incontinent quérir un capitaine gascon j... à l'instant mesme nous vismes bien qu'il ne se falloit pas servir de luy ; qui fut cause que par manière de jeu nous luy fismes montrer le moyen qu'il tiendroit pour attaquer celuy que nous désirions, et l'ayant bien considéré et tous ses mouvemens , sa parole et ses contenances qui nous avoient fait rire et donné du passe-temps, nous le jugeasmes trop écervelé et éventé ( quoiqu'assez courageux et hazardeux pour l'entreprendre ) , mais non pas sage et prudent pour l'exécuter. De façon que l'ayant remis à une autre fois pour lui dire le reste, nous l'envoyasmes.
V. » Nous avisasmes aussitôt de nous servir de Montravel comme d'un instrument plus propre , et déjà pratiqué et expérimenté à l'assassinat, que peu devant il avoit commis en la personne de feu Moùy. Mais afin de ne perdre temps, l'ayant incontinent mandé , et découvert notre entreprise , pour l'y amener davantage , nous lui dismes que pour son salut même il ne la devoit refuser, et que nous savions bien que s'il tomboit entre les mains de l'admirai , qu'il lui feroit mauvais parti pour le meurtre de son plus favori ami Moùy, et qu'il ne pouvoit ignorer qu'il n'en devoit jamais attendre qu'un mauvais traitement. Enfin après avoir long-temps débattu làdessus, et qu'il nous eut promis d'exécuter l'entreprise, et que nouseusmes discouru des moyens et de la facilité d'y parvenir, nous n'y en trouvasmes point de plus favorable que celui de madame de Nemours , qui avoit Vilaine , l'un des siens, logé bien à propos pour cet effect , donnant ordre à tout ce qui lui estoit nécessaire; et assuré qu'il fut d'une bonne réconi-
pense, et de l'appui et support qu'il devoit espérer de nous, et encore conforté de tout ce que nous pensions servir à l'encourager et fortifier davantage à l'entreprcndreasseurémcnt , nous le Iaissasmcs (comme l'on dict ) aller sur sa foy tirer le coup d'arquebuse par la fenestre.
VI. » Il ne se montra si bon ni si asseuré arquebusier que nous pensions , ayant seulement blecé l'admirai aux deux bras.
VII. -» Ce beau coup failli et de si près , nous fit penser à nos affaires jusques à l'après-disnée.
VIII. » Alors le roy mon frère le voulant aller voir à son logis , la rovnc ma mère et moi délibérasmes d'estre de la partie , pour l'accompagner et voir aussi la contenance de l'admirai*
IX. » Et estant là arrivez, nous le vismes dans son lit fort blecé : et comme le roy et nous lui eusmes donné bonne espérance de guerison , exhorté de prendre bon courage, l'ayant aussi asseuré que nous lui ferions faire bonne justice de celui ou ceux qui l'avoient ainsi blecé et de tous les auteurs et complices, et qu'il nous eut répondu quelque chose, il demanda au roy de parler à lui en secret.
X. » Ce qu'il lui accorda très volontiers, faisant signe à la roy ne ma mère et à moi de nous retirer, ce que nous'fismes incontinent au milieu de la chambre , où nous demeurasmes debout pendant ce colloque privé, qui nous donna un grand soupçon j mais encore plus, que sans y penser, nous nous vismes tous entourés déplus de deux cents gentilshommes et capitaines du parti de l'admirai, qui estoient dans la chambre et dans une autre auprès, et encore dans une salle basse, lesquels avec des faces tristes , des gestes et contenances de gens mal-contens, parlementoient aux oreilles les uns des autres, passans et repassans souvent et devant et derrière
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nous , et non avec tant d'honneur et de respect qu'ils dévoient , comme il nous sembla pour lors; et quasi ils avoient quelque soupçon que nous avions part à la blessure de l'admirai '? quoique c'en fust, nous le jugeasmes de la façon, considérais possible toutes leurs actions plus exactement qu'il n'était besoin. Nous fusmes donc surpris d'estonnement et de crainte de nous voir là enfermez, comme depuis me l'a avoué plusieurs fois la royne ma mère, et qu'elle n'estoit onc entrée en lieu où il y eusttant d'occasion de peur, et d'où elle fust sortie avec plus d'ayse et de plaisir.
XI. » Ce doute nous fit rompre promptement ce discours que l'admirai faisoit au roy, sous une honnête couverture que la royne ma mère inventa, laquelle s'approchant du rov, lui dict tout haut, qu'il n'y avoit point d'apparence de faire ainsi parler si long-temps M. l'admirai , et qu'elle voyoit bien que les médecins et chirurgiens le trouvoient mauvais, comme véritablement cela estoit bien dangereux et suffisant de lui donner la fièvre, dont sur toute chose il se falloit garder, priant le roy de remettre le reste de leurs discours à une autre fois , quand M. l'admirai se porteroit mieux.
XII. » Cela fascha fortle roy, qui vouloit bien ouïr le reste de ce qu'avoît à lui dire l'admirai. Toutes fois ne pouvant résister à une si apparente raison , nous le tirasmes hors du logis.
XIII. » Et incontinent la royne ma mère , qui désiroit surtout savoir le discours secret que l'admirai lui avoit communiqué , duquel il n'avoit voulu que nous fussions participans , pria le roy, et moi aussi , de nous le dire , ce qu'il refusa par plusieurs fois. Mais se sentant importuné et par trop pressé de nous , comme il sembloit . et plus par manière d'acquit qu'autrement, nous dict brusquement et avec desplaisir jurant par la mort-Dieu « que ce que lui disoit l'admirai estoit
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vray, et que les roys ne se recognoissoient en France qu'autant qu'ils avoient de puissance de bien ou mal faire à leurs subjets et serviteurs, et que cette puissance et maniement d'affaires de tout Testât s'cstoit finement escoulée entre vos mains; mais que cette super-intendance et autorité me pouvoit être quelque jour grandement préjudiciable et à tout mon royaume, et que je la devois tenir pour suspecte et y prendre garde, dont il m'avoit bien voulu advertir, comme l'un de mes meilleurs et plus fidèles subjetsetserviteurs, avant que mourir : eh bien, mort-Dieu ! puisque vous l'avez voulu sçavoir, c'est ce que me disoit l'admirai.
XIV. » Cela ainsi dict de passion et de fureur, dont le discours nous toucha grandement au cœur, que nous dissimulas, mes le mieux qu'il nous fut possible, nous excusant toutes fois l'un et l'autre , amenant beaucoup de justifications à ce propos , ajoutant tout ce que nous pouvions de nos raisons pour le desmouvoir et le dissuader de ccste opinion , continuant toujours ce discours depuis le logis de l'admirai jusques au Louvre.
XV. » Où ayant laissé le roy dans sa chambre, nous nous retirasmcs en celle de la roync ma mère , picquée et offensée au possible de ce langage de l'admirai au roy, et encorcs plus de la créance qu'il sembloit en avoir, craignant que cela n'apportast quelque altération et changement en nos affaires et au maniement de Testât. Et pour n'en rien desguiser, nous demeurasmes si despourvus et de conseil et d'entendement, que ne pouvans rien résoudre à propos pour cette heure-là , nous nous retirasmes , remettans la partie au lendemain que j'allai trouver la royne ma mère qui estoit déjà levée.
XVI. » J'eus bien martel en teste, et elle aussi deson costé; et ne fut pour lors pris autre délibération que de faire, par
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quelque moyen que ce fust , despescher l admirai , et ne se pouvant plus user de ruses et de finesses , il falloit que ce fusl par voye descouverte ; mais qu'il falloit, pour ce faire , amener le roy à cette résolution , et que l'après-disnée nous Tirions trouver dans son cabinet , où nous ferions venir le sieur de Nevers , les maréchaulx de Tavannes etdePœtz, et le chancelier de Biragues, pour avoir seulement leurs avis des moyens que nous tiendrions à l'exécution , laquelle nous avions déjà arrestée ma mère et moi.
XVII. » Si tôt que nous fusmes entrez au cabinet où le roy mon frère estoit , elle commença à lui remenstrer que le party des huguenots s'armoit contre lui à l'occasion de la blessure de l'admirai, qui avoit fait plusieurs despesches eu Allemagne pour faire une levée de dix mille reistres , et aux cantons des Suisses avec une autre levée de dix mille hommes de pied , et que les capitaines françois partisans des huguenots, estoient desja la pluspart semblablement partis pour faire levées dans le royaume , et les rendez-vous du temps et dulieu desja aussi donnez et arrestez : qu'une si puissante armée une fois joincte aux forces françoises ( chose qui n'estoit que trop faisable ) ses forces n'estoient pas bastantes à moitié près d'y pouvoir résister, veu les practiques et intelligences qu'ils avoient dedans et dehors le royaume , avec beaucoup de villes , communautés et peuples ( dont elle avoit de bons et certains avis ) qui dévoient faire révolte avec eux sous prétexte du bien public , et que lui estant foible d'argent et d'hommes, elle nevoyoit lieu de seureté pour lui en France.
XVIII. » Et si il y avoit, bien davantage, une nouvelle conséquence , dont elle le vouloit advertir • c'est que tous les catholiques ennuyez d'une si longue guerre , et vexez de tant de sortes decalamitez, estoient délibérez et résolus d'y mettre une fin. Et où il ne voudroit user de leur conseil , il
estoit aussi arresté entre eux d'élire un capitaine général pour prendre leur protection , et faire ligue offensive et défensive contre les huguenots, et ainsi demeurerait seul enveloppé en de grands dangers sans puissance ni autorité. Qu'on verroit toute la France armée de deux grands partis, sur lesquels il n'avoit aucun commandement , et aussi peu d'obéissance; mais qu'à un si grand danger et péril éminent de lui et de tout son e^tat, et à tant de ruines et calamitez qui se préparaient, où nous touchions desja du doigt, et au meurtre de tant de milliers d'hommes, un seul coup d'épée pouvoit remédier et détourner tous les malheurs , et qu'il falloit seulement tuer l'admirai , chef et auteur de toutes guerres civiles. Que les desseins et entreprises des huguenots mourroient avec lui, et les catholiques satisfaits et contens du sacrifice de deux ou trois hommes, demeureroient toujours en son obéissance.
XIX. » Cela ainsi dict, et beaucoup d'autres inconvéniens qui lui furent représentez, lesquels il ne pouvoit éviter s'il n'usoit de ce conseil , y amenant encore les persuasions plus à propos , et d'autres raisons que la royne ma mère y ajouta et moy aussi, et les autres n'oublians rien qui n'y pust servir. Tellement que le roy entra en une extrême colère et comme en fureur, mais ne voulant au commencement aucunement consentir qu'on touchast l'admirai.
XX. » Enfin ainsi picqué et grandement touché de la crainte du danger que nous lui avionssi bien peint et fiVuré, esmu aussi de la considération de tant de practiques et menées dressées contre lui et son estât , comme il crut par l'impression que nous lui en avions donnée , il voulut bien , néanmoins sur une affaire de telle importance, sçavoirsi par un autre moyen l'on n'y pourrait remédier, et en avoir sur ce notre conseil et avis, et que chacun en dist présentement son opinion. Or ceux
4 J 4 ÉCRITS JUSTIFICATIFS DE LA PROSCRIPTION qui opinèrent les premiers furent tous d'avis qu'il en falloit ainsi user, que nous l'avions proposé pour le plus expédient. Mais quand ce fut au rang du mareschal de Retz à parler, il trompa bien notre espérance , et n'attendions point de luy une opinion toute contraire à la nostre , commençant ainsi : que s'il y avoit homme dans le royaume qui dust haïr l'admirai et son party , c'estoit lui ; qu'il avoit diffamé toute sa race par sales impressions qui avoient couru par toute la France et aux nations voisines ; mais qu'il ne vouloit pas aux dépens de son roy et de son maistre se venger de ses ennemis particuliers, par un conseil à lui si dommageable et à tout son royaume, voire qui regardoit la postérité, au grand deshonneur dis roys et de la nation françoise, qui seroit déchue de son ancienne splendeur et réputation. Que nous serions et à bon droit taxez de perfidie et de desloyauté, et que par ce seul acte nous perdrions toute la créance et confiance qu'on doit avoir en la foy publicque et à celle de son roy , et par conséquent le moyen de traiter cy-après de la pacification de ce royaume, avenant qu'il tombast encores aux guerres civiles, comme infailliblement ilyseroit bientost; et que par une si sinistre action nous le pensions libérer des armes étrangères, nous nous trompions bien fort, et n'y en eut jamais tant , ni tant de calamitez et ruines, desquelles nous , ni peut-être nos enfans ne verroient jamais le bout. Et pour le vous faire plus court , il nous paya de tant d'autres et si apparentes raisons , qu'il nous partit à tous la cervelle, nous osta les paroles et répliques de la bouche, voire la volonté de l'exécution , tant il nous sceut bien persuader.
XXI. » Mais n'estant secondé d'aucun , et après avoir ramassé et repris nos esprits , revenans à nous-mêmes , et reprenans tous la parole , en combattant tous fort et ferme son opinion, nous l'emportasmes, et reconnusmesà l'instant une
soudaine mutation, et une merveilleuse etestrange métamorphose au roy , qui se rangea de notre côté et embraça notre opinion, passant bien plus oultre et plus criminellement- car s'il avoit été auparavant difficile à persuader, ce fut lors à nous à le retenir. Car en se levant et prenant la parole , nous imposant silence , nous dict de fureur et de colère en jurant par la mort-Dieu! puisque nous trouvions bon quon tuast l'admirai . qu'il le vouloit , mais aussi tous les huguenots de France, afin qu'il n'en demeurast pas un qi.i lui pus reprocher après , et que nous y donnassions crJre prtmptement.
XXII. » Et sortant furieusement, nous laissa dans son cabinet, où nous avisasmes le reste du jour, le soir et une bonne paràe de la nuict ce qui nous sembla à propos pour l'exécution d'une telle entreprise.
XXIII. «Nous nous assurasmes du prevost des marchands, des capitaines du quartier, et autres personnes que nous pensions les plus factieux , faisant un département des quartiers de la ville, désignans les uns pour exécuter particulièrement sur aucuns, comme fut M. de Guise pour tuer l'admirai.
XXIV. » Or, après avoir reposé seulement deux heures la nuict, ainsi que le jour commençoit à poindre, le roy, Ja royne ma mère et moy , allasmcs au portail du Louvre , joignant le jeu de paulme , en une chambre qui regarde sur la place de la basse-cour, pour voir le commencement de l'exécution , où nous ne fusmes pas long-temps,
XXV. » Ainsi que nous considérions les évènemens et la conséquence d'une si grande entreprise, à laquelle, pour dire vray, nous n'avions jusques alors guère bien pensé, nous entendismes à l'instant tirer un coup de pistolet, et ne sçaurois dire en quel endroit, ni s'il offença quelqu'un?