A LA VEILLE DE L ORAGE
La pétition resta vainc, et Brissot y repondit loquemnienl clans le Pair iule français du 20 avril. Jn autre des députés 'dénoncés, Doulcet, répli- |ua, avec non moins de force, par une brochure le trente [)a^j:es : Castave Doulcet, député du Calmdos, sur la pétition présentée, au nom de la majo- 'ité des sections de Paris, dans la séance du lundi [5 mars', contre ring t -deux représentants du yeuple.
Im (^on^cntion était encore, à ce moment-là, îi peu disposée à obéii' à cette sommation du if) av'il, cpie, trois jours après, le 18, ayant à renouveler son bureau, elle élut Lasource présiienl, Cliambon, Doulcet et Jjcliardi secrétaires; quatre des hommes cpi'on lui demandai! d'expulser de son sein.
\as (•hd>s iiaNant pas réussi à intimider TAssemblt'c -, ils se mirciil à |)ié|)arci' un roup de
. Sir. Mftrs |)()iir nrril, l';mlr (rimprossion ('vidcnlc. Lo i5 iiiiirs i7|)^i «'l.iil un n-ndri'di. ( i'csl le i ."> ;i\iil (|iii toiiiii(> Mil lundi.
'.. L;i Ici leur iiCiM'l.iil pns iiioins |),ii loiil. I.c 7u mais i -;[)^y-
force. Dès le i3 mai, le complot commença s'organiser si ouvertement que les preuves surpassaient de tous côtés'. Aussi la Convention décida-t-elle d'instituer une commission de douze membres pour rechercher les conspirateurs. Cette célèbre Commission des Douze, élue le 21 mai, était composée de : liergoeing-, Bertrand-llosdinière, Boilleau, Boyer-Fonfrède, Gardien, Gomaire, Hcnry-Larivière, Kervélégan, Mollevaut, H Rabaut-Saint-Étienne, Saint-Martin (de l'Ardèchc) et Yiger.
Pas un n'avait été pris parmi les dénoncés du i5 avril, la Convention n'ayant pas voulu les faire juges et parties dans le procès. Mais tous le- Douze avaient été choisis dans les rangs de la Gironde. Sur les 325 votants % les onze premiers élus obtinrent de 197 à 175 voix; Gardien, le dernier, n'en eut que 10/1, mais les candidats de la Monlagne n'en réunirent que de 98 à 03. Il y eiil de la discipline ce jour-là.
Cela implique donc plus de ^ioo abstentions, à
Lcgondre, le même l^egcndie qui, au 2 juin, voulait « assommer » Lanjuinais. disait que, à la veille du 3i mai, cinquante députés avaient couché dans les Champs-Elysées.
1. Dès le 16 mai, Barère avait dénoncé la réunion de 80 électeurs à l'Évèché et celle des commissaires de sections à la mairie (Wallon. .?/ tuai, t. [, p. a'jg).
2. Mortimer-Ternaux. I. \ II, p. 349^ d'après le procèsverbal du dépouillement, qu'il a retrouvé.
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savoir toute la Plaine, puisque le nombre des voix: qui élurent les candidats de la (îironde représente exactement Teflectif de leur parti. Ceux qui s'abstinrent n'étaient-ils pas venus à la séance, ou bien, étant venus, ne votèrent-ils ])as? La première liypotbèse est la plus vraisemblable. Lorsque la Commission des Douze fut supprimée, dans la séance du soir du '>- mai, il n'y avait pas loo votants; quand on la rétablit, le :>(S nu matin, ce fut par -i-^ voix seulement'.
La Commission des Douze, qui s'était mise résolument à l'œuvre, fut délinilivement supprimée le oi mai, sous la pression de l'émeute.
Cette insurrection du 3i mai, que je ne raconterai pas, — le récit se trouve partout, — était dirigée par un « Comité central révolutionnaire » de :^S membres, dont M. ïuetey a retrouvé et publié les noms*. Il imi)orte de les donner ici, puisque ces hommes ont été, à ce moment-là, les vrais maîtres de Paris. Les voici par ordre alphal)éti(pie :
Auvra\, Baudrais, Hezot, Boidiomel, liouin, C(nlleux, CoUon^j^e, Clémence, Crespin, Dobsent,
I. Sur r)i7 votants ( Mortiriici Toriiaux. I. \ lï, p. 'Mtfx).
•>.. \U\ievUi\re, I. I\, liihod., p. i,x, cl I. III, n" r^G'iâ. — (icllc llsiri est du 'Sit mai, bi(Mi (pio lo (]oiiiilr n'ait élc* drfinitivonK'til noininr (pir dnrjs la fi(a(iiu''(' (l»i .'<i. Maison s'y I)rrnall à l'avaiwc
.M>. LA PHOSCHIPTION DKS CIUONDINS.
Dufour, Dunouy, Founierot, Hassenfralz, Laurent, Lenoir, Loyer, Loys, Marcliaiid, Marquet, Mithois, Vloëssard, Peidry, liousselin, Ségiiy, Simon, Variât, Wendling.
Joignez-y l'Espagnol Gusinan, qui se mêla à eux aux premières heures, mais fut l)ieiilôt exclu par le Comité lui-même. Us ne représentaient en réalité que i6 sections, mais ils avaient été choisis par les commissaires de 33 sections réunis à rEvêché. Ils étaient donc bien les délégués de la révolte.
Le Comité fut présidé par rinq)rimeur Marquet, associé d'Hébert. Autour de lui, il faut noter Clémence, dont j'ai déjà parlé, et qui signa nombre de pièces comme secrétaire; Marchand, son inséparable'; Dobsent, qui allait devenir juge au Tribunal révolutionnaire, et qui le présidera même plus tard (après le 9 thermidor); Kousselin, que l'on a déjà rencontré, et Hassenfralz, qu'on va voir à l'œuvre.
Le premier soin du Comité paraît avoir été de dresser une liste (rajiestations, que M. Tuetey a publiée -. Elle jie porte pas de date et pourrait par consécjuent être antérieure d'un jour ou deux au 01 mai. Toutefois, M. Tuetey la date d(* ce jour-là,
I. ^oir sur lui Tuctoy, l. V. on il figure à 3i numéros, a. Ri'pevioire, I. I\. Iiilrod., j). lxxwu. L'original est aux Archives Nationales, \\W 80. n" lO.
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(I c'est vraisemblable. Elle est intitulée a liste des conspirateurs de la Convention dont il faut s'assurer », et comprend trente noms :
Aadreln, I^arbaroux, Birotteau, Boyer-Fonfrède, Brissot, Buzot, Chambon, /)e/ermo/i, Doulcet, Diiprat, Fauchet, Gensonné, Gorsas, Grangeneuve, Guadet, Henry-Larivière, Isiiard, Lanjuinais, Lasource, Lauze-Deperrct, Lehardi, Lidon, Louvel, P<mièrcs, Petion, Rahaal-Saint-Étieiine , Salle, Valady, Valazé, Vergniaud.
C'était la liste du i5 avril, oiî on avait retranché les noms de Hardy et de Lanthenas, et ajouté les dix noms que j'ai soulignés.
Tous les noms de cette liste, sauf ceux d'Au- (Irein et de Penières, reparaîtront sur les listes de proscription des mois suivants.
Il semble, d'après riiititulé de la pièce a les conspirateurs dont il faut s'assurer », que le Comité central révolutionnaire ait d'abord pensé à faire ces arrestations de sa propre autorité. Ce ([ui le fait croire, c'est un passage — sur lequel je vais revenir — de la notice d'IIassenfratz dans la Biographie Rabbe. Mais les habiles jugèrent s;ms doute moins compromettant de faire décréter
< (S arrestations par la Convention elle-même. Le
< iomité se borna donc, dans cette journée du .'W mai, — en même temps qu'il faisait supprimer par la Convention la Commission des Douze, —
à lancer lui-même ou à faire lancer par la Commune des mandats d'arrêt contre des personnes qui n'appartenaient pas à l'assemblée, les minis- ,. très Clavière et Lebrun, l'ex-ministre Roland, saïf femme, etc
Le résultat de la journée du 3i mai parut insuffisant aux meneurs.
C'est pourquoi, le i^"^ juin, la Convention, dans sa séance du soir, vit arriver une nouvelle députation des sections, conduite par Hassenfratz, apportant une liste de proscription de vingtquatre représentants.
La députation se présentait au nom des autorités constituées de Paris, c'est-à-dire de la Commune et du Département. Son orateur n'était plus, comme au i5 avril, un jeune homme de vingt ans; Hassenfratz avait trente-huit ans*. Il était commissaire de la section du faubourg Montmartre, membre de la Commune, et venait
I. Déjà connu par divers travaux scientifiques; plus tard, professeur à l'École des Mines et à l'École Polytechnique. Hassenfratz était un écumeur de révolution. Le 29 septembre 1789, il écrivait à son ami le géomètre Lacroix : « Les sciences sont à tous les diables ; il me faut de l'argent, des places, des places et de l'argent. » {Bulletin A'. Cha ravay, janvier 1909, n° 63757.)
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d'être adjoint à Hanriot, commandant de l'armée parisienne. C'était donc un meneur dangereux. Il essaya plus tard, dans les notices biographiques qu'il préparait pour la postérité, de la tromper sur son rôle dans ces tristes journées. Rien n'est plus curieux à cet égard que la notice de la Biographie RabbeK A l'en croire, Hassenfratz aurait travaillé à faire avorter en partie le mouvement qu'il conduisait, u Nommé membre de la Commune révolutionnaire de Paris, il eut néanmoins assez d'ascendant sur ses collègues pour atténuer les mesures proposées. Il fit naître au 3i mai des lenteurs qui forcèrent d'exécuter de jour les arrestations qu'on avait d'abord résolu de faire la nuit', et eut le bonheur de faire rayer de la liste fatale un grand nombre de victimes. Nommé, avec onze de ses collègues % pour porter à la Convention la pétition élaborée à la Commune, il vit le combat s'établir entre les deux partis, il fut
I. Hassenfratz était mort en 1827, et la Biographie esl de 1834. Mais l'article paraît bien avoir été rédigé sur ses notes.
■A. Les arrestations de nuit avaient été interdites par un décret du 20 septembre 1792, rendu sur la proposition de Gensonné.
3. Très exact. Voir Tuetey, Répertoir>\ (. \ III, n" 2661. Beaulieu afiirme (Essais historiques, t. \ , pp. liJ^, i35, iSg) • nie Hassenfratz, dans les délibérations des conspirateurs, insista pour qu'on fît décréter l'accusation et non la simple arrestation.
violent, mais moins dangereux parce que les complots nocturnes avaient été déjoués... » Plus loin, cette même notice affirme que cefutllassenfratz qui, une fois la besogne faite, amena le Comité central révolutionnaire à se dissoudre.
De cette apologie posthume, il semble bien ressortir qu'il y eut deux phases dans le complot : d'abord, arrêter d'emblée les Girondins les plus en vue; puis, la chose paraissant trop risquée, les faire frapper par la Convention ellemême.
Je dis frapper, car cette fois ce n'était plus, comme au lô avril, leur « éloignement » qu'on réclamait; c'était même plus que leur arrestation ; il ne s'agissait de rien moins que de leur « mise en accusation »'. Les choses avaient marché depuis six semaines.
Cette liste de 2/i noms, apportée par Hassciifratz le l'^'^juin au soir-, comprenait :
Barbaroux, Birotteau, Boyer-Fonfrède, Brissot, Buzot, Chambon, Ducos, Dusaulx, Fauchet, Gensonné. Corsas, Grangeneuve, Guadet, Isnard, Lanjuinais, Lanthenas, Lasource, Lehardi, Lesage,