‹ La proscription des Girondins, 1793-1795Chapitre 119 sur 153 · i5 p. in-8". s. (I · texte numérisé non relu

i5 p. in-8". s. (I

\. 3« p. in S".

."». \ oir plus liaiil, p. «vS.

l[\!\ LA PROSCRIPTION DES GIRONDINS.

janvier 1796, commençait dès l'automne de 179^ sa campagne anti-jacobine.

L'ancien conseiller au parlement de Metz, avec une rare puissance d'argumentation juridique, examine successivement les trois questions suivantes :

i" Y a-t-il lieu à accusation contre les détenus ?

2" Est-il utile de prolonger leur détention et de les tenir séparés de la Convention nationale i>

3"* La Convention a-t-elle le droit de les exclure de ses séances sans les mettre en jugement?

Inutile de dire comment il répond sur ces trois points. Mais il est intéressant de citer ce qu'il dit du 3i mai.

« Le 3i mai a produit du bien, il a produit du mal ; il serait absurde d'y tout confondre.

« L'assemblée était divisée; les partis étaient exaspérés ; les haines étaient irréconciliables. Los généraux, les armées mêmes flottaient entre les hommes qui se partageaient l'opinion publique. La défense de l'État en était et moins énergique et moins assurée. L'insurrection a abattu un des deux partis; elle a rétabli l'unité de la Convention ; les troupes, les généraux n'ont plus eu qu'un même esprit, et l'armée a volé sans distraction à la victoire; voilà le bien.

« Mais c'est la force et la violence qui ont rétabli l'unité dans la Convention; mais dans le

LA REINTEGRATION. 2/îiJ

parti victorieux il y avait un grand nombre de scélérats, et dans le parti vaincu un grand nombre d'honnêtes hommes éclairés ; mais la tyrannie la plus sanguinaire a été le prix de la victoire ; mais la contre-révolution s'est faite au dedans, tandis que douze cent mille guerriers défendaient la Révolution au dehors; mais la propriété a été |)artout violée ; partout le sang a coulé; des déserts ont été fondés là où il y avait des habitants, des cendres ont couvert des contrées où il croissait du blé; mais les habitudes du peuple et sa morale ont été corrompues... voilà le mal qui nous est venu du 3i mai. »

La brochure de Rœderer eut un grand retentissement.

On remarquera que toutes ces publications étaient dans le sens girondin. Pas une dans le sens opposé*. liC 3i mai était définitivement condamné dans l'opinion publique.

En même temps, les événements se pressaient : le 'iç) octobre, la Convention avait décidé depour-

I . Itabeuf avait écrit une brochure contre le rappel des >()i>:anle-qirmze. Il la soumit en épreuves à Fouché, qui rcmiMVIi.'i de la publier (aveux de Fouché, au MiHiUcur, < Mricc du ag janvier 1795).

2/|() L\ PROSCRIPTION l)i:S f;iUOM)I\S.

suivre Carrier; le i i novembre elle avait volé son arrestation, et le 2.S novembre, par ^iqG voix sur 500, elle le décrétait d'accusation ; il allait être condamné le j (i décembre.

Le .')) octobre, l'Assemblée avait voté unsecoui> aux enfants de Lauze-Deperret'.

Dans la nuit du 11 au 12 novembre, on avait (ermé le club des Jacobins.

Déjà d'ailleurs les députés élargis agissaient comme s'ils eussent été réintégrés. Le 5 novembre, c'est Gorbel qui demande un congé de deux mois (six décades), pressé qu'il est d'aller retrouver ses électeurs du Morbihan ; même congé pour l\i\e, le /( décembre ; même congé pour Amyon, le 8 décembre, — le jour où allait être votée la réintégration, — « pour aller respirer l'air natal » du .lura.

Enfin, le 5 décembre, Lecointre renouvelait sa dénonciation contre Amar, Barère, Billaud-Varenne, Gollotd'Herbois, David, Vadier et Voulland, et cette fois la Convention, au lieu de déclarer la dénonciation calomnieuse comme elle avait fait le 3o août, l'avait renvoyée à ses Comités. Quel chemin parcouru depuis trois mois !

C'était donc le moment ou jamais de revenir à la charge sur cette question du rappel, d'exiger le

LA RÉINTÉGRATION. ll^']

dépôt de ce rapport attendu depuis \q 9.2 octobre et que les Comités retardaient toujours. Non qu'ils ne fussent sincères dans leur désir d'apaisement, mais parce qu'ils sentaient trop combien la question était embarrassante : demander à la Convention de se déjuger, de revenir dix-huit mois en arrière, et en même temps déplacer détinitivement la majorité dans l'Assemblée !

Enfin , le 7 décembre, Guéri n (du Loiret) demande en termes pressants que le rapport soit déposé le II, et un décret est rendu en conséquence.

Les Comités*, mis au pied du mur, se décident enfin, et, sans attendre cette date du 11, s'exécutent dès le lendemain 8. Merlin (de Douai) vient, en leur nom, non pas lire un rapport, — c'était décidément par trop difficile, — mais simplement proposer un décret de rappel des « Soixantetreize ». On le vote sans discussion, en ajoutant à la liste Dulaure et Devérité% bien qu'ils fussent

I. Depuis le 5 décembre, le Comité de salul public avait «'■lé renouvelé par inoilié. sans changement notable dans l'orientation. Le plus sit^nificalif, c'est que Tliurioten était sorti et que Boissy d' An«rlas y était entré. — Au Comité de sûreté «;én«'rale, renoiivelé à la même date, pas de changeiiMînt manpiant. Le Comité de législation fut renouvelé en partie le 7 décembre (P. V. (].,t. Ll. p. .H5). Pas de chan- ;.'einerit notable, sauirentrée de David-Delisle. jadis jacobin.

•i. Dulaure fut rappelé sur la proposition de Monestier, son collègue du l'uy-de-Dôme, montagnard notoire ; Dc- \('Til(''. sur celle d'Aiidrc' Dumorit. son collègtie de la

2/|8 LA PUOSCllIPTION DES GIRONDINS.

contumaces et par conséquent hors la loi. On ajouta aussi Couppé, (Jiroust, et Thomas Paine, dont les cas étaient particuliers.

Somme, qui avait lui-mome, au 8 juillet 1793, fait décréter son arrestation. Le catalogue du libraire Lemasie, de février 1909, n" 92, signale une lettre fort curieuse adressée par André Dumont à Devérité, le 24 juillet 1798. DumonI se défend d'avoir agi par vengeance : « Autant j'ai mis de zèle à proposer l'arrestation provisoire et que j'ai cru nécessaire, autant j'en mettrai à accélérer la décision, et il me sera bien doux, si je le peux, de proposer moi-même le rapport de votre décret d'arrestation. La sincérité de mes principes, quand il s'agit du salut de mon pays, n'aura jamais pour base la vengeance, ce sentiment répugne à mon âme, je préférerai toujours la paix et l'union aux crises et à la discorde. » Cette lettre fait honneur à André Dumont. On était d'ailleurs, au 8 décembre 1794, dans une atmosphère de pardon et de réconciliation. Devérité sollicitait depuis plusieurs semaines son rappel. Le Catalogue de 1862, n" 234, mentionne une lettre de lui au président de la Convention. « 11 a, dit-il, mis sous les yeux de la Convention une réclamation imprimée, et il reste toujours proscrit... Ne pas nous admettre à siéger, c'est renouveler nos douleurs de quinze mois. » La pièce n'est pas datée, mais le calcul de « quinze mois » — le décret d'arrestation contre Devérité étant du 8 juillet 1798 — nous porte àocto bre 1794. C'est sans doute comme suite à cette démarche que la Convention, dans sa séance du 5 décembre, avait déjà demandé sur lui un prompt rapport à ses Comités (P. V. C, t. L, p. 397).

Couppé fut inscrit sur la demande de Guyomar, son collègue des Côtes-du-Nord. Thomas Paine était prisonnier au Luxembourg depuis le 28 décembre 1798. C'est sur la motion de Thibaudeau qu'on vota son rappel.

J'ai déjà dit que Giroust était interné à Brest (voir plus haut, p. 289).

LV RKI>TÉGRVT10>. 2^1^

Voici la liste complète des rappelés :

Amyon, Aubrv ,

Bahey, Bailleul, 13lad, Blanqui, Blaiix, Blaviel, Bohaa, Brunel,

Gazeneuve, Ghastellain, Gorbel, Gouppé,

Dabry, Daunou, Delamarre, Derazey, Descamps, Despinassy,

DevérUé, Doublet', Dubusc, Dugué d'Assé, J)ulaure, Dusaulx,

Estadens,

Faure, Faye, Fayolle, Ferroux, Fleury, Forest,

Garilhe, Girault, Giroust, Grenot, Guiter,

Hecquet,

Jary,

Lacroix, Laplaigne, Laurence, Laurenceot, Lcbreton, Le/e6y/e, Loire-Inf.), Lefebvre(Seine-Inf.).

Maisse, Marbos, Massa, Mercier, Michel, Moysset,

Obelin, Olivier-Gérenle ;

Paine, Perles, Peyre, PhUippe-DeUcvlllc ,

I. Mort à La Force, le a/» novembre 1793. D'ailleurs l'erreur initiale qui, dans le décret du 3 octobre 1793, avait fait accoler son nom à celui de Dabray, « Dabra y- Doublet »,

2i)0 LA pj;osciui»Tio\ r)F:s (.IHONDINS.

Quéinncc,

llabaul-Poinier, Ribereau, Richou, RivautI, Rouaull, Rouzet, Royer, Ruault,

Saint-Prix, Saladin, Salmon, Saurine, Serre, Soulignac,

ïournier-,

Varlct, Vernler, Vincent.

Au total, 77 noms (après avoir retranché celui de Doublet), à savoir :

I" Ceux des 67 députés détenus qui avaient été rendus à la liberté entre le 17 et le 27 octobre.

a** Ceux de 7 députés en fuite, par conséquent contumaces et qui auraient dû être considérés comme hors la loi. Mais on ne tenait pas alors à y regarder de si près.

3" Trois noms, ajoutés en séance, de députés qui n'avaient été atteints par aucun décret, mais qui étaient cependant en arrestation ou en fuite (Despinassy*, Giroust et Thomas Paine).

Le lendemain, 9 décembre, les députés réintégrés vinrent siéger, et Dusaulx, leur doyen d'âge,

I. Despiiiassy avait cependant été atteint indireclcment par le décret du 11 septembre 1798, approuvant son arrestation à Marseille par ses collègues. Voir aux Appendices.

LA REINTEGRATION. 201

remercia en leur nom la Convention dans un discours louchant, où il jura qu'ils rentraient en oubliant « tous ressentiments ». Cet ancien traducteur de Juvénal était comme le porte-paroles des Soixante-quinze ; c'était déjà lui qui avait remercié Amar aux Aladelonnettes le 23 juillet précédent. Je l'aime mieux dans ce nouveau geste. Tous ne tinrent pas la promesse solennelle d'oubli qu'il venait de faire pour eux.

Page 1