CHAPITRE XVII
Le retour des hors la loi.
l\cstait à faire rappeler à la Convention les w liors la loi », tant ceux désignés nommément aux décrets des 28 juillet et .'] octobre 1793 que ceux qui, ainsi que je l'ai déjà expliqué, s'étaient trouvés rangés dans cette catégorie par applicacation rétroactive du décret de Saint-Just, de ce seul fait qu'ils étaient contumaces.
De tous les Cirondins (jui n'avaient pas péri, ils étaient les plus en vue. par le talent, le caractère, la réputation. C'était donc ceux dont la réappnrilion rlevait le ])lus incjuiéter la xVlontagne. raison <lr plus pour (pie la Plaine et les débris de la Gironde, renforcés par le retour des S(M\;nitc- (juin/e, désirassent ardemment leur ra|)pei ', (pii leur ramriieiail dos chefs.
I r.irmi \i'^ jiMii ii.ilislrs (|ni piiiciil f.iil ri ciiim' |)()iir
25/1 LA. PllOSCUIPTION DES CilHONDINS.
Déjà, dans la séance du 7 décembre, on avait suspendu toutes poursuites contre eux : « I.;i Convention nationale décrète la suspension provisoire de l'exécution des décrets de mise hors la loi rendus jusqu'à présent, et renvoie aux Comités pour faire un prompt rapport sur cet objets » La question était donc posée, même avant le rappel des Soixante-quinze, et, en attendant qu'elle fût résolue, les proscrits pouvaient reparaître à visage découvert.
Et déjà, ils faisaient entendre leurs voix.
A la séance du 5 décembre, on avait lu à l'Assemblée — cette fois, on lisait les lettres des proscrits— une lettre de Lanjuinais% datée du 21 novembre (i'' frimaire), où il demandait fièrement justice. Il rappelait avoir déjà écrit à la Convention dès le 9 octobre, et disait : « Je languis depuis dix-huit mois bientôt dans un cachot. » En réalité, il n'avait pas quitté Rennes, caché dans sa propre maison.
les proscrits, signalons Boanliou. qui dit (Essais hisloruiues, t. lll) : « J'ai défendu, par les moyens qui étaient en moi, ces prétendus philosophes (les (îirondins), dans leurs jours de détresse. J'ai contribué, avec quelques t'rançais, à retirer de l'abîme ceux qui ont survécu à une proscription fameuse. » Ceci doit s'appliquer surtout à la campagne pour leur rappel.
2. Monileur dn 7 décembre; Musée des tirchircs iKdioïKili's, n« i423.
LK RETOUR DKS HORS LA LOI. 2t)0
Puis, à la séance du 8, un peu avant que Merlin vînt proposer le rappel des Soixante-quinze, on avait entendu une lettre du père de Doulcet, demandant que son iils, « mis en état d'accusation et ensuite hors la loi pour ne s'être pas présenté, fût autorisé à se mettre en jugement devant le Tribunal révolutionnaire* ».
A la séance du 9, Grégoire vint demander le lappel de Lanjuinais, et la Convention, sur la proposition de Girot-Pouzol, renvoya ralTaiie aux Comités, « pour faire, sous trois jours, un rapport sur tous les députés mis hors la loi* ».
Un membre demande alors que La Uevellière- Lépeaux, démissionnaire du i3 août, — a qui n'a disparu, dit son ami Creuzé-La touche, que parce fiu'on est venu une nuit pour l'enlever », — et (|ui n'a pas été remplacé, soit rendu à son siège. Même proposition pour Daubermesnil, aussi démissionnaire ('2 mai et 9 décembre 1793). Kenvoi aux Comités'.
Séance du 10, lettre de Kouyer, a faisant {passer à la Convention un mémoire justificatif de sa conduite* ».
Séance du 12, lettres de Ilenr\-Larivière, « pour
■'■■ 'fl-^ pp. 70 '"<«>■
;;, hi.. |). 80.
'i. hl-, p. ()i ; MiHiih-iir dii 1.'?.
25(1 L\ PROSCRIPTION DIÎS GIRONDINS.
provoquer l'examen le plus sévère de sa conduite et de ses opinions ' », et de Vallée, « qui demande à rentrer dans le sein de la Convention^ ».
Séance du i3, lettre identique de Mollevaut '.
Séance du i/|, lettres de Defermon, « réclamant le rapport du décret qui l'a mis hors la loi* », et d'Isnard, qui, « depuis quinze mois errant de souterrain en souterrain », demande à être jugé ', et nouvelle lettre de Lanjuinais, ré-
■Jt. Id., p. ia4-
3. Id., p. i63. Le Moniteur du i6 donne le texte de cette longue lettre.
/(. Id., p. 190, etTuetey, t. VIII, n°36o3. Cette lettre, non moins longue, est aussi au Moniteur du 16. En voici l'analyse, d'après le Bulletin d'autographes de M. Noël Charavay de mars igoô :
(( Il fut témoin des (Wénemenls des 3i mai et 2 juin ; il les considéra comme un attentat à la liberté de la représentation nationale (cette dernière phrase a été biffée); il crut de son devoir d'envoyer à ses électeurs des détails sur ces événements. Une de ses lettres fut dénoncée, et il s'ensuivit un décret d'arrestation, auquel il crut prudent de se soustraire. Defermon vient d'avoir connaissance du décret qui rappelle au sein de la Convention 74 de ses membres. Il désire n'être pas excepté de cette mesure. « Je ne de- « mande que la liberté pour justifier ma conduite et de « défendre mon innocence devant des hommes qui veuil- (( lent encore écouter la raison et la justice. » La pièce porte en marge un renvoi aux Comités réunis de salut public et de sûreté générale, signé par Le Tourneur. »
5. P. V. C, t. LT, p. 191 ; Moniteur du lO. Le texte du Moniteur diffère en plusieurs endroits de cehii ([ue publia
clamant « d'être traité comme ses autres collègues' ».
A son tour, dans une lettre enflammée, datée du 10 décembre (20 frimaire), Louvet, rentré de la Suisse, où il avait trouvé son dernier asile% Louvet s'écriait : « ... Je demande que vous me rendiez le feu et l'eau... Amal* et Barère sont au milieu de vous; réduisez-les, pour la première fois, à regarder leur victime en face. Contraignez-les enfin à m'accuser moi présent .. . » La lecture de cette lettre n'est pas mentionnée au Procès-verbal de la Convention ; mais elle était sûrement parvenue à l'Assemblée, car Merlin, dans son rapport du 17 décembre, va la mentionner parmi les lettres renvoyées aux trois Comités\
Isnard lui-même dans sa brochure, Proscription d'Isnard, qui parut au commencement de 1795. Il l'avait probablemont retouchée.
1. P. V. C, t. LI, p. 193. Omette lettre de Lanjuinais est ^^ans doute celle que donne, sans date, l'éditeur de 1828 des Mémoires de Louvet Cpp. 3 17-8 18) : « Après m'étre délivré de mon garde, sans le violenter ni le corrompre, sans môme lui parler, je me tins quatre jours caché dans Paris. » Il raconte ensuite qu'il gagna Rennes. Puis il discute avec beaucoup de force le décret du i3 mars 1794 et son application aux députés qui à cette date étaient déjà fugitifs. « On ne peut, sans crime, donner aux lois un elfet rétroactif. »
2. Voir mon article sur « la proscription de Louvet » dans la Révolution française d'avril 1905.