CHAPITRE III
Juin 1793. Protestations, démissions, évasions.
Le Comité de salut public n'avait pas conduit le coup de force du 2 juin ; mais il l'avait laissé faire, et il voulut du moins en tirer parti.
Depuis sa création (6 avril), il se composait de neuf membres, presque tous Dantonistes*. Des adjonctions successives, du 5 juin au [\ juillet, allaient porter ce nombre à dix-huit. Bien que (^outhon et Saint-Just fussent ainsi entrés au Comité, la majorité restait disposée aux transactions.
Le plus pressé, c'était de reprendre le gouvernement à l'émeute, et, pour cela, il fallait que le Comité central disparût. Il le devait, puisque sa triste besogne était faite. Ce n'est pourtant que le 0 juin (jn'il se décida à se dissoudre'. Barère,
1, H;ii('r(\ Hroard (remplacé le 5 juin par Berlier), Camhori, Danton, Delacroix (d'Eure-et-Loir), Delmas, Guyton- Morvcau, Kobert Lindet et Trelihard.
2. Aulard, lllslolrc p()lili(iiu\[\. Vioel suiv.; — Id., Recueil <lrs ndes du Coniilr de snlnl public, t. IV, pp. /j3o, flC)'^ ; — ruclcy, Répertoire, l. I\, mlrod., p. cm.
/|2 LV PROSCIUPTION DES GIIIO.NDINS.
qui était alors, sous Danton, le porte-paroles di Comité de salut public (comme il le sera plus tard sous Robespierre), en prit acte dans un lon^^ rapport à la Convention*.
Cependant, la Commune de Paris se liàlail de mettre à exécution le décret du 2 juin, ce qui était d'ailleurs dans ses attributions; dès le 3, elle lançait les mandats d'arrêt. Mais douze des proscrits avaient déjà disparu, les uns cachés dans Paris, les autres ayant pu en sortir : Brissot, Buzol, Chambon, Gorsas, Grangeneuve, Henry-Larivière, Lasource, Lesage, Lidon, Louvet, Rabaut et Salle. Il est vrai que Brissot fut arrêté le 10 à Moulins, ce qui ramène à onze le nombre des contumaces.
Les dix-sept autres députés arrêtés furent donc Barbaroux, Bergoeing, Bertrand-Hosdinière, Birotteau, Boilleau, Gardien, Gensonné, Gomaire,
I. Son rapport est au Moniteur, séances des G et 8 juin. Le Comité central révolutionnaire se reconstitua d'ailleurs, dès le 8 juin, sous le titre de « Comité de salut public du département de Paris » (Tuétey, loc. cit.). mais il ne fut plus qu'un bureau de dénonciations et n'eut plus la main sur les autorités régulières. On le voit en fonctions le 2G juin {Catalogue de 1862, n° 100). Lorsque le décret du 25 septembre 1798 eut interdit à tout Comité autre que celui de la Convention de s'arroger ce titre, il s'appela « Comité de surveillance ». Mais il ne fut supprimé tout à fait qu'en messidor an II (P. Caron, Paris pendant la Terreur, t. I, p. 48).
iiadet, Kervélégan, Lanjuinais, Lehardi, Mollevant, Petion, Valazé, Yergniaud et Viger. Sur ce nombre, huit pourront s'évader dans lecourantde juin, Barbaroux, BergoeingS Birotteau, Guadet, Kervélégan, Lanjuinais, Mollevaut et Petion.
La détention était d'ailleurs, dans ces premiers jours de juin, accompagnée de ménagements. Au 2 juin, Couthon avait spécifié que les députés seraient en arrestation « chez eux ». Le 3, un décret prescrivait qu'ils n'y seraient gardés que par un seul gendarme*. Le /», on avait stipulé (ju'ils continueraient à toucher leur indemnité de représentant. Ils pouvaient recevoir des visites, sortir de chez eux accomi)agnés de leur gardée < /est ainsi que Petion, le 28 juin, alla dîner (suivi de son gendarme) chez son collègue Masuyer, et en profita pour s'évader.
1. Dans les prcinicrs jours de juin (Tuetey, l.\ Hf, n"3274).
2. Mais les administrateurs de police de Paris, chargés «!•* rexécution, aggravèrent la mesure. Lanjuinais, dans sa lettre à la Convention du 3 juin, dit : » Je suis gardé par deux gendarmes. » Le Comité central révolutionnaire avait «Tailleurs décidé d'adjoindre au gendarme unique « deux bons sans-culottes». Birotteau aussi avait deux gendarmes
Tuetey, t. VIll. n" 3o.'i8, 5 juin).
3. Décret du i5 autorisant Birotteau à sortir avec son trdien; du lO, même autorisation pour Vergniaud. Mais
,' ne vois pas de décret pour Petion, qui cependant sortira !•' 23 avec son gardien. Il est probable (pi'on considérait que les décrets du i5 et du lO lui étaient applicables.
»ROSCRIPTIO> Di:S GIRONDINS.
Cependant les détenus adressaient chaque jour à rAssemblée d'ardentes et légitimes réclamations.
Le 3 juin, on lit à la Convention des lettres de Barbaroux', de Lanjuinais% de Vergniaud', de Viger*, protestant contre la violence qui leur a été faite.
Le 5 juin, lettre de Valazé; il ne veut pas de l'amnistie dont on parlait à ce moment ; il réclame d'être jugé.
Le 7 juin, lettres de Petion% de Birotteau^ et nouvelle lettre de Barbaroux'. La Convention, lassée d'entendre demander justice, décide de
1. Elle est aux Papiers de Robespierre, publiés en 1828, t. 1, p. i35.
2. Ibid., t. I, p. 199, mais datée à tort du 2 juin ; elle est nécessairement du 3.
3. Celte lettre de Vergniaud, du 3 juin, est au Moniteur du 8, mais mutilée. Seul, Le Républicain Jrançais donna le texte intégral. Elle a été reproduite par M. Vatel, Vergniaud, t. II, p. 190.