Papiers de Robespierre, t. I, p
renvoyer désormais au Comité de salut public toutes les lettres de ce genre, sans en entendre la lecture. Le 25 juin, décret semblable.
Le 8 juin, Lasource, de sa retraite inconnue, adressait au président de la Convention une longue et violente lettre, qu'il fît imprimer et placarder sur les murs de Paris*.
En même temps, les proscrits se tournaient vers leurs commettants. Le jour même du 2 juin, Gensonne, pendant qu on votait son arrestation, rédigeait dans sa chambre, en attendant qu'on vînt le saisir, une admirable « Déclaration », sorte de testament politique, qu'il adressa à son dépar- Icmenl de la Gironde, et dont il envoya copie à plusieurs autres administrations départementales^
« ... Considérant qu'au moment même 011 je liace à la hâte ces lignes (à trois heures de l'aprèsmidi), j'ai lieu de croire que la Convention nationale va être forcée d'ordonner mon arrestation ou de la laisser faire, et que je dois m'attendre à devenir, dans peu d'instants, la victime d'un mouvement populaire ou d'un assassinat prétendu juridique;
I. l'ubliéc par Morlimer-Ternaux. (. \ 11, p. 557, et par \ ivie, La Terreur à Bordeaux, t. I, p. 220.
a. On la reçut à Bordeaux le 8 juin. (Wallon, Le 31 mai, t. II, p. 79.)
^|(j LA PROSCRIPTION DES GIRONDINS.
c< Je déclare aux citoyens de mon département et à la France entière que je bénirai le sort qui m'est réservé si ma mort peut être utile à l'établissement de la République et préparer le bonheur du peuple français... » M
J'abrège à regret. Il faut lire tout entière dans Mortimer-Ternaux (t. Vil, p. 555) cette sublime déclaration où le grand Girondin, en s'écriant /( qu'il a vécu et qu'il mourra républicain », adjure ses concitoyens « de ne pas imputer à la majorité des habitants de Paris les excès que, dans les circonstances oii nous nous sommes trouvés, elle n'a pu ni empêcher ni prévenir » et « de réserver toute leur haine pour les scélérats qui ont médité et fait exécuter cet infâme projet... »
Nobles paroles, d'un grand cœur et d'un esprit vraiment politique... Gela valait mieux que les bravades d'Isnard! v
Les protestations se succédaient d'ailleurs dans le sein même de l'Assemblée.
Déjà, dans la séance du 2 juin, u le décret avait à peine été prononcé, dit le Procès-verbal de la Convention \ qu'un grand nombre de députés sont