Moniteur, t. WIV, p. Oôg
YI. — SILLERY.
L'aft'aire de Sillery doit être examinée de près. Dès le i*"' avril, Lasource (il ne prévoyait pas qu'ils périraient ensemble sept mois plus tard !) avait proposé de le mettre en arrestation chez lui, en raison de ses relations avec Dumouriez, et le 4 avril (Moniteur du 7) Sillery avait dit lui-même : « Je demande à être gardé à vue, mais je prie la Convention de ne pas me priver de venir à ses séances », et la Convention avait rendu, pour lui et pour Égalité, un décret conforme : « Seront gardés à vue, avec liberté d'aller oii ils jugeront à propos, dans Paris seulement. » (Tuetey, Rép., t. YIII, n" 3283). Le 6 ayril, Marat les avait presque défendus, et c'est Delahaye, un Girondin, qui avait demandé le décret d'accusation contre Egalité! Finalement, la Convention avait maintenu l'arrestation de Sillery, et le io avril Robes- |)ierre avait même proposé de le traduire au Tribunal révolutionnaire.
Or, le 6 juillet, Sillery disait à la Convention (P. Y. C, t. XY, p. 109 ; Moniteur du 8) : « Depuis trois mois, — je suis gardé à vue depuis trois mois, — je sollicite le rapport de ma con-
duite; on n'a encore rien articulé contre moi; je demande à être délivré de cette oppression. » Ainsi, au 6 juillet, il siégeait encore!
Il fmit par vouloir se délivrer lui-même, quand sa mise en accusation eut été proposée à l'Assemblée, le 2 août, pour faire suite à celle de Carra (P. V. G., t. XVIII, p. 54). Pendant que les agents chargés de son arrestation apposaient les scellés (3 août), ce goutteux béquillard s'était évadé par une porte de son jardin... Mais il était repris quelques heurçs après (Tuetey, t. VIII, n" 32/|6), et le Comité de salut public, avant même de savoir qu'on l'avait ressaisi, décidait que « Sillery, député, qui s'est soustrait à la surveillance du gendarme qui le gardait, sera arrêté partout où il pourra se trouver et conduit en lieu de sûreté, où il sera détenu jusqu'à ce que la Convention en ait autrement ordonné. » (Aulard, Salât public, t. V, p. 460.) C'est alors que Sillery fut ^croué au Luxembourg, où il retrouva Lasource.
Il était soigné là par « une vieille amie », qui avait obtenu d'être placée auprès de lui comme garde, et, au dire d'Héléna Williams S qui était prisonnière avec eux, l'ancien libertin, réconcilié avec Lasource et converti par lui, composa pour lui « un cantique » !
I. Lettres sur les événements da 31 mai 1793 au 10 thermidor 179 h, pp. 35-45.