CHAPITRE IV Juillet
Telles étaient les dispositions, relativement conciliantes, du Comité de salut public, toujours dantoniste en majorité, alors qu'il avait à préparer son rapport sur les représentants décrétés d'arrestation le 2 juin. Ce rapport aurait dû être déposé depuis longtemps, car le décret du 2 l'avait demandé « dans les trois jours ». Mais ni le Comité central révolutionnaire ni la Commune n'avaient apporté, malgré des rappels pressants et réitérés, les charges qu'ils prétendaient avoir rassemblées contre les proscrits*, et les semaines s'écoulaient. Il fallait cependant en finir.
I . Ilassenfratz allait cependant annoncer aux Jacobins, le 1" juillet, que sa section (Faubourg-Montmartre) venait de présenter à la Convention deux cents(!1) chefs d'accusation contre les députés détenus. « Cette liste, disnil-il. est à l'impression et sera distribuée aux députés. » le n'ai [)u me procurer la brochure. En voici du moins le titre, d'après M. Aulard (Jacobins, t. V, p. 28/jj : « Chefs d'accusation contre les trente-deux députés détenus, rédigés par la section du Faubourg-Montmartre, 24 p. in-8". » En tout cas, le factum de Hassenfratz arrivait en retard. Le rapport de Saint-Just était fait depuis le 3'» juin.
68 L\ piioscnii»TiON Di:s r.moNDiNS.
J'ai dit que le Comité était toujours dantoiiistc. Il est vrai qu'il s'était accentué, depuis l;i lin de mai, par l'adjonction de Coutlion et de Saint-Just, et on s'en était immédiatement aperçu, car c'est Gouthon qui avait en son nom, à la tribune, dicté le décret du 2 juin. Tel quel, il n'en semblait pas moins incliner vers les transactions. Baudot alïirme' avoir entendu dire alors à Cambon, membre du Comité dès l'origine, et membre inlluent, que, au début, « il avait été posé en principe dans les Comités qu'aucun député girondin ne serait mis en jugement ». Mais ce plan de s'en tenir aux arrestations, sans poursuites, en admettant qu'on l'ait eu un moment, ne dura pas. Du i3 au 20 juin, Buzot, Duchastel, Barbaroux, Brissot, avaient été successivement décrétés d'accusation. Et pouvait-il en être autrement.^ En quittant Paris pour aller allumer la guerre civile, les Girondins fugitifs n'appelaient-ils pas forcément des représailles , non seulement sur eux, mais aussi sur leurs collègues prisonniers?
Le Comité voulut du moins limiter les proscriptions, ainsi qu'on va le voir.
Le 19 juin, il avait chargé Saint-Just du rapport; le 24, il en entendit la lecture; le 2 juillet,