LES SOIXANTE-QUINZE
(l'accusation le 3 octobre, à la Conciergerie le 6. (11 y était dès le A.) (Tuetey, t. VIII, ir 3349-)
SuL" les dix-sept prévenus réuuis là dès le fi octobre, six provenaient de TAbbaye, trois de La Korce, trois du Luxembourg, et les six autres avaient été écroués directement sur mandais de la mairie'.
Kaconlerai-je les sept séances de ce lamentable procès (2^i-3o octobre) et la funèbre journée de l'exécution du 3i octobre? Non, car je n'aurais lien à ajouter à ce (ju'on en sail-, et j'ai déjà dit
I. J'ai pris les dalos dos écrous dans Granicr de Cassaj,Miac, Uislo'ire dea Girondins et des massacres de septembre, t. I, pp. H5-37, d'après les données à lui fournies par M. Lal)at, archiviste de la préfecture de police. Un décret du I () septembre avait décidé que la Conciergerie serait rcser- \ée aux prévenus traduits devant le tribunal révolutionnaire. (^Tuetey, t. Mil, n"i7o().)
■i. Je ne veux examiner qu'une circonstance. Ce <( dernier banquet des Girondins », raconté par Thiers (llisl. de la Hévolution française, t. IV, p. ^90), poétisé par Charles Nodier, Lamartine, Michelel, etc., serait-il une pure ficlion? C'est ce qu'ont soutenu Granier de Cassagnac, et, après lui, un historien plus sérieux, M. Biré (La légende des Girondins, pp. /iifi-'i2()). 11 y a cependant deux textes qui permettent de dire que les condamnés s'assirent ensemble à un dernier repas.
(Test d'abord Hu/ol, (pii dil.dans ses Mémoires, écrils dans riiJNcr (If 1 7<).'> à i~[)'\ '■ " Mes amis (irciil ensemble
que je ne prétends, dans cette étude, qu'à apporh i des précisions soit dans les laits, soit dans leur enchaînement*.
un dernier repas; il fut aimable; la gaieté même n'y manqua point. Un domestique de Duprat les servait » (éd. de 1823, p. 173). Qu'on ne vienne pas dire que Buzot, alors caché à Saint Émilion, ne pouvait être renseigné. Nous savons, au contraire, que, par des moyens ignorés, il était tenu fort exactement au courant de ce qui se passait à Paris. Une objection plus sérieuse, c'est que ce passage de l'édition de 1823 ne se retrouve pas dans l'édition de 1866, donnée d'après le manuscrit autographe entré en i863 à la Bibliothèque nationale. Serait-ce donc une interpolation de l'éditeur de 1823? Mais l'honnête Julien Guadet ne saurait être soupçonné d'un tel procédé. Il est beaucoup plus simple d'admettre que la copie authentiquée d'après laquelle il donna son édition contenait des feuillets qui manquent au manuscrit original dans son état actuel (j'ai moi-même publié, en igoô et 1909, dans la Revue des Pyrénées, deux fragments autographes considérables qui manquent à ce manuscrit).
L'autre texte est celui du Diurnal de la Révolution, publié en 1797, et dont l'autorité est sérieuse. On y lit, page 193 : « Ils (les Girondins) passèrent le reste de la nuit qui précéda leur supplice à boire du punch et à faire retentir la Conciergerie de leurs chants... »
M. Biré lui-même reconnaît « qu'il est possible que les Girondins, au sortir du tribunal révolutionnaire, aient pris ensemble quelques aliments... » Eh bien alors?
I. Pour que la liste fût complète, il faudrait y ajouter Coustard, exécuté le 7 novembre, le même jour que Philippe-Égalité, et Marc-Antoine Bernard, le suppléant de Barbaroux, qui, ayant pris séance le 20 août 1793, avait été dénoncé comme fédéraliste le 19 novembre, décrété d'arrestation, puis jugé et condamné le 23 janvier 1794.