‹ La proscription des Girondins, 1793-1795Chapitre 87 sur 153 · I. ructcN, t. \, îl' iOlO · texte numérisé non relu

I. ructcN, t. \, îl' iOlO

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lyC» l,\ l'UOSrUIPTION DES GIRONDINS.

étaient dirigées, qu(; les ('omités voulaient pK venir (ont mouvement dans Paris en leur faveur'

Mais le terrible décret du i3 mars avait, pour les Girondins, d'autres ronséquences que d'atteindre quelques-uns dos leurs, plus ou moins obscurs.

L'article 8 disait brièvement : « Les prévenus de conspiration qui se seront souslruUs à Vexaincn (le hi justice seront mis nous l\ loi. »

Ainsi, tons les contumaces, sans distinction, non seulement ceux qui étaient décrétés d'accusation, mais ceux même qui n'étaient décrétés (pie d'arrestation, se trouvaient désormais, par le simple fait de leur fuite, placés dans le cas des (( hors la loi », c'est-à-dire privés même d'un simulacre de jugement-. Cette malheureuse caté-

1. Ou bien toutes ces mesures n'indiquent-elles qu'un surcroît de recherches policières dans cette quinzaine de crise .^ Le 25 mars, on va pour arrêter Defermon, en fuite dès juillet. On y était déjà allé le lo octobre. (Tuetey, I. Vm, n"^ 3598-3602.)

'.>.. VouUand avait déjà proposé, le 10 novembre 1793, « ([ue tout prévenu soit mis liors la loi s'il n'obéit pas au

LE DECHKT DL !>..) VlvMOSE A\ If. 177

jjforie (le proscrits, dans laquelle ou Détail rangé jusque-là que par un décret nominatif, s'étendait maintenant à tous les prévenus qui s'élaicnl dérobés à la justice du Tribunal révolutionnaire. Je ne crois pas que les historiens de la Révolution aient aperçu et signalé celte forme nouvelle de proscriptions. Elle a cependant sa gravité, et c'est avec raison que Lanjuinais la stigmatisera plus lard, dans sa lettre à la Convention du i3 décembre 179^4 : « M est dn >'> veidôse et l'ouvrage des triumvirs, ce décicl icirihlo qui, par une cruauté inouïe, frappe de mort les députés fii^ntifs. )) Et notez qu'en parlant ainsi Lanjninais ne plaide pas y>/v> domo, puisque depuis le -aH juillet 171).'^ il était hors la loi, lui, nominalivemenl.

Merlin de Donai se muiIci'îi j)1iis lard d'avoir introduit, dans la j)f()i'é'thn(' (ju'enlrainail Texécution du décret, des danses qui le rendaient inopérant, et d'avoir ainsi paralysé ce redoulablc instrument de mort'. Mais il n'imagina cet artifice que le 'a lhermi(l(H\ sepi jours avani l;i chnlc de Holx'spicrre.

«lécrot d'arreslalion ». cl ('aniillc Dcsinoulins s'> élaii ;•(''luMoiisomonl opposé. ( Xiiiard. iirnteiirs, I. II. |). îiS.i I. Séance du S mars i-i»."». {Muniteuv (\u 11.)

I,\ l'l<(>S( l;il'll(»\ DIS (illU)M)[NS,

l II autre aiiiclc du décrcl (arl. ji) atleignail c( (juicoiiquo recélerail cliez lui ou ailleurs » les lualhcureuv proscrils, cl déclarait qu'il serai! « regarde et puni connue leur complice ». (k'ilc menace odieuse à la ])itié humaine l'ut la cause déterminante de 1;i iiioil de Masu\er et du suicide de (loudorcel.

Masuyer , décrété d'arrcslalioiv le 2^1 juin, d'accusation le .') octobre, avait passé tout riii\er dans une i-eliaile sure', sans sortir de sa chamhjc. Mis lio]s la loi le i,'> mars, crai^iiit-il de com[)romellre son In'ilel^ \oulul-il simj)lemenl prendre Ijui- (\rs champs? Il alla \oir son ami liosc dans son asile rusiicjue de la foret de MontmorcncN , fut anèh' au relour au pont de Neuillv, reconnu, ramené à Paris, l.c (loniité de sûret(' iiénérale, auprès ducpiel il réclama (il prétendait étie dans un cas tre\ee])tion) , refusa de renlendi'c cl TeuNONa au Tribunal ré\ olutionnaire qui, après constatation (ridenlité, le li\ia à 1 ecbafaud (i() mars i'j()\)\

i. lîailleiil. [liiKinricli. p. -\.

■j.. Tiieiev. I. \ lit. Il ' ;î.")(i(i-;>:)7i

Li: DKCIKI-T Dl L^.) VKNTUSIv AN II. I 79

Coiidorcet, lui aussi, décrélé crarreslalion le S jiiillol, (raccusation le o oct(»bre, était depuis liiiil mois dans un asile où il semblait à l'abri de toutes reclierches. (l'était au n' •.>.\ de là rue des Fossoyeurs (aujourd'hui rue Servaudoni), ebez une M""' Vernet, ([ui tenait là une sorte de pension de famille. Condorcet y avait pour commensaux et amis les autres habitants de ll)ot(*l, Sarret, professeur de mathématiques; Marcou, député du Mont-Blanc à la Convention. Ils savaient qui il était, et leur discrétion était assurée. « (l'était Marcou qui apportait les livres, les journaux et autres papiers publics, et surtout les nouvelles du jour et de la Convention'. »

Condorcet dut d(uic connaître le jour même, ou le lendemain au plus tard, le terrible décret du I.) mars. Nul doute cpi'il n'ait sono:é aussitôt à (juiiler sa retraite, à fuir au loin. .Ius(pie-là, il n'était [)as décrété d'accusation ; arrêté par ses persécuteurs, il lui restait la ressource (combien vaine d'ailleurs!) d'un procès, d'une défense pu- ])li(|ue. Mais, aujouid'hui, liois la loi. il n'avait plus (pi'à attendre la guillotine, sans autre explication. Mais ce cpii réinul encore daxantage, j'(Mi suis peisuadi', c'est la pensée du péiil (pi'il taisait eouiirà sa ^(''néreuse hôtesse. On peu! même

lU)l)iiicl. ( oiiddi'frl . sa rir. son iriirrc. n

i8o i,\ i>hos<:hii»tio\ des girondins.

admettre qu'il s'en expliqua avec elle : « Lors(jue le décret du 28 jalllel, qui le mettait hors la loi, dit M. Robinet, eut été rendu, Condorcet fit observer à M'"' Vernet qu'en lui donnant asile elle encourait... la peine de mort tout comme lui. » Et l'admirable M'"" Yernet de répondre : « La Convention a le droit de mettre hors la loi, elle n'a pas le pouvoir de mettre hors de rhumanité. Vous resterez! » J'ai souligné l'erreur de date et de fait commise par M. Robinet. Le décret du 28 juillet n'avait pas prononcé le nom de Condorcet, et ce fut seulement le 10 mars qu'il se trouva hors la loi })ar mesure générale. Reporté à cette date, le dialogue devient vraisemblable' et n'en est que plus beau.

Tous les biographes de (Condorcet ont raconté comment, sorti de son asile et de Paris dans la matinée du 25 mars, il erra d'abord aux environs, puis alla, le 27, frapper à la porte de Suard, à Fontenay-aux-Roses, et n'y trouva pas l'accueil qu'il pouvait espérer. Suard, comme tout le monde, avait lu le décret et en mesurait la portée. Condorcet dut se retirer, le cœur navré, car

i. Selon M. (luillois [La Winjai.se de OmdorceL p. i/|3). (cllo coin «^rsal ion aurait eu lieu après le décret du i3 mars, cl à celte date elle serait tout à fait à sa place.

Mais M. (juillois ne dit pas sur (pielle autorité il la niel à ce uionient.

LK DÉCllE'l' DU 'J.'ô VE-MOSE \^ H. l8l

on connaît aujourd'hui , mieux qu'on ne le savait alors, les liens qui avaient uni Suard et sa femme avec Condorcet. Dans l'après-midi, il était arrêté à Glamart, conduit à la maison d'arrêt do Bourg-la-Reine, où on le trouva mort le 9.c) mars au matin.

(Combien celte douloureuse histoire devient plus tragique encore, si on la repasse à la sinistre lueur du décret du i3 mars 179/i î

Se trouvaient ainsi hors la loi, — en donnant une portée rétroactive à l'article 8 du décret, (Saint-Just l'entendait bien ainsi, et le Tribunal révolutionnaire également,) — les vingt -trois députés dont les noms suivent :

Andréï, Babey , Bonet, Bresson, Condorcet, Delahaye, Devérité, Doulcet, Dulaure, Duval, Gamon, Grenot, Hardy, Isnard, Le Febvrc (de la Loire-Inférieure), Masuyer, Meillan, Molle vaut, Philippe-Delleville, Rouyer, Savary, Vallée, Vernier et Vilet'. •

I. Sans parler de ceux des liors la loi du a8 juillet et du 3 octobre qui survivaient à celte date : Harbaroux, Bergooing, Buzot, Chassct, Dcfermon,(juadel,lIenry-Larivière, Kervélégan, Lanjuinais, Lesage, Louvct, Pelion, et Salle.

i.\ iM\os(:i\ii>Ti()N i)i:s <;fiu)M)ins,

Les deux i'ails caraclérisliqucs de ce terrihic îiiois de mars 179^1 qui vit tomber Jlébert el arrêter Danton sont done, au point de vue de la proscription des (iirondins : 1" l'incarcération eftective (sauf exception pour quatre) de ceux qu'on avait jusque-là laissés en arrestation chez eux; '>." le décret du i\) mars (jui vouait les fu«iilifs à la mort sans jugement.

CIIVJMTHE XII Les misères de la prison.

(M \ns-.îi iLi.KT 179^)-

VA les mois se succèdent pour les détenus, lenls cl iMonics, au milieu des privations, des avanies, des fausses espérances suivies de longues périodes d'abattemenl. Les héberlisles ne sont plus là, il <'st vrai, et les prisonniers ne sentent plus chaque uiatin le couperet sur leurs têtes, mais ils se demandent avec angoisse quand prendra fin leur <'Mj)tivité. Elle n'esl d'ailleurs adoucie en rien, car lc> aïeuls de la (^ommuue de Pai is. les aduiinistrateurs de police, qui se partagent la surveillanc(î des prisons, continuent à y appliquer sans mansuétude, à aggraver parfois les ordres du (îomité de sûreté générale.

.le manque de renseignements précis sur ces adiiiiiii^lialeurs de police. Combien cl;iieiil-iU ".'

(jiii les iionimaiH* quelles étaient leurs attributions précises? Il semble qu'ils pouvaient être pris soit dans le conseil général de la Commune, .soit en dehors. En tout cas, la surveillance des prisons leur incombait particulièrement. Tout indique qu'ils faisaient ce service par roulement. En fait, leur autorité était très grande. Nous connaissons, par les diverses relations publiées sur les prisons, les noms d'un certain nombre d'entre eux'. \ oici ceux qu'on rencontre comme ayant opéré à La Force.

I" Greppin. — Champagneux-, en parlant des visites nocturnes de la police à La Force, nomme un de ces tyrans subalternes, qu'il appelle Grépin, et qu'il qualifie de « nmnicipal ». Il fait ici une confusion de noms, et il aurait dû dire Greppin. En effet, Crespin (Pierre-Joseph), entrepreneur de menuiserie, do la section desGravilliers, membre du département de Paris, qui avait été un des organisateurs de la journée du 3i mai, ne faisait pas partie de la (Commune de Paris, tandis que

1. Oii en lrou\e plusieurs nommés au procès de Fouquier-Tinville, Dupommier, Faro, Wiltcheritz, « cordonnier , Hongrois et administrateur de police » (Bûchez, XXXIV, 363;, Dangé, Godard, Grespin (sic), Teurlot, Louvet, etc.. Dupommier, 35 ans, né à Paris, bijoutier, avait été du Comité révolutionnaire de la section des Droits de riiomme, rue de la Verrerie.

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