‹ La prospérité nationale de l'Allemagne de 1888 à 1913Chapitre 11 sur 17 · DD · texte numérisé non relu

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les autres ports européens

les ports noneuropéens

Total

Ces chiffres confirment les résultats des statistiques de notre commerce extérieur. Comparons encore une fois ce développement de PAllemagne avec celui de nos principaux concurrents (voir le tableau ci-contre).

Pour le tonnage des navires, PAllemâgne occupe la troisième place, à une distance énorme, il est vrai, de ^Angleterre et à une distance encore considérable des États-Unis. Pour les navires à vapeur, TAllemagne a dépassé d'un peu les États-Unis et a gagné la deuxième place.

Complétons ce tableau par quelques chiffres sur le mouvement des grands ports du monde. Nous nous

total

tonnage en milliers de tonneaux

llUlilUI C

à vapeur

tonnage en milliers de tonneaux

navires

llUilll/I ^

s à voile

tonnage en milliers de tonneaux

navire

iiuiiiui c

Allemagne

Grande-Bretagne et Irlande

États-Unis

Norvège

France

ta

es o

ÏDornerons à reproduire la statistique des sorties des navires à vapeur pour Tannée 1911.

Mouvement

Mouvement

total

avec l'étranger

tonnage net en 1000 tonneaux

Anvers*)

Marseille

Gênes . . ....

New-York (1911/12) . .

Pour les communications avec Tétranger, Hambourg ne le cède qu'à New-York et à Anvers*); ce dernier port doit une bonne part de son mouvement aux exportations et aux importations allemandes.

Malgré la petite étendue de son littoral et la configuration peu favorable de ses côtes, l'Allemagne a donc su, grâce à son énergie et son travail, acquérir une des premières places parmi les puissances maritimes. Les circonstances qui, il y a quatre cents ans, lors de la découverte de PAmérique et de la nouvelle route des Indes, détournèrent de l'Allemagne le commerce mondial

*) Le calcul du tonnage se fait à Anvers d'après un système un peu différent de celui en usage à Hambourg. Si Ton tient compte de ce fait, les chiffres d'Anvers seraient un peu inférieurs à ceux de Hambourg.

et Pattirèrent vers d^autres voies, n^ont pas changé. C'est à Tintérieur même de notre patrie que s'est opérée la transformation qui nous a valu dans le commerce mondial une position infiniment meilleure que celle que» nous avions rêvé, autrefois, d'occuper. Dans les siècles antérieurs, la base du commerce avec l'étranger était les richesses véritables ou supposées des pays d'outre-mer. Nous perdîmes notre place dans le commerce mondial lorsque de nouveaux chemins firent affluer ces richesses vers d'autres pays. Aujourd'hui, nous portons en nousmêmes la force sur laquelle repose notre commerce mondial. Notre commerce extérieur et notre navigation sont fondés sur les bases sûres de notre travail national et des forces productives de notre activité économique.

De même que notre commerce a grandi au fur et à mesure que se développait notre productivité, celle-ci a été à son tour stimulée par l'accroissement de notre commerce. En ce sens les paroles prononcées par l'empereur Guillaume II il y a vingt ans: «Le monde est régi par le mouvement des échanges», ne s'appliquent à aucun pays aussi bien qu'à notre patrie.

Cependant, tout en étant fondé sur notre travail national, notre commerce extérieur doit posséder des appuis durables et ferm'es au delà les frontières de l'Empire. Les étroites limites de notre territoire, l'uniformité des conditions climatériques de notre patrie, l'accroissement de notre population, l'augmentation et le raffinement toujours plus grand de nos besoins nous obligent à importer d'énormes quantités de matières premières et de produits alimentaires. Nous devons payer ces importations avec notre travail, et en particulier avec l'exportation des produits industriels. Le problème est donc à la fois d'assurer, dans la me-

sure du possible, IMmportation des matières brutes et ^exportation des produits industriels.

C'est là un problème dont la solution dépend en partie de la politique économique de TÉtat et principalement de sa politique commerciale.

La difficulté du problème consiste à maintenir et à développer les forces productives nationales tout en obtenant pour notre commerce extérieur, et principalement pour Pexportation de nos objets fabriqués ert Timportation des matières brutes, des conditions aussi favorables et aussi constantes que possible.

Sous le gouvernement de Fempereur Guillaume II, la politique commerciale allemande a trouvé à ce problème des solutions satisfaisantes. On peut affirmer ce fait sans risquer d'être fortement contredit, bien que les divergences d'opinions entre les partis soient particulièrement grandes dans le domaine de la politique commerciale.

L'agriculture et les indiustries, qui ont besoin pour se développer d'être protégées contre la concurrence étrangère, ont obtenu cet appui et ont fait de grands progrès. D'autre part, nous avons réussi, par le système de traités commerciaux à longue échéance, à ouvrir les marchés étrangers à notre exportation industrielle et les ports étrangers à nos navires; nous avons su en même temps garantir au négociant allemand des conditions favorables d'établissement et de développement.

Pour arriver à ce but, nous avons dû traverser une période de négociations difficiles avec les États étrangers, et de luttes intérieures entre les partis de gauche et de droite. C'est un des plus grands) mérites de l'empereur Guillaume II d'avoir, à son avènement, entre tant

de problèmes importants et compliqués, reconnu, dès le premier coup d^œil, le but à poursuivre et de s^être efforcé de Fatteindre avec autant de ténacité que de sang-froid.

Le fait d^avoir assuré des débouchés à notre commerce et des ports à notre flotte marchande ne saurait nous suffire. Le développement de notre industrie nous a mis dans une situation de dépendance relative vis-à-vis de l'étranger; cette dépendance exige un contrepoids. Il faut que par delà nos frontières notre esprit d'entreprise et nos capitaux disponibles puissent trouver un champ nouveau d'activité; il faut aussi qu'ils acquièrent une influence immédiate sur des territoires lointains, importants pour nos achats et nos ventes. L'acquisition de colonies d'outre-mer répond à ces exigences: dans ces pays, la domination politique est lè plus sûr garant de l'influence économique. Cette voie ne nous est malheureusement pas pleinement ouverte. Quand l'Allemagne, après avoir adhevé son unité politique, tourna ses regards vers la mer, elle s'aperçut que le monde colonial était déjà presque entièrement partagé. Nous devons donc, là où les chemins ne sont plus libres, poursuivre notre but par le moyen d'une politique économique prévoyante et active.

Notre politique coloniale fut inaugurée vers 1885. Ses débuts furent modestes mais décisifs pour son développement ultérieur. Jusqu'à l'avènement de l'empereur Guillaume II, on se borna à fonder quelques entreprises commerciales et à hisser notre drapeau sur certains points inoccupés de la côte d'Afrique et des îles du Pacifique. C'est sur cette étroite base que fut édifié l'Empire colonial allemand. Son agrandissement, son exploration géographique, sa conquête militaire, son organisation administrative, son exploitation économique sont

des œuvres qui furent exécutées depuis I^avènement de Tempereur Guillaume II, dans les dix ou quinze dernières années. La tâche fut grande et malaisée. Aux difficultés naturelles de ces régions, qui étaient les seules qui restaient à prendre, vint s^ajouter la résistance des indigènes. Tout le monde se souvient des grands sacrifices en hommes et en argent quMl fallut faire pour réprimer l'insurrection du Sud-Ouest africain. A ces difficultés dans les colonies mêmes vinrent s^en ajouter d'autres qu'on rencontrait dans la métropole: le manque d'intelligence du grand problème colonial, la pusillanimité, le scepticisme, le manque d'expérience et d'organisation, le manque de tradition. Un double insuccès économique et administratif marqua, comme c'était inévitable, ce début.

Aujourd'hui, ces difficultés de la première heure ont été pour la plupart résolues.

L'Empire colonial allemand a actuellement une superficie de 2 900 000 kilomètres carrés, soit environ cinq fois celle de l'Empire allemand, La population indigène dépasse, d'après les évaluations, 11 millions d'hommes. La population blanche compte plus de 27 000 individus, alors qu'il y a dix ans, elle n'atteignait pas 10000. En 1912, nos colonies africaines possédaient 3867 kilomètres de voies ferrées en exploitation et 696 kilomètres de voies en construction. Le commerce total de nos protectorats en Afrique et dans le Pacifique (importation et exportation) ne s'élevait qu'à 46 600 000 marcs, en 1898; il atteignait, en 1912, la somme de 263 millions; il a donc plus que quintuplé en quatorze ans. De plus, le Commerce de Kiao-Tcheou a passé de 34 500000 marcs, en 1902 à 260 200 000, en 1912. Le commerce de l'Aile-

magne aVec ses colonies, qui n^était que de 11 millions, en 1896, est aujourd'hui de beauœup supérieur à 100 millions.

Malgré la progression de ces chiffres, PEmpire colonial allemand n'en est encore, aujourd'hui, qu'à ses débuts. L'avenir devra le transformer en un débouché pour les produits de notre industrie et en un réservoir de matières premières, dont nous avons besoin (culture du coton) ; il deviendra ainsi un des facteurs importants de notre position économique dans le monde.

Notre activité dans les colonies n'est qu'une part de l'activité allemande à l'étranger, et surtout dans les pays d'outre-mer. La devise du marchand allemand est: «Mon champ, c'est le monde.» Bien avant que l'Empire allemand se fût mis en quête de colonies, bien avant même que l'Empire eût été fondé, on trouvait des négociants allemands sur toutes les places importantes de l'Europe et des autres continents. Beaucoup d'Allemands ont perdu de la sorte leur nationaUté. Beaucoup d'autres, il est vrai, ont su conserver leur caractère national et leurs relations avec la patrie. Ils forment un des plus précieux éléments de la «plus grande Allemagne». Tout en ayant leurs racines en terre étrangère, leurs entreprises commerciales, industrielles ou agricoles fortifient la position de l'Allemagne dans le commerce du monde. Ceci est tout particuHèrement vrai des grandes œuvres que l'esprit d'entreprise et le capital allemands ont créées dans les territoires extra-européens au cours des trente dernières années: grandes entreprises électriques, travaux d'irrigation, chemins de fer surtout — comme ceux de Bagdad et du Chan-Toung. Ces nouvelles voies

ferrées ouvrent, sous Tégide de PAllemagne, de vastes territoires à la culture, facilitent Texploitation des richesses naturelles fort utiles à notre économie nationale et créent des débouchés favorables à notre exportation. L^Empereur a toujours accordé à ces grandes entreprises une bienveillance spéciale et un intérêt tout particulier.

Le gigantesque édifice d'activité économique que nous venons de décrire ne repose sur une base solide qu'autant qu'il est protégé contre tout acte de violence. Dans la concurrence pacifique, l'économie nationale allemande se sent assez forte pour maintenir et pour élargit la place qui lui revient. Mais de tout teimps la tentation de faire usage, dans la lutte économique, des moyens politiques et militaires a été très grande pour le fort visà-vis du faible. Les nombreuses guerres commerciales de l'histoire en témoignent. Tous les progrès de la civilisation ne sauraient empêcher que, lorsqu'il existe une disproportion excessive entre la force économique d'un peuple et sa puissance militaire, on ne doive toujours craindre qu'une explosion ne vienne brutalement rompre cet équilibre instable. Ce principe une fois posé, l'Allemagne, déjà contrainte par sa situation géographique et ses expériences historiques à entretenir une armée prête à toute éventualité, s'est vue obligée d'entretenir une flotte afin de dissiper chez ses adversaires jusqu'au moindre désir de détruire, par la violence, ses relations commerciales d'outre-mer. En ce sens, notre marine de guerre, œuvre personnelle de l'empereur Guillaume II, est le couronnement de l'édifice gigantesque auquel nous devons l'extraordinaire développement de notre prospérité nationale et sur lequel repose la possibilité de vivre du peuple allemand.

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