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ces requêtes. que les filles injuriaient ceux qui les priaient de se retirer ou de s'éloigner un peu; que, lorsqu'on insistait, elles menaçaient de casser les carreaux; qu’elles l'ont même fait quelquefois ; et que, dans plus d’une circonstance, il leur est arrivé de battre et blesser jusqu’au sang certains boutiquiers qui voulaient leur tenir tête et les expulser par force du trottoir. Le tort occasionne à certains marchands détermina plusieurs d’entre eux àse faire justice euxmêmes, en lançant sur les vêtements de ces femmes de l’encre, de l'huile, des acides et d’autres substances corrosives; mais ce moyen, loin de leur réussir, ne fit qu’aggraver le mal dont ils voulaient se délivrer; car, presque tous les soirs, on choisissait les moments favorables pour casser, sans être aperçu, les carreaux de leurs boutiques.
En parlant des inconvénients graves qui résultent de l’agglomération et du stationnement des filles publiques, je viens de décrire ce qui passait autrefois et ce qui s’est renouvelé chaque fois que la surveillance s’est ralentie, chaque fois que les moyens de répression ont diminué; grâce à la vigilance actuelle des agents des mœurs, nous n'avons plus sous les veux le hideux spectacle qui excitait alors l’indignation des honnêtes gens et provoquait leurs reproches. Examinons donc comment administration à pu obtenir un nouvel état de choses, encore imparfait sans doute, mais au moins supportable.
On commença par interdire aux prostituées CeTtains points de la voie publique où se commettaient
le plus de désordres et sur lesquels leurs rassemble-
ments étaient le plus scandaleux; car il est bon de savoir que ces filles et leurs souteneurs en étaient arrivés à s'installer même dans la cour du Carrousel et jusque sur les marches de l’Institut et du Panthéon. On leur défendit ensuite certains quais,certains boule-. vards, certaines grandes rues, peu à peu, mais d’une : façon absolue. On arriva ainsi, avec patience el méthode, à débarrasser le centre de la capitale de l’im-
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monde catégorie des prostituées qu'en style adminis-
tratif on désigne sous le nom de pierreuses; c'était
surtout celles là qu’il fallait atteindre les premières. Puis, on s’occupa de purger les rues de second ordre. En effet. les filles des maisons tolérées, au lieu de rester enfermées, ne se gênaient aucunement pour se répandre dans les rues avoisinant l'établissement
dont elles faisaient partie; à ces filles venaient se Joindre toutes celles qui, libres et seules, habitaient
dans leurs chambres ou dans des garnis situés à proximité, et une foule d’autres, demeurant parfois à des distances très considérables, mais qui accouraient tous les soirs sur ces points, parce qu'elles y faisaient de meilleures affaires, et parce que les maisons publiques du quartier leur offraient la facilité, moyennant une rétribution, de venir y passer quelque temps avec les clients d'occasion qu’elles y amenaient.
On ne saurait croire à quel point la liberté laissée à la prostitution des rues est fatale au commerce d’une grande ville; ce qui s’est produit aux époques de licence est une leçon qui ne devrait jamais être oubliée, et les adversaires inconscients de l’administration des mœurs, telle qu’elle fonctionne de nos jours, de-
. vraient y réfléchir. Si l’on venait, par malheur, à sup-
primer les maisons de tolérance ou leur sévère réglementation actuelle, si on laissait la prostitution libre, on déchaînerait sur Paris une avalanche de maux et de scandales; car ce qui fut autrefois ne manquerait pas de se renouveler. Le dossier des plaintes qui s’élevaient à l’époque dont je parle est d’une éloquence terrible : on y voit quel tort immense fait aux localions et au commerce d’une rue une masse Com-. pacte de dix, vingt et trente prostituées, qui en em-
pêche les abords, sans compter le scandale que pro-
cure ce spectacle, et qui seul est capable d’en éloigner
la population honnête; il faut lire les plaintes des
propriétaires de ces rues; plusieurs d’entre elles si-
gnalent à l'administration, non pas quelques boutiques inoccupées, mais jusqu’à douze, quinze et
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vingt maisons presque entièrement vacantes Dour cette cause, et cela dans chacune de ces rues.
L'administration, ayant ainsi formulé successivement des interdictions de boulevards et de rues, ne
s’en est pas tenue là; elle. a pris d’autres mesures,
non moins sages. | Elle a d’abord. arrêté en principe que les dames de. maison ne pourraient jamais envoyer à la fois, sur la voie publique, la totalité des filles qu’elles avaient chez elles ; il fallait qu’elles en eussent au moins cinq à demeure dans leur établissement. Dans quelques circonstances, On en exigea sept; jamais ce nombre de deux ne put être dépassé, quel que fût le chiffre total du personnel de la maison: À Il fut, en premier lieu, enjoint à ces filles de ne circuler que dans un espace limité qu’on leur fixait, sans qu'aucune étrangère püt se joindre à elles. Plus. tard, il leur fut quelquefois défendu de dépasser le
seuil de leur porte, et surtout d’arrêter et de provo-- 4
quer les passants; il est bien entendu que cette exhibition sur la porte ne pouvait avoir lieu le jour, mais seulement à la nuit close.
Ceci nous amène à l’examen d’une question des plus importantes, Peut-on empêcher une prostituée de circuler dans les rues, de se trouver tantôt sur un. point, tantôt sur un autre,lorsque sa mise n’annonce pas ce qu’elle est, lorsqu'elle ne s’arrête Re avec les
passants.
Il est évident que l’autorité,en arrêtant ces femmes, s’exposerait à être accusée d’arbitraire; car elles auront toujours à alléguer qu’elles ne sortent que pour
vaquer à des affaires indépendantes de leur métier
habituel, et afin de se procurer ce qui leur est néces-: saire pour les besoins de la vie. Ce mode d’exhibition, exercé dans un costume correct, n’a pas les inconvénients du stationnement d'autrefois : tant pis pour ceux qui, reconnaissant ces femmes, les suiventetse laissent ainsi conduire où elles les mènent; icile scandale est évité et l'intérêt de la morale ménagé.
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C'est but. ce que peut obtenir. l'administration; il
serait injuste d’en exiger davantage.
Pour eiter une nouvelle preuve en faveur du principe que rien ne peut être absolu en ce qui concerne
la règlementation de la prostitution, je répèterai que
sur quelques points de la voie publique on s’est très bien trouvé de permettre à quelques femmes d’aller
et venir au dehors de leur maison, mais à la condi-
tion qu'elles marcheraient à grands pas, qu’elles ne s’arrêteralent jamais, et qu’elles parcourraient ainsi un itinéraire assez long pour que chacun püût les confondre avec tous les passants. Les femmes qui se - conduisent de la sorte ne causent aucun scandale, et Pon peut tolérer sans inconvénients leur sortie sur
les trottoirs : en effet, les honnêtes gens ne prennent
pas garde à elles; elles n’éveillent pas l’attention des jeunes filles ni des adolescents encore pleins d’inno-
cence; seuls; les individus qui recherchent les pros-
tituées savent lés reconnaître, et, s'ils ont quelque doute, ils savent bientôt à quoi s’en tenir et ne s’ex- ‘posent pas à accoster par méprise une femme honnête; car, en suivant à distance, ils constatenten peu de temps que la personne suivie n’a aucun but déterminé de promenade et marche ainsi uniquementpour attacher quelqu’un à ses pas
Peut-on porter plus loin le perfectionnement, et, * tout en tolérantles prostituées, qu’on ne peutdétruire, peut-on les faire disparaître complétement de la voie publique ?
Je viens de soulever une des plus graves questions
qui puisse être soumise à la sollicitude des administrateurs particulièrement chargés de la police des grandes villes. Dans les temps anciens comme dans les temps modernes, le scandale que présente la prostitution sur la voie publique à été l’objet des cons- tantes réclamations de ceux qui ont écritsur ce sujet;
tous se sont accordés à en demander la suppression,
et ceux qui avaient à se plaindre de la Préfecture de -
police n’ont pas manqué de saisir ce prétexte pour
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l’accuser de négligence et d’immoralité. Je ne repro-
duirai pas ici ce que l’on peut trouver dans tous les pamphlets lancés par des hommes de parti,et par ceux
qui, ayant eté l’objet de destitution, avaient besoin.
dassouvir leur vengeance,
Restif de la Bretonne, dans son Pornographe, livre
fameux, qui parut au milieu de la corruption du dixhuitième siècle, s'exprimait en ces termes, pour pein-
dre les désordres qui résultaient du stationnement et
du raccrochage scandaleux exercé par les prostituées sur la voie publique :
«Les filles perdues sortent, se promènent; quel-
ques-unes se font remarquer par l’élégance de leur
parure, et plus encore par l’indécence avec laquelle eélles étalent des appâts séducteurs; de jeunes imprudents prennent avec elles, même en publie, des libertés criminelles. Et nos enfants, témoins de ces horreurs, avalent le poison; il fermente, il se développe avec l’âge, et cette vue dangereuse les conduit
à leur perte... La fille d’un artisan, d’un bourgeois’
même, encore dans cet âge ou l’ingénuité native ne lui fait soupçonner de mal à rien, voit une femme bien vêtue que de jeunes plumels suivent à la piste, abordent, caressent; cette fille innocente sent naître un désir de lui ressembler, faible, il est vrai, mais qui se fortifiera et lui frayera peut-être la route du désordre. Ge n’est pas tout : des jeunes gens, encore sous la férule, trouvent par elles la facilité de goûter
Da des plaisirs précoces, et de S'énerver avant d'etre formés... Pour éviter ce péril, il faut avoir une vertu
à toute épreuve. où manquer de tempérament, Quelle
indécence, pourtant! sous le voile d’une demi-obscu-
rité, on ose... des enfants ont devant les veux... et
l’on s'étonne de la corruption des mœurs dès l'âge le
plus tendre ! ».
Ce passage d’un livre ordurier, écrit à une epoque de corruption, et par un homme immoral qui avait passé sa vie de plaisir dans la société des prostituées,
est ici d’une haute importance. Mais voyons ce que |
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disent, sur le même sujet, des hommes graves et qui sont nos contemporains. re
Le docteur Marc, dans le Dictionnaire des Sciences Médicales, dit : « Ne serait-il pas à désirer qu’on éloignat des rues les plus passantes celles des femmes publiques qui, postées devant leur porte, provoquent les passants, ou qu’on abolit même -entièrement ces transactions honteuses sur la voie publique, transactions si propres à enflammer l'imagination de la jeunesse et à convertir de simples velléités en l'habitude des excès. L’abolition du raccrochage serait, sans contredit, un des plus sûrs moyens de garantir l’adolescence de la débauche et de ses suites. Les femmes quiattireraient de jeunes garcons imberbes devraient, selon moi, être aussi sévèrement punies que celles qui séduiraient dés jeunes filles pour les livrer à la prostitution ». ur Le savant Fodére, dans le même dictionnaire, à . consigné des opinions absolument semblables sur les . inconvénients de ces habitudes particulières des prostituées; il demande «qu’elles soientéloignées des chastes regards de nos filles et de nos épouses ».
Les archives de la Préfecture de police m'ont fourni la preuve que cette opinion sur les inconvénients du stationnementet du raccrochage impudent n’étaitpas particulière aux savants et aux médecins; qu’elle était. partagée non seulement par tout ce qu'il v à d'honorable et de respectable dans la population parisienne, mais plus encore par les habitants des provinces. ;
Laissons de côté, si l'on veut, les réclamations des boutiquiers ; on pourrait dire que l'intérêt personnel a dicté leurs plaintes, et que leur indignation contre le scandale qu’ils dénonçaient était peut-être moins. sincère que leurs gémissements au sujet du préjudice commercial qu'ils épreuvaient. Mais j'ai trouvé un nombre considérable de réclamations non moins indignées, émanant de chefs de famille, d’instituteurs et d'habitants qui se plaignaient en tant que simples
254 LE RACCROCHAGE | + citoyens; ils déclaraient ne pouvoir se mettre le soir M à leurs fenêtres ets’ètre vus souvent dans la nécessité \ de les clore complètement, à cause de leurs enfants et de leurs domestiques. Je peux donc conclure que, . chaque fois que ce mal a existé, il a été grand, iIm-" mense, et qu’il mérite d’être pris en considération. Un magistrat de province écrivait ce qui suitau… préfet de police: «Ne poursuivez-vous pas tous les” jeux de hasard qui s’établissent sur la voie publique? " permettriez-vous à la roulette de s installer dans les « rues, et d'y exposer aux yeux des passants ses mon « ceaux d'or? Comment, après cela, n’en faites-vous pas disparaître les objets d’une passion plus déploraiiess le tableau de la déBaucRe 2» “ Une note du comte Maximi présentaitau Dréét es ; observations absolument semblables; elle insistait beaucoup sur le mal que pouvait produire, sur lesprit des jeunes filles arrivant de province, le spectacle = contagieux des prostituées étalait leur réclame vi-n vante et impudique sur tous les points de la capitale. Un avocat du barreau de Paris demandaitavec ins-:" tance que la voie publique fût déblarzée ; car, disait- il, «les prostituées y causent plus d'inconvénients w que les gravois, les épluchures ménagères et les matériaux divers qu'on n’y laisse jamais séjourner ». Il convient de citer aussi un mémoire particulier … tres remarquable, que j'ai lu également dans ce for: midable dossier de plaintes; il était adressé au préfet … de police par un gentilhomme de Saintonge, M. le. comte de Chassenon. Après des considérations sur . les causes premières de la prostitution, sur son uni: versalité, it ajoutait : « Puisqu’on ne peut la détruire, tirons'au-devant d’elle un rideau ; car il n’est pas de" contagion morale plus active, que celle qui agit parle sens de la vue... Il n’est pas de spectacle dontla sup- « pression soit plus impérieusement réclamée, pour le « bien de la morale ainsi que pour l’honneur respectif . des deux sexes... Dans des climats divers, disait-il, sous des gouvernements de nature fort opposée, chez.
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