‹ La prostitution à ParisChapitre 26 sur 59 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

LE RACCROCHAGE

Que deviendraient la majeure partiedes femmes qui!

se livrent à la prostitution, et dont elle est l’unique .

ressource, si elles ne se faisaient pas connaître pour ce qu’elles sont? Il est évident que beaucoup de gens ne sauraient où les trouver, et que plusieurs d’entre elles mourraient littéralement de faim; elles sont donc

obligées de se distinguer par un moyen quelconque,

et d'attirer à elles ceux que le hasard amène vers les lieux ou elles demeurent ou se trouvent de passage. D’après ce qui a été dit au cours de ce travail, eten particulier dans le chapitre où il est question des diftérentes classes dont se compose la population des prostituées de Paris, il est évident que ces moyens

de provocation à la débauche varient suivant ces. classes et surtout suivant l’éducation et la tournure. d'esprit, tant de celles qui provoquent que des indi-. vidus qui sont provoqués. On conçoit aisément les.

raisons qui m’engagent à ne point entrer ici dans des

détails dont le moindre des inconvénients serait d’être -

complètement inutiles.

Si je dois me taire sur les moyens de on employés par la catégorie la mieux élevée et, si Pon

peut s'exprimer ainsi, la plus distinguée des prosti- « tuées; s’il m'est interdit d'indiquer les lieux où cette: classe et celles qui viennent après elles se trouvent habituellement, par contre, j'ai le devoir de parler M

de la pratique la plus usuelle à laquelle recourt l’im-

mense majorité des prostituées, c'est-à-dire le raccro- « chage sur la voie publique, attendu que cette pratique, M

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ÉD RACCROCHAGE 0 à 219

élant exercée par ces filles d’une façon souvent scandaleuse, entre tout naturellement dans le nombre des questions à examiner au point de vue du bon ordre et de l'administration. Cette coutume ayant de nombreux inconvénients, il est nécessaire d’en faire en quelque sorte l'historique, ne serait-ce que pour montrer les améliorations que nos administrateurs sont parvenus à réaliser peu à peu; car, si, aujourd’hui la population honnête souffre encore du raccrochage tel qu’il est pratiqué à la rue par les prostituées, malgré le zèle des agents des mœurs, 1, On le comprend sans peine, ne peuvent pas Gtre partout . en même temps, — du moins, ces inconvénients ne sont rien auprès de ceux du stationnement, autre coutume encore plus scandaleuse, que l’administration à fini par vaincre et faire disparaître. |

D'ailleurs, les renseignements rétrospectifs que je vais donner ont un grand intérêt; le passé nous offre ici une grave leçon pour l’avenir, vu que les rrostituées ne changent ni de caractère ni de tempérament, et que, si on leur lâchait tant soit peu la bride, elles agiraient demain exactement comme elles ont agi hier et dans toutes les circonstances où elles ont pu se livrer aux licences de leur fantaisie dévergondée et débordante.

Si l'on abandonne à elles-mêmes les prostituées, on les verra à l'instant même se répandre partout, attaquer les hommes et les poursuivre avec une obstination souvent fatigante; elles affecteront les mises les plus indécentes, ainsi que les postures etles gestes les plus lubriques ; il ne sortira de leur bouche que des paroles obscènes; elles ne craindront pas de commettre en public les actions les plus honteuses; rien enfin n’égalera le scandale dont elles seront la cause, et cela aussi bien à la clarté du jour que dans l'ombre de la nuit. |

jomme tous les points d’une même ville ne sont pas également propres à l’exercice du métier de ces malheureuses créatures, elles affectionneront de pré

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férence certains quartiers, et dans ces PR Ger- 54 tainesrues; ce qui ajoutera aux inconvénients qu’elles procurent, et fera croire que leur nombre estbien plus

‘considérable qu'il ne l’est véritablement.

Pendant les troubles de notre première Révolution, le désordre occasionné dans Paris par les prostituées dépassa, à ce qu'il paraît, tout ce qu’on avait vu de plus hideux sous ce rapport. Mais céla ne dura pas

longtemps; car la Convention, qui avait voté des n

subsides aux filles-mères, fut obligée d'intervenir

contre les prostituées et de signaler au bureau central (qui, à cette époque, remplaçait le préfet de police actuel) le mal qui résultait d’un pareil état de choses

et la nécessité d’v remédier. Si, depuis ce temps-là, la à police des mœurs à toujours été en s’améliorant et en se perfectionnant, ce n’a pas été sans quelques inter-

ruptions et sans quelques moments de négligence de la part de l'administration; ce qui a démontré l’indispensable nécessité de son intervention puissante, Le

bien qui s'opère lorsqu'on la fortifie, et l'impossibilité

de s’en passer, même pour un moment fort court.

Si, en stationnant sur la voie publique, les prosti-

tuées restaient isolées les unes des autres, le mal qu'elles causent par leur présence pourrait, jusqu’à

une certaine limite, être toléré; mais comment 0b-

Le

tenir d’elles cet isolement? Elles ont, au contraire,

une tendanee remarquable à se grouper, et, dans cet « état d'agglomération, à se tenir en permanence sur

un point particulier de la voie publique : alors, les mauvais sujets se mêlent à ces groupes; ils causent, “plaisantent et jouent familièrement avec les filles qui

les composent; ils les agacent et font avec elles un. bruit insupportable; à l’embarras causé par ces.

groupes, vient se joindre celui que déterminent les

badâuds arrêtés par la curiosité; ce qui rend quel-

quefois le passage impraticable et favorise l’industrie

des filous, souvent de connivence avec les auteurs du … “Hruit, L'administration a eu toutes les peines du

monte à faire cesser ce HOT pa de choses; et,

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quand les faits dece genre se dr ee Abourd! RUE on peut dire que ce sont des accidents exceptionnels, d'ailleurs promptement réprimés par les simples agents de la poiice municipale.

C'était surtout à la sortie des théâtres situés sur les boulevards, que ces groupes devenaient insupportables, par une agglomération de plus de cent filles parfois, qui envabhissaient les bas côtés ; les piétons, pour n'être pas coudoyés, étaient obligés de faire un circuit et de descendre sur la chaussée, parmi les voitures, pour reprendre plus loin le trottoir.

Les inconvénients n'étaient pas moindres dans les rues : si l’on éprouvait beaucoup de peine pour entrer Où pour sortir de certaines rues dont les filles obstruaient en quelque sorte les issues, il en était de même des maisons au-devant desquelles se faisait le stationnement; depuis la fin du jour jusqu’à plus de minuit, les allées et les portes de toutes ces maisons et de toutes celles qui se trouvaient aux alentours d’un établissement toléré étaient occupées par . des gens dont le métier est d’entretenir des intrigues, OU par ceux qui avaient quelque intérêt à connaître ceux qui pénétraient dans ces lieux.

Il en résultait un préjudice considérable pour les marchands en boutiques, principalement en hiver et aux approches du jour de l’an. Quelle est, en effet, la femme honnête qui s'arrêtera devant un étalage, si elle y risque d’être insultée par les mauvais sujets en possession du trottoir, ou prise par des passants . pour ce qu'elle n’est pas ? Des plaintes sans nombre ont, de tout temps, été adressées à ce sujet au préfet de police, et c’est par centaines que je les ai trouvées dans les archives de la Préfecture; elles annoncent toutes de, éducation et les sentiments les plus hon- - nêtes. Quant aux réclamations, innombrables aussi, des commerçants lésés, j'ai remarqué que beaucoup allaient jusqu’à offrir de payer un agentde l'autorité, pour rester de planton à leur porte et pourvoir à la ; liberté de la circulation. Il est dit, dans une foule de

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