‹ La prostitution à ParisChapitre 5 sur 59 · NN · texte numérisé non relu

NN

» métier à Paris : 288 Parisiennes, 671 nées en province, "et Al étrangères.

… Et, — ce qui est plus instructif, — nous trouverons ces filles, à leur âge d'inscription, dans les proportions suivantes, calculées sur le même nombre de 1000 prostituées. ;

NOMBRE NOMBRE proportionnel pr oportionnel

De 10 ans 0,30 de :37 ans. 13,28 — 11 —. 0,46 — 38 —. 19,05 — 12 — 0,46 — 39 —. 11,43 — 13 —. 0,92 — A0 —.. 9,08 — 14 —. 2,4 Ale 1,78 To —. 5,20 — AD —. 6,49 — 16 —. 153,60 — 43 —. TO — 17 —. 17,00 — 44 —., 4,63 — 18 —. 54 TRE — 45 —,, 1,92 — 19 —. #9,54 "46 —:, 3,40 —. 20 —. 66,76 4: —.. 4,01 21 —. 65,06 — A8 —. 1,85 2 —, 16,97 D A9 :3,09 — 93 - . 74,18 0. 1,54 — 24 —. 63.98 =, Qt: 0,00 — 29 —. (60,27 — 52 — 0,19 — 6 —. 63 86 — 93 —. 0,60 — A1 —. 49,14 — 04 — 0,00 — 28 —. 46,67 — 99 —. 0,15 29. —. 33,94 156: -—: 0,15 — 30 —.. 31,93 — 51 —. 0,00 — SL —. 39,29 — 98 —. 0,19 — 32 —., 33,09 — 59 —, 0,00:

Enfin, See un quatrième et des tableau, je donne le résumé de mon étude sur l’ensemble fofal - des 3,517 prostituées de Paris dont il est question en ce paragraphe, c’est-à-dire non-seulement les trois - premières catégories (celles dont on a eu lacte de … naissance), mais encore les 282 qui n’ont pu fournir des renseignements certains lors de leur inscription; pour toutes sans exception, on a constaté depuis combien de temps elles exerçaient leur métier sous la tolérance administrative et le contrôle médical des visites ; ce qui m'a permis de dresser ce tableau de Re manière la plus ne

. QUESTIONS GÉNÉRALES ; Fe

lrostituées de Paris, étant nées , — A L'ÉTRANGER

Firres Pise TOTAL AGE DES

ANNÉES D'EXERCICE IncerrTaIN | FILLES

DE LA PROSTITUTION A RARE En Province

Moins d’uneannée ETES 329 17 0 439 De 1à 2ans| 1%5 497 37 1 | 590 De 2à 8 ans 121 292 25 2. 440 De 52 4ans ll Lo 322 6 |: 5 124 De 4à 5 ans 87 199 38 0 294 De 5à 6 ans 48 90 6 0 139 De-6:2-"7 4ns 47 97 6 0 150 De 7à 8ans | 3 86 3 22 | 143 De 8à 9ans 21 47 0 28 | 96 De 9 à 10 ans | 16 39 5 0 | 100 De 10 à 11 ans 25 54 2 28 109 De 11 à 12 ans 28 37 2 26 93 De 12 à 13 ans 21 A7 | 30 99 De 13 à 14 ans 21 Dr. 3 47 98 Déli a l5ans! 43 48. 0 16 | 107 De 15 à 16 ans | 98 40 D) 10 80 De 16 à 17 ans | 4 7 0 8 19 De 17 à 18 ans 4 4 0 6 14 De 18 à 19 ans 2 3 0 12 17 De 19 à 20 ans 3 0 0 1 4 De. 20 à 21 ans 0 0 0 0 (ÿ De 21 à 22 ans 1 0 0 0 1 De ?2 à 23 ans 0 0 0 0 0.

np TOTAUX 931 9,171 + 138 282 | 3.517

: $ 8. — Quelle est 1a cause première de la Prostitution *?

Il résulte des renseignements nombreux que j'ai pris à ce sujet, que les causes premières de la prostitution sont extrêmement variables, qu’elles ne sont . pas les mêmes pour les filles des villes et pour les

filles des campagnes, pour celles de la province et pour celles de Paris, et qu’elles dépendent d’une foule de circonstances qu'il serait impossible d'exposer en détail. Je me contenterai donc d'indiquer les principales : celles qui se sont le plus souvent présentées dans les réponses que j'ai eues, soit par mes questions, soit par mes recherches, me paraissent par :°!1 … même mériter le plus de confiance, et c’est sur elles que j'insisterai davantage.

.En premier lieu, on doit regarder comme constant que toutes les filles qui se Por à la prostitution

. publique ont déjà vécu dans le désordre depuis plus “ou moins longtemps. Dans l’espace de dix ans, à peine. a-t-on vu se présenter au Dispensaire, pour se faire

nscrire, trois ou quatre filles qui n’avaient pas encoré

té déflorées. La prostitution peut donc être considérée, pour un certain genre de filles, comme la suite … d'un premier oubli du plus important des devoirs. Cette cause est générale et agit sur toutesles prosti- . tuées indistinctement ; mais il est des causes secon- daires et, pour ainsi dire, individuelles.

La paresse peut être mise au premier rang. C'est le désir de se procurer des jouissances sans travailler, qui fait que beaucoup de filles ne restent pas dans les places qu’elles avaient ou ne cherchentpas à en trouver: paresse, nonchalance et [âcheté.

la misère, poussée souvent au degré le plus affreux, estencore une des causes Îles plus actives, Que de . filles abandonnées de leur famille, sans parents, sans - amis, ne pouvant se réfugier nulle part, sont obligées de recourir à la prostitution pour ne pas mourir de faim !.. Une de ces malheureuses, susceptible encore de sentiments d'honneur, lutta jusqu’à la dernière

2 ER ae QUESTIONS GÉNÉRALES

extrêmité avant de prendre un parti qu’elle regardait .

comme extrême, et, lorsqu'elle vint se faire inscrire, on acquit la preuve qu ‘elle n'avait pas mangé depuis près de trois jours.

Autre cause active, plus | à Paris: la vanité et le désir de briller sous des habits somptueux.

Quand la simplicité, et à plus forte raison, le délabre- | meat des vêtements, sont dans nos mœurs actuelles

ün véritable opprobre, faut-il s’étonner que tant de

jeunes filles se laissent aller à la séduction d’un cos-.

tume qu’elles désirent d'autant plus qu'il les fait,

pour ainsi dire, sortir de la position où elles sont

nees, et qu'il leur permet de se mêler à une classe dont elles se croient dédaignées ?

. Une cause particulière, pour les filles de province : l'abandon de leurs amants qui les délaissent. Ure

foule de jeunes gens, étudiants, militaires, commis: voyageurs ou autres, séduisent en province des jeunes.

filles, se les attachent, et par la promesse mensongère d’un mariage, d’un établissement quelconque, ou par le besoin qu’elles ont de se cacher, les amènent à

Paris ; mais elles y sont bientôt abandonnées et li-.

vrées à elles-mêmes. Qu'on s’imagine la position de:

ces malheureuses, laissées dans une maison garnie,

souvent même à la rue, neconnaissant personne dans

une ville comme Paris, n’ayant pas d'argent, et, pour:

comble d’infortune, ne pouvant reparaître dans leur pays, qui connait leur inconduite, ni rentrer dans leur famille, qu'elles ont déshonorée et dont elles se sont attiré la haine et l’indignation ! Est-il surprenant qu'une fille, dans une pareiïlle situation, se laisse aller: aux suggestions et aux promesses de toutes les personnes qu’elle rencontre ?..… Il est, en effet, démontré que c’est sur ces sortes de filles que les femmes abo-

minables, dont le métier est de corrompre et de per-

HÉROILA

vertr la jeunesse, fixent plus particulièrement leurs regards : elles les fuettent et les recherchent partout, :

et montrent dans Rs art infernal une adresse remarquable.

* Mais use les filles de provinces ne sont pas amenées à Paris de la même maniere : beaucoup y viennent spontanément après une première séduction ; la capitale est pour elles un refuge, où elles trouvent le moyen de dérober leur déshonneur aux yeux de leurs proches et de leurs compatriotes, et une ressource contre la, misère qui les menace ou les accable. ST ne

Des chagrins domestiques et les mauvais traitements que quelques filles éprouvent de parents inhumains sont, pour quelques-unes, le motif de ‘leur détermination : s’il faut ajouter foi à ce qu'elles répon- ‘dent, c’est pour la brutalité d’un beau-père ou d’une “narâtre qu’elles ont quitté la maison paternelle. Mais il paraîtrait, d'autre part, qu'un grand nombre en ont été chassées ; car, s’il est quelques parents barbares, . il faut croire que le nombre en est heureusement limité.

Un long séjour dans un ane. ou dans ces mau- - vais garnis de logeuses qui reçoivent les domestiques sans place, est encore, pour beaucoup de filles, la cause déterminante de leur chute dans les bas-fonds: du vice : c’est dans ces lieux que rôdent sans cesse les femmes abominables dont j'ai parlé plus haut ; elles y entretiennent des agentes qui les avertissent de tout ce qui $’y fait et leur font passer des notes sur toutes les filles qui peuvent leur convenir. Voir ue ce que je dis des bureaux de placement (Ch. VI, K3). . L'inconduite des parents et les mauvais aies de toute espèce qu’ils donnent à leurs enfants doivent être considérés, pour beaucoup de filles, comme une - des causes premières. Les dossiers des prostituées et les procès-verbaux de leurs interrogaltoires font sans cesse mention de désordre dans les ménages, de pères veufs vivant avec des concubines, des amants des méres veuves ou mariées, etc. Quelle surveillance de … tels parents peuvent-ils exercer sur leurs enfants, et, S'ils jugent convenable de faire une réprimande ou de donner un bon avis, quel poidset quelle autorité pour- romtavoir dans leur bouche de pareilles observations ?

36 QUESTIONS G: Ps x: LES

Aer la dépravation, l’insouciance e, la position n nécessiteuse de beaucoup de gens de la dernière classe provoquent, ne préviennent pas ou ne peuventempé-

cher la corruption des enfants. Pour ne parler que des

jeunes filles, quelle idée de vertu pourront elles avoir, lorsque, dès l'âge le plus tendre, leurs oreilles ne sont pas plus ménagées que leurs yeux, et lorsqu’eiles voient les auteurs de leurs jours (si toutefois elles ne. sont pas enfants naturels) se quitter et contracter des liaisons adultères ?..… Jetées, pour la plupart, sur la voie publique dés la pointe du jour, pour y vendre des fruits, des légumes ou des chansons, ou confondues

dans les ateliers avec des jeunes gens de leur trempe, elles prennent bientôt des habitudes licencieuses et

forment prématurément des liaisons immorales ; leur innocence est perdue avant même que la nature ait parlé. Ces liaisons ne peuvent être et ne sont pas durables, et ces malheureüses sont déjà affreusement viciées au sein du travailet sous les yeux de leurs parents.. Avec de tels antécédents, est-il surprenant que ‘la vue de léurs camarades déjà lanc es dans la prostitution, que la paresse toujours compagne du vice, que . le bruit venu à leurs oreilles du plaisir que procure là débauche, parce qu’elle permet de satisfaire sans travail à tous les désirs, est-il, dis-je, surprenant qu'un tel concours de circonstances rende une. jeune fille sans force contre la séduction ?... Il ne faut qu’un re-. proche, une parole, une rencontre, pour décider. de sa nouvelle vocation, et plonger pour toujours la jeune fille dans lPabîme de la honte et de lignominie. De toutes les causes de la prostitution, particulière- “anent à Paris, et probablement dans lesautres grandes villes, il n'en est pas de plus actives que le chômage et la misère, suite inévitable des salaires insuffisants. Que gagnent nos couturières, nos lingères, nos ravaudeuses et, en général, toutes celles qui s'occupent de l'aiguille? Que lon compare le gain des plus habiles avec celui que peuvent obtenir celles qui n’ont que des talents médiocres, et l’on verra s’il est possible à

% PH UT | QUESTIONS GÉNÉRALES NE AN Her ces dernières de se procurer le strict nécessaire ; que ion compare surtout le prix de leur travail avec “celui de leur déshonneur, et lon cessera d’être surpris d’en voir un si grand nombre tomber ne un désordre pour ainsi dire inévitable -

Cet état de choses tend ie dodo enE à s'ac-

* croître dans notre société actuelle, par suite de l’usur- pation faite par les hommes d’un grand. nombre de travaux qu'il serait plus convenable et plus honorable pour notre sexe de laisser dans le domaine de l'autre. N’est-il pas, par exemple, honteux de voir à Pari is, des milliers hommes, dans la vigueur de Pâge, mener dans des cafés, dans des boutiques, dans des maga- sins, la vie molle et efféininée qui ne peut convenir qu'à des femmes, et n’y être occupés qu'à laver de }a vaisselle ou manier des chiffons ? ;

On se demande, devant ces tristes reésullats, si la - société s'est assez occupée du sort des femmes, cette partie d'elle-même si digne de sa sollieitude et pui exerce une Si grande influence sur toutce qui regarce “Je mécanisme d’un Etat. Quant à moi, je ne le pense

> pas; je crois que, sous ce rapport, il nous reste à

opérer un grand nombre d'améliorations. 2.

- On aura peine à croire que la carrière de la prosti-

… tution ait été embrassée par certaines femmes,

- comme moyen de remplir les devoirs que leur impose

. leur titre de fille ou de mère ; rien n'es! pourtant plus

- vrai. Il n’est pas rare de voir des femmes mariées,

abandonnées ou privées de leur mari, et n'ayant nul soutien, devenir prostituées dans l’unique dessein de

ne pas laisser mourir de faim une famille nombreuse.

. Il est plus commun encore de trouver des jeunes

filles, qui, ne pouvant trouver dans le travail les

moyens de pourvoir aux besoins de leurs parents

vieux et infirmes, se transportent le soir à un quartier éloigné du leur et y font le métier de prostituées,

- pour compléter ce qui leur manque. J’ai eu trop souvent en mains des notes particulières sur ces deux classes de prostituées, pour n'être pas convaincu

36 La QUESTIONS GÉNÉRALES

qu’elles sont à Paris Por nombreuses he on ne pourrait le croire

Enfin, il est des filles qui selivrent à la bros talon par suite d’un dévergondage qu'on ne peut expliquer chez elles que par l’action d’une maladie mentale, qui diminue beaucoup la culpabilité aux yeux de l’obser- vateur ; mais, en général, ces Messalines sont rares.

Faut-il attribuer la prostitution à l'extrême civilisation où nous sommes arrivés? — En n’examinant que les détails qui précèdent, cette opinion pourrait être soutenue : mais sinous nous reportons à l’histoiredes temps anciens, à celle du barbare moyen-âge, nous y trouvons partout les traces de la prostitution ; il en sera de même, si nous consultons les voyageurs modernes qui ont pénétré dans les parties les plus reculées de l'Afrique et de l'Amérique, où la civilisation est à peine ébauchée; partout, ils y ont vu pulluler les prostituées. Nul doute que notre état social ne soit pour beaucoup de filles la cause de leur perte; mais ce même état social procure à d’autres des ressources qu’elles n’auraient pas sans lui, et qui leur permet de conserver leur honneur et de pratiquer les règles de la vertu.

Voici un résumé de mes longues recherches sur les causes déterminantes de la prostitution ; mes investigations ont porté sur 5,188 cas de filles publiques, inscrites à Paris.

Excès de misère, dénuement absolu: — 1,441 cas, dont 570 prostituées nées à Paris, 405 originaires des chefs-lieux de départements, 182 des sous-préfectures, des campagnes, et 62 de l'étranger.

Perte des père et mère; expulsion de la maison paternelle; abandon complet : — 1,255 cas, dont 647 nées à Paris, 201 aux chefs-lieux de départements, 157 aux sous-préfectures, 211 originaires des campagnes, et 839 de l'étranger.

Pour soutenir des parents vieux et infirmes:— 37 cas, exclusivement de prostituées nées à Paris.

Aînées de familles, n'ayant ni père ni mère, pour élever leurs frères et sœurs et quelquefois des neveux et nièces : — 29 cas, exclusifs à des filles parisiennes.

Fenimes veuves ou abandonnées, pour élever une famille nombreuse : — 23 cas, exclusifs à des prostituées parisiennes.

__ Venues de province pour se cacher à Paris et y trouver des

ressources : 280 cas, dont 187 filles nées dans les chefs-lieux de départements, 29 dans les sous-préfectures, et 64 dans les campagnes ; pas d’étrangères.

Amenées à Paris et abandonnées pair des militaires, des commis, des étudiants et autres personnes : — 40% cas, dont 1% filles nées dans les chefs-lieux de départements, 55 dans les sous-préfectures, 97 dans les campagnes, et 47 étrangères.

. Domestiques séduites par:leurs maîtres et renvoyées par eus *: — 289 cas, dont 123 filles nées à Paris, 97 originaires des chefs-lieux- de départements, 29 des sous-préfectures, et 40 des campagnes; pas d’étrangéres.

Simples concubines pendant un temps plus ou moins long, ayant ensuite perdu leurs amants, et ne sachant plus que faire : — 1,425 cas, dont 599 prostituées nées à Paris, 314 originaires des chefs-lieux de départements, 180 des sous-préfectures, 802 des campagnes, et 70 de l’étranger.

Pour terminer, voici quelques détails qui pourront jeter encore quelque lumière sur la question :

Sur les 5,183 prostituées qui sont l’objet de la statistique précédente, j'ai trouvé : 164 fois les deux

. sœurs inscrites ensemble; 4 fois les trois sœurs; et

. 3 fois les quatre sœurs ; en tout, 252 sœurs.

- En outre, j'ai trouvé inscrites sur le registre des prostituées : 16 fois la mère et la fille ; 4 fois latante etla nièce ; 22 fois les deux cousines germaines.

… Parmi les 252 sœurs, 119 étaient de Paris, les 133 autres venaient des départements. Et parmi les

16 mères, 12 étaient de Paris, les & autres venaient de

ovince. 0 $

On peut juger par là de l und aie profonde des familles d’ou sortent les prostituées, en général. La

perte de ces femmes est due, le plus souvent, aux pernicieux exemples qu’elles ont eus sous les yeux pen-

dant leur enfance.

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