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1883 i.ew
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Ces chifFces, communiqués par la Préfecturu de police, comprennent, il est vrai, endehorsdes lilles dont l'Admiaistration a perdu définitivement la trace, ou qui ont dii être rayéea des contrôles de la prostitution par suite de mariage, de condamnation, de retour au travail, de départ de Paris, un certain nombre d'autres qui. reprises après quelques mois dans les opérations faites sur la voie publique ou dans les garnis, sont à nouveau réinscrites. 11 Tant donc ne pas prendre comme absolus les chiffres des deux tableaux ci-dessus. Mais il n'en est pas moins constant que, chaque année, uu chiffre notable de prostituées inscrites disparaît, et est remplacé par de nouvelles recrues,
M. Fiaux évalue la moyenne annuelle de ces disparitions à 600 ou 700 {]). Il est certainement au-dessous de la vérité.
(1) Fiauï. Itappoit 1883, p. BO.
) FILLES IKSOQHIfiES
Des documents qui précèdent on peut conclure que ]a moyenne des filles soumises actives, qui constituent réellement le personnel de la prostitution réglementée, a oscillé depuis quatorze ans entre 2,500 et 3,500. A peu près fixe de 1672 à 1876, il a rapidement diminut; de 1877 k 1883, et, au 1" janvier de cette dernière année, il représentait 60 0/0 seulement du chiffre de 1870. Depuis 18S4, il a remonté rapidement et plus que doublé.
Ce personnel n'est d'ailleurs rien moins que fixe. Il change constamment, et si l'on compare le nombre des inscriptions nouvelles et surtout eelui des disparitions au chiffre total des filles soumises, on est porté à croire qu'en trois ou quatre ans il est complètement renouvelé.
La prostitution qu'on peut appeler officielle est ■âonc une proTession essentiellement transitoire d'où s'échappent, dès qu'elles le peuvent, les malheureuses qui y sont vouées.
J'ai dit un peu plus haut que les désignations àe filles soumises et insoumises étaient pureiaent conventionnelles. Il me faut ajouter que la (econde est d'une élasticité telle, qu'il ne saurait fitre question d'établir un dénombrement quelconque des personnes qui rentrent dans cette
catégorie, si l'ou ne restreint tout d'abord à ses exactes proportions, ce que les auteurs gui ont trop complai?amment accepté les exagérations policières dont j'ai dit les motifs, ont appelé 11 la prostitution clandestine «.
Martineau, le savant clinicien de l'hôpital Je Lourcine, qui a publié un ouvrage rempli de documents et d'aperçus intéressants sur cette question, n'a pas évité cet écueil, mais son espritméthodique lui a fait établir entre les femmes, qu'à tort, suivant moi, il fait rentrer dans celte espèce commune, des divisions qui se rapprochent Bingulièremeol de la réalité :
B Si, écrit-il, par la puissance de quelque démon familier, comme l'Asmodée du conteur, je pouvais arracher le voile qui nous cache les plaies de la vie parisienne et mettre mou lecteur en présence des divers types, des diverses couches de la prostitution clandestine, voici ce qu'il apercevrait :
•< Tout d'abord la masse confuse des femmes publiques, roulant par les places, les rues, les carrefours, les gares, s'offrant au passant, le provoquant, l'obsédant; il est à peine utile d'ajouter, acceptant tout ce quise présente, l'argent à la main.
B Un peu au-dessus, le premier groupe des indépendantes, qui arrangent leur existence d'une certaine façon, travaillent à leurs heures et suivant un certain choix.
DES FILLES INSOUKISEE
" Plus haut, sur l'échelle sociale, tout à fait à part, comme prorédé d'action, mais moralement au-dessous du groupe précédent, mon lecteur trouverait enfin la femme appartenant à un certain monde, ayant une certaine situation, et qui demande à la prostitution clandestine des ressources qu'elle ne saurait trouver dans son milieu normal (1). o
La lecture de ce passage suffit pour montrer que, des trois catégories établies par le docteur Martineau, la première seule rentre dans la définition de la prostitution, adoptée par votre Commission sanitaire. Le moraliste peut justement s'inquiéter des moyens à opposer à la progrès- I Bion du nombre des femmes galantes qui constituent la deuxième et la troisième des classes déterminées par le médecin de Lourcine, Leur [ recherche échappe absolument à la compétence de l'administrateur.
Or, à quoi se réduit le nombre des femmes qui n'ont d'autre ressource que la provocation publique, qui font quotidiennement métier et profession de prostitution dans Paris ? M. Lecour et, d'après lui. Yves Guyot et Fiaux, qui ont eu Lie tort de s'en remettre à des affirmations dont ftla raison était pourtant bien facile à découvrir, ■■l'évaluent à 30,000. Le service de la Sûreté dit
LA PROSTITUTIOK A. PARIS
aujourd'hui 50,000. Nous ne parlons pas de M. Maxime Ducamp, qui arrive à 120,000, àforce de désir de servir les intérêts de la Préfecture de police, dont il s'est institué après 1871 l'bistoriographe.
A ces exagérations, nous nous contenterons d'opposer l'autorité de deux hommes, qu'on aurait quelque peine à faire passer pour des partisans de la liberté de la prostitution : M. Félix Carlier, ancien chef du service actif du Dispensaire à la Préfecture de police, el M. le D' Jeannel, ancien membre du Conseil de santé des armées et cx-raédeciu en chef du dispensaire de salubrité de Bordeaux :
« Si l'on veut se rendre un compte aussi exact que possible de l'importance de la prostitutiou clandestine dans Paris et sa banlieue, écrivait >[. Carlier, il faut réfléchir que le nombre des sûumîses, arrêtées par la police, ne représente que la minime partie des filles qui ne vivent que de débauche. Lo petit nombre des agents spéciaux chargés du service des mœurs (ils sont 30 seulement sur la voie publique), l'immense étendue de Paris et de sa banlieue, les ûlflicultés considérables inhérentes à chacune des opérations, les précautions sans nombre à prendre pour éviter, je ne dirai pas les erreurs, mais les moindres réclamations pouvant avoir même une apparence de fondement, les dangers que pré-
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^ DBB PILLES IKSODMISES 89 ■
H sentent pour le
s agents chacune de ces opéra- 1
" Lions, toiU cela
ait qu'il n'y a pas une prosLiLuée 1
clandestine arrêtée sur cinq ou six qui mérite- |
raient de l'être
Si l'on se reporte au tableau ci-dessous des |
arrestations d'insoumises, de 1872 à 1888, arres- .
tatioDS qui se sont élevées en moyenne, chaque \
année, à 2,797,0
n voit qu'en adoptant la méthode
de M. Carlier,
le chiifre total des prostituées
insoumises circulant dans Paris varierait entre j
13,985 et 16,783.
ou en chiffre rond de 14 à 17,000.
Arrestations i
insoumises (1872-188S inclus).
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NnTill,rr Llarre^lntLonf.
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(i) Fdiï Carliei'.
Étude slaiùtiijue xur ta jn-oslilllliun kUiii-
Mais il coavient tout d'abord de remarquer que les unités portées dans le tableau des arrestations indiquent simplement le nombre des tilles amenées au Dépôt, mais qu'elles ne correspondent nullement à des personnes distinctes. Telle iiUe insoumise, plus imprudente ou plus audacieuse que ses congénères, y figure pour 5, G, parlois in unités. Un grand nombre y sont comptées 2 et 3 fois (1).
En diminuant d'un tiers les chiffres de ce tableau, on reste certainement encore au-dessus de la vérité. Le nombre des filles insoumises se trouve ainsi réduit de 10 à 11,000. Il serait encore trop élevé, au dire du docteur Jeannel, doQt la compétence en cette matière n'est guère discutable. « Je crois, écrit-il en parlant du résultat des calculs de M. Félix OarUer, ce chiffre encore fort exagéré (3). Notons que Carlier évaluait à 1,900 le nombre des arrestations de pros-
deslm
il'hygiê
( Anualus t. XXXVI.)
(i) Lu Couiuissiou sanitaire muiiicipalu, voulaut avûii'uae buB de calcul ptua prÉciac, avait dcmandù b la Préfecture lie police de lui indiquer combien de filles : 1> soumises ; 2" insoumise?, out été arrÉlÉes, i fois — 2 fois — 3 fois, — i fois — plus de 1 fuis daus la mgme année. U lui a été ri>pondu par cette Administration que ii celte fitatiatique ne se fait pas ». Questionnaire adressé au préfet de poUce liO' question).
(S) i. Jennncl. De la Prostitution dans les i/randes villes nKrftc-«ntm*i?me*J^fr. Parts, 187i, p. !9i-i9i.
UËS FILLES INSOUMISES 61
tituées clandestines par année, ce qui réduirait à 9,500 le total de ces filles à Paris (1).
D'ailleurs, il suffit d'un peu d'esprit d'observation et de mémoire pour constater que les filles
(1) Oaai uac très iot Pressante brochure ; <• Proililutioii el Si/philis », qui a pai'u alors que ce travail ËUit en cours d'impression, M. lo D' Bulte, médecin-aiijoiut du Dispensaire, conclut dans ]c même sens que uou«, quant h l'enagëration évidente du nombre des prétendues iosoumiBes.
n Un des principaux arguments des adversaires de la i*rS glemenUtioD de la prostitution, Ëcrit-il, est qu'A Paris, où l'on estime à 30,000 le nombre des prostituées non inscrite»^, 4,000 seulemeut étant soumises ù la surveillance mÉdîcale, 1*>B eObrts faits le »ont en pure perte, puisqu'on u'a d'action que sur un chiffre tout à Tait ionme de femmes. Mais si l'on peut admettra qu'il existe à Paris 30,000 femmes qui vivent de la prostitution, c'eat-^-dire qui flo livrent pour do l'argent, quelle est la personne non prévenue qui pourra croire que ces 30,000 femmes sont dans les mSmes conditions? Qui a que toutes elles se prostituent dans la mâme journée e disaine d'individus peut-MreT Car c'est là un des caractères des véritables prostituées inscrites et des iusous de la Préfecture. Personne, évidemment; car alors i! faudrait admettre que chaque homme adulte de la capitale esse plusieurs foi^ par jour à l'une de ces femmes. Les i à S,0OO femmes surveillées annuellement k Paris sont plus dangereuses, ce sont celles qui subissent un grand nombre de contacts journaliors; parmi les 30,000 clandes- , en admettant ce nombre tout à fait hypothétique, il t un certain nombre qui vivent comme les inscrites (insoumises); mais les autres, qui constituent ta grande BJorité, les femmes du demi-monde, les femmes entretenues qui, assez souvent, n'ont qu'un amant Ei la fois, nu peuvent être dangereuses que -vis-a-vis d'un nombre tréa restreint de personnes, u (D' Butte. — Syphilis H Prosliiulion, IK90.)
qu'on rencontre par les places, les mes, les passages, on dans les cafés, les bals publics, les restaurants de nuit, faisant ouvertement leur métier, sont à très peu d'exceptions prés toujours les mêmes. Elles changent assez souvent de quartier et, si telle femme qui pratiquait aux Champs-Elysées ou sur les grands toulevards disparait subitement, on ne tarde pas à la retrouver au quartier Latin ou à Montmartre.
Sans doute, la prostiiution clandestine reçoit chaque année de nouvelles recrues. Mais leur arrivée est compensée par le départ d'un nombre à peu près égal de filles qui abandonnent ce métier, soit qu'elles aient trouvé un amant avec lequel elles vivent, soit qu'elles quittent Paris, pour retourner dans leur département d'origine. Mais en somme leur chiffre ne varie pas sensiblement et reste à peu de chose près le môme.
11 est bien entendu que je ne parle pas ici des femmes que la privation prolongée de travail, le chômage persistant, l'abandon de l'homme à qui elles se sont données, jettent temporairement sur le pavé. Celles-là ne font que de couites apparitions parmi le personnel de la prostitution, el s'empressent de s'en échapper, à bien peu d'exceptions près, aussitôt qu'elles trouvent des moyens d'existence moins précaires et moins dangereux.
Comment donc s'est établie dans le gros du public, et môme chez bon nombre de médecins et
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■■d'hygiénistes, celte conviction que la prostitn- ■ tion clandestine a considérablement augmenté I depuis une dizaine d'années? Comment celte B croyance a-l-elle, à maintes reprises, trouvé des K.&TOcats au sein du Conseil municipal?
I C'est parce qu'il s'est opéré, par suite des B transformations de Paris, de la démolition des vieux quartiers où la prostitution était jadis cantonnée, des changements notables dans les habitudes des filles publiques. Autrefois elles attendaient le client dans les rues où elles se trouvaient en quelque sorte confinées.
Aujourà'iîui elles se sont répandues un peu partout par la ville, et, au lieu de stationner sur le trottoir, elles circulent incessamment par les boulevards, les voies les plus fréquentées, et paraissent plus nombreuses parce qu'on les rencontre plus souvent sur son chemin.
tLa diminution des filles inscrites que j'ai signalée a eu, d'ailleurs, pour conséquence, de grossir le personnel de la prostitution dite clandestine d'un millier de femmes' qui, tout en cherchant à se soustraire aux investigations de la police spéciale, n'en ont pas moins gardé les allures cyniques qui sont le propre des prostituées tolérées. Leur exemple a influé sur leurs camarades de trottoir. Il les a rendues pins au- Ldacieuses et provocantes, el partant plus aisées Ik remarquer.