‹ La prostitution à ParisChapitre 12 sur 64 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

iGIUE ASUINlSTHATir AUQUEL EST SOUMISE LA P11O3TITUTI0N

Le rapide coup d'œil que j'ai jeté sur l'ôtat actuel de la prostitution à Paris doit avoir pour complément un résumé du régime administratif auquel est présentement soumis l'exercice de eette profession. Ce régime n'a pas varié, malgré lea incessantes attaques auxquelles il a été enbutte, et au sein du Conseil municipal, et avec une autorité singulière dans la discussion qui a eu lieu en 1888 à l'Académie de médecine, et &u dehors, et tel il existait il y a cinquante ans, tel nous le retrouvons aujourd'hui, sauf d'insignifiantes modiQcations de détail.

R[ciURti. — Lu Prostitution &

Aussi bien ne m'apparlient-il pas d'en faire une étude complète et minutieuse. Cette œuvre a, d'ailleurs, été accomplie de la façon la plus remarquable. Les beaux travaux de M, Sigismond Lacroix sur l'absence de base légale des mesures prises à l'égard des prostituées, do MM. Yves Guyot et Fiaux sur l'application du système, nous dispenseraient, h défaut d'autres raisons, de revenir sur un sujet connu (1).

Mais j'ai à rechercher quelle garantie peut oITrir ce régime pour la santé publique, abstraction faite des critiques qu'il soulève à d'autres points de vue; j'ai à étudier quelles relations peuvent exister eatre l'application plus ou moins rigoureuse qui en est faite, et les mouvements d'augmentation ou de diminution des maladies vénériennes à Paris.

Il convient d'examiner successivement les conséquences qui résultent pour l'hygiène générale de Paris de l'inscription, volontaire ou non, des filles publiques à la Préfecture de police, des msilee sanilaires qui leur sont imposées, et des fiunitions qui leur sont infligées administrativement. Cette étude doit être suivie d'un rapide examen des régimes similaires appliqués à la prostitution dans la plupart des villes d'Europe,

{1) Voir : ïces Guyol. La ProHitulion, Paria, 1BS2, Charpentier; D' Fiaux, Rapport au nom rie la Commission apéciak de la potice des matiTa.

LA niGLEflENTATlOK SàKITAlRE

^t des résultais qui y ont été constatés au point fde vue exclusivement sanitaire.

Ici je me trouve en face de deux théories dialétralement opposées. La première, qui est celle 3 la plupart des médecins et de la grande majorité des hygiénistes, à savoir ijue la réglementation rigoureuse de la prostitution est le seul obstacle qu'on puisse opposer à l'augmentation indéQnie des maladies vénériennes (1); la seconde, soutenue avec éclat par MM. Yves Guyot tpt Fiiiux, qui tous deux concluent non seulement krinulililé, mais à la iiocuité de tout régime B'exeeplion imposé aux prostituées. Les faits que Me vais passer en revue montreront ce qu'il confient de retenir de l'une ou de l'autre.

II, — De la réglementiil

' La réglementation de la prostitution , lelle a'clle existe actuellement à Paris, est basée i" un double principe : connaître, au moyen de iBcriptiou qui leur est imposée, les femmes 1 en font métier; les soumettre à des visites nilaires périodiques, ayant pour conséquence, ; maladie, l'envoi dans une maison de Mention, où elles reçoivent les soins qu'exige

jn aujjointdevuedel'hjgiène ; et à Cirtranger. Paris, iS89-

6s REGIME ADUmiSTRATIP

!eur ctat, et oii elles sont retenues jusqu'à ce qu'elles puissent sans danger, au moins immédiat, être rendues à la circulation.

Toutes les autres mesures administratives prises contre les prostituées ne devaient avoir, dans la pensée des inventeurs de ce régime, d'autre but que d'en assurer l'application. Nous disons des inventeurs, car en fait, la Préfecture de police, à laquelle a été confié le soin d'établir les règlements qui concernent la prostitution, s'est singulièrement écartée de ce but, et a édicté toute une série de prescriptions qui visent, non point seulement cette nécessité sanitaire, mais des préoccupations d'ordres très différents.

C'est ainsi que si l'on se reporte au règlement, inscrit au verso de !a carie remise aux filles publiques, on y trouve, à la suite de la mention de l'obligation de se présenter tous les quinze jonrs (1) au dispensaire de salubrité, une foule d'injonctions qui ont pour objet, non la santé publique, mais une certaine façon d'être, soit dans la rue, soit dans les maisons qu'elles habitent, injonctions dont l'utilité au point de vue moral et social échappe absolument à la compétence de votre Commission sanitaire, mais qu'il lui appartiendra d'examiner un peu plus tard, en

(l) Tous les huit jours |i

LA RKGLEHENTATION SA.MTAiRE 69

3 platjant exclusivement sur le terrain qui lui st délimité.

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OBLIGATIONS ET DÉFENSES IMPOSÉES AUX FEMMES PUBUQUtï.

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70 RBGIUE ADMINISTRAT! f

Pour le moment, l'unique objet de ces recherches doit être la relation qui existe entre l'application aux filles soumises des mesures d'hygiène préventive contenues dans le règlemenl du 15 oclohre 1878, actuellement eu vigueur, elle développement plus ou moins considérable des maladies vénériennes parmi la population parisienne.

Filles de maison et filles soumises. — Le premier point à examiner, c'est l'influence que ce régime exerce sur le personnel mùme qui y est régulièrement soumis : les filles de maison et les filles isolées.

Il ne suffit pas, pour obtenir un résultat exact, de mettre en regard l'un de l'autre, pour chacune de ces catégories, le chiffre des filles inscrites et celui des filles reconnues malades par les médecins du Dispensaire de salubrité. Si pour les filles de maison on a une certaine fixité parmi le personnel, et par suite des observations à peu près concluanles, il n'en est nullement de même en ce qui concerne les filles isolées. Nous avons vu plus haut combien les mutations sont fréquentes parmi cette catégorie, à quel chiffre considérable s'élevait chaque année le nombre des disparitions et quel contingent nouveau venait remplir ses cadres.

Le chiffre des inscrites portées dans

LA RÉGLEMENTATION SANITAIRE 7i

tableaux qui vont suivre ne reprèsenle donc pas le chiffre des examinées. Pour s'en rapprocher, il conviendrait d'y ajouter le nombre des inscriptions nouvelles au cours de l'année. Mais, en éme (emps, il faudrait ajouter au nombre des cas d'affections vénériennes constaté, celui des filles soumises qui se sont soustraites aux visites justement parce qu'elles élaienl malades et qu'elles craignaient d'être envoyées à l'inflrme-

de Saint-Lazare. Or, ce chiffre nous est absolument inconnu.

L'incertitude n'est d'ailleurs pas moindre en ce qui touche le chiffre exact des malades. Les nombres donnés ne correspondent point, en effet,

!S personnes distinctes, mais simplement aux envois en préservation sanitaire. Telle fille peut y figurer deux, trois et peut-être quatre fois au cours de la môme.

Mais, tout en mentionnant ces causes d'erreurs, qui font que la statistique comparée à laquelle

livre chaque année la Préfecture de police n'est rien moins que précise, on remai-que en môme temps que, ces causes agissant dans une mesure à peu près semblable sur chacun de ses éléments, cette statistique n'en fournit pas moins une base suffisante de constatation des rapports des maladies vénériennes avec le régime spécial auquel sont soumises les deux catégories de filles inscrites.

Ilapjiort dçs vialadies vénériennes avec les filles inscriles.

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