‹ La prostitution à ParisChapitre 24 sur 64 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

SUilVEILLANCE SANITAIRE

Des études auxquelles ju me suis livré, il résulte deux faits :

lo Les mouvementa d'augmentation ou de diminution dts maladies vénériennes sont en rapport inverse du nombre des visites sanitaires imposées aux prostituées, visites qui ont pour conséquence l'obligation pour ces femmes de se soumettre à uu traitement curatif plus ou moius prolongé ;

2» La réglementation de la prostitution, telle qu'elle existe actuellement à Paris, loin d'en-

gager les femmes qui foiu habituelleoieot métier de prostituLioD à se soumettre voloutairement à ces visites, et à se prêter au traitement qui leur est indispensable en cas de maladies contagieuses constatées, a pour effet de les amener à s'y soustraire, au grand détriment de la santé publique.

C'est en m'inspiraul de ces coûsidéralions que je Tais aborder la partie plus importante et aussi la plus délicate de ma tàciie, l'étude d'une réforme du régime de la prostilulioD, où, toul en sauvegardant les intérêts supérieurs de la santé publique, j'aurai à rechercher les moyens de rendre ce régime moins arbitraire et plus efficace au point de vue de l'hygiène générale.

J'ai déjà indiqué un certain nombre de solutions qui m'apparaissentcommelesplus urgentes.

Elles portent, les unes, sur la situation particulière faite aux femmes qui se livrent d'une façon permanente au métier de prostituées, et les autres sur les modifications à apporter à notre système d'assistance hospitalière, eu ce qui touche spécialement la pj'ophylaxie des alfeclions vénériennes. Je les examinerai successivement, en m'inspirant des recherches auxquelles s'est livrée depuis trois années la Commission sanitaire; et des avis émis, par l'Académie de médecine, dans les congrès médicaux, dans les ouvrages des spécialistes qui ont particulièrement

tétudié celle quesUon, ainai que deslois etrèglel-inents qui rt^gissenlà l'étraDger la prostitution (1).

A qui doit appartenir la surveillance sanitaire des femmes qui [ont métier de leur corps, étant [•âonné qu'il apparaît comme impossible qu'on ;aisse Sibre et sans contrôle l'exercice de cette profession insalubre entre toutes! Jusqu'à ce jour, c'est il la Préfecture de police qu'elle a apparlenu. Il n'est guère utile de constater une lis de plus quels abus enont été la conséquence, [e crois avoir suffisamment établi les dangers qu'offre cet étal de choses au point de vue de la santé publique, le seul dont j'aie ici à m'occupei". La main mise sur toute une classe de femmes, plus malheureuses que coupables, par l'autorité brutale et sans contrôle des fonctionnaires de la police, est une source "constante d'abus qui répugnent aux sentiments d'humanité d'une société démocratique et républicaine. Le principe supérieur de la Liberté en reçoit des atteintes profondes, qui n'ont pas mêmepour excuse le bien général. Loin d'atténuer le mal. ils l'aggravent et le rendent plus intolérable encore. En serait-il de même, si les prostituées étaient

II) Voy..

e de Reuss, la l'ri

s deFraQCe et Je letrauger.

placées SOUS le contrôle d'un orfice sanitaire spécial, placé sous la direction et sous le contrôle incessant des éîus de la cité, et lormanl une des branches de ce grand service d'hygiène municipale, dont tous les bons esprits réclament impérieusement la création? [1) Nous ne te pensons pas et nous imaginons, au contraire, que dans de telles conditions il serait facile de rendre au moins lolérable le régime d'exception sous lequel se trouveraient placées les femmes qui volontairement, et en pleine connaissance de cause, accepteraient de se soumettre aux obligations spéciales de la profession qu'elles entendent exercer.

L'Italie, la première, est entrée dans celte

(1) Voir DotamiiicQt la proposition suivante déposée le 30 décembre 1S84 par MSI. Villiaril, AlfreJ Lamounjuit, ArmengaQj, Bail, Curé, E. Hamel, Leclerc, Michelin, He^geal, Strauss et Stu pu y au Conseil municipal ;

1 Le Préfet de la Seine et le Préfet de police sont invités Centrer immédiate ment, d'accord avec la S* CommUsiOD, en pu rparlera avec les pouvoirs publics eu vue d'arriver&i la création d'une direction spéciale de l'hygiène A Paris, englobant tous les services se rattachant ù l'hygiène et & la salubrité, actuellement divisés ânire la Préfecture de le Seine et ia Prélecture de police.

• Cette direction devra être légitimement placée, comme budget et comme fonctionnement, sous la surveillance et le ' contrûle du Conseil municipal de Paris.

a M. le Préfet de la Seine est invité 6 présenter ce projet su Conseil, au plus tard en même temps que le projet de budget de la Ville pour l£Sâ. »

rRËFORllES A APPORTER AO REGl.ME ACTUEL H5 voie. Dès 1880, ud décret du ministre de l'IiUérieur a institué daus chaque chef-lieu de province des offices sanitaires qui oat la direction absolue de tout ce qui concerne la prostitution,

La police municipale {quardic municipali) est seulement chargée, sous les ordres du chef de ces offices, de faire exécuter les dispositions fixées

»par les règlements (1), A Genève, c'est le bureau de salubrité, — 'placé il est vrai sous la haute autorité du département de Justice et police, — qui a la haute main sur tout ce qui concerne les visites sanitaires faites aux prostituées (2).

Je suis loin de donner comme un exemple à Esuivre ce qui se fait dans ces deux pays. Mais il |,-y a là au moins une indication de ce qui pourrait l'être accompli à Paris, si notre ville rentrait enfla l-.dans la possession des droits gui lui sont si in- Ijustement refusés.

A mon avis, il conviendrait de placer sous la lâireetion d'un agent responsable de lamunicipa- P'iitétout ce service, comprenant l'enregistrement s flUes publiques, le dispensaire et l'envoi en I hospitalisation provisoire dans le cas de maladies licontagieuses constatées.

(1) Inttruzioni pronïsiorie per regotarc ilservi:io degli uf'jizi \-*aiiitarie. Roma, ISSO,

(2) Itëgleoient du 13 jaovier ISSo conceroaiit les visite» I BBUitaires. Vojez plue loin Aunexc lU.

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