EKREGISTREMEKT DES FH.LES PUBLIQUES
Je me réserve, du reste, d'indiquer dans la cinquième partie de celte étude les mesures qui pourraient être prises vis-à-vis des mineures, dont l'état de vagabondage immoral aurait été constaté.
Les raisons d'ordre moral et social qui ont dicté cette résolution sont trop nombreuses et trop évidentes pour qu'il soit nécessaire d'y insister. Il euSit de remarquer qu'une adliésion à un acte aussi grave que l'iDscription sur les registres de la prostitution, nécessite au moins la maturité d'âge et d'expérience qui est exigée par la loi, pour qu'un individu puisse valablement contracter pour des objets de la plus médiocre importance.
L'inscription entraînerait nécessairement l'acceptation dts obligations spéciales que l'hygiène publique commanderait aux prostituées d'habitude, en ce qui concerne les visites sanitaires et l'hospitalisation pour les malades. Pour le reste, lea filles soumises rentreraient dans le droit commun, et ne pourraient en aucun cas être arrêtées ou dé tenues par mesure administrative. Les contraventions au règlement seraient déférées aux tribunaux de simple police.
Les dâtLtilfi dans lesquelsje suis entré, au sujet des visUes sanitaires, de leur noaibre, de la façon dont elles sont actuellement faites, et du mode de recrutement du personnel médical attaché au Dispensaire, font apercevoir dès l'abord la solution qui me semble la plus propre à garantir les intérêts de la santé publique.
Le premier point que j'ai eu à examiner, c'est de savoir si, étant donnée la nécessité de visites fréquentes pour rendre efScace l'examen auquel doivent être soumises les prostituées, il ne convenait pas de substituer au dispensaire unique actuellement existant plusieurs institutions semblables, établies sur divers points de la ville, à proximité des quartiers où résident les flUes qui devront s'y rendre-
VISITES SANITAIRES
Sur ce sujet, je citerai l'avis du docteur Marlineau :
u Afin d'épargner aux femmes un très grand déplacemeiit, une très grande perte de temps, il est indispensable de multiplier les dispensaires, d'en créer un certain nombre dans les différents quartiers de Paris et de la banlieue..,
« A chaque dispensaire serait attaché le personnel médical (médecins, élèves, infirmières) en rapport avec le nombre des femmes inscrites dans la circonscription et désignées pour subir les visites médicales. En général, il devrait y avoir un médecin par vingt femmes. En une heure, temps qui serait consacré tous les jours k cet examen par le médecin, il est matériellement impossible d'en examiner davantage, si l'on veut que l'examen soit fait avec le plus grand soin et la plus grande attention. Deux élèves externes aideraient lo médecin à prendre les observations, et àmentionner sur des iîcbes spéciales l'état de santé de la femme. Il est de toute importance que ce travail soit fait, afin que le médecin puisse connaître la vie pnthologique de la prostituée, avoir les renseignements les plus complets sur les affections antérieures, notamment leur nature, leur duriie, leur traitement, leur guérison. La prostituée est destinée à revenir pendant un grand nombre d'années au dispensaire, il est
150 REFORMES A APPORTER AtJ RÉGIME ACTDEL
donc uLile delà suivre pendant tout le temps où elle exerce son métier (1). »
Avec une organisation semblable à celle que propose l'auleui- que je viens de citer, il serait facile d'imposer aux prostituées inscrites l'obligation de subir deux visites par semaine, chiffre minimum exigé par tous les spécialistes, pour assurer une garantie au moins relative contre la contagion vénérienne (2).
Les difflcultés qui résultent aujourd'hui de l'encombrement du Dispensaire aux fins de quinzaines, des longues courses r[u'ont à faire les filles soumises, pour s'y rendre, seraient rendues bien moindres par cette dispersion des lieux de visite. Le nombre moyen des filles inscrites étan* de 3,800, duquel il faut retrancher environ un tiers représentant le chiffre des filles miseures, ce serait 2,500 filles qui devraient être examinées en trois jours dans les différents dispensaires.
Or, en prenant le chiffre de vingt examens à l'heure, donné parle docteur Martineau, chiffre qui nous parait, en effet, représenter le temps indispensable pour que cette opération puisse être
(i) Martineau, Proilitulloii clanrlestine , P.irU, 188!-. , p. 189-i94.
(2) Voir D'' Alfred Fournier, Proj'cl de réijlementalion «anitaire. — D' Martineau, Pï"Oj/t(ii( ion clandesline.— D'FiauK. Rapport BU Conseil municipal. — 11' Ârmaml Dcsprès, Pry'el de délibération précité, clc.
VISITES SANITAIRES
mi
convenablement faite, c'est donc cent vingt-cinq heures de présence pour les médecins duDispen- Baire tous les trois jours.
Or, il n'est pas exagéré de demander à ces praliciens 8 heures de service par semaine, soit 4 heures tous les trois jours. Dans ces conditions, le nombre des médecins devrait être porté à 31 au lieu de 30, chilfre actuel, répartis eoLre les différents dispensaires et placés nalurellement sous les ordres d'un médecin inspecteur, responsable du bon fonctionnement du service.
Les visites devraient être faites au dispensaire, et non à domicile, sauf le cas oii il y aurait impossibilité absolue pour les filles soumises de s'y rendre. La raison en a été formulée jar le docteur Martineau :
« Le trajet du domicile de la femme audispen- Eaire, l'attenle de l'examen font disparaître les résultats des lavages, des injoclions pratiquées au moment de la visite du médecin, elpermettent ainsi notamment aux produits de sécrétion blennorrhagique de se reformer, de se montrer à nouveau (1).
C'est, du reste, également l'opinion de M. Lancereaux, qui veut que la visite, au lieu d'être ipraliquée immédiatement après l'arrivée des femmes, ne soit faite qu'après que celles-ci au-
(1) Mortiui-au, loc. cil., p. ISJ.
EtEFORUES A APPORTER AU REGIME ÀCTOEL
ronl été enfermées dans un local spécial pealant quelques heures, eL privées de toute eau.
Le seul cas où la visite pourrait être faite au domicile de la femme, c'est loi'squ'elle ne se présenterait pas aujOLirilxéau dispensaire. Dans ce cas, le directeur de l'office sanitaire aui-ait à s'enquérir immédialemenl de la cause de cette absence, et déléguerait un des médecins, qui se rendrait près de la fille qui aurait invoqué une indisposition ou une maladie intercurrente pour se rendre compte si ce n'est pas là un simple prétexte pour dissimuler une affection vénérienne dont elle se saurait atteinte. Celui-ci devrait eu faire son rapport au directeur du service, qui agirait en conséquence.
Le nombre des dispensaires ne saurait être fixé d'une façon précise, qu'à l'aide des renseignements les plus complets sur les lieux de résidence des filles soumises. Ces établissements devraient être situés de façon à éviter le plus possible les longues courses à leurs clientes, de la ville ou de la banlieue.
Quelques spécialistes ont pensé qu'il conviendrait d'annexer les dispensaires aux hôpitaux, soit généraux, soit spéciaux, où devraient être tiailées les prostituées reconuues malades. C'esl l'avis de M. le docteur Alfred Fournier, qui demande d'annexer à l'asile sanitaire dont il propose la création le service dit : du Dispensaire,
VISITES SANITAIRES
de telle aorte que toute fille reconnue malade à la visite pourrait être immédiatement retenue et internée à l'asile.
B Cette disposition, ajoute le savant professeur, réunirait plusieurs avantages. Elle faciliteraitles rapports nécessaires, les communications indispensables entre les divers services. Elle éviterait I aussi ces promenades incessantes des flUea malades, transporiéeslour à tourdu Dispensaire à Saint-Lazare, puis de Saint-Lazare au Dispensaire (1).
La mSme opinion est professée par M, Buis, bourgmestre de Bruxelles :
a Nous avions cru, écrit-il, que la solution la meilleure eût été la solution du dispensaire dans l'enceinte même de l'hôpital... Le Conseil général des hospices n'a pas cru devoir .=e rallier à celle manière de voir...
« Dans ces conditions, nous devons nous bor- L nerà établir le dispensaire, sinon à l'hôpital I même, du moins dans le voisinage immédiat ("3). a Le docteur Maitineau estime au contraire F qu'il y aurait de graves inconvénients à ce que fies dispensaires soient établis dans les hôpitaux Igénéraux, a Du jour, dil-il, où la population
(1) Alfred Fourai l art. 3, p. i.
(2j Rapport Je M. le tiourgmostre Je Bj I 1884.
Projet lie réglementation sanilaiye, i août
apprendrait que les prostituées viennent aux consultations externes, elle n'y viendrait plus (1). »
Je crois, en effet, que daus l'état actuel des mœurs il ne serait pas possible, quelques avantages qu'on puisse d'ailleurs y trouver, d'annexer les dispensaires aux hôpitaux. C'est dire qu'il faut repousser la partie de la proposiliou de M. le docteur Després, qui demandait que la visite médicale fut confiée aux médecins des hôpitaux, aux constatations desquels les prostituées devraient se rendre pour en retirer un certificat ou ordonnance de santé. Eu outre des inconvénients signalés plus haut, il serait à craindre que cet examen ne fût abandonné par les éminents praticiens de nos hôpitaux, comme indigne de leur attention, âdes élèves quin'y apporteraient souvent pas tous les soins et tout le sérieux dôsirahlcs.
Le corps médical si remarquable et si dévoué, qui prête son concours à l'Assistance puhlLque, ne se prêterait du reste peut-être qu'avec répugnance au rôle que lui réserve M. Després, et le bieu du service en souffrirait.
J'ajoute que les dispensaires devront être établis dans des locaux spécialement destinés k cet usage, et aménagés dans les conditions les meilleures pour l'objet auquel ils sont destinés.
(1) MartiQfU
VISITES SAMTAIHES
A iluicuii d'euti'e eux, en dehors des iiièdeciiis, des élèves et de l'infirmièi'e chargés de procéder avec le plus grand soin au nettoyage des instruments servant à l'examea des fllles inscrites, devrait éti e attaché un employé qui aurait pour fonclioii do faire exécuter les prescriptions du médecin examinateur, eu cas de maladie constatée, c'est-à-dire de retenir et de conduire à l'hôpital la fille reconnue dangereuse pour la santé pu- Llique. Au médecin seul devra appartenir d'apposer sur le livret de visites, remis à chaque fille, le timbre constatant qu'elle a subi l'examen prescrit et qu'elle a été reconnue indeoinede toute affection contagieuse. Ce timbre devra porter la date de la visite. Il ne devra, en aucun cas, être à la disposition de l'infirmière ou de l'employé attaché au dispensaire.
Du MODE DE BBCHOTEMENT DES MÉDECINS. — JC
me rallie sur ce pointa l'opinion de MM. A, Four- I nier, Martineau, Mauriac, que j'ai déjà citée. Les médecins devront être nommés au concours, et choisis de pr6Iéreiice parmi les anciens I internesdes hôpitaux spéciaux. Les élèves atta- \ chés à ces dispensaires, et qui pourraient recevoir une indemnité, devraient être également recrutés par voie de concours. Ils formeraient la pépinière d'où sortiront pour l'avenir les médecins du Dispensaire.