EMILE RICHARD
Avril 1890.
Chaque auuée, à l'occasion de la discussion du budget de la Préfecture de police, lu Conseil municipal s'est prononcé sur l'impérieuse nécessité de modifier radicalement les moyens employés pour pallier, dans la mesure du possible, aux désastreuses conséquences du développement de la prostitution à Paris.
Ces moyens sont de deux ordres : moyens administratifs ; moyens médicaux et hygiéniques.
Je ne m'occuperai des premiers qu'autant u'ils m' apparaîtraient, sinon comme dea dangers, au moins comme de 1res insuffisantes garanties pour la santé publique. Les inconvé-
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nienta qu'ils présentent à d'iiulres points de vue, à celui de la liberté des personnes par exemple, n'ont pas à faire l'objet de cette étude. lU ont d'ailleurs élé maintes fois exposés, de la façon la plus complète, particulièrement par M. Sigîsmond Lacroix et M. Yves Ouyot.
Non pas que j'estime que l'autorité publique doive rester absolument désarmée en face d'un péril hygiénique et social aussi réel, que celui qui résulte de l'exercice quotidien d'une profession insalubre enlre toutes. Je pense au contraire que !a liberté absolue de la proslitutiou, telle qu'elle a été réclamée par quelques publieistes dupes d'une trop généreuse illusion, offrirait des inconvénients tels, que ceux-là même qui en auraient été les promoteurs ne tarderaient pas à réclamer !e retour à une réglementation d'autant plus excessive, qu'on aurait été plus loin dans la voie contraire,
Mais les pouvoirs que je réclamerai pour l'autorité municipale, qui à mon avis doit avoir la charge exclusive de tout ce qui concerne l'hygiène publique, j'entends qu'elle les tienne, non d'une extension abusive d'antiques édits, et d'ordonnances depuis Jongtempsimplicitement abrogées, mais de textes de lois, nets, précis, n'offrant aucune prise à l'arbitraire ni à l'équivoque, et Uevenant aussi bien une garantie pour les malheureuses que la misère ou le manque d'éduca-
L\ PROSTITlJTlOPi A l'A RIS
tion ont jelées sur ie pavé, que pour la sociélé eile-i
Ces mesures devraient d'ailleurs, dans ma pensée, s'appliquer non seulement aux prostituées susceptîhles de devenir les instruments de diffusion de maladiesconlagieuses, mais n'être qu'une partie de cette législation générale d'hygiène, que la science moderne réclame, et qui comporte aussi bien les précautions obligatoires à imposer aux personnes, que les dispositions à prendre à l'égard des immeubles ou des usines qui constituent des centres de diffusion de germes infectieux.
Les moyens hygiéniques et médicaux, seront étudiés aussi complêlemenl que possible dans ce travail.
Parmi ces moyens, j'indiquerai, en me réservant d'en apprécier ultérieurement la valeur respective, les visites sanitaires imposées aux prostituées, l'ouverture de dispensaires gratuits où les médicaments internes et externes seraient gratuitement distribués, la création de nouveaux hôpitaux spéciaux ou l'ouverture de services spéciaux aux maladies vénériennes dans les hôpitaux généraux, la substitution de l'internement dans un hospice à l'emprisonnement, l'obligation pour les sociétés mutuelles, les grandes compagnies d'accorder aux vénériens les secour.5 médicaux el pharmaceutiques qui leur sont
actuellement refusés par les règlements, enfin Tassimilation des mineures débauchées aux enfants moralement abandonnés.
Des propositions portant sur chacun de ces points ont été à maintes reprises faites au Conseil municipal. Je les examinerai successivement, à mesure que le cours de cette étude m'y amènera.
Mais, avant d'aborder ce sujet, il me paraît logique de rechercher tout d'abord quelle est réellement, pour la santé publique à Paris, rétendue du danger que peut lui faire courir la diffusion des maladies vénériennes et spécialement de la syphilis.