‹ La prostitution à ParisChapitre 30 sur 64 · CREATION DES SERVICES SPECUDX · texte numérisé non relu

CREATION DES SERVICES SPECUDX

de malades qu'ils reçoivent. Les mauvais sujets, les filles perdues, les proxéoèles, pour être plus exposés à la contagion vénérienne, n'en contractent pas moins les mûmes affections, ne sont pas moins sujets aux mûmes accidents queles autres personnes admises dans les services de médecine ou de chirurgie, et leur présence, pour être motivée par une affection différente, n'en est pas moins dangereuse. Si c'est là l'unique motif du maintien des hôpitaux spéciaux, on conviendra qu'il est insufllsant.

L'opinion de M. Fournier est d'ailleurs en formelle contradiction avec celle de Tancieii secrétaire général de l'Assistance publique, M. Brelet, aussi bien place que lui pour apprécier les dangers moraux de cette promiscuité. Ce fonctionnaire n'a fait aucune difficulté pour reconnaître que " l'Administration ne verrait aucun inconvénient ni à la suppression des hôpitaux spéciaux, ni même à l'admission des malades vénériensdans les salles communes.

11 craint cependant que celte dernière mesure ne rencontre une certaine hostilité dans une partie au moins du corps médical.

Aussi préférerait-il l'organisation de salles spéciales (1). n

Ce système est du reste celui adopté aux Etats-

(l) Commission spt>ciale do la police de? mœurs. (Séance du 30 janvier 1883.)

n^ ORGANISATION DU SERVICE SAMTAlIil-

Unis, aiDsi qu'il résulte de la déposition de M. Desmoulins.

a Dans tous les hôpitaux, déclare-t-il, une salle est i-eservée pour la guérison des vénériens. Interrogés sur les dangers que celte promiscaité peut présenter pour les autres malades, les médecins lui ont répondu qu'ils n'avaient aucune crainte à ce sujet. En prenant certaines précautions, et eu assignant aux syphilitiques des limites qu'illeur est défendu de dépasser, les malades ordinaires n'ont rien à redouter d'un semblable voisinage (1). »

La suppression des hôpitaux spéciaux, surtout en ce qui concerne les femmes, est d'ailleurs la conséquence de ce préjugé commun qui attrihue un caractère honteux aux maladies vénériennes. Nous n'en voulons d'autre preuve que la répugnance qu'éprouvent les femmes à se présenter à Lourcine, même lorsqu'il s'agit de consultations exlerries. Ce sentiment est poussé à un tel point que, lorsqu'il y a quelques années, l'administration de l'Assistance publique organisa dans les jardins de cet hôpital des baraquements ayant leur entrée sur la rue Pascal, et leur donna le nom d'hôpital Pascal, afin de bien les différencier de Lourcine; quand elle organisa également dans ces baraquements un service de consultations

(t) ProcèB-verliauï de la Commission spiiciale Je la police des mœurs. — Séance du 3 mars 1819, p. i:;.

iES~sËR VICES Spéciaux

externes, ce fut comme uoe conspiration d'abstentions. Les malades atteintes d'affections vénériennes ou commuTies préfèrent aller en face à l'hôpital Cochin, ou même descendre jusqu'à la Pitié.

En vain Martiueau, qui a défendu avec une rare opiniâtreté l'institution des hôpitaux spéciaux, affirme que (1 Lourcine est un hôpital libre, analogue à tous les hôpitaux de la capitale, et que liberté entière est laissée à la femme d'en sortir comme d'y rentrer » (1). Lui-même est forcé de reconnaître le fait que nous venons de citer.

Il suffit du reste de se reporter au tableau des consultations externes que nous avons établi (2), pour constater que, tandis que le chilTre des consultations de vénériens ne s'est jamais élevé à plus de 4,900 à Lourcine, il a atteint 37,000 au Midi et dépasse certainement 30,000 à Saint- Louis, dont le caractère spécial est assez peu indiqué, pour que les femmes n'hésiteut pas à aller solliciter les soins de M, le professeur Pournier et deses éminents confrères.

Bon nombre de spécialistes se sont, d'ailleurs, déclarés en faveur de l'admission des vénériens dans les hôpitaux généraux. Il suffit de citer

()) D' Martineau, ProslUulhn clandudiiii:, Paris, 1885,

(2J Voir p. 23.

n4 ORGANISATION DU SERVICE SANITAIRE

MM. les docteurs Clerc, Mireui', Jeannel (I), Garin (2). Tous concluent à ce que l'hospitalisation la plus large soit offerte àces malades, et demandent qu'on fasse disparaître les dernières traces de ces règlements gothiques qui sont encore, en maintes localités, la principale cause du débordement incessant de la syphilis.

Jesuis du même avis. J'estime qu'il est indispensable defaciiiterle traitement des afTections vénériennes, en instituant dans les hôpitaux géuérau.t des services spéciaux, où seront libi'ement reçus les malades qui en sont atteints. 11 ue nous a pas paru possible d'aller plus loin, et de décider, ainsi que le demandaient quelques-uns de nos collègues, que les vénérieES seraient librement admis dans tous les services. Non que j'y voie un danger. Mais j'estime qu'il y a tout intérêt, et pour les malades de cette catégorie et pour l'instruction médicale des élèves, à réunir et à confier à des praticiens qui ont fait une étude spéciale de ce genre de maladies, tous ceux dont l'état motive l'admission à l'hôpital.

Sans partager les craintes exagérées des parti) J. Jeannel, De la protlitalion dans ie» gramles villes au dix-neuvième siècle. FarU, 1814, 3< Beutiou.

(3) Uarin, De la police sanitaire et de l'assistance publique dans leurs rapports avec l'extinclion des maladies vénériennes, I80G.

V CRÙTIOX 1>ES SERVICES SPLCUCX 475

I tîsans des hôpitaux spéciaux, nous crevons que W cette orgaaisation est, au point de vue de la discipline morale et matérielle de nos hospices, bien préférable à la promiscuité qui résulterait de la libre admission proposée.

■ Un poiut très délicat reste à eiamoer :

H L'Administration hospitalière peut-elle être investie du droit de refuser l'exeat aux malades de cette catégorie, tant que les médecins chargés de ces services spéciaux n'auront pas déclaré que leursortie peut être autorisée sans danger pour la santé publique?

Au point de vue des principes absolus, la questionne nous semble guère contestable. Il est admis, sinon en droit, du moins en fait, que nul malade atteint d'une afTeclioa contagieuse : variole, diphtérie, rougeole, fièvre typhoïde, ne peut être autorisé â quitter l'hôpital, avant que la période pendant laquelle il peut communiquer «onmal à autrui ne soit passée. En cas d'épidémie, les individus, même simplement suspects, sont soumis à unîsolemeat autrement rigoureux que le simple séjour dans un hôpital où, comme les vénériens, ils resteraient libres de circuler par les cours et les jardins, et de recevoir des visites du dehors.

Les faits malheureusement trop nombreux de femmes admises à l'hôpital de Lourcine, et en Bortant pour aller faire les jours de fêles une

no

ORGAMSATIOK DU SERVICE SAKITAIRE

« bordée »,peudanl laquelle elles répandent autour d'elles la contagion syphilitique, faits que nous avons déjà signalés (1), justifieraient amplement cette obligation, si une autre raison, non moins puissante, ne venait nous faire liésiter à accorder un pouvoir aussi absolu à l'Administration hospitalière.

Le but à poursuivre est, avant tout, d'amener les vénériens à se soigner. Or, il ne faut pas oublierqu'il s'agit ici de personnes libres, sur lesquelles nous n'avons d'autre puissance que celle de la raison et de la persuasion, et il convient de prévoir le cas trop général, où la crainte d'être retenues contre leur gré à l'hôpital les empêcherait de s'y présenter et d'y entrer. Si, dans le cas de maladies conta,gieuses ordinaires, ils acceptent cette obligation parce que le souci de leur existence le leur commande, il s'en faudrait qu'il en fût de même avec une affection dont la plupart d'entre eux — les femmes surtout — ignorent les conséquences, et qui ne leur cause qu'une gêne parfois presque insensible.

Dans ces conditions, il nous paraît bien dangereux de laisser s'établir, dans le public, ce préjugé que les services des vénériens sont des sortes de prisons sanitaires, où l'on risque d'être retenu un temps indéfini, suivant le bon plaisir

(I) Voir page I61I.

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