‹ La prostitution à ParisChapitre 38 sur 64 · DISPENSAIRES · texte numérisé non relu

DISPENSAIRES

loisir, oi les moyens de s'adresser aux maîtres delà science.

Les commis, les petits employés, tous ceux que leur maigre budget oblige à de grandes réserves, se trouvent, lorsqu'ils sont atteints d'une maladie vénérienne, en présence de difficultés presque insurmontables. D'une part le préjugé courant, qui attache un caractère honteux à ces affectioBS, les porte à dissimuler à leurs patrons ou à leurs directeurs un ma! que quelques soins intelligents suffiraient souvent à guérir. Us ne peuvent, sans se découvrir, aller à la consultation d'un hôpital, dont l'heure est précisément celle de leur présence au magasin ou au bureau. D'autre part, la question d'argent est mauvaise conseillère.

B C'est tout droit à l'officine du pharmacien, dit M. le D' Drouineau, qu'on va demander des avis et des remèdes. Dire ce qu'il sort de là de maladies soignées de travers, ce qu'il y a de de diagnostics faux et de pronostics erronés, est difficile ; mais il suffît d'avoir pratiqué la médecine pendant quelque temps pour avoir promptemenl une idée de ce dévergondage médical, illégal el fàchenx (1). »

A côté de cette officine se trouve le cabinet de consultations prétendues gratuites, ouvert depuis

(1) Docleur Drouineau ](Jc la Hoi:hi?llel. l'eviie d'hjnUns,

186 OfiGAKISATION DU SERVICE SANITAIRE

le malin jusqu'aux heures les plus avaucées de la soirée, et d'où le patient, reçu par un dotneatique en livrée théâtrale, qui l'introduit près de son maître, ne sort, pour la majeure partie des cas, qu'avec une ordonnance dont l'eséculion absorbera le montant de toute une semaine de son salaire, et qui quatre-vingt-dix fois sur cent ne comprend que des médicaments inutiles, quand ils ne sont pas dangereux.

Ces établissements louches pullulent dans Paris et leurs victimes se comptent chaque année par milliers. Les mesures coërcitives dirigées contre ces charlatans n'en ont jamais diminué d'un seul le nombre. C'est donc ailleurs qu'il faut chercher les moyens de restreindre et de supprimer leur néfaste iofliience.

Certains auteurs ont cru les rencontrer dans la création de dispensaires, où les malades qui veulent se soigner chez eux, et le plus secrètement possible, trouveraient gratuitement des soins éclairés, et les médicaments qui leur sont nécessaires.

A Lyon fonctionne depuis plusieurs années un établissement de ce genre. Dans sa déposition devant la Commission municipale de la police des mœurs, M. le D' Jeannel a fait ressortir combien était faible la dépense nécessitée par la délivrance gratuite des médicaments, et par le service entier de ce dispensaire spécial, pro-

portionnellement aux services qu'il donne soua nne habile direction médicale. Il guérit par année 727 malades, et coûte à peine 3,000 francs, ce qui équivaut au point de vue de la prophylaxie de3 maladies véuériennes à un hôpital de lits, dont les lils seraient occupcSs toute l'année sans interruption. Or, un hôpital de 80 lits coûterait annuellement 44,000 francs, en calculant le prix de la journée à 1 fr. 50 c. seulement, sans compter l'intérêt d'une somme de D,000 francs qu'il aurait fallu dépenser pour la construction (à raison de 3,500 francs par

iit)(i).

La question est du reste revenue à Paris même, devant la Commission d'hygiène du X' arrondissement. Dans sa séance du 26 juin 1873, cette .Commission, à l'unanimité, adoptait les conclusions suivantes du rapport qui lui était présenté 'par M. le D' J. Jeannel :

' Le Conseil d'hygiène est d'avis qu'il y a ■lieu d'instituer dans le X' arrondissement un dispensaire spécial pour le traitement gratuit des indigents atteints de maladies vénériennes, ■ayec délivrance gratuite des médicaments et des '})ajns.

2" Un pareil dispensaire pouvant rendre, au ^int de vue de la cure des vénériens des deux

(i) Procès~verbaux de la Commission tpifciak de la police fs marurs, Béance du il mars (879, p. 100.

ORGANISATION DD SEKVIGB E

sexes, les même services qu'unhôpital de 80 lits, il y aurait lieu de demander à TAssistance publique une subvention annuelle de 2,000 francs en argent, destinée à payer les honoraires de deux médecins qu'elle choisirait elle-même, et les dépenses accessoires, plus une subvention en médicaments et en bains s'élevant, aux prix du tarif hospitalier, à la somme de 1,800 francs.

3» Le budget de la mairie du X* arrondissement pourvoirait à une dépense annuelle de 1,800 francs pour le loyer d'un local convenable, et à une dépense, une fois payée, de 2,000 francs pour frais d'installation.

Cette proposition, qui méritait un séri eux examen, n'a été suivie d'aucun effet. Je le regrette, et je crois qu'il y aurait le plus grand intérêt à instituer, sinon dans tous les arrondissements de Paris, au moins dans un certain nombre d'entre eux de semblables dispensaires, dont la direction pourrait être attribuée à des médecins ou il des chirurgiens du Bureau central des hôpitaux, et dont l'organisation devrait être déterminée par une commission médicale spéciale, dont l'avis serait soumis au Conseil municipal.

Deux conditions me paraissent cependant essentielles pour que ces dispensaires répondent aux besoins que nous avoos indiqués. La pre^ mière, c'est que les clients ne soient pas réusls dans une salle commune, mais que, comme à:

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