‹ La prostitution clandestine à ParisChapitre 65 sur 131 · VN · texte numérisé non relu

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L'examen de ce tableau montre que ce sont les arrondissements les plus populeux qui fournissent le plus d'insoumises majeures à la prostitution clandestine. Comme pour les mineures, c'est le onzième arrondissement qui figure en première ligne ; ce sont les premier et neuvième arrondissements qui figurent en dernière ligne. Pour les autres arrondissements, à quelques rangs près, la classification est la môme que pour les insoumises mineures.

Il est une remarque très importante à faire, c'est que le chiflrc des unités malades qui figurent dans ce tableau représente les unités majeures malades, déduction faite de celles qui ont été malades plusieurs fois dans une même année; mais en opérant la réduction, pour les majeures trouvées plusieurs fois malades, soit dans une même année, soit dans la période décennale, nous trouvons que les unités malades de Paris sont au nombre de 527 au lieu de 552 et celles des autres communes du département dô la Seine au nombre de 76 au lieu de 79. Le total général des unités malades est réduit à 603 au lieu de 631.

La question de l'habitation a une importance particulière en ce qui regarde spécialement les mineures.

En étudiant les habitudes des insoumises mineures, on constate qu'elles logent, presque toutes, dans des hôtels garnis, lesquels sont, pour la plupart, sous la dépendance d un marchand de vin. C'est dans ces garnis, groupés dans certaines rues ou dans certains quartiers spéciaux, que la mineure, qui loge encore chez ses parents, peut trouver une hospitalité facile pour conduire le client qu'elle a recruté dans la rue. L'amateur est obligé de payer une rétribution, variable suivant les quartiers, au marchand de vin ou maître de garni, qui lui donne asile pour quelques instants et qui n'a souci ni de sa personnalité, ni de son âge, ni de l'âge de la mineure qui le guide. Beaucoup de jeunes filles, que leurs parents croient à l'atelier, trouvent, tantôt dans un arrondissement, tantôt dans un autre, les portes des garnis largement ouvertes; dès l'heure la plus matinale ou la plus tardive, elles sont certaines de pouvoir s'y rendre, sans

autre préoccupation que de demander aux amateurs qui les accompagnent, d'abord, d'ouvrir leur bourse pour la chambre dans laquelle ils reçoivent l'hospitalité, ensuite, pour les boissons qu'elles se font offrir. 11 est évident que la mineure sera d'autant plus facilement accueillie, qu'elle sera plus habile à faire dépenser de l'argent aux individus qu'elle conduit dans ces refuges. — Un grand nombre de mineures habitent dans des garnis où elles ne conduisent jamais leurs recrues; elles préfèrent se rendre dans d'autres quartiers, qui deviennent le champ de bataille où elles dressent leurs batteries ; elles font choix de cinq ou six garnis spéciaux où elles se rendent alternativement, suivant la fantaisie du moment. Leur journée terminée, elles rentrent dans leur garni habituel, où elles peuvent faire croire qu'elles ne vivent pas de la prostitution, mais bien d'un travail honnête et régulier. Quelques-unes, vivant en concubinage avec un amant qui travaille ou avec un souteneur qui les exploite, préfèrent exercer leur industrie dans les garnis qui ne leur servent pas de domicile régulier. Dans des régions spéciales, notamment du côté de TÉcole militaire, certains marchands de vin logeurs autorisent les insoumises mineures a, se tenir sur le seuil de leur porte et à faire publiquement de la prostitution, en appelant et provoquant les passants. Que leur importe? Ils font payer la location de leur chambre chaque fois qu'un passant se laisse entraîner et ils vendent leurs boissons plus ou moins frelatées. N'y a-t-il pas un double bénéfice? Lorsque les mineures ont fait choix d'un quartier pour se livrer à la prostitution, elles se réunissent souvent par groupes, se mêlant fréquemment aux femmes majeures et aux filles inscrites qui guident leur inexpérience; elles font de la déambulation, autour de trois ou quatre rues, ne s'éloignant pas des garnis qui ont leur prédilection, mais tournant dans leur voisinage, comme les abeilles tourbillonnent autour de leur ruche. — Dans tous les arrondissements de Paris se trouvent de très nombreux garnis, tout disposés à prêter leur concours à la prostitution des insoumises, quel que soit leur âge. On rencontre dans ces garnis, plus ou moins coupe-gorge, depuis l'enfant de onze et douze ans jusqu'à la femme de cinquante ans. Les spéculateurs ne se préoccupent guère de l'âge que peut avoir la fille qui se présente chez eux, pourvu qu'elle paye la rétribution habituelle, chaque fois qu'elle fait monter un client. — Ce sont ces garnis qui donnent asile à toutes les mineures et qui sont

cause, en raison de la liberté qu'on leur accorde, de leur peu d'hésitation à abandonner le domicile paternel; elles savent qu'elles trouveront un refuge facile dans une habitation tolérante où il n'y a aucune contrainte à subir. C'est en raison de la liberté qui leur est octroyée que les mineures peuvent facilement voyager d'un quartier dans un autre et se soustraire ainsi aux recherches de leurs parents. II y a donc bien là une cause principale du développement de la prostitution, plus ou moins clandestine, des mineures. — Un certain nombre de mineures sont sans logement fixe; elles errent un peu au hasard, dormant sous les ponts, autour des Halles, sous les portes cochères ou sous les porches des églises et ne passent la nuit sous un toit que lorsqu'elles ont la bonne fortune de rencontrer un individu qui les conduit dans un garni quelconque.

Ce qui existe à Paris se produit également en province ; mais là on trouve souvent des municipalités vigilantes qui agissent avec fermeté et interdisent aux logeurs de recevoir des mineures et même de donner l'hospitalité à des femmes, quel que soit leur âge, qui se livrent notoirement à la proslitution.

Pour le moment, il ne s'agit que de Paris, et de ce qui s'est passé pendant les dix années que j'examine. Dans cette recherche, j'ai noté le domicile de la mineure, chaque fois qu'elle a été arrêtée, quelques-unes ayant des domiciles variables suivant les différentes périodes de leurs arrestations. Nous ne prenons donc pas, pour unité, la mineure, mais bien l'unité d'arrestations.

De 1878 à 1887, il y a eu 5,136 arrestations, parmi les mineures trouvées malades. Sur ce nombre, il en est qui logent en garni, chez leurs parents ou dans leurs meubles; quelques-unes vivent en concubinage et en garni; d'autres sont sans logement fixe.

Partant du chiffre des arrestations, 5,136, nous trouvons que les mineures, au moment de leur arrestation, logeaient :

1° 4,513 en garni 2° 202 chez leurs parents 3° 39 dans leurs meubles .

4° 283 sans logement fixe ' '

5° 99 vivant en concubinage et logeant en garni

En divisant les chiffres relatifs au logement, suivant l'année des arrestations, nous avons le tableau suivant :

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