ACCIDENT
Gale
syphilitiques
Vénériens
lo:>
11 résulte de ce tableau qu'il y a eu, en dix ans, 2,681 domestiques malades, chez lesquelles on a trouvé :
1° 1.494 fois, des accidents syphilitiques;
2° 1,198 fois, des accidents vénériens ;
3° 139 fois, la gale;
4° 2,831 manifestations morbides.
Le groupe des accidents syphilitiques ligure pour plus de la moitié dans l'ensemble des manifestations morbides; il est de 53 pour 100; il y a utilité à montrer la variété de ces différents accidents, en les énumérant suivant qu'ils ont été constatés chez des domestiques mineures ou chez des domestiques majeures. On jugera ainsi plus facilement de la gravité de ces différents symptômes, dans ces deux grandes divisions, et aussi de leur plus ou moins grande facilité de transmission, suivant le siège qu'ils occupent.
Les accidents syphilitiques observés chez les domestiques mineures sont les suivants :
232 fois, chancre;
352 fois, plaques muqueuses de la vulve; 83 fois, plaques muqueuses de la bouche en même temps que 7ô2 \ de la vulve;
71 fois, plaques muqueuses de la bouche; 10 fois, syphilides; 1 fois, gomme ulcérée de la voûte palatine.
Chez les domestiques majeures, on a trouvé :
!204 fois, chancre; 359 fois, plaques muqueuses de la vulve; 75 fois, plaques muqueuses de la bouche et de la vulve ; 90 fois, plaques muqueuses de la bouche ; 14 fois, syphilides.
Parmi les accidents les plus graves dont la transmission peut se faire le plus facilement et d'une façon involontaire, nous devons noter, d'une façon spéciale, ceux qui ont pour siège la bouche. Nous trouvons 322 fois des plaques muqueuses de la bouche, soit 157 fois chez les domestiques mineures et 165 fois chez les domestiques majeures. Dans ces différents cas, la syphilis a pu être transmise, de la façon la plus inconsciente, par l'intermédiaire d'une fourchette, d'une cuillère, d'un verre à boire, etc.
Lorsqu'on constate que des manifestations syphilitiques ont été observées 1,494 fois sur un personnel total de 2,681 domestiques, il y a lieu d'être épouvanté. On peut dire, sans exagération, que la syphilis règne en maîtresse dans les demeures les plus simples comme dans les plus luxueuses ; on la rencontre dans la cuisine et à l'office, aussi bien que dans l'antichambre; dans la salle à manger comme dans la chambre de la mère de famille, ainsi qu'auprès du lit des enfants! Parmi ces domestiques contaminées, d'une façon si grave, il y a 752 domestiques mineures. Or, les domestiques mineures sont celles qui, en raison même de leur âge, sont généralement chargées des soins à donner aux enfants ; elles peuvent donc contaminer facilement, et d'une façon inconsciente, les pauvres petits êtres qui leur sont confiés ; un rien suffit, dans ces circonstances, pour transmettre la syphilis et lorsque les manifestations morbides ont pour siège la bouche, il ne faudra qu'un baiser pour amener ce résultat funeste! Si la domestique syphilitique est dangereuse dans la cuisine, dans la salle à manger, dans la chambre auprès de la mère de famille, combien elle est autrement dangereuse lorsque son service l'appelle à s'occuper spécialement des enfants! Ce contact quotidien avec ces innocentes créatures amènera fatalement une contamination syphilitique et toutes les conséquences déplorables que cette maladie entraine à sa suite. Lorsqu'on a été témoin d'un semblable malheur et qu'on a vu le désespoir des parents affolés, on se sent pris d'une profonde indignation contre ces
écrivains qui, sous prétexte de liberté individuelle, professent que la prostitution doit être libre et qu'il n'y a pas à prendre des mesures prophylactiques contre le développement de la syphilis!
TRANSMISSION DE LA SYPHILIS PAR LES DOMESTIQUES, EN DEHORS DES RAPPORTS SEXUELS
Les médecins russes se sont occupés d'une façon spéciale, dans ces dernières années, de la syphilis chez les domestiques et de la transmission de cette maladie, en dehors du coït. Ces différents travaux vont nous fournir des documents importants pour compléter l'étude que nous venons de faire et montrer le danger qui menace les familles qui ont à leur service des domestiques syphilitiques, alors môme que ces domestiques ont contracté la maladie en dehors de la prostitution et en dehors du coït.
Le docteur Edouard Schperck a fait une étude statistique de la population féminine de Saint-Pétersbourg, au point de vue de la syphilis (1); il constate que, dans le courant de quatre années, du 1er janvier 1872 au 1er janvier 1876, 4,108 femmes atteintes de syphilis ont été admises à l'hôpital Kalinkine ; sur ce nombre, il y avait 779 domestiques divisées en : 333 cuisinières, 249 femmes de chambre, 75 bonnes d'enfants, 51 nourrices, 68 blanchisseuses (2), 3 bonnes. La proportion des domestiques, comparativement aux autres femmes atteintes de syphilis, est de 19 pour 100.
Le professeur Stoukovenkoff a fait, au mois d'août 1882, un rapport à la société de surveillance de la santé publique, sur la propagation de la syphilis dans la population ouvrière de Saint-Pétersbourg; nous allons résumer ce rapport paru dans le journal la Santé (8 août 1882), organe de cette Société.
Dans une société de bienfaisance de Saint-Pétersbourg, dont les statuts défendaient l'accès au dispensaire des malades atteints de
(1) Revue de médecine et de psychiatrie légale, de L'hygiène, de la police médicale, de l'épidémiologie et de la statistique médicale, éditée par le département de médecine, 1877, t. I, page 154.
(2) En Russie, les blanchisseuses font partie du personnel domestique.
syphilis ou d'autres maladies vénériennes, nous avons trouvé que sur 2,534 malades, il y en avait 462, c'est-à-dire 18 pour 100 qui étaient atteints de syphilis; or, comme ces malades étaient des syphilitiques d'occasion, puisqu'ils ignoraient la maladie dont ils étaient atteints, il s'ensuit que le 1/5 des malades du dispensaire, à peu près 18 pour 100, étaient syphilitiques sans s'en douter et pouvaient par conséquent répandre leur maladie dans les milieux qu'ils fréquentaient.
Sur ces 462 malades, il y avait 109 hommes et 353 femmes, dont 141 domestiques.
D'après le compte rendu des autres sociétés de bienfaisance de Saint-Pétersbourg, pour 1880, il résulte que 608 femmes syphilitiques se sont présentées dans leurs dispensaires, parmi lesquelles il y avait : 214 domestiques, 45 blanchisseuses et 11 bonnes d'enfants; on voit donc que parmi les malades atteints de syphilis, les domestiques occupent la première place, surtout parmi les femmes syphilitiques.
Pour démontrer le danger énorme que ces domestiques faisaient courir aux personnes qu'ils approchaient, notre confrère mentionne les accidents constatés qui, presque tous, sont des accidents secondaires contagieux et il ajoute : « De cette courte description, il résulte que 72 pour 100 des domestiques syphilitiques avaient des accidents secondaires, papules humides, papules muqueuses, etc., éléments excessivement contagieux. Favorisés par l'absence presque complète de contrôle médical, ces domestiques, en vertu même de leur profession qui les met en contact assez intime avec des familles entières, sont des foyers terribles de cette infection. Des faits quotidiens confirment ce que je viens de dire. » A l'appui de cette opinion, le professeur StoukovenkofT cite un exemple tiré de sa clientèle, où une nourrice a contaminé son nourrisson, alors qu'elle avait contracté la syphilis, en dehors de tous rapports sexuels, par le fait d'une de ses camarades de domesticité atteinte de syphilis, puis il ajoute : « Les contagions par les domestiques sont assez fréquentes pour que Von prenne des mesures énergiques. »
Le professeur StoukovenkofT attire l'attention de ses collègues de la société de surveillance de la santé publique, sur l'absence de garanties contre la propagation de la syphilis par les domestiques ; il
n'y a ni loi ni arrêt qui ait pour but d'interdire aux personnes atteintes de syphilis de servir comme domestiques. On renvoie en général les domestiques qui ont des affections cutanées apparentes, mais on ne se préoccupe pas de ceux qui ont des manifestations syphilitiques (plaques muqueuses) sur des parties couvertes du corps. Si un médecin voit à sa consultation un domestique atteint de syphilis même sous une forme très contagieuse, il ne peut rien faire pour l'éloigner de la famille où ce domestique est en service ; il ne peut pas informer la famille, puisqu'il doit se conformer aux obligations du secret professionnel; la seule exception, c'est le cas où il s'agit d'une nourrice que les familles ne prennent en général que sur la présentation d'un certificat de santé et après l'avoir fait examiner par un médecin. Pour les ouvriers, la situation n'est pas la même, puisque la loi exige dans les fabriques un médecin spécial, en dehors du médecin du comité de la police sanitaire. Ce médecin est chargé de veiller sur la santé des ouvriers et il doit les renvoyer des fabriques lorsqu'ils sont atteints d'une maladie contagieuse. Le professeur Stoukovenkoff désirerait qu'il existât une loi analogue contre la propagation de la syphilis par les domestiques et pour arriver à ce résultat, il propose rétablissement de certificats spéciaux destinés aux domestiques indemnes de syphilis. Ces certificats, qui seraient fournis par la direction de la santé publique à tous les médecins, seraient délivrés aux domestiques exempts de syphilis et ne seraient valables que pendant un mois. Ces certificats seraient délivrés gratuitement dans les hôpitaux, maisons de secours, etc. Lorsqu'un domestique ne pourrait pas fournir un pareil certificat, il ne serait pas admis dans les familles. La famille exigeant le certificat de santé, le domestique ne pourra pas se dérober à l'examen médical qui deviendra une condition indispensable pour trouver une place.
En voyant les mesures de précaution prises contre la syphilis, les domestiques malades se décideront à se faire soigner.
Un médecin autrichien a traité la même question, d'une façon à peu près analogue et, comme le professeur Stoukovenkoff, il voudrait qu'on exigeât des domestiques un certificat sanitaire. Le 10 janvier 1876, le DrKranse (1), à propos de ce qui se passait à Vienne, au point de vue de la prostitution, écrivait :
(1) Allgemeinc wiener medicinische Zeitung.
« A supposer que les ordonnances de police soient bien exécutées et que la prostitution des rues soit bien surveillée, il y a toute une catégorie de gens qui, à Vienne plus que dans une autre ville, se livrent à la prostitution sans pouvoir être surveillés ; nous voulons dire les domestiques et les ouvriers. Il faut compter avec ces facteurs de prostitution et les surveiller; c'est le devoir des hygiénistes; la société a le devoir de réclamer d'eux cette amélioration.
« Dans les sociétés et les grandes fabriques, des médecins font la police sanitaire; mais il faut plus. Dans les maisons privées la surveillance est plus difficile; et cependant la grande source de la syphilis est là : elle est dans les rapports des domestiques avec les patrons et les enfants. Le patron n'a-t-il pas le droit de demander au serviteur qu'il va faire participer à sa vie, un certificat affirmant, non seulement qu'il est en bonne santé, mais aussi et surtout qu'il n'a aucune maladie contagieuse. »
Après avoir constaté le danger de la prostitution des domestiques, au point de vue de la dissémination de la syphilis, le Dr Kranse arrive logiquement à demander un certificat spécial comme garantie pour les familles.
Les mesures proposées par le Dr Kranse, comme celles qui sont préconisées par notre confrère russe, pourraient être appliquées facilement, s'il se faisait un courant général d'idées et de convictions, pour se garantir des dangers que les domestiques peuvent faire courir aux familles dans lesquelles ils sont admis. Cette proposition montre, d'une façon bien évidente, la préoccupation des médecins russes et viennois au point de vue de la syphilis.
M. le Dr Pospieloff, professeur à l'Université de Moscou, a signalé de nombreux cas de contamination de la syphilis, par voie non sexuelle, parmi les ouvriers de la ville de Moscou. Il nous semble intéressant de donner des extraits de cette étude importante (1) :
« Dans les archives de l'hôpital Miasnitzki,dont la population, à quelques exceptions près, est composée d'ouvriers parmi lesquels se recrutent la plupart des domestiques, j'ai trouvé plusieurs cas de contagion de la syphilis par voie non sexuelle.
« Le nombre des cas des syphilitiques contaminés par voie non
(1) Messager de l'hygiène et de la médecine légale el pratique. Juillet 1889. Tome III, liv.I.
sexuelle pour les dix années, de 1878-1888, bien qu'étant au-dessous de la vérité, n'en est pas moins très inquiétant.
« Quinze à vingt-cinq ouvriers, parmi lesquels se trouvent bon nombre de nos domestiques, deviennent annuellement syphilitiques, par voie extra-coïtale, en vivant, dans les mômes habitations, avec des syphilitiques et deviennent, à leur tour, des agents propagateurs de cette terrible maladie, qui fait des progrès inquiétants dans notre société.
« De 1878 à 1888, il a été constaté 198 cas de contamination syphilitique extra-coïtale dont 57 chez les hommes et 141 chez les femmes. Cette propagation de la syphilis, dans ces conditions, était la conséquence : 1° de l'absence de connaissances élémentaires de propreté; 2° de la surveillance insuffisante des usines et des ateliers; 3° de la négligence des patrons pour leurs domestiques.
« Comme démonstration caractéristique de ce qui précède, on peut citer l'histoire caractéristique de la maladie de ces jeunes filles, presque des enfants, qui ne se sont jamais livrées au coït et qui ignorent, à plus forte raison, le coït pervers.
« C'est un petit groupe de petites] filles, apprenties, couturières et modistes de nos ateliers de Moscou, qui ont contracté la syphilis de leurs camarades aînées, soignées déjà dans notre hôpital, comme syphilitiques avérées. Cette contamination s'est produite, pour ainsi dire, par voie professionnelle : une piqûre avec une épingle qui avait déjà été dans la bouche d'une syphilitique et qui a été rejetée dans la boite commune. Ces petites apprenties fument aussi les bouts de cigarettes jetés par leurs aînées, se servent des mêmes serviettes, mais ce qui est la cause essentielle de la contagion, c'est le fait de manger et de boire toutes ensemble dans la vaisselle commune et l'emploi des mêmes cuillères en bois. Ces jeunes filles n'entraient à l'hôpital que deux ou trois mois après la contamination avec des plaques muqueuses et des lésions des parties génitales, non sans avoir au préalable contaminé ceux qu'elles approchaient.
« Les lésions considérables avec lesquelles elles entraient, les morsures multiples des punaises, ainsi que les traces parfois sanglantes du fouet, prouvaient éloquemment que si l'on exigeait d'elles beaucoup de travail, si on les punissait sévèrement, on s'occupait fort peu de leur santé. »
M. le professeur Pospieloff fait remarquer que rhôpital, de
concert avec le comité de police médicale, envoyait examiner les ouvrières de l'atelier, d'où sortait la malade venue spontanément à riiôpital, et cette expertise faisait constater cinq ou six malades syphilitiques restées dans le môme atelier.
Après Ténumération des différentes catégories des malades syphilitiques il ajoute : « Toutes ces personnes ont contracté la syphilis en mangeant et en buvant en commun avec des malades avérées. »
Parmi les 32 femmes qui ont eu leur première manifestation syphilitique sur le voile du palais, 22, c'est-à-dire les 2/3, étaient des domestiques. Parmi ces 22 domestiques, il y avait 12 femmes de chambre, 15 cuisinières, 3 bonnes d'enfant et 2 nourrices. Ces différentes personnes ont été contaminées par l'emploi des objets et ustensiles communs à d'autres domestiques malades. Les cuisinières syphilitiques sont doublement dangereuses, à son avis, pour les maîtres et pour les autres domestiques et, par leur nombre, les cuisinières syphilitiques occupent le premier rang; les nourrices occupent le second rang, après les cuisinières.
Ces nourrices infectées, ou par leur nourrisson, ou par les autres domestiques qui vivent avec elles, deviennent un nouveau foyer de propagation de la maladie, car la nourrice, en Russie, est presque toujours une femme de chambre, une cuisinière, une blanchisseuse, etc., qui devient nourrice par hasard; une fois son rôle de nourrice terminé, elle rentre à l'atelier ou chez des maîtres et continue à propager la maladie; mais ce qui est un véritable malheur, c'est que la nourrice infectée n'abandonne pas ce métier relativement lucratif et privilégié, et continuée être nourrice, quatre, cinq et même six fois après l'infection.
M. le Dr Miller, médecin en chef de la maison des enfants trouvés et assistés de Moscou, affirme que 30 nourrices contractent annuellement la syphilis de leur nourrisson, ce qui démontre que les nourrices soignées à l'hôpital Miasnitzki constituent une minime partie des domestiques qui deviennent annuellement syphilitiques à Moscou.
M. le professeur Pospielofî signale un autre mode de propagation de la syphilis par les nourrices, et qui consiste à donner le sein, un peu au hasard, à des enfants des voisins ou des amis qui sont quelquefois syphilitiques, « Ce mode traître de contamination des
mères et des nourrissons est malheureusement très fréquent, par suite de la croyance qu'ont les domestiques qu'un bébé syphilitique ne peut pas contaminer d'autres personnes. » On voit donc que les domestiques contractent très souvent la syphilis par voie extracoïtale.
Dans le protocole de la Société syphilitique et dermatologique de Saint-Pétersbourg, nous trouvons de nombreux exemples de domestiques ayant contracté la syphilis en dehors des rapports sexuels.
M. le docteur Tchapine (1) communique l'observation d'une cuisinière de trente-sept ans, non déflorée, ayant l'hymen intact et les organes génitaux sains, qui présente des accidents syphilitiques du côté de l'amygdale gauche et des piliers; ces accidents remontent à deux mois.
Cette cuisinière a été contaminée par une femme de chambre qui était en service dans la môme maison et qui a été reçue, plus tard, à l'hôpital Kalinkine pour être soignée pour la syphilis.
Le même confrère cite (2) l'exemple d'une domestique de vingtsix ans qui a contracté au commencement du mois d'octobre 1892. un chancre de la lèvre inférieure ; ce chancre a été suivi de roséole syphilitique le 25 novembre.
Cette domestique avait été embrassée de force, deux semaines avant l'apparition du chancre, par un jeune domestique qui était atteint de la syphilis, comme elle le sut plus tard, et qui fut forcé, peu de temps après, d'entrer à l'hôpital pour cette maladie.
Le Dr Froloff (3) cite l'exemple d'un marchand de vin, âgé de vingt-sept ans, qui a contracté un chancre de la lèvre inférieure, suivi peu de temps après d'une roséole syphilitique, en fumant des bouts de cigarettes ramassés dans son établissement.
Le Dr Tchistiakofî (4) relate l'observation d'un domestique de trente-quatre ans qui a eu des accidents syphilitiques et des Aégétations à l'anus, sans qu'on puisse établir le point de départ des manifestations observées; mais le côté intéressant de cette observation, c'est que ce malade a rempli pendant six mois les fonctions
(1) Volume 8, page 222, septembre 1892.
(2) Id., page 226, décembre 1892.
(3) Même volume, observation xxiii, juin 1892.
(4) Volume VII, avril 1892, observation xvi.
DOMESTICITE ET PROSTITUTION
de valet de chambre, dans une grande famille, alors qu'il avait des accidents syphilitiques graves ; les fonctions de valet de chambre mettaient cet homme dans une grande intimité avec les maîtres et les domestiques de la maison.
Le Dr Lavi (i) signale le fait d'une domestique de trente-cinq ans, qui avait des accidents syphilitiques secondaires de la bouche, de la gorge et d'autres parties du corps et qui avait contracté la syphilis en soignant un enfant de deux ans qui avait été admis à l'hôpital Kalinkine pour une syphilis congénitale.
Le Dr Moskaleff cite (2) l'observation d'une petite fdle de trois ans chez laquelle il a constaté une angine syphilitique, des plaques muqueuses de la lèArre supérieure, etc. Cette petite fille a été contaminée par sa bonne qui était syphilitique.
Le Dr Tchapine (3) parle d'une domestique de trente-cinq ans qui contracta un chancre du pilier antérieur gauche du voile du palais suivi d'une roséole généralisée. Cette domestique a été contaminée en soignant un enfant syphilitique auprès duquel elle a été pendant quatre mois et qu'elle embrassait fréquemment.
Dans une autre observation (4) il signale une domestique de vingt-quatre ans qui contracte un chancre de la lèvre inférieure suivi de roséole en se trouvant en rapports quotidiens de service avec une autre domestique de la maison, atteinte de syphilis.
Le Dr Gratsiansky, professeur agrégé, dans une leçon faite à Saint-Pétersbourg au profit des victimes de la disette de 1892, s'exprime ainsi : « Dans ma clientèle privée, j'ai trouvé 12 nourrices ayant indubitablement des manifestations syphilitiques. Sur ces 12 nourrices, 6 remplissaient déjà leurs fonctions depuis un laps de temps variant de 2 à 18 jours. Pour le grand malheur des familles qui avaient à leur service ces malades, cinq enfants ont contracté la syphilis. »
M. le professeur Stoukovenkofî (5) a publié l'observation du jeune B..., âgé de onze ans, qui avait eu un chancre à l'amygdale droite, suivi plus tard de plaques muqueuses de la gorge.
(1) Volume VII, avril 1892, page 148.
(2) Observation xxvii, page 232, mai 1891.
(3) Observation xxxiv, page 235, janvier 1893.
(4) Observation xxxv, février 1893.
(5) Clinique dermatologique de l'Université de Kieflf.
Le père du jeune B... a raconté que son beau-frère, qui était domestique et était atteint de syphilis, était venu passer quelque temps dans sa famille, dont tous les membres avaient été, jusqu'alors, bien portants. Son fils avait été contaminé par cet hôte de passage et sa femme avait aussi contracté une syphilis buccale. Comme cette dame était enceinte de huit mois, elle accoucha d'un enfant, en apparence bien portant, mais qui eut bientôt des accidents syphilitiques. A ce moment, la mère avait des plaques muqueuses à la vulve et à la région anale.
Ainsi, dans cette famille, il y a eu trois victimes de la syphilis, en dehors de rapports sexuels, par suite des relations familiales du frère de Mme B..., avec ses parents.
Nous pouvons citer des faits analogues mentionnés par différents écrivains.
Sigmund (1) a publié l'observation d'un individu qui a contracté la syphilis de son domestique.
Diemer (2) cite le cas d'un individu qui a contracté un chancre de la lèvre en se servant d'un couteau commun à bord d'un bateau.
Il a publié, en outre, deux cas de deux enfants ayant contracté la syphilis de leur nourrice et d'une domestique.
H. Lee (3) a publié l'observation d'une jeune femme qui a contracté un chancre de la langue en se servant d'une cuillère de sa domestique qui avait des lésions syphilitiques de la bouche, mais dont les organes génitaux étaient absolument sains.
Bottellus (4) relate l'observation d'un individu qui a contracté un chancre de la lèvre en se servant du verre dans lequel avait bu un syphilitique.
L. Duncan Bulkley (5), qui mentionne les faits signalés par les quatre derniers auteurs, cite d'après Flamonde et Hjort des familles où la contamination syphilitique s'est faite par les relations de parenté, en dehors de tout rapport sexuel, et où le nombre des victimes a été de 25, dans un cas, et de 21, dans un autre. 11 assure
(1) Wiener med., Wochenschr., 1868, page 137.
(2) Abhandlung ûber die Heilwirkung der Aachener Schwefelthermen, pages 1,2.
(3) Lectures onSyphilic and vaccino-syph., inoculation, 2e édition, London 1867, pages 260, 261.
(4) Von der Franzosen-Krankheit und ihrer Cur., Nûrberg, 1676, from the latin éd. of 1563.
(5) Syphilis in the innocent, pages 118 et 144.
aussi qu'on pourrait citer des cas nombreux où des domestiques ont communiqué la syphilis par les ustensiles de ménage.
Les nombreuses citations que nous venons de faire nous semblent suffisantes pour montrer la gravité de la prostitution chez les domestiques et le danger de la contamination de la syphilis par leur intermédiaire. Elles viennent largement corroborer ce que nous avons observé nous-mème.
Nous avons tenu à donner à cette question tous les développements qu'elle comporte, parce qu'il y a là un véritable péril social, qu'il fallait signaler vigoureusement. En appelant l'attention du public médical sur ce point spécial de la prostitution, nous espérons que les familles seront instruites du danger qu'elles courent et que courent spécialement les enfants, si on n'apporte pas un soin méticuleux dans le choix des domestiques.