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CHAPITRE VIII

Que sont devenues les insoumises après leur guérison et leur sortie de l'infirmerie de Saint-Lazare?

Après avoir analysé les différents points qui constituent l'état civil des insoumises reconnues malades, il nous reste à constater ce qu'elles sont devenues, après avoir quitté l'infirmerie de Saint-Lazare.

Nous étudierons ce côté particulier en examinant successivement par années, ce qui s'est produit pour les différents groupes d'insoumises envoyées en traitement.

Nous devons faire remarquer, tout d'abord, que dans l'étude que nous allons faire, les chiffres ne seront plus en rapport avec le nombre des unités mineures.

Ici, nous n'avons pas à établir, comme pour les maladies, l'unité malade; nous avons à examiner ce qu'est devenue chaque insoumise, après chacun de ses passages à l'infirmerie de Saint-Lazare. Comme plusieurs d'entre elles sont entrées à Saint-Lazare et en sont sorties plusieurs fois dans la même année, leur nombre correspondra au chiffre des constatations des maladies.

Ceci dit, voici ce que nous trouvons pour chaque année de la période décennale.

Pendant l'année 1878, il y a eu huit cent trois femmes insoumises qui ont été envoyées en traitement à l'infirmerie de Saint-

Lazare. Quelques-unes de ces femmes ayant été reconnues malades, plusieurs fois, dans le courant de l'année, il y avait à tenir compte des unités maladies.

Voici ce qu'elles sont devenues :

i° Trois sont mortes à l'infirmerie.

2° Trois cent soixante-six ont été rendues à la liberté, après leur guérison. Sur ce nombre il y en a quatre-vingt-six qui, d'abord rendues à la liberté, mais arrêtées de nouveau, pour faits de prostitution et non trouvées malades, ont été inscrites, soit dans le courant de Tannée 1878, soit dans les années suivantes.

3° Pour cent trente-trois, l'inscription a suivi immédiatement la constatation de la guérison.

4° Cent quatre-vingt-quatorze ont été rendues à leurs parents. Dans ce nombre, il y en a 34 qui, arrêtées plus tard, pour prostitution, et non trouvées malades, ont été inscrites.

5° Sur treize insoumises envoyées, après guérison, dans leur famille en province, au moyen d'une réquisition de transport, une d'entre elles, revenue à Paris, et se livrant à la prostitution, a été arrêtée de nouveau, reconnue saine et inscrite.

6° Quinze ont été envoyées dans leur famille en province, au moyen de l'argent expédié par les parents. Parmi celles-là, une est revenue à Paris, peu de temps après ; arrêtée pour de nouveaux actes de prostitution, elle a été inscrite.

7° Sur vingt-neuf insoumises admises au Bon Pasteur, une d'entre elles a été inscrite plus tard, après s'être livrée de nouveau à la prostitution.

8° Vingt-sept ont été reçues dans des maisons de refuge dirigées par des religieuses du même ordre que les religieuses qui sont à l'infirmerie de Saint-Lazare. Sur ces 27 insoumises, 2 sont revenues à Paris, pour se livrer à la prostitution et ont été inscrites après une nouvelle arrestation.

9° Dix-neuf ont été enfermées par leurs parents dans des maisons de correction. 3 d'entre elles, ramenées dans leur famille, à la sortie du couvent de la Madeleine, ont quitté le domicile paternel, peu de jours après, pour recommencer leur vie de débauche ; elles ont été arrêtées de nouveau, et inscrites, les parents ne voulant plus s'occuper d'elles.

10° Trois ont été recueillies par les dames diaconesses protestantes.

11° Une entrée à Y Asile Sainte- Anne, a été inscrite plus tard.

Six cent quatre-vingt-six insoumises, reconnues malades, une ou plusieurs fois, pendant Tannée 1879, ont été envoyées à l'infirmerie de Saint-Lazare. Voici ce qu'elles sont devenues :

1° Trois cent quatre-vingt et une insoumises ont été, tout d'abord, rendues à la liberté après leur guérison ; mais dans ce nombre il y en a eu 98 qui, arrêtées de nouveau, dans le courant de l'année 1879 ou dans les années suivantes, pour faits de prostitution et non trouvées malades, ont été inscrites.

2° Soixante ont été inscrites immédiatement après leur guérison.

3° Sur cent quatre-vingt-quatre filles rendues à leurs parents, à Paris, il y en a eu 22 qui, ayant recommencé à se livrer à la prostitution, arrêtées de nouveau en 1879 ou plus tard, ont été inscrites, bien que, cette fois, elles ne fussent pas malades.

4° Six ont été rendues à leur famille en province, grâce à l'argent envoyé par leurs parents.

5° Neuf ont été renvoyées dans leur famille en province, au moyen d'une réquisition de transport. Dans ce nombre, il y en a une qui n'est pas arrivée à destination ; 3 autres revenues à Paris ont continué à se livrer à la prostitution et ont été inscrites après une nouvelle arrestation.

6° Sur quatorze qui sont entrées au Bon Pasteur, il y en a une qui a été inscrite plus tard.

7° Neuf ont été envoyées en correction. Sur ces 9, il y en a 2 qui, après avoir été rendues à leur famille, ont quitté la maison paternelle peu de jours après, pour se livrer de nouveau à la prostitution ; elles ont été inscrites après une autre arrestation.

8° Seize sont entrées dans des refuges dirigés par des religieuses de l'ordre de Marie-Joseph.

9° Une est entrée dans un asile protestant .

10° Deux sont retournées dans leur famille à Londres, grâce à des subsides fournis par une dame protestante.

11° Trois ont été l'objet d'un arrêt d'éloignement du département de la Seine, avec interdiction de séjour pendant deux ans ; Tune d'elles est revenue à Paris et a été inscrite.

12° Une est morte à Saint-Lazare.

En 1880, il y a eu mille cent quarante-huit arrestations d'insoumises malados envoyées en traitement à l'infirmerie de Saint-Lazare ; voici ce qu'elles sont devenues :

1° Six cent soixante et onze de ces malades ont été relaxées, après constatation de leur guérison.

Sur ce nombre, il y en a eu deux cent treize qui ont été arrêtées, soit pendant Tannée 1880, soit pendant les années suivantes, pour s'être livrées encore à la prostitution clandestine; ces insoumises qui n'avaient pas été trouvées malades, au moment de leur arrestation, ont été inscrites sur les registres des filles soumises.

2° Cent vingt-deux ont été inscrites immédiatement après la constatation de leur guérison.

3° Deux cent dix-neuf oni été rendues à leurs parents à Paris.

Il y en a 31 de ce groupe qui, après avoir recommencé à se livrer à la prostitution clandestine, ont été arrêtées et inscrites, soit en 1880, soit dans les années suivantes.

4° Sept ont été envoyées dans leurs familles en province, grâce à l'argent que celles-ci avaient adressé à l'administration.

5° Vingt-deux ont été rendues à leurs parents, au moyen d'une réquisition de transport. 2 d'entre elles ne sont pas arrivées à destination et se sont arrêtées en route. Parmi celles qui sont parvenues dans leur famille, il y en a 2 qui ont quitté le toit paternel, peu de jours après leur arrivée ; ayant recommencé à se livrer à la prostitution, dès leur retour à Paris, elles ont été arrêtées de nouveau et inscrites.

6° Trente-six ont été l'objet d'un arrêt d'éloignement du département de la Seine, avec interdiction de séjour pendant deux ans. Sur ces 36 insoumises, il y en a 5 qui sont revenues à Paris, pour recommencer à se livrer à la prostitution. Après arrestation et constatation de leur état de santé, elles ont été inscrites en 1880 ou plus tard.

7° Quatre, de nationalité étrangère, ont été expulsées du territoire français et reconduites à la frontière.

8° Vingt-deux sont entrées au couvent du Bon Pasteur. Sur ce nombre, il y en a 5 qui, après avoir quitté cet établissement, ont recommencé à se livrer à la prostitution, puis ont été inscrites.

9° Vingt-neuf ont été envoyées en correction. Sur ce nombre, il y en a 11 qui, après avoir été rendues à leurs parents, ont recommencé leur existence de débauebe; arrêtées pour prostitution, elles ont été inscrites.

10° Onze sont entrées dans des refuges dirigés par des religieuses du môme ordre que celles de l'infirmerie de Saint-Lazare.

11° Deux ont été remises à des dames protestantes.

12° Une a été envoyée à l'asile d'aliénées de Sainte-Anne.

13° Deux sont mortes à Saint-Lazare.

Pendant Tannée 1881, on a fait huit cent vingt-ne uf arrestations dïnsoumises malades, qui ont été soignées à l'infirmerie de Saint-Lazare. Voici ce qu'elles sont devenues :

1° Trois cent vingt-quatre ont été mises en liberté; mais, dans ce nombre, il y en a 120 qui se sont fait arrêter de nouveau et qui ont été inscrites après constatation de leur état sanitaire.

2° Cent soixante-douze ont été inscrites immédiatement après leur guérison.

3° Cent soixante-quatorze insoumises ont été rendues à leurs parents à Paris; mais, dans ce nombre, il y en a 40 qui, arrêtées plus tard et trouvées saines, ont été inscrites dans le courant de 1881 ou dans les années suivantes.

4° Trente-quatre ont été envoyées dans leur famille en province, par voie de réquisition de transport.

5° Neuf ont été rendues à leur famille en province, au moyen de l'argent expédié par les parents.

6° Vingt-neuf ont été l'objet d'un arrêt d'éloignement. Sur ce nombre, 4 sont rentrées à Paris et, après avoir été arrêtées pour prostitution, ont été inscrites.

7° Seize ont été soumises à un arrêt d'expulsion du territoire français et reconduites à la frontière.

8° Vingt-sir sont entrées au couvent du Bon Pasteur. Dans ce nombre, il y en a 3 qui, ayant recommencé à se livrer à la prostitution, après avoir quitté le Bon Pasteur, ont été inscrites.

9° Parmi les vingt-deux envoyées en correction, il en est 2 qui, après avoir été rendues à leurs parents, ont recommencé à se livrer à la prostitution et ont été inscrites.

10e Dix-neuf sont entrées dans des refuges dirigés par des religieuses de Tordre de Marie-Joseph. 2 d'entre elles sont rentrées à Paris ; après avoir été arrêtées pour prostitution, elles ont été inscrites.

1 1° Deux ont été admises dans des refuges protestants.

12° Deux sont mortes à Saint-Lazare.

Les insoumises trouvées mille quinze fois malades en 1882 el envoyées à l'infirmerie de Saint-Lazare, sont réparties de la façon suivante :

1° Trois cent quatre-vingt-treize ont été rendues à la liberté, après constatation de leur état de guérison; mais dans ce chiffre total des relaxées, il y en a 133 qui ont été arrêtées, plus tard, pour prostitution et ont été inscrites, bien qu'elles ne fussent pas malades, cette fois-là.

2° Cent cinquante-huit ont été inscrites immédiatement après leur guérison.

3° Deux cent cinquante-neuf insoumises ont été rendues à leurs parents à Paris; mais, dans ce nombre, il y en a 67 qui ont recommencé à se livrer à la prostitution; arrêtées de nouveau, elles ont été inscrites, leur famille n'ayant plus voulu ni les réclamer ni s'occuper d'elles.

4° Trente-huit ont été envoyées dans leur famille en province, au moyen d'une réquisition de transport ; mais 3 d'entre elles ont échappé à la surveillance et ne sont pas arrivées dans leur pays. Parmi les 35 arrivées à destination, 6 sont revenues à Paris pour se livrer, de nouveau, à la prostitution; elles ont été inscrites, après une nouvelle arrestation.

5° Dix-neuf sont retournées chez leurs parents en province, au moyen de l'argent qu'ils avaient envoyé.

6° Cinquante-quatre ont été envoyées en correction, pour une

période de trois à six mois ; dans ce nombre, il y en a 19 qui, après avoir été ramenées dans leur famille, ont bientôt quitté le toit paternel pour se livrer à la prostitution ; arrêtées de nouveau, elles ont été inscrites.

7° Vingt-quatre sont entrées au couvent du Bon Pasteur ; dans ce nombre, il y en a 3 qui ont recommencé à se livrer à la prostitution, après avoir été rendues à leur famille; arrêtées de nouveau et trouvées non malades, elles ont été inscrites.

8° Quatorze ont été envoyées dans des refuges dirigés par les religieuses de Tordre de Marie-Joseph. Dans ce nombre, il y en a 2 qui, après avoir quitté ces asiles, sont rentrées à Paris pour se livrer à la prostitution; arrêtées de nouveau, elles ont été inscrites.

9° Trois ont été remises à des dames protestantes.

10° Trente-six ont été l'objet d'un arrêté d'éloignement avec interdiction de séjour dans le département de la Seine, pendant deux ans. Dans ce nombre, 11 sont rentrées à Paris, malgré Tinterdiction de séjour; elles ont recommencera se livrer à la prostitution et ont été inscrites après une nouvelle^arrestation.

il0 Quatorze, qui étaient de nationalité étrangère, ont été expulsées du territoire français et reconduites à la frontière.

12° Trois sont mortes à Saint-Lazare.

Voici la répartition des insoumises trouvées 865 fois malades et envoyées à Tinfirmerie de Saint-Lazare pendant Tannée 1883.

1° Trois cent quatre ont été rendues à la liberté ; mais dans ce nombre il y en a 126 qui ont été arrêtées de nouveau pour faits de prostitution; elles ont été inscrites comme filles soumises, quelquesunes pendant Tannée 1883, d'autres pendant les années suivantes.

2° Cent soixante-sept ont été inscrites immédiatement après leur guérison.

3° Cent quatre-vingt-deux ont été rendues à leurs parents à Paris; mais, dans ce nombre, il y en a 51 qui ont recommencé à se livrer à la prostitution; arrêtées de nouveau et non trouvées malades, elles ont été inscrites, soit pendant Tannée 1883, soit pendant les années suivantes.

4° Trente et une ont été envoyées chez leurs parents en province, au moyen d'une réquisition de transport; 3 ne sont pas arrivées à destination et une est repartie quelques jours à peine après son retour ; 2 autres sont revenues à Paris et ont recommencé à se livrer à la prostitution ; arrêtées de nouveau et non reconnues malades, elles ont été inscrites en 1883 ou dans les années suivantes.

5° Douze sont retournées dans leur famille en province, au moyen de l'argent envoyé par leurs parents. Sur ce nombre, 3 sont reparties pour Paris ; elles ont été inscrites, après avoir été arrêtées pour actes de prostitution.

6° Quatre-vingt-cinq ont été l'objet d'un arrêt d'éloignement du département de la Seine, avec interdiction de séjour pendant deux ans. Malgré l'arrêt d'éloignement, 26 sont revenues à Paris. Après avoir recommencé à se livrer à la prostitution, elles ont été arrêtées, non trouvées malades et inscrites en 1883 ou plus tard.

7° Douze ont été admises au Bon Pasteur; mais 5 d'entre elles y ont fait un court séjour ; elles ont recommencé à se livrer à la prostitution, ont été arrêtées de nouveau et inscrites.

8° Quarante-deux ont été envoyées en correction par leurs parents. Sur ce nombre, 21 ont recommencé à se livrer à la prostitution, après le temps de correction accompli; arrêtées de nouveau, elles ont été inscrites soit en 1883, soit plus tard.

9° Quinze sont rentrées dans des refuges dirigés par les religieuses de l'ordre Marie-Joseph ; une s'est de nouveau livrée à la prostitution, après avoir quitté le refuge ; elle a été arrêtée et inscrite.

10° Quatre sont entrées dans des refuges protestants.

11° Trois ont été l'objet d'un arrêt d'expulsion du territoire français et conduites à la frontière.

12° Deux, de nationalité suisse, ont été remises à la légation de ce pays, qui les a rapatriées.

13° Il y en a deux qui sont entrées à l'asile d'Auteuil, mais l'une d'elles a été inscrite plus tard.

14° Une a été reconduite à l'hospice des Enfants- Assistés; une autre est entrée à l'asile de la rue de Lourmel ; une troisième a été admise en hospitalité à l'infirmerie de Saint-Lazare, comme domestique et une quatrième est morte à Saint-Lazare.

Parmi les insoumises reconnues 766 fois malades en 1884, on trouve les catégories suivantes :

1° Deux cent quatre-vingt-dix-neuf 'ont été rendues à la liberté. Sur ce nombre, 151 insoumises relaxées une première fois, arrêtées de nouveau dans le courant de Tannée ou dans les années suivantes et non trouvées malades, ont été inscrites.

%° Deux cent cinquante-trois ont été inscrites immédiatement après leur guérison.

3° Quatre-vingt-sept réclamées par leurs parents à Paris, leur ont été remises; mais 12 des insoumises rendues à leur famille, ont été arrêtées de nouveau et inscrites plus tard.

4° Quatorze ont été envoyées dans leur famille en province, avec l'argent expédié par les parents. Sur ce nombre, 3 étant rentrées à Paris pour se livrer à la prostitution, ont été arrêtées de nouveau, et inscrites.

5° Vingt sont retournées dans leur famille en province, au moyen d'une réquisition de transport; sur ce nombre, 5 sont bientôt revenues à Paris pour se livrer à la prostitution, ont été arrêtées de nouveau et inscrites.

6° Sur huit insoumises admises au Bon Pasteur, il y en a une qui a recommencé à se livrer à la prostitution après avoir quitté cet établissement ; arrêtée de nouveau, elle a été inscrite.

7° Vingt-quatre ont été, sur la demande des parents, envoyées en correction pour des périodes de trois à six mois. Rentrées dans leur famille, 5 d'entre elles, ayant recommencé à vivre de la prostitution, ont été arrêtées et inscrites.

8° Trente-sept ont été éloignées du département de la Seine, par arrêté, avec interdiction de séjour pendant deux ans ; mais 13 sont rentrées à Paris pour recommencer à se livrer à la prostitution ; arrêtées de nouveau, elles ont été inscrites.

9° Neuf ont été l'objet d'un arrêt d'expulsion et conduites à la frontière, parce qu'elles étaient étrangères, sans autre moyen d'existence que la prostitution.

10° Deux, qui étaient de nationalité suisse, ont été remises à la légation suisse pour les rapatrier.

11° Huit sont entrées dans des refuges dirigés pjar les reli-

gieuses do Marie-Joseph; une est rentrée à Paris, a été arrêtée pour prostitution et inscrite.

12° Deux ont été envoyées à l'asile des aliénées de Sainte-Anne.

13° Trois sont mortes à Saint-Lazare.

Voici ce que sont devenues les insoumises trouvées 886 fois malades en 1885 :

1° Trois cent vingt-six ont été rendues à la liberté après guérison; sur ce nombre, il y en a 127 qui, ayant recommencé à se livrer à la prostitution, ont été arrêtées en 1885 ou dans les années suivantes, non trouvées malades et inscrites.

2° Trois cent trente-neuf ont été inscrites comme filles soumises, immédiatement après leur guérison.

3° Cent dix-sept ont été rendues à leurs parents à Paris ; mais dans ce groupe, il y en a 12 qui, arrêtées de nouveau pour actes de prostitution, ont été examinées au dispensaire dans le courant de 1885 ou dans les années suivantes, et non reconnues malades; elles ont été inscrites.

4° Trente et une sont retournées dans leur famille en province, au moyen d'une réquisition de transport. 3 de ces insoumises ne sont pas arrivées à destination et se sont arrêtées en route. Parmi celles qui sont arrivées chez leurs parents, 2 ont quitté leur famille, peu de jours après leur arrivée ; rentrées à Paris, elles se sont livrées à la prostitution, ont été arrêtées et inscrites.

5° Onze ont été envoyées chez leurs parents en province, avec l'argent qu'ils avaient adressé à la Préfecture. Une d'entre elles est rentrée à Paris, s'est de nouveau livrée à la prostitution et a été inscrite.

6° Sur dix qui ont été envoyées en correction, il y en a une qui a été arrêtée de nouveau, pour faits de prostitution, et inscrite.

7° Parmi les vingt admises au Bon Pasteur, il y en a 3 qui ont été inscrites plus tard.

8° Sur les quatorze recueillies dans des refuges dirigés par des religieuses de l'ordre de Marie-Joseph, 2 ont été inscrites plus tard.

9° Quatre ont été expulsées du territoire français et reconduites à la frontière.

10° Une a été remise à la légation suisse, qui s'est chargée de la rapatrier.

11° Pour deux, il a été pris un arrêt d'éloignement du département de la Seine.

12° Trois sont entrées à l'asile de la rue de Lourmel et trois à l'asile d'Auteuil ; trois autres ont été admises dans des refuges protestants.

13° Une a été conduite à l'hospice des Enfants-Trouvés.

14° Une est morte à Saint-Lazare.

En 1886, il y a eu un nombre d'insoumises reconnues une ou plusieurs fois malades, qui ont été envoyées 760 fois en traitement à l'infirmerie de Saint-Lazare. Voici ce qu'elles sont devenues :

1° Deux cent quatre-vingt-deux ont été rendues à la liberté ; mais, dans ce nombre, il y en a 94 qui, relaxées une première fois, ont été arrêtées de nouveau pour faits de prostitution et inscrites.

2° Deux cent soixante-six ont été inscrites comme filles soumises, immédiatement après leur guérison.

3° Cent dix ont été rendues directement à leurs parents à Paris ; sur ce nombre, 4 ont été arrêtées postérieurement et inscrites.

4° Vingt-cinq sont entrées au Bon Pasteur. 2 de ces insoumises n'y sont restées que peu de semaines; arrêtées de nouveau, elles ont été inscrites.

5° Vingt ont été envoyées dans leur famille en province, au moyen d'une réquisition de transport. Parmi ces insoumises, il y en a 3 qui sont rentrées à Paris pour se livrer à la prostitution ; arrêtées de nouveau, elles ont été inscrites.

6° Douze, sur larequètedupèreoudelamère, et par jugement du tribunal, ont été envoyées en correction ; 4 d'entre elles, après avoir été rendues à leurs parents, ont recommencé à se livrer à la prostitution et ont été inscrites après nouvelle arrestation.

7° Onze ont été envoyées dans leur famille en province, au moyen de l'argent expédié à cet effet; une de celles-là est rentrée à Paris pour continuer sa vie de débauche; elle a été arrêtée et inscrite.

8° Dix ont été reçues dans des refuges dirigés par les religieuses de l'ordre de Marie-Joseph.

9° Huit ont été admises dans des refuges protestants.

10° Six, après avoir été l'objet d'un arrêt d'expulsion du territoire français, parce qu'elles étaient étrangères n'ayant d'autre

ressource que la prostitution, ont été reconduites à la frontière.

11° Trois sont entrées à l'asile d'Auteuil (Hospitalité du travail pour les femmes).

12° Deux ont été admises à l'asile de la rue de Lourmei.

13° Une a été remise a une Société allemande de bienfaisance; une autre a été envoyée à rétablissement des Enfants-Assistés ; une troisième admise à l'asile de Sainte- Anne a été inscrite plus tard.

14° Deux sont mortes à Saint-Lazare.

Parmi les insoumises arrêtées en 1887, une ou plusieurs fois, et reconnues malades 718 fois, on constate une grande variété dans leur situation après leur entrée à l'infirmerie; on trouve, en effet :

1° Deux cent quatre-vingt-cinq ont été rendues à la liberté immédiatement après la guérison; dans ce nombre, il y en a 108 qui. arrêtées de nouveau pour prostitution, ont été inscrites.

2° Deux cent dix-sept ont été inscrites immédiatement après leur guéri son.

3° Sur cent trente insoumises rendues à leurs parents à Paris, il y en a eu 4 qui, ayant recommencé à se livrer à la prostitution, ont été inscrites en 1887 ou plus tard.

4° Dix-sept ont été envoyées dans leur famille en province, grâce à l'argent expédié par les parents.

5° Huit ont été également renvoyées dans leur famille en province, au moyen d'une réquisition de transport.

6° Seize sont entrées au Bon Pasteur; dans le nombre, il y en a 2 qui ont été inscrites plus tard.

7° Huit ont été admises dans des refuges dirigés par des religieuses de l'ordre de Marie-Joseph.

8° Une a été recueillie dans un asile protestant.

9° Deux ont été reçues à l'asile d'Auteuil.

10° Treize ont été envoyées en correction.

1 1° Dix-sept, soumises à un arrêt d'expulsion, comme étrangères n'ayant d'autre ressource que la prostitution, ont été reconduites à la frontière.

12° Une a été envoyée à Sainte- Anne.

13° Trois sont mortes à Saint-Lazare.

Femmes mariées.

Pour compléter l'analyse que nous venons de faire de ce qui s'est produit pour les insoumises malades sorties de Saint-Lazare, nous devons mentionner une catégorie spéciale de malades, dont l'état civil n'a pas été désigné précédemment d'une façon particulière; nous voulons parler des femmes mariées.

Pendant la période décennale, 415 insoumises mariées ont été soignées à l'infirmerie de Saint-Lazare, et comme quelques-unes d'entre elles ont été arrêtées plusieurs fois et trouvées plusieurs fois malades, le nombre des arrestations, comme celui des constatations morbides, s'est élevé à 477.

Parmi ces insoumises mariées, il y avait 59 veuves.

Dans le groupe complet des femmes mariées, nous trouvons 70 mineures et 345 majeures.

On a eu à constater, chez les femmes mariées, 265 fois des accidents syphilitiques, 182 fois des accidents vénériens et 30 fois la gale.

Nous énumérons, plus loin, dans quelles conditions ces femmes ont été rendues à la liberté et nous constatons ce qu'elles sont devenues après avoir quitté l'infirmerie de Saint-Lazare; mais nous pouvons dire immédiatement que 166 de ces insoumises mariées ont été inscrites, soit dans l'année même de leur guérison, soit postérieurement.

Femmes mariées. — 1878-1887.

Unités Arrestations

Malades 1 fois 364

— 2 fois . .

— 3 fois . .

— 4 fois . .

Veuves

Mineures 70

Majeures 340

(L'âge des majeures varie entre 21 et 60 ans)

Accidents syphilitiques 265

Maladies vénériennes 182

Gale 30

Femmes mariées. — 1878-1887.

Sont rendues h leur mari 41

Parmi ces femmes :

5 sont inscrites plus tard ; 1 renvoyée avec l'argent du mari; 1 renvoyée au moyen d'une réquisition de transport ;

Sont rendues à leur père 7

Parmi ces femmes :

1 renvoyée avec l'argent du père.

Sont rendues à leur mère 9

— — sœur 2

— — beau-père 1

— — belle-mère 1

— — beau-frère 2

— — famille 3

Sont renvoyées avec réquisition de transport. 2

Sont l'objet d'un arrêt d'éloignement 21

Sont expulsées 4

Sont envoyées en correction 1

— à l'asile Sainte-Anne 1

Restent à Saint-Lazare comme domestiques. . 4

Envoyée dans un refuge 1

Envoyée k l'asile de la Madeleine 1

Morte à Saint-Lazare 1

Sont inscrites après la sortie de l'infirmerie. . . 113

Sont relaxées et inscrites la môme année 9

Sont inscrites 1 an après 13

Relaxées et inscrites 1 — 3

Sont inscrites 2 ans après 9

Relaxées et inscrites 5 — 2

Sont inscrites 6 — 2

Sont mises en liberté 205

Sur lesquelles on n'a pas de renseignement . . 2

(La différence de 2 se porte sur Tannée 1884).

Les minutieuses analyses que je viens de faire m'ont permis de montrer ce que sont devenues les insoumises malades entrées à l'infirmerie de Saint-Lazare. 11 m'a été possible de les suivre pas à pas et de signaler dans quelles conditions elles ont quitté l'infirmerie de Saint-Lazare et le dispensaire de salubrité. Avant d'examiner, d'une façon plus complète, quelques-unes des questions de ces différents groupements, qui nécessitent une étude plus importante et plus développée, il est bon de signaler les mobiles qui ont dirigé l'administration dans les décisions variées qui ont été prises.

Insoumises relaxées. — Les conditions de la mise en liberté, après leur guérison, des insoumises traitées à Saint-Lazare, ont été évidemment très variables.

Dans la période de dix ans, il y a eu trois mille six cent trente et une filles qui ont été relaxées et qui ont pu agir immédiatement à leur fantaisie. Dans ce nombre, il y avait des majeures et des mineures.

Pour ce qui concerne les majeures, la décision administrative ne présentait pas beaucoup de difficultés, puisque l'intervention des parents n'était pas nécessaire. On a tenu compte des promesses, faites par les intéressées, de se bien conduire et de travailler; on a pris en considération l'attitude de l'insoumise et le nombre, plus ou moins considérable, des arrestations subies, ainsi que leur déclaration énergiquement exprimée de repousser l'inscription. Cet ensemble d'éléments a déterminé la résolution adoptée. Pour ce qui regarde les mineures, la situation n'était pas la même : avant de relaxer les insoumises mineures, la Préfecture de police avait pris les précautions les plus minutieuses pour retrouver les parents, soit à Paris, soit en province. J'ai montré dans un chapitre spécial combien cette recherche était hérissée de difficultés; j'ai dit l'insistance et les efforts de l'administration pour obtenir l'expression delà volonté des parents, en ce qui concernait la détermination à prendre. Très souvent la famille faisait attendre sa réponse et bien des jours s'écoulaient avant qu'on connût ses intentions ; on écrivait successivement plusieurs lettres et lorsqu'on avait la certitude absolue que les parents avaient été avisés des démarches de la Préfecture de police, on arrivait à la conviction que le silence était voulu, qu'ils ne désiraient plus

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s'occuper do l'insoumise dont la situation leur avait été révélée ; en pareille circonstance, l'administration recouvrait sa liberté d'action. Dans d'autres cas, les parents, après avoir fait espérer leur réponse assez longtemps, se décidaient enfin à déclarer qu'ils ne voulaient plus s'occuper de leur fille, qu'ils ne voulaient plus entendre parier d'elle et que la Préfecture de police pouvait la rendre à la liberté ou en faire ce qu'elle voudrait. Cette déclaration n'était pas toujours irrévocable; elle était, parfois, le résultat d'un premier mouvement d'irritation contre la fille qui s'était mal conduite ; aussi l'administration insistait-elle pour qu'on accueillit favorablement la fille disposées s'amender; parfois, un nouvel appel adressé au cœur et à l'indulgence des parents, obtenait un heureux résultat. Le plus souvent cependant le refus était définitif. Dans ce cas, comme dans l'hypothèse d'un silence volontairement obstiné, il fallait agir. En raison même de l'âge de la mineure, les difficultés étaient plus grandes et les hésitations plus naturelles. C'est après avoir minutieusement examiné les avantages et les inconvénients des différentes solutions, que l'administration se décidait à rendre l'insoumise mineure à la liberté. Malheureusement en la relaxant et en la livrant à la libre circulation, on la rejetait, trop souvent, dans la prostitution clandestine. Les promesses de bonne conduite, les résolutions de se livrer à un travail honnête ne durent pas longtemps ; et puis, où est le travail rémunérateur? Si l'insoumise no va pas frapper à la porte de certaines institutions charitables et si elle ne rencontre pas des personnes généreuses, elle retombe dans la misère et la prostitution.

Parmi les 3,603 insoumises rendues à la liberté, combien y en a-t-il qui ont été de nouveau malades et qui ont été inscrites après un nouveau séjour à l'infirmerie de Saint-Lazare? On trouvera dans le chapitre concernant l'inscription, des renseignements précis sur ce point. Je puis dire immédiatement le chiffre de celles qui ont recommencé à se livrer à la prostitution et qui, arrêtées de nouveau, ne sont pas passées par l'infirmerie de Saint-Lazare, puisqu'elles n'étaient pas malades, et ont été inscrites.

Ce chiffre est exactement de 1,256.

Insoumises rendues à leurs parents à Paris. — Lorsque les parents des insoumises habitaient Paris, l'administration se mettait en rapport avec eux; ils étaient convoqués à la Préfecture de police

et, après quelque résistance de leur part, on obtenait la promesse qu'ils recevraient leur fille, dès qu'elle pourrait, après guérison, quitter l'infirmerie de Saint-Lazare. Il est arrivé cependant que certaines familles, malgré l'engagement pris par elles de reprendre leurs enfants, restaient sourdes au nouvel appel adressé par la Préfecture de police; dans ces cas, on n'attendait pas la venue des parents; des agents spéciaux étaient chargés de conduire au domicile paternel les insoumises non réclamées. Seize cent cinquante-six insoumises ont été rendues, dans ces conditions, à leurs parents à Paris. Il faut bien dire que parmi les jeunes filles, en apparence repentantes, un certain nombre avait le désir très vif de recommencer la même existence de débauche. Quelques-unes ont quitté leur famille, trois ou quatre jours après y avoir été ramenées; d'autres ont abandonné le toit paternel, le jour même où elles y étaient revenues; elles se sont réfugiées dans un garni quelconque et, dès le premier soir de la mise en liberté, elles ont recommencé à se livrer à la prostitution. Parmi les filles rendues à leurs parents à Paris, il en est qui ont été reconnues malades après une nouvelle arrestation, envoyées à Saint-Lazare et inscrites, après un nouveau séjour à l'infirmerie ; d'autres, arrêtées pour prostitution et non reconnues malades, ont été inscrites; le chiffre de ces dernières s'est élevé à 277.

Insoumises envoyées dans leur famille en province. — Lorsque les parents sont éloignés de Paris, l'administration se met en rapport avec eux par l'intermédiaire des maires des communes qu'ils habitent. Les lettres citées précédemment ont montré les difficultés dont il faut triompher pour arriver à rapatrier les jeunes insoumises, car il s'agit ici des mineures, les seules sur lesquelles on peut avoir quelque action. A force de patience et d'insistance, on obtient que des parents, qui d'abord étaient très rétifs, se décident à répondre favorablement aux lettres qu'ils ont reçues ; ils adressent leur consentement afin que la Préfecture de police fasse le nécessaire pour réaliser le voyage de leur enfant. 11 n'y a pas que les parents à convaincre de l'utilité d'une pareille solution ; il faut agir également sur les insoumises pour les maintenir dans de bonnes dispositions et leur faire accepter, comme agréable, leur retour dans la famille. Ces jeunes filles sont très versatiles : après avoir sollicité la faveur de rentrer dans leur pays, elles changent d'avis

au moment décisif et on n'obtient pas toujours qu'elles renoncent à cette velléité de résistance, pour revenir à leur premier projet. Quand l'entente est enfin établie entre la famille et l'insoumise, l'administration charge un agent de conduire la jeune fille au chemin de fer ; il doit prendre le billet, qu'il doit remettre au chef du train chargé de veiller sur elle ; ce dernier ne lui donnera définitivement son ticket que lorsqu'elle sera arrivée à destination. Au préalable, on a délivré, à la jeune fille, un passeport et une petite somme de 2 francs comme secours de route. L'agent chargé de conduire l'insoumise au chemin de fer, la surveille jusqu'au moment où le train quitte la gare de Paris.

L'envoi en province se fait de deux façons : le prix de la place du chemin de fer est payé avec l'argent adressé par les parents ou, s'ils sont indigents, au moyen d'une réquisition de transport. Lorsque les parents déclarent ne pas avoir l'argent nécessaire pour le voyage de leur enfant, il leur est répondu qu'il suffira d'envoyer un certificat d'indigence délivré par le maire de la commune, pour que la Préfecture de police prenne les mesures utiles et réalise l'envoi de la jeune insoumise dans sa famille. Munie du certificat d'indigence, l'administration adresse une réquisition de transport à la Compagnie du chemin de fer, qui conduit dans le pays habité par les parents, puis elle informe le ministre de l'Intérieur de la mesure qui a été prise par une lettre analogue à la suivante :

Réquisition de Transport

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