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MONUMENTS FIGURES DE L’HISTOIRE DE LA

Preuves archéologiques de la Prostitution religieuse et légale.

L’histoire du culte des divinités orientales, qui se rattache à la prostitution dans l’Antiquité, ne nous a pas été transmise seulement par les écrits des historiens. On la retrouve encore dans les monuments figurés, précieusement recherchés par les archéologues modernes : médailles, inscriptions, fragments monumentaux, pierres gravées, camées, cônes, cylindres, etc.

Les gravures représentées sur ces pierres, ces fragments de sculpture, ces stèles, ces anneaux, ces cachets, ces vases et coupes découverts dans les ruines des cités anciennes, viennent témoigner de la réalité des cultes de Mylitta, de Priape, de Phallus, d’Osiris et autres divinités semblables.

Ces petits cylindres et ces cônes en pierre ou en terre cuite, qu’on peut voir dans les vitrines du Musée du Louvre et dans le Cabinet des médailles et antiques de la Bibliothèque nationale, étaient des amulettes emblématiques que portaient les hommes et surtout les femmes, soit au cou, soit aux bras. Les inscriptions et gravures hiéroglyphiques ont été déchiffrées par les archéologues, et ce n’est que d’après leur enseignement que je me permettrai d’y chercher la démonstration des faits avancés sur l’origine de la prostitution.

M. Menant, dans son remarquable ouvrage sur les Pierres

gravées de la haute Asie et les Cylindres de la Chaldée, combat, jusqu’à un certain point, l’interprétation donnée aux figures symboliques par ses prédécesseurs. Mais il convient, cependant, que ces pierres gravées, produits délicats d’un travail de patience et de précision, sont un des éléments importants d’après lesquels on peut reconstruire l’histoire artistique des peuples. « Car la cupidité, dit-il, qui dénature les objets d’or et d argent, ne saurait atteindre une agate ou un silex. » Ces pierres étaient de véritables bijoux, affectant des formes diverses: plaques, amandes, fuseaux... Quelquesunes servaient de cachets, de bagues, de chatons scarabéoïdes. Beaucoup sont en forme de cônes ou de pyramides. Le cylindre a généralement de 2 à 5 centimètres de hauteur ; il est percé suivant son axe ; la gravure se développe sur la surface convexe et les sujets sont souvent accompagnés de légendes. Celles-ci en caractérisent d’ailleurs la provenance et permettent de reconnaîtreainsi les cylindres chaldéens, assyriens, égyptiens, phéniciens et perses.

M. Menant a décrit un grand nombre de cylindres asiatitiques ; il est arrivé à établir une théogonie dans laquelle le dLu suprême, Hou , est représenté sous la forme d'un buste humain terminé par des plumes et accompagné de deux ailes étendues. Au-dessous de lui, une trinité de grands dieux : Samas , le dieu-soleil, symbolisé par un disque lumineux; Sin, le dieu-lune , symbolisé par un croissant, et Istar , autre grande déesse, symbolisée par une étoile. Cette trinité rap-

pelle exactement Osiris, Isis et Horus.

Les travaux de M. Lajard ont une grande analogie avec ceux de M. Menant; mais ils présentent un intérêt plus considérable pour l’étude de la prostitution sacrée.

Sans vouloir nous faire le défenseur de la thèse de ce savant, nous mentionnerons spécialement un passage de ses différents mémoires adressés à Y Académie des Inscriptions. Il s’agit d’un cône en agate dont la base, très large, porte gravée en creux et vue de face, une figure debout, qui a deux têtes de profil. L’une, tournée de droite à gauche, offre les traits d’un homme barbu, l'autre, tournée de gauche à droite,

est celle d’une femme. Une couronne à cinq pointes embrasse les deux têtes, et, dans le champ de la pierre, immédiatement au-dessus de cette couronne, on observe trois astérisques qui sont placés sur une même ligne et à égale distance l’un de l’autre. Le reste du costume de cette figure androgyne se compose de quatre parties distinctes : un vêtement intérieur, un vêtement inférieur, une ceinture qui les lie l’un à l’autre, et un vêtement extérieur.

De la main droite, et par conséquent du côté de la tête barbue, cette figure tient par la queue un serpent. Un autre serpent plus long entoure de ses anneaux une partie du milieu du corps de la femme. Dans l’espace compris entre les deux bras et les deux serpents, on observe de chaque côté un dragon ailé, à gueule béante, qui paraît vouloir attaquer le serpent auquel il est opposé*. Les rayons solaires, dont la tête de l’un des serpents est entourée, le croissant qui surmonte la tête de l’autre, et le soin qu’on a pris de disposer les deux reptiles de manière qu’ils correspondent, celui-ci à la tête humaine femelle, celui-là à la tête humaine mâle, sont autant de particularités qui indiquent positivement l’intention qu’on avait eue d'en faire les symboles du pouvoir générateur mâle ou actif et du pouvoir générateur femelle ou passif. Or, on sait très bien que, chez les Anciens, le serpent était l’emblème de la vie et de la reproduction, comme on le voit dans les figures d’Isis et deMithra (fig. 2 et 3), et d’après la statue liontocéphale du musée de la villa Albani.

LA PROSTITUTION DANS l’aNTIQUITÉ

Du côté gauche de la base du cône (fig. 1) est une roue qui n’est pas fermée par les jantes, mais dont les rayons sont terminés chacun par une. petite boule. « C'est encore là le symbole du pouvoir générateur, ajouteM. Félix Lajard». Car l’interprétation des symboles remonte à une antiquité très

reculée, puisqu’elle semble avoir été liée à la formation même du langage chez les plus anciens peuples de l’Asie.

Au-dessous des pieds de la figure androgyne on aperçoit un vase à deux anses semblable à une amphore, autre emblème de la virilité, tandis que le vase cratère , qui est du côté gauche, représente l’organe féminin. Enfin , du côté droit de la figure, se trouve un Ctéis , x ta , qui est l’emblème évident de l’appareil sexuel externe de la femme.

Les deux dragons ailés qui, sur cette même pierre, sont opposés aux deux serpents, nous offrent un exemple remarquable de cette croyance religieuse qui admettait deux créations : l’une d’êtres bons ou bienfaisants, l’autre d’êtres mauvais ou malfaisants. Ce dogme, très explicitement exposé dans les livres de Zoroastre, et très clairement indiqué sur quelques monuments figurés du culte de Mithra; se retrouve dans la plupart des systèmes religieux de l’Antiquité.

Voici maintenant les réflexions de AI. Lajard sur ce cône :

« La présence de l’organe même du pouvoir générateur femelle parmi les attributs placés autour de la figure androgyne, que je prends pour la Vénus assyrienne Mylitla, est un fait important. Cet organe, nous le voyons encore sur plusieurs cônes ou cylindres qui, à mon avis, appartiennent aux mystères de Mylitta. J'en connais deux exemples : Le premier est tiré d’un beau cylindre du musée britannique, le second m’est fourni par la base d’un cône du Cabinet Calvet (d’Avignon).

« Un autre cône, décrit par La Chausse (fig. 4) nous offre de même la représentation d’un prêtre revêtu du costume asiatique et accomplissant un acte d’adoration devant un autel sur lequel on voit un Ctéis et l’étoile de Vénus. Ici, dit

Fig.

AI. Lajard( le Ctéis semble devenir l’emblème de la déess elle-même et caractériser son culte avec cette énergie, cette naïve grossièreté, dont, sans doute, furent empreintes à leur origine les doctrines religieuses, qui avaient cours chez les Assyriens et les Phéniciens. Ces doctrines, à travers une

E. DUPOUY

longue série de siècles ei de révolutions religieuses ou civiles, ont laissé sur le sol de l’Asie occidentale des traces si profondes,, qu’en étudiant les coutumes et les mœurs des populations actuelles, on acquiert la triste conviction que, malgré les efforts successifs du christianisme et de l'islamisme, l’adoration du Cte'is n’a pas cesse' d’être en usage chez certains sectes religieuses de l’Orient.

« Placé sur notre cône (fig. i), précisément auprès de cette moitié de l’image de JVIvhtta qui appartient au sexe masculin, la Cte'is semble, par cette position, y indiquer quel sacrifice particulier cette divinité exigeait de ses nombreuses sectatrices, obligation qui, par un déplorable abus^ qu’il eût été facile de prévoir et plus sage de prévenir, dégénéra, dans la suite, en de honteuses prostitutions.

« Cette institution existait non seulement à Babylone, ou on la voit intimement liée au culte de Myiitta, mais en Phénicie, en Syrie et en général dans tous les pays fréquentés par les Assyriens et les Phéniciens. Aussi la retrouve-t-on chez les Moabites et les Madianites, avec le culte et les mystèresde Baal-Pe'or. On la retrouve encore dans les colonies phéniciennes d’Afrique, chez les anciens Arméniens avec le culte de Vénus Anaïs, chez les Cypriens et les Corinthiens, toujours plus ou moins transformée en d’ignominieuses impudicités Si nous observons chez les Lydiens l’usage des prostitutions publiques, on doit croire que, comme les Cypriens et les Grecs, ils l’avaient reçu des Phéniciens et des Assyriens avec le culte d’Astarté et de Myiitta. Cette conjecture semble etre justifiée par le témoignage de Strabon qui, après avoir parlé de la prostitution des jeunes Arméniennes, dans le temple d’ Anaïs, ajoute que, selon Hérodote, il en est de même chez les Lydiens l)e son côté, cet historien assigne ^réellement a cet usage une origine asiatique, en disant qu’à l’exception

( da prostitution des filles, les lois des Lydiens ont de nom-

Dreuses conformités avec celles des Grecs ».

Ce n’est pas seulement en Asie que Venus était îepresemee avec les attributs d’un homme. Selon Guidas et d’autres auteurs, les -Romains avaient consacré à cette déesse, dans Rome

même, des statues qui reproduisaient son image avec une barbe et les parties génitales des deux sexes C’est pour ce motif qu’on donnait à la déesse l’épithète de biformis * Un médaillon de Démétrius II porte au revers rimage de Vénus, avec une barbe ; elle est coiffée d’un casque à trois aigrettes ; elle tient de la main droite un arc, et son costume est celui d’une femme.

La fig. 5 est le dessin d’une médaille de la Bibliothèque nationale, qui représente d’un côté une tête d’homme et de l’autre Vénus ayant à ses côtés une rangée de phallus. Telle est du moins l’opinion de Mionnet en France, de Frœlich et de Richter en Allemagne et de Duane en Angleterre.

Comme autres preuves archéologiques, nous mentionnerons les sujets gravés sur les cylindres de la riche collection de la Bibliothèque nationale. Voici les principaux, d’après le catalogue de M. Chabouillet :

Sous le n° 7 o5, on voit un prêtre debout, adorant Mylitta assise sur un trône, tenant une couronne, les pieds posés sur une chèvre dont le corps se termine en poisson. Derrière la chèvre marine, l’on voit le Ctéis.

Au n° 734, c’est Bélus assis sur un trône ou Thalamus , qui supporte une pyramide à degrés. Une femme en adoration semble lui amener une jeune fille, la tête et le sein nus, à laquelle il offre une fleur. Au-dessus de Bélus, le disque de Vénus et le croissant de la lune. Cette jeune fille est l’épouse

offerte toutes les nuits à Bélus, dans son temple de Babylone, suivant le témoignage d'Hérodote.

Au n° 74a, c'est Anaïtis assise, tenant une couronne, suivie de deux personnages en adoration. Dans le champ, on voit le croissant et l’astre de Vénus. Derrière la déesse, le Mîr , la moitié du Hom et le Ctéis.

AunJ8ob, c’est une femme adorant le dieu de la guerre et Vénus-Anaïtis, vue de face.

Au n° 812, Mylitta et Anaïtis. Devant celle-ci se tient un prêtre -, Mylitta a devant elle la déesse Koun, des Egyptiens et sa main porte le sceptre surmonté d’une fleur et de deux U venus.

Le Mîr était l’emblème de la divinité, le symbole divin; i 1 est représenté par un petit cube aux angles arrondis entouré sur ses parties latérales et inférieures de nombreux rayons. Quant au Hom, c’est V arbre de vie , l’arbre sacré, l’arbre de la science. Il affecte des formes différentes, ne rappelant en aucune façon, d’ailleurs, le homa, dont on ne coupait les branches qu’avec un respectueux cérémonial analogue à celui des druides pour le gui sacré du chêne.

Quant au Ctéis, c’est un losange dont les angles du petit diamètre sont arrondis, et au centre duquel se trouve un point très marqué.

Nous ne discuterons pas l’interprétation qu’il faut donner à ces dessins, mais nous nous arrêterons cà d’autres monuments figurés authentiques et nombreux qui viennent ajouter leur témoignage à celui des monuments écrits, pour nous prouver que si la prostitution n’était pas autorisée par les lois civiles de la Grèce, nous devons cependant la comprendre au nombre des coutumes religieuses, qui, avec le culte asiatique de Vénus, s’introduisirent chez les Grecs. Parmi ces monuments, nous pouvons en citer plusieurs de la collection Durand décrits par M. de Witte, entre autres deux vases, deux coupes et une pierre gravée. L un des vases nous offre la représentation d’un temple de Vénus dans lequel une courtisane reçoit, par l’intermédiaire d’un esclave, la proposition

LA. PROSTITUTION DANS l’aNTIQOITÛ

d'un étranger couronné de myrte, qui est placé en dehors du portique et qui tient à la main une bourse.

Sur l’autre vase, un étranger également couronné de myrte, est assis sur une espèce de lit, et semble adresser la parole â une courtisane qui est debout, à côté de lui.

Les deux coupes reproduisent des sujets analogues accompagnés de groupes d’hommes et de courtisanes; on y remarque aussi un miroir, attribut caractéristique de Vénus.

« Sur la pierre gravée, l'on voir, dit encore M. F. Lajard, un sujet très obscène dans lequel la déesse ou l’initiée tient elle-même un miroir à la hauteur de ses yeux. Les cinq autres faces de la pierre représentent plusieurs animaux qui caractérisent le culte de la Vénus orientale. Ces scènes nous montrent combien la dépravation des mœurs avait dénature l’institution primitive du sacrifice de la virginité dans le sanctuaire de Vénus. Cette remarque me paraît également justifiée par la manière dont quelques auteurs de l’Antiquité s’expriment au suiet des pratiques plus ou moins licencieuses, qui, dans diverses localités de la Grèce, accompagnaient la célébration des mystères d Aphrodite ou de plusieurs divinités avec lesquelles Vénus a une identité primitive. »

Tous ces cônes, emblèmes de Vénus, se vendaient dans les villes, principalement aux étrangers qui visitaient les temples de la déesse. Ils portaient presque tous les mêmes gravures, ce qui indique bien la ressemblance des pratiques du culte de Mylittachez les Assyriens, avec celles du culte de Vénus chez les Grecs et les Romains, et celles du culte de Mithra chez les Perses. D’autres pierres gravées et des bas-reliefs persiques et romains représentent, en effet, Mithra placée, comme la Vénus androgyne du cône de M. Lajard, entre les deux portes du ciel c’est-à-dire ayant à sa droite le soleil, à sa gauche la lune, (une petite circonférence entourée de rayons et un croissant) .

Quelques monuments figurés permettent déconsidérer également le taureau et le lion comme les attributs caractéristiques de Vénus, en Orient et en Occident. Nous citerons, à

Tappui de cette assertion, le grand bas-relief assyrien d’Yazili- Kaïa trouvé par M. Ch. Texier près de Ptérium et la tablette exhumée des ruines de Babylone, de la collection du baron Koger. Le premier de ces monuments montre la déesse debout sur un lion ; dans le second elle est debout sur un taureau. Un grand nombre d’autres monuments figurés la représentent encore assise sur des lions ou sur des taureaux.

Fig. 6.

Si, malgré les affirmations de? historiens, on pouvait douter que la Vénus grecque et la prostitution religieuse eussent pour origine le culte de TAstarté phénicienne, on en trouverait encore une preuve matérielle dans les antiquités trouvées à Chypre (fig. 6). Dans cette île, la population était phénicienne, mais elle reçut, comme on le sait, dès les temps les plus reculés, des colonies grecques. Le culte d’Aphrodite est parti de là, et l’imagination des poètes en fit la déesse sortant de Y écume de la mer. M. Jules Soury, dans ses Etudes historiques, a constaté, d’après les données archéologiques, que Fart et toutes les divinités de la Grèce sont venus de l’Asie, f Parmi les idoles phéniciennes de Cypre, qui sont au Louvre,

LA PROSTITUTION DANS LANTiQUITL

dit cet auteur, il eu est une au Iront orné d une couronne. Des colliers entourent son cou et tombent sur sa poitrine. La main droite de la déesse se porte vers son sein, la gauche vers ses flancs sacrés d’où les dieux et les hommes sont sortis. N’est-ce point là le geste de la Vénus deCnide et de la Vénus de Médicis? C’est le même geste, mais il ne faut point songer à voir ici l’indice d’un sentiment de pudeur émue et craintive. La mère universelle qui a tant d’enfants, et dont les créatures puisent une vie toujours nouvelle à ses mamelles intatissables, loin de cacher son sein robuste, le montre, non sans orgueil, aux hommes et aux dieux. Son peuple de colombes, qui tout le jour roucoule amoureusement, sous les sombres cyprès qui croissent dans les bosquets sacrés du temple, les milliers d’hiérodules des deux sexes qui la servent, la foule de pèlerins qui viennent, au temps des fêtes, se réjouir tour a tour dans le sanctuaire et sous les tentes des prêtresses, tout

éloigne de la bonne déesse et de son temple cette grâce chaste et pudique qui charme les sens affinés de 1 homme civilisé. Au fond, cette grossière terre cuite et l’œuvre des sculpteurs grecs sont un même et unique symbole. On pouirait dire que les métamorphoses de cette idole sont 1 image fidèle des ti ansformations par lesquelles la vieille civilisation asiatique, transmise par l’intermédiaire des peuples de 1 Asie mineure,

est devenue la civilisation grecque. »

MM. F. Creuzer et Guignant, disent aussi qu'ils ont trouvé en Cypre des formes évidemment orientales de ce cuite de la nature divinisée dans sa force génératrice, 1 androgyne Aphrodite , unissant les deux pouvoirs mâle et femelle et le cône sacré, symbole distinct de ce dernier pouvoir. Mais dès les temps les plus anciens, à côté de ces emblèmes non moins bizarres que significatifs, qui semblent tenir en principe aux

religions de l’Inde, avait pris place l’attrayante déesse qui, par son nom de Cypris, atteste que l’île entière était soumise à son

empire. Partout elle fut adorée, mais nulle part l’idée d’une divinité génératrice ne se révèle avec des rites et des attributs

plus évidemment orientaux, plus voluptueux, plus sensuels, qu’à Corinthe et au mont Eryx. A Corinthe, mille hiérodules

ou courtisanes saciées, que nous avons déjà rencontrées dans maint temple asiatique, desservaient les autels d’Aphrodite. Sur le mont Eryx était un antique et riche temple de la déesse où les femmes se prostituaient en son honneur, au milieu de ses fêtes.

^ D’un autre côté, une intaille antique, venant de F île de Cypre (Cabinet des médailles de la Bibliothèque nationale . n# 1 582) représente un temple de Vénus, au milieu duquel on voit le simulacre de la déesse : une pierre conique. A droite et a gauche sur une colonne, se trouve une colombe. Audessus du simulacre, le croissant et le soleil, comme sur les pierres égyptiennes et assyriennes.

Ainsi donc, cultes et déesses étaient identiques, à peu de chose près; et on peut dire que les peuples en acceptaient les uns des autres les doctrines et les pratiques avec le même empressement ; elles flattaient leurs appétits sensuels. Nous allons encore constater ce fait qui est très remarquable dans i histoire ancienne. Les superstitions religieuses poussaient les Egyptiens à s’entourer de priapes de toutes les formes. Ceuxci se faisaient en porcelaine de différentes couleurs et en terre cuite. Et, comme aux Assyriens et autres Asiatiques, cela leur servait d’amulettes. On en a retrouvé dans les momies; et Muni loti a donné, il y a quelques années, la description de peintuies priapiques des murs du temple de Karnac. Les monuments funéraires et autres, les stèles et beaucoup d'objets à 1 usage de ces peuples portaient des gravures du dieu.

En Egypte, le défunt était assimilé à Osiris, et cette assimilation était un gage d’immortalité. C’est probablement ainsi qu’il taut expliquer la présence des priapes sur les sarcophages, et notamment sur celui du Louvre, qui est, d après 1 inscription, le tombeau d’un prêtre du règne de Psamétik Ier. Au milieu des gravures de la paroi extérieure, on voit, en effet, étendu sur le dos, un Osiris, muni d’un priape perpendiculaire à l’axe de son corps. C’est le symbole de la vie, de la fécondité qui appartient à la divinité Soleil, mais

(i) Religions dans l’antiquité F. Creuzcr. traductions et notes de Guignant, directeur de l’Ecole normale i835.

LA PROSTITUTION DANS l’aNTIQUITK

c’est encore à la fausse interprétation donnée à cet emblème que les prêtres ont pu exploiter la prostitution religieuse, chez des populations dont l’esprit inculte était incapable de discerner l'idée philosophique, qui se cachait sous une image matérielle.

Les femmes, qui ont toujours eu un goût prononcé pour les amulettes et autres objets semblables, portaient des colliers faits avec un certain nombre de cylindres enfilés par une double tige de fer. Parmi les cylindres du Cabine/, des médailles de la Bibliothèque nationale, nous citerons celui qui est inscrit sous le n° 904. Il représente deux personnages vêtus à l’égyptienne et tenant chacun un sceptre placé de chaque côté de la figure du Hom surmonté du mîr. On voit derrière trois symboles : l’oiseau à la tête humaine (lame selon les Egyptiens), le Ctéis et la mandragore.

Un cône, n° io56, montre un dieu barbu, vêtu à l’égyptienne,tenant encore un sceptre, assis devant un pyrée allongé. Dans le champ, le globe sur le croissant et le Ctéis.

On voit dans la meme collection plusieurs autres cônes sur lesquels sont gravés un croissant et deux globes avec Mîr et Ctéis, ou bien VOuoti, l’œil, symbole de la vie et de l’activité, quelquefois un croissant posé sur le Hom entouré d’une couronne, ou une femme avec des symboles différents et le serpent Uraeas. On voit aussi des scènes obscènes, comme la pierre qui porte le numéro 1 104. Enfin deux cylindres ( 1 7 5 et 17b) représentent une Vénus égyptienne, avec des cornes de vache, ce qui établit l’analogie entre Isis et la \ énus assyrienne, représentée souvent sous la forme d'une vache allaitant un veau. L’analogie est frappante, comme on le voit.

On ne peut admettre l’idée de courtisane, sans y adjoindre celle de la coquetterie et du maquillage. Dans la salle de Jules II, consacrée aux monuments de la vie privée des Egyptiens, onyaperçoit non seulement les superbes bijoux destinés aux femmes, bracelets en or incrustés d’émaux, des colliers dans le même genre, des bagues représentant une

(1) Pierre commémorative .

femme devant Osiris, mais encore tous les objets qui servent à décorer et à peindre le visage. Dans une des armoires de cette salle, on trouve aussi, comme l’a décrit M. Rouge, les petits pots et étuis de diverses formes, en bois ou en terre, qui servaient à mettre les ingrédients nécessaires à la toilette des

Egyptiennes. Le principal était le noir d’antimoine destiné aux yeux ; les aiguilles de bois, de pierre ou d’ivoire, terminées en massue, avaient la forme convenable pour ne pas blesser les paupières dans cette délicate opération. Les petits pots ont tantôt la forme d'une colonne, tantôt celle d’un nœud de roseau qu’on imitait en terre émaillée. Le dieu monstrueux nommé Bès , qui, à ce qu’il paraît, présidait, malgré sa laideur, à la toilette des femmes, forme aussi très habituellement le principal motif de la décoration de ces petits ustensiles. Faut-il ajouter que les perruques, les fausses tresses faisaient partie de l'art de s’attifer chez les Egyptiennes ? Il y a là encore des échantillons de leurs postiches assez bien conservés, et tout l’attirail de la coquetterie féminine destiné à l’embellis-

sement du corps.

Les preuves figurées de la prostitution en Italie et du cultede Vénus et de Priape nous sont tout aussi abondamment fournies par les recherches archéologiques . Le Musée secret des peintures, bronzes et statues de Naples contient des originaux très remarquables, qui ont été décrits, avec un grand talent d’artiste, par M. G. Famin. Ces monuments, qui intéressent si vivement la science, dit cet auteur, ont traversé les siècles, et ont été conservés dans les entrailles de la terre pour apporter aux générations futures les leçons de l’histoire. Beaucoup ont été découverts sur les flancs du Vésuve, ensevelis sous la cendre volcanique, à Herculanum, Pompéi et Scabia.

D’après le plan des maisons de Pompéi, on a pu se rendre compte que, chez les gens aisés, il y avait un réduit consacré spécialement au culte de Vénus. Les Grecs le nommaient Afpodinoï et les Latins V encreum . Cette chambre contenait généralement des peintures lascives, en grec ypviïi , en latin Libidines. Dans presque toutes les maisons, on a retrouvé des

sujets érotiques en sculpture, bronze, marbre, cristal de roche, terre cuite ou autres matières, des priapes, des amulettes bachiques ou autres obscénités. Doù il résulte, ajoute l’auteur, par l’étude et la comparaison de ces antiquités dont la seule inspection alarme la pudeur, qu’il n’y eut avant l’ere chrétienne d’autre culte que celui qu’on pourrait appeler théophallique.

On a retrouvé à Pompéi plusieurs lupanana, sur la porte d’entrée desquels on voit un grand signe priapique en pierre. Mais il n’v avait pas que dans les maisons publiques que sc pratiquait le culte de Priape. Les Romains prenaient celui-ci réellement au sérieux, et lui rendaient un hommage qui était en contradiction avec leur scepticisme philosophique, comme le témoigne un bas-relief en marbre dessiné à la pl. IV de l’ouvrage de M. Farnin.

Ce bas-relief représente une scène d’intérieur, un acte de candeur et de piété et non une dégoûtante orgie. Les deux époux, vêtus aussi décemment que le permet la nature du •sacrifice auquel ils vont procéder, paraissent demander au dieu qui préside à la génération le terme d’une fâcheuse stérilité. C’est surtout dans les gestes expressifs de la femme qu’il faut chercher cette explication. L’époux est occupé à tendre un rideau qui dérobera aux regards les mystères du sacrifice. Le dieu, représenté sous la forme d'un vieillard chauve et barbu, repose sur une petite colonne. La femme placée devant lui, les yeux fixés sur l’organe viril, lui offre, avec des feuilles de ■chêne, la pomme de pin qui surmonte le Tyrse des prêtresses de Bacchus.

La planche VII est la copie d’un bas relief en marbre représentant une scène des Bacchanales , une des fêtes les plus célèbres du paganisme, que l’on désignait quelquefois aussi sous le nom d'Eleusines, de Lamptéries , de Mystères d 'Ists ou de Fêtes de la bonne déesse. Dans le milieu du bas-relief, on voit un vieux Silène couronné de lierre, portant en main une coupe, et de l’autre une couronne, prix de sa victoire sur les buveurs ; il chancelle et tomberait certainement s’il n’était soutenu par deux jeunes faunes. A la gauche de Silène, on

LA PROSTITUTION DANS l’aNTIQUITÉ

voit successivement une bacchante, joueuse de cymbales, un jeune garçon portant quelques-uns des instruments de l’initiation ; un impudique Phalliphore attachant sa courroie ; un Satyre femelle attachant le pedum (bâton pastoral), et la sirinx (flûte à sept tuyaux) aux pieds du Bacchus-Hermès. Dans le coin, on remarque le dieu Gupidon qui semble venir prendre part à la fête. A la gauche de Silène se trouve un petit autel surmonté d’une pomme de pin : un flambeau allumé est là préparé pour le sacrifice. Une bacchante couchée sur une peau d’ours, repose voluptueusement dans une attitude qui laisse peu d’équivoque sur les causes de sa lassitude. Enfin, à l'extrémité du bas-relief, une femme déguisée en satyre se pose elle-même sur l’attribut d'un Priape-Hermès.

La planche VIII figure un sacrifice à Priape. Ce basrelief indique un fait évident de prostitution religieuse. Il est la représentation de l’une des cérémonies les plus atroces du paganisme. Plusieurs femmes conduisent une jeune fille, que l'on peut supposer une nouvelle mariée, à une statue de Priape, et déjà. l'infortunée est sur le point de faire à ce marbre le sacrifice de sa virginité. Seule de la troupe, elle est entièrement nue : el!e baisse la tête d’un air confus et triste, et s’appuie sur l’épaule d’une femme âgée, de sa mère peut-être ! Non loin de là, une petite fille joue de la double flûte, pour couvrir les cris que la douleur arrachera à la victime ; plus loin, une vieille femme, accoudée sur un genou, regarde cette scène et paraît s'impatienter de l’hésitation que manifeste la jeune épouse.

« Il est à présumer, dit M. Famin, que ce rite impur ne subsista pas longtemps ; mais il est permis de supposer que les prêtres des fausses divinités exploitèrent alors à leur profit la crédulité publique et se substituèrent eux-mêmes aux insensibles idoles. On voit dans le temple d’Isis, à Pompéi, sur l'autel où était placée la statue de la déesse, un piédestal creux dans lequel on s'introduit par un escalier dérobé qui aboutit au logement intérieur des prêtres. C’est par là que passait le fourbe chargé de faire parler la statue. »

Nous voyons, dans le même ouvrage, des pnapes en pierre

LA PROSTITUTION DANS l’aNTIQUITL

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qui étaient placés dans les coins des rues, près des fontaines publiques, au-dessus des habitations, comme celui trouvé à la porte d’un boulanger de Pompéi, avec cetfe épigraphe : Hic habitai félicitas. On y voit encore des colonnes votives, des lampes phalliques, des phallus votifs, des amulettes, des libidines et des spinthria , tableaux représentant des scènes érotiques d’une obscénité dégoûtante.

Les dernières planches nous montrent des vases grecs, italogrecs, sicuio-grecs et étrusques, a fond noir et figures rougeâtres, des vases à cloche, des langelles à fond rouge avec figures noires, de même provenance. Tous ces objets affirment d’une manière caractéristique les pratiques connues ou inconnues du culte de Priape, et corroborent les assertions des monuments écrits de l’histoire de la Prostitution dans l’Antiquité.

D’ailleurs, on remarque encore au Musée du Louvre , dans la salle des vases noirs, un grand nombre d’objets de fabrication étrusque, dont la plus grande partie provient des tombeaux de l’ancienne Cœré et des fouilles faites à A'éies et à Glusium. Les vases sont décorés de figures gravées ou modelées en relief, représentant des imitations grossières de la nature humaine, ou bien des monstres asiatiques : sphinx, taureaux à face humaine, centaures aux pieds d hommes, etc. On en voit également avec des chasses, qui se déroulent sur la panse de ces vases, rappelant les motifs des cylindres assyriens, ce qui donnerait raison aux explications de M. F. L: jard.

Le dictionnaire de Pitiscus a donné b. description d'une figure du dieu Mutinus, découverte à Rome sur le mont Ydminal, dans les décombres d'un ancien temple; on le vsit encore aujourd’hui dans cette ville. Elle est en marbre blanc et haute d'environ trois palmes.

Dans la galerie de Florence se trouve un groupe représentant une femme debout, dont la tète, entièrement recouverte par une espèce de bonnet, présente une forme peu nature1 le. Ses mains, qui descendent plus bas que ses hanches, semblent

(i; Ce groupe antique a été décrit par Neursius Græeiæ Fcriaiae.

LA PROSTITUTION DANS l’aNTIQUITÉ

soutenir ses vêtements relevés et laisser à découvert une partie de son corps. Un énorme Phallus s’élève de terre jusqu’à la partie sexuelle de cette figure qui, grandement caractérisée, paraît être en contact avec l'extrémité supérieure du Phallus.

Les Cabinets d’antiquités, notamment celui de la Bibliothèque nationale, contiennent plusieurs amulettes ithypalliques qui témoignent du culte de Priape à Rome. « Les unes, dit Dulaure, représentent le Phallus combiné avec le mullos ou la figure du sexe féminin. Les autres représentent un Phallus simple, mais muni de deux ailes et de deux pattes d’oiseaux et quelquefois de sonnettes. D’autres amulettes ithyphailiques ont la forme d’un chien couché, ou de cuisses et de jambes humaines ployées et sans corps. Les plus décents ollrent la figure d’une main fermée et dont le pouch est placé entre les deux doigts qui le suivent. C’est une figure que les antiquaires nomment main ithyphallique . »

De même qu’Osiris figurait quelquefois avec un triple Phallus pour signifier la multiplication de sa faculté productrice, on retrouve de même sur plusieurs monuments antiques des Phallus doubles ou triples, isolés ou adhérents à un corps humain. Il en existe en France au pont du Gard et à 1 amphithéâtre de Nîmes, qui sont isolés.

Dans le royaume de Naples et dans la province de Peucétie, on a trouvé des pierres gravées qui représentent la figure de Priape munie d’un double Phallus \ et dans la ville de Jrani un tableau votif en brique qui laisse voir la même idole avec un triple Phallus.

Ce Phallus portatif, appelé Fascinum , se retrouve enfin sculpté ou gravé sur des vases, des ustensiles et des meubles en général. Dans les Cabinets d’antiquités, les anneaux, les sceaux, les médailles, les pierres gravées ithyphallique. s ne sont pas rares. i\l. de Chaduc, antiquaire français, était parvenu à réunir dans sa collection trois ou quatre cents pierres gravées ithyphalliques des plus curieuses.

Les figures de Priape étaient placées sur les routes ; et,

dans ce cas. elles étaient confondues avec Mercuie ou s appelaient dieux Termes. Elles servaient, dit Scaliger, à indiquer le chemin par la direction de leur attribut. Le célèbre phiîoloCTuc a vu un de ces Hermès phalliques a Rome, dans le

palais d’un cardinal f'ès connu.

Le Phallus ajouté à une borne itinéraire, fait remarquer Dulaure, « devait préserver les voyageurs d’accidents, tout comme le Phallus ajouté à un tronc d’arbre devait détourner des champs voisins, les accidents nuisibles aux récoltés ^ c était l’opinion constante des Anciens, et la cause unique de l’érection d’un si grand nombre d’idoles du dieu Priape ».

Les pierres gravées, publiées par d’Hancarville, (i) remontent presque toutes au temps d’Auguste et de Tibère. Elles représentent des Termes de Priape, des sacrifices au dieu de Lampsaque, des satyres et des nymphes, voire même des dieux et des déesses, des empereurs et des impératrices, se livrant au coït sous toutes ses formes. Parmi les planches de cet ouvrage, nous remarquons celles qui portent les n° XXXII et XXXV ; elles appartiennent à la même pierre, gravée des deux côtés, pierre passée avec le reste du Cabinet du baron Itoch entre les mains du roi de Prusse. La planche XXXII représente Messaline , la femme de l’empereur Claude, dont le nom a passé à la postérité comme le type de la débauche et de la prostitution ; elle est assise devant un édicule ou petite chapelle de Priape, tenant une branche de myrte à la main. La planche XXXIII représente un cercle, delà circonférence duquel rayonnent sept Priapes. Au dessus du cercle, on lit MESS AL., et au dessous du cercle CLAVDI . Entre chaque Priape, en voit une lettre; en lisant chacune de gauche à droite on fait le mot INVICTA. « Au milieu du cercle, écrit d’Hancarville, se trouve un limaçon, animal à deux sexes et bien digne d’être Pobjet de l’envie de Messaline. Les sept Priapes, qui entourent le limaçon et lui rendent hommage, sont en trop petit nombre pour donner une idée du tempérament insatiable de cette femme dont Juvenal achève le portrait en disant :

(i) Monuments du culte secret des dames romaines. H. d’Hancarville.

LA l' KO ST ll'U II O N DANS L ANTIQUITÉ

« ht lassai a vins , nondum exsatiata recessit. »

La planche XLV est une scène de sacrifices à Priape.

Le prêtre, qui dans cette cérémonie joue de la double flûte, est de ceux que Sidonius Apollinaris appelle Mystae parcequ'ils servaient également Priape et Bacchus. Hérodote les nomma Phalliphores ou porte-Priape, parceque dans les processions ils portaient le symbole du dieu de Lampsaque. Ces processions étaient très solennelles, et les femmes en espéraient la fécondité, disait-on.

Il laut lire dans Apulée tous les détails scandaleux des cérémonies obscènes et du culte abominable dont les prêtres de la déesse syrienne avaient la direction. On y recommandait le plus grand secret, aussi bien que dans les mystères de Priepe. Quartilla, dans Pétrone, ne fait que prier les témoins de ses débauches d’être fidèles au silence Je plus impénétrable. Ces débauchés insatiables, en se prostituant comme des femmes perdues, avaient l’audace d’embrasser l’autel de ce dieu et de lui adresser leurs abominations :

Non le movere lumbos in crocotula

Prensis videbo altaribus.

Dans un autre ouvrage de M. H. d’Hancarville (i), nous pouvons nous rendre compte de la prostitution effrénée des hommes et des femmes à Rome, sous l’empire des Césars. C’est surtout aux matrones que se rapportent les recherches de l’auteur, qui a pu visiter, pendant son séjour à Rome, tous les Cabinets archéologiques et les collections princières des médailles et pierres gravées. Si l’on ne se trouvait en présence de pièces authentiques, de monuments figurés de l’histoire, qui ne peuvent être, comme les monuments écrits, sujets à des discussions et à des critiques de toute nature, l’imagination la plus active se refuserait à concevoir de pareilles scènes de débauche et de prostitution.

En parcourant les planches du livre de AI. d’Hancarville,

(i) Monuments \ rives de ia vie clés douze in-40 1784.

Césars. Capréé chez Sabellus

LA PROSTITUTION DANS l’aNTIQU It£

on ne peut mettre en doute un instant que la prostitution des femmes de l'aristocratie romaine ne dépassait toutes les limites.

C est avec de l’or et rien qu’avec de l’or que César put satisfaire le penchant qui l’entraînait vers les passions de toute nature, et qu’il eut pour maîtresses les plus grandes dames de l’aristocratie romaine, qui se livraient à lui comme de simples courtisanes qu’on appelle et qu’on paye. Il est vrai que, par réciprocité conjugale, Pompéia, la femme légitime de César, fit entrer un jour dans le temple de Vénus- Urania le jeune Clodius, son amant. Celui-ci, découvert, passa en jugement. Il fut acquitté par l’ordre de l’empereur, qui prononça, à cette occasion, ces fameuses paroles : « La femme de César ne doit pas même être soupçonnée. » C’était habile.

Une autre médaille, examinée par AI. d’Hancarville, montre Claude vêtu en femme avec l’impératrice Postumia devant un trépied de l’autel de la déesse.

Examinons maintenant le camée d’Arellius représentant Auguste se prostituant à son grand oncle César. Nous savons que le peuple lui appliqua ce vers un jour qu’il assistait au spectacle :

1 / d es 11c ut cinædus oi'beui cii^ito t emvevet ^

Vois-tu comme un prostitué tient les rênes de l’univers ?

Les monuments figurés ne viennent toujours, comme on le voit, que pour corroborer les témoignages écrits de l’histoire

En voici d’autres encore : Le camée d’Apollonius de Sicyone représente une scène d’obscénités entre Auguste et sa fille Julia, que les historiens ont toujours considérée comme un prodige d’esprit, de beauté et de lubricité;

Le camee d’Artémon Rhodius fait voir l’impératrice Livie offrant deux jeunes filles à Auguste, son mari, qui était tiès passionné pour les vierges. Cette complaisance de l’epouse avait un but politique : celui de dominer l’esprit de 1 empereur. Le fait de la prostitution n’en existe pas moins.

I n autre camée d Arelhus ligure la femme de Mécène se prostituant à Auguste, en présence de son mari faisant semblant de dormir. Ce Mécène était l’ami et le protecteur

F. DUPOUY

célèbre d'Horace, de Virgile et de tous les grands poètes de leur siècle. Il encourageait les lettres et les arts !

l a médaille représentée à la planche XVI montre l'ignoble Tibère avec ses prostitués ordinaires, hommes et femmes.

C'est de cet empereur que Tacite a dit : Il se précipita dans le crime et l’infamie, quand, libre de la honte et de la crainte, il ne suivit plus que son penchant naturel. In scelera simul ac dedecora prompit, postquam , remoto pudore et metu , suo tantum ingenio utebatur.

La p'anche XVII est un dessin, d’après une peinture antique, montrant Tibère dans le jardin de son palais, entouré de petites grottes remplies d’hommes et de femmes habillés en nymphes et en satyres, qui lui donnent mille spectacles obscènes et variés.

Le camée de Lysias reproduit une scène de sodomie de Tibère. Assistant à un sacrifice devant la statue de Priape, il prend de force les deux jeunes prêtres qui officiaient. Suetone a rappelé ce fait en ces termes : « Vix dum re divina percicla, ibidem statim seductum constupraret , simulque fratren ejus tibicinem. A peine le sacrifice était-il achevé que, dans le même lieu, tirant à part le jeune ministre des autels, il satisfit sa brutale passion et il ne tarda pas à en faire autant sur son frère, qui jouait de la flûte. »

Le camée de Térence permet ae voir le même Tibère avec trois courtisanes se livrant avec elles à la débauche des sens la

plus échevelée. C’est complet.

La médaille représentée par la planche XVII est aussi une scène de prostitution dégoûtante entre Mallonia, une dame de la haute aristocratie romaine, et Tibère.

La planche XXV est la reproduction d’une médaille qui rappelle la prostitution de la femme de Pison à Caligula, cet empereur qui exigeait de ses sœurs qu’elles se prostituassent à lui et à ses compagnons de débauche.

La médaille dessinée à la planche XXVII est une scène de prostitution d’hommes et de femmes avec Caligula. Le sujet de cette médaille est expliquée par une célèbre épigramme de l’anthologie.

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Le camée d’Apollodore deMessène (PI. XXVIII) représente Caligula prié par Cassius Chéréa de lui donner le mot de guerre. L’empereur lui tend la main en une forme obscène, et donne comme mot d’ordre : Priape. Ce fut la cause de sa mort.

Le camée de Pythadorc de Tralles est l’image de Messaline consacrant à Priape quatorze couronnes de myrte, comme autant de victoires remportées sur quatorze robustes champions .

Le camée d’Epitincanus est une scène entre Néron et une vestale forcée de se prostituer à lui (pl. XXXIV).

Le camée de Cratérus représente Néron habillé en femme se prostituant à Dorvphorus, très surpris du caprice de son maître.

Un autre camée de Pythadore de d rafles est une scène de débauché entre Neion, une femme et trois cvnèdes (Pl> XXXVI).

La planche XXXVIII est la représentation d’une médaille montrant une autre scène de sodomie entre Néron et Doryphorus, son prostitué officiel.

La planche XL est encore une scène de débauche et de sodomie entre une femme, Othon et Néron, d’après le camée de Parthénius (d’Athènes).

Les autres planches figurent toujours des scènes de prostitution d’hommes et de femmes. Inutile de les décrire.

Les fêtes de Vénus se célébraient, comme nous l’avons dit, dans un chapitre précédent, vers les derniers jours de mars. Et comme en Grèce, en Syrie, en Egypte, la Vénus romaine était associée au simulacre de la virilité. Les dames

romaines montaient en cérémonie au mont Quirinal, où était la chapelle de Phallus, s’emparaient de l’objet sacré et le portaient en procession jusqu’au temple de Vénus-Erycine situe hors de la porte Colline. Arrivées dans le temple de la mère des amours, ces matrones plaçaient elles-mêmes le Phallus dans le sein de Vénus. Nous savons cela par les historiens.

Une pierre antique nous donne l’explication de cette céré

LA PROSTITUTION DANS l’âNTIQUITÉ

monie. C’est une cornaline gravée qui en représente tout l'appareil somptueux et magnifique :

Un char triomphal porte une espèce d’autel, sur lequel repose le Phallus, d’une grosseur colossale. Un génie s’élève au-dessus du simulacre et tient sur lui une couronne suspendue. Le char ainsi que la figure du génie sont entièrement abrités par un dais ou vaste draperie carrée, soutenue aux quatre coins par des piques, dont chacune est portée par une femme demi-nue. Ce char est traîné par des boucs et des taureaux, sur lesquels sont montés des enfants ailés. Il est précédé par un groupe de femmes sonnant de la trompette. Plus avant, et en face du char, est une forme caractéristique du sexe féminin, représentant le Sinus Veneris. Cette forme, proportionnée au Phallus élevé sur le char, est maintenue par deux génies qui semblent indiquer la place qu’il doit occuper (i). Cette cérémonie terminée, les dames romaines reconduisaient dévotement le Phallus dans sa chapelle, qui devint célèbre dans la suite, par l’édifice que fit élever dans le voisinage l’empereur Héliogabale. C’est là qu’il établit son sénat de femmes chargées de décider sur toutes les questions de galanteries et de débauches.

M. Hugues d’Hancarville a dû certainement hésiter avant de livrer à^la publicité ces dessins reproduisant les sujets des médailles et pierres gravées qu’il a examinées pendant son séjour en Italie II lui a fallu le courage des grands moralistes, qui fontj^passer la vérité historique avant les préjugés hypocrites de la [pruderie ignorante. Aussi, a-t-il pris pour épigraphe de son livre ce sage précepte de Sénèque :

(i) La gravure de cette pierre antique se trouve dans le Recueil intitulé; l.e Culte sejret des dames romaines.

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« 11 n’y a que la corruption qui s’offense du tableau de la corruption. — Depiciam seinet adversatur pravitas. »

Charron en a dit autant dans son livre de la sagesse : « La philosophie se mesle et parle librement de toutes choses pour en trouver les causes , les juger et les régler . »

C’est sous l’égide de ces mêmes sentences que je veux placer ce travail d’hygiène sociale, écrit spécialement pour mes confrères du Corps médical habitués, comme moi, à la vue des différents tableaux de l’anatomie pathologique humaine, — physique et morale.

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