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La Prostitution matronale

Les témoignages des historiens qui ont écrit sur la prostitution, ont inspiré à Chateaubriand un éloquent chapitre sur

JT”*3 peuP,cs de l’Antiquité (i). Il nous a montré les Romains décernant un prix au plus impudique :

lnipios infamia turpississima. . ,

suivant l’energique expression de l’auteur latin (2).

Et il ajoute ; « Il y avait des villes entières consacrées à la prostitution. Des inscriptions écrites à la porte des lieux de libertinage, et la multitude des simulacres obscènes trouvés t Pompe, ont ait penser que cette ville jouissait de ce privilège Des philosophes méditaient pourtant sur la nature de Dieu ei de 1 homme dans cette Sodome ; leurs livres déterrés ont moins résisté aux cendres du Vésuve que les images d'airain du musce secret de Portici. Caton le censeur louait les jeunes gens abandonnes aux vices que chantaient les poètes Après les repas on voyait sur les lits du festin de malheureux enfants qui attendaient les outrages. Transeo puerorum infdicium

(1) Chateaubriand. Etudes historiques.

(2) Philo, de prœmis et pcenis.

greges quos post transacta convivia alice cubiculi contumeliœ exspectcuit . » (1)

Un historien dn ive siècle, Ammien Marcellin (2) a peint, lui aussi, un tableau exact des mœurs romaines, qui montre à quel degré de dévergondage elles en étaient arrivées. Parlant des descendants des familles les plus illustres, il dit : '< Couchés dans des hauts chars, ils suent sous le poids de leur manteau, si léger pourtant que le vent le soulève. Ils se secouent fréquemment du côté gauche pour en étaler les franges, et laisser voir leur tunique, où sont brodées diverses figures d’animaux. Etrangers, allez les voir; ils vous accableront de caresses et de questions. Ils parcourent les rues avec leurs esclaves et leurs boulions — Devant ces familles oisives, marchent d’abord les cuisiniers enfumés, ensuite des esclaves avec les parasites. Le cortège est fermé avec les eunuques, vieux et jeunes, pâles, livides, affreux.

« Envoie-t-on savoir des nouvelles d’un malade? Le serviteur n’oserait rentrer au logis avant de s’être lavé de la tête aux pieds. La populace n’a d’autre abri pendant la nuit que les tavernes, ou les toiles tendues sur les théâtres : elle joue aux dés avec fureur, ou s’amuse à faire un bruit énorme avec les narines.

« Les riches vont aux bains couverts de soie, accompagnés de cinquante esclaves. A peine entrés dans la piscine, ils s’écrient \ « Ou sont mes serviteurs ?» S il se tiou\e quelque créature jadis usée au service du public, quelque vieille qui a trafiqué de son corps, ils courent à elle, et lui prodiguent de sales caresses. Et voila les hommes dont les ancêtres admonestaient un sénateur pour avoir donné un baiser à sa femme

devant sa fille ?

« Ces illustres patrices vont-ils à une maison de campagne ou à une chasse que les autres exécutent devant eux; se fontils transporter dans des barques peintes, par un temps un peu chaud, de Puteoies à Caïete, ils comparent leurs voyages à ceux de César et d’Alexandre. Une mouche qui se pose sur les

(1) Senec. epist g 5 .

(2) Ammien Marcellin (Renan gestarum libri).

franges de leur éventail doré, un rayon de soleil qui passe à travers quelque trou de leur parasol, les désolent ; ils voudraient être nés parmi les Cimmériens.

« Cincinnatus eût perdu la gloire de la pauvreté, si, après sa dictature, il eût cultivé des champs aussi vastes que l’espace occupé par un seul des palais de ses descendants. Le peuple ne vaut pas mieux que les sénateurs; il n'a pas de sandales aux pieds, et il se fait donner des noms retentissants ; il boit , joue, et se plonge dans la débauche: le grand cirque est son temple, sa demeure, son forum Les plus vieux jurent, par leurs rides et leurs cheveux gris, que la République est perdue, si tel cocher ne part le premier et ne rase habilement la borne. Attirés par l’odeur des viandes, ces maîtres du monde suivent des femmes qui crient comme des paons affamés, et se glissent dans la salle à manger des patrons. »

D’après Socrate le scolastique, cité par Chateaubriand, les désordres de la police de Rome étaient extrêmes : on peut en juger par un événement arrivé sous le règne de Théodose : les empereurs avaient bâti de grands édifices où se trouvaient les moulins et les fours qui servaient à moudre la farine et à cuire le pain distribué au peuple. Plusieurs cabarets s’étaient élevés auprès de çes maisons; des femmes publiques attiraient les passants dans ces établissements; ils n’y étaient pas aussitôt entrés qu’ils tombaient, par des trappes, dans des souterrains. Là, ils demeuraient prisonniers le reste de leur vie, contraints à tournerlameule, sans quejamais leurs parents pussent savoir ce qu’ils étaient devenus. Un soldat de Théodose, pris à ce piège s’arma de son poignard, tua ses détenteurs, et s’échappa. Théodose fit raser les édifices qui couvraient ces repaires ; il fit également disparaître les maisons de prostitution où étaient reléguées les femmes adultères.

Salvien, de son côté, déclarait qu’il n’y avait pas de châtiment que ne méritassent les Romains. « La gourmandise et l’impureté dominent partout, dit-il. La femme légitime se trouve confondue avec les concubines. Les maîtres se servent de leur autorité pour contraindre leurs esclaves à se rendre à

la prostitution dans l’antiquité

filles ntr fabominat,on rèsne dans ces lieux où les

P de' Z P ( * té d'être Chastes- Les Vil,cs sont -m-

p hes de lieux infâmes, et ces lieux ne sont pas moins fréquentés

elle! rec ‘"T8 6 Tuhtéqüe Par Ceües d’une basse condition : gardent ce libertinage comme un des privilèges de leur

ce, et ne se piquent pas moins de surpasser les autres lemmes en impureté qu en noblesse. »

^ ,n en, ét*\[ Venu à ce P°int de vendre, tous les jours, pour nir a la débauché, de pauvres filles qui avaient le malheur ctre de condition servile : la loi de l’esclavage facilitait ce commerce infâme qui se faisait en plein marché.

La prostitution élégante a toujours eu, en effet, pour résultat de porter la démoralisation dans la famille. Les grandes courtisanes attirent à elles les hommes mariés, et les femmes légitimes sacrifient souvent leur honneur pour disputer aux autres leurs éphémères succès. Elles tiennent à honneur de ravir à leurs rivales une part de leurs triomphes et des adulations que les hommes leur accordent. C’est dans ce but quon vit les matrones venir, comme les grandes meretrices, se montrer sur la voie sacrée. Comme celles-ci, elles voulurent avoir leurs litières, se pavaner sur de riches coussins, se faire suivre d un cortège nombreux de serviteurs. Elles prirent leurs modes, copièrent leurs toilettes extravagantes, et, finalement, voulurent avoir aussi des amants, patriciens ou plébéiens, poètes ou manants, libres ou esclaves, hommes ou eunuques. Elles créèrent, en un mot, la Prostitution inatronale. « Les servantes, qui escortaient le véhicule où elles se montraient dans une mise plus qu’indécente, s’écartaient, dit M. Walkenaer, à l’approche des jeunes gens efféminés, effemmati, dont les doigts étaient chargés de bagues, la toge toujours élégamment drapée, la chevelure peignée et parfumée, le visage bigarré par ces petites mouches, au moyen desquelles

(i) La loi de l’esclavage, en donnant aux particuliers les moyens de satisfaire la varie:té de leurs désirs sans sortir de leurs maisons, fut une cause rès active de la prostitution, parce que les désordres domestiques finissent par éclater et infectent la société. Sabatier.

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nos dames, dans le siècle dernier, cherchaient à rendre leur physionomie plus piquante. On remarquait aussi, dans ces mêmes lieux, des hommes dont la mise faisait ressortir les formes athlétiques et qui semblaient montrer avec orgueil leurs forces musculaires. Leur marche rapide et martiale offrait un contraste complet avec l’air compose, les pas lents et mesurés de ces jeunes jouvenceaux, aux cheveux soigneusement bouclés, aux joues fardées, jetant de côté et d autre des regards lascifs. Ces deux espèces de promeneurs n’étaient le plus souvent que des gladiateurs ou des esclaves •, mais certaines femmes d'un haut rang choisissaient leurs amants dans les classes in fîmes*, tandis que leurs jeunes et jolies sua antes se conservaient pures contre les attaques des hommes de leur condition, et ne cédaient qu’aux séductions des chevaliers et des sénateurs. »

Les histrions, les gladiateurs, les comédiens, étaient, en effet, les amants préférés des grandes dames romaines. Dans sa sixième satire, qu'il leur a consacrée, Juvénal a fait 1 historique de leurs honteuses prostitutions, comme nous 1 avons écrit dans notre travail sur la Médecine et les mcein s de la Rome antique. Perse ne leur a pas non plus ménagé ses critiques et ses épigrammes. Et Pétrone les a décrites « prenant leurs amours dans la fange, parce que leurs sens ne s éveillent qu’à la vue d’un esclave, d’un valet à robe retroussée. D autres raffolent, ajoute-t-il, d’un gladiateur, d un muletier poudieux, d’un histrion qui étale ses grâces sur la scène. Ma maîtresse est de ce nombre : elle franchit les gradins du Sénat, les quatorze bancs des chevaliers, et va chercher au plus haut de l’amphithéâtre l’objet de ses feux plébéiens. »

A un moment donné, quand les mœurs asiatiques se répandirent dans la société romaine, celle-ci prit pour règle cette maxime d’Aristippe : Vivamus dum hcet esse, bene. La vie n’avait d’autre but pour elle que le plaisir, les fêtes, les jeux du cirque, la table et la volupté. Les comessat tones , qui avaient tant d’attraits pour elle, étaient des festins qui duraient du soir à l’aurore, des orgies, auxquelles présidaient Priape, Cornus, Isis, Vénus, la Volupia et la Lubentia , et

LA PROSTITUTION DaNS l’aNTIQUITÉ

qui se terminaient dans 1 ivresse, la débauche et l’épuisement de toutes les forces organiques. Le jour était consacré au sommeil et aux bruyants et impudiques ébats dans les bains publics.

1 our se rendre exactement compte des vices et des désordres du peuple romain, il faut lire les poètes satiriques et principalement le Satyvicon de Petrone. Celui-ci nous raconte la rivalité de deux hommes épris tous les deux du même g. ton, puis le viol, publiquement consommé, par ce méprisable petit personnage, sur la jeune Pannychis âgée de sept ans, déjà initiée à tous les mystères de la prostitution, les scenes d obscénités d’une vieille enchanteresse avec un jeune homme blasé et impuissant, le festin du vieux et ignoble Trimalcion, avec tous les raffinements d’une opulence vaniteuse, d une bestiale goinfrerie et de la luxure la plus effrénée.

Dans ce repas pantagruélique, qui n’est que la critique des orgies impériales, on assiste entre chaque service aux pantomimes dégoûtantes des acrobates, aux dialogues épicés des boulions, aux danses voluptueuses des aimées indiennes dans toute leur nudité ; sous le voile diaphane qui les couvre, à toutes les contorsions lubriques des baladins, à l’embrasement érotique de tous les convives. Et pour achever le tableau, Petrone n’oublie pas de nous présenter la maîtresse de la ma son, Portunata, la femme légitime de l’amphytrion, se livrant aux désordres de la prostitution matronale, avec Scintilla, l’épouse d’Habinnas, l’hôte de Trimalcion. Cela se passe avant le dessert, quand les fumées du vin ont chassé le dernier sentiment de pudeur des invités : « A un signal de leur maître, tous les esclaves se mirent à appeler Fortunata à trois et quatre reprises. Elle arriva enfin. Sa robe, retroussée par une ceinture vert pâle, lai ssait apercevoir en dessous sa tunique couleur cerise, ses jarretières en torsade d’or et ses mules ornées de broderies de même métal. Elle se plaça sur le même lit qu’occupait Scintilla qui lui en témoigna sa satisfaction. Elle l’embrassa et elles en vinrent à un tel degré d’intimité que Portunata offrit ses bracelets à Scintilla... Cependant, les deux amies déjà étourdies par le vin, se mettent à rire

entre elles, et, dans leur ivresse, se jettent au cou 1 une de l'autre. Mais tandis qu’elles se tiennent ainsi étroitement embrassées, Habinnasse lève en tapinois, et saisissant Fortunata parles pieds, lui fait faire la culbute sur le lit. Ah 1 Ah ! s’écria-t-elle, en voyant ses jupons retroussés par dessus ses genoux. Soudain elle se rajuste ; et, se jetant dans les bras de Scintilla, cache sous son mouchoir un visage que la rougeur rend encore plus indécent (1). »

Après cela, que pouvait-on faire pour clore cette nuit bachique? se livrer aux dernières libations devant la figure en pâtisserie de Priape, et crier, en se soulevant sur le lit: Lé ciel protège l’ empereur , père de la patrie ! ( Jonsurrexunus altius , et Augusto, patri patriae féliciter ! diximus.

Mais ce n’est pas tout encore. Les convives se préparent à partir, Habinnas se met à faire l’éloge d’un de ses esclaves, qui est circoncis, qui a le regard de Vénus, quoiqu’il louche un peu... Scintilla l’interrompt, lui fait une scène de jalousie et lui reproche d'avoir fait de ce scélérat d’esclave son mignon, celui qui portera un jour la marque d’infamie. A son tour, Trimalcion couvre aussi de baisers un de ses esclaves. Fortunata, réclamant alors ses droits d’épouse, accable d’injures son mari, et crie à haute voix qu’il est bien ordurier, bien infâme, de se livrer ainsi sans contrainte à ses honteux penchants. Lnfin, à tous ces noms elle ajoute celui de chien! Trimalcion exaspéré de cet outrage lance une coupe à la tête de Fortunata. Celle-ci se met à crier...

Arrêtons-nous maintenant. Le tableau est complet; nos lecteurs peuvent se prononcer sur les mœurs de l’aristocratie romaine.

Il est certain que le Satyricon de Pétrone n’est pas un document historique, que l’auteur n’a écrit qu'un roman, et que ses personnages appartiennent à la fiction. Mais personne ne conteste que son œuvre est une étude de mœurs , et il faut reconnaître, dans les scènes symboliques qu’il a écrites, avec un grand talent et une remarquable indépendance de carac-

(1) Satyricon cap LXVII.

LA PROSTITUTION DANS l’aNTIQUITE

tère, les nuits scandaleuses de la cour de Néron. Et cette sanglante satire avait tellement le mérite d’avoir touché juste, que le Sardanapale romain signa l’arrêt de mort de l’auteur. La satire de Pétrone n’est-elle pas d’ailleurs la description de la société romaine telle que l’ont dépeinte tous les historiens latins ! Eucolpe et Ascylte sont bien les débauchés décrits par Martial. Quartilla représente exactement la courtisane de Subure, Eumolpe est le portrait des poètes vaniteux qui pullulaient à Rome; et Chrysis, Circé, Philumène sont des types observés et naturels qu’on n’invente pas ; Trimalcion enfin donne 1 idée juste de l’impertinence, de la grossièreté de sentiments, de la vanité ridicule du parvenu, du croquant millionnaire, qui veut éblouir son monde par un faste de mauvais goût et une générosité tapageuse, qui le font mépriser de ses amis et de ses hôtes. En un mot, tous ces personnages sont vrais, toutes ces situations sont vécues , tous ces portraits sont pris sur nature.

Quant aux autres scènes d’orgies que nous voyons dans le festin de Trimalcion, on les retrouve, moins longuement décrites, peut-être, dans Juvénal, dans Suétone, dans Tacite, et dans un nombre considérable d’auteurs latins, qui ont eu le courage de dénoncer les infamies qui se commettaient dans les palais des Patriciens et à la cour des Césars. Cicéron, les résumait, dans un de ses plaidoyers, par ces mots qui étaient dans sa pensée tous synoymes: Libidines , amores , adulteria, convivia , comessaliones .

LES MALADIES VÉNÉRIENNES chez les Grecs et les Romains

L’existence des maladies vénériennes chez les peuples de l’Antiquité ne saurait être discutée aujourd’hui, en présence des nombreux documents scientifiques et littéraires que nous possédons. Nous avons démontré, dans les chapitres précédents, que la syphilis et la blennorrhagie étaient très anciennement connues en Chine, au Japon, dans l’Inde et dans les autres contrées de l’Asie. Nous avons rapporté des faits indiscutables sur la fréquence des maladies vénériennes chez les Hébreux et les autres peuples de l’Orient. Ces maladies, dont on ne peut attribuer l’origine qu’aux excès vénériens, aux rapports contre nature des hommes et des femmes, devaient affecter fatalement les Grecs et les Romains, qui avaient adopté les mœurs dépravées des Asiatiques, et qui s’étaient adonnés comme ceux-ci à toutes les débauches de la prostitution. Ces débauches, sous l’influence du climat brûlant et humide de l’Orient, avaient déterminé, d’abord chez les femmes, des affections utéro -vaginales, qui devinrent contagieuses, et qu’elles communiquèrent aux hommes.

D après Kosenbaum, Neumann(i) aurait dit, après avoir émis son opinion sur le morbus phenicus \ « on trouve dans l écrit pseudo-galénique une liste de mots qui nous porte à croire que les anciens ont bien connu les affections vénériennes. » Et en commentant ces mots, l’auteur allemand arrive à conclure que le vice du fellator et de l'irrumator était une des causes principales de ces maladies.

Les prostitués des deux sexes, qui se livraient à ces sortes

'1) Manuel de Clinique de Neumann, vol VII, p. 88.

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de débauches, étaient sujets aux affections de la bouche, de la langue et du palais. Sur eux, tous les satiriques ont lancé leurs plus mordantes épigrammes, et Euripide a particulièrement exprimé le fait dans cette expression : y oto^tov, c'està-dire la douleur de langue (la glossalgie), causée par oro/** la bouche et *py l’usage des organes sexuels. La description des ulcères de la gorge d’Arétée(i), est considérée, par Rosenbaum, comme une affection syphilitique très bien décrite, mais rattachée à tort à des faits étiologiques mal compris. Ces angines d Egypte et de Syrie étaient le résultat du fellare. « De là s’expliquent, ajoute Rosenbaum, ces fo'jGxiwx que Salmasius, mentionne d’après Aétius, et qu’il déclare identiques aux ulcères égyptiens et syriens ; car déjà Hérodote nous a parlé des mystères de Bub astis, aux fêtes d'isis. L'affection porte ici seulement le nom d’un lieu où elle régnait probablement avec plus d’intensité tandis que Arétée l’attribue au pays entier. »

Quant à ces dartres malignes que les Grecs désignaient sous le nom de ïtyy* s, et les Romains sous celui d'atra lues et de mentraga, elles ont un cachet vénérien d’autant plus évident qu’elles étaient contagieuses et que leur étiologie se rapporte au vice du cunnilin^ere.

Ces dartres avaient ordinairement pour lieu d’élection les lèvres et la plus grande partie de la face, mais le mal ne se bornait pas toujours aux glandes de la peau ; les bulbes des cheveux en étaient aussi atteints. De là la calvitie suivie d’ulcères du cuir chevelu, dont les ravages étaient extrêmement rapides. Lorsque l’affection se généralisait et envahissait le reste du corps, elle prenait le nom de psora ou de lepra} symptômes importants au point de vue de l’histoire de la syphilis, car les accidents secondaires échappèrent à la sagacité des médecins de l’Antiquité.

Ils nous ont laissé cependant la description et le traitement de certaines maladies des organes sexuels, dont l’analyse, que nous emprunterons en grande partie à Rosenbaum, per-

(i) De signis et causis acutorum morborum, cap. 9.

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mettra de conclure non seulement à l'ancienneté des maladies vénériennes, mais à leur origine dans les débauches de la prostitution, comme Ta fait voir avec une remarquable érudition l’auteur de la Syphilis dans V Antiquité.

Gonorrhée. — Lagonorrhée est ainsi nommée de y»v»j sperme et de ptiv couier. Galien (i).

C’est une affection des vaisseaux spermatiques et non des organes sexuels, qui ne servent que de chemin à l’excrétion du sperme. Galien (2).

Il faut en distinguer deux espèces, suivant que l'affection est accompagnée ou non d’érection du pénis (3). Galien.

La gonorrhée avec érection du pénis est appelée tantôt satyriasis, tantôt priapisme (4). C’est une espèce de spasme qui ne frappe que le pénis (5). Il est occasionné par une affluence des humeurs, surtout de celles qui sont épaissies et mal mélangées (6).

Cependant, Paul d’Egine appelle priapisme cet état spasmodique du pénis, tandis qu’il désigne sous le nom de satyriasis l’affection inflammatoire des vaisseaux spermatiques. Il est inutile de prouver que les deux opinions sont justes, en cela que la gonorrhée spasmodique et inflammatoire est dans les deux cas accompagnée du priapisme. Il n’y a point ou peu de matière secrétée, après quoi les malades se sentent soulagés; cependant, ils sont attaqués de nouveau du mal jusqu’à ce que la cause de l’érection ait disparu, et alors le pénis diminue (7). Actuarius.

D’après Paul d’Egine, le parésis des vaisseaux spermatitiques se déclare lorsque la maladie ne diminue pas ou qu'il y a des spasmes généraux. Ceux qui sont atteints de spasme

(1) De locis affect. Lib. VI, cap 6.

(2) De locis affect. Lib. XIV, cap. 10.

(3} Desymptom., morb., caus. Lib. II, et : 2

(4) De tumor. præternat, cap. XIV.

(bj De usu part. Lib. XIV, c. 10.

(b) Meth. med. Lib, XIV, c. 7.

(n) Actuarius. Méth. méd. Lib. I , cap 22.

meurent vite avec des sueurs froides et du tympanisme de 1 abdomen.

Alexandre Trallianus a vu durer les érections encore après la mort. Cette forme n’est pas fréquente ; elle se trouve principalement chez les jeunes gens(i). Galien. Cette maladie a ete observée par Thémison, qui a vu souvent cette maladie

en Crète, où elle est très fréquente et où elle est souvent une suite de la pédérastie.

La gonorrhée, sans érection du pénis ou véritable gonorrhée, présente un écoulement continuel et involontaire du sperme. Galien (2). EJ le offre de l’analogie avec l’incontinence d urine, et a, comme celle-ci, pour cause ordinaire, la

faiblesse ou 1 absence d’énergie des vaisseaux séminifères. Galien.

Souvent 1 écoulement est précédé d'une période d’inflammation, par laquelle la maladie se rapproche de la première forme : les malades ont beaucoup de sperme brûlant, qui les excite à 1 évacuation, ce qui les affaiblit beaucoup ; mais s'ils évitent le coït ils gagnent le mal de tête et de ventre ainsi que des nausées , et les pollutions nocturnes leur donnent les mêmes incommodités que le coït même. L’évacuation a lieu avec de la chaleur et de la douleur, et cela non seulement chez les hommes, mais aussi chez les femmes. Galien écrit, en effet (h) . « En de ces malades m’a dit que non seulement lui, mais aussi les femmes avec lesquelles il exerçait le coït, auraient ressenti une douleur mordante au moment de l'éjaculation. »

Suivant Arétée (4), au contraire, la démangeaison dans les organes sexuels, le sentiment de la volupté et le grand désir du coït n’auraient lieu que chez les femmes. C’est là une assertion qui s’explique, parce que dans les pays méridionaux la durée de l’inflammation est très courte et ordinairement presque imperceptible, à moins que, pendant ce temps, le

(1) Méth. méd. Lib. XIV, cap. 7.

(2) De locis affect. VI, cap. 6.

(3) DeSanitate, tuenda, lib. VI, cap. 14.

(4,1 De raorb. chron. sympt. Lib. II, cap 11.

coït ne soit exercé, ce qui a lieu très souvent. D’ailleurs, le médecin n’a le plus souvent à traiter que la forme chronique.

Généralement, le malade ne s'aperçoit de la maladie que lorsque l’écoulement commence; mais celui-ci continue, lorsque l’inflammation est moindre, sans cesse, jour et nuit, sans le sentiment érotique, sans rêves voluptueux, souvent même sans que le malade le sente. Celse (i).

Ce qui s’écoule est une matière liquide, froide, pâle et stérile, qui s’épaissit vers la fin de la maladie, redevient aqueuse, et puis cesse de couler. Alex. Trallianus (2).

Mais, lorsque la maladie continue, surtout chez les jeunes gens, alors la mine des malades ressemble à celle des vieillards : ils deviennent paresseux, flasques, sans courage, timides, stupides, perdent leurs forces, maigrissent, et deviennent incapables de travail; ils prennent de mauvaises couleurs, deviennent pâles, efféminés, n’ont pas d’appétit, sont froids au toucher, se plaignent de pesanteur dans les membres et dans les lombes ; ils sont faibles et incapables de tout. L’abdomen s’affaisse ainsi que le reste du corps qui se dessèche; les malades ont les yeux enfoncés dans l’orbite. Galien (3).

La maladie n’est pas dangereuse par elle-même, mais elle peut se compliquer de plusieurs affections, et tend à prendre une marche chronique. Arétée (4), Cœlius Aurelianus.

Il faut bien distinguer la gonorrhée des pollutions nocturnes, qui ne sont quelquefois qu’une affection secondaire. Cœlius Aurelianus (5).

Quant à la gonorrhée des femmes, il est presque impossible de se faire une connaissance exacte de ce que les anciens médecins en savaient, parce que l'idée du sang menstruel corrompu et du pou? ywxueioç par lesquels, selon eux, tout le corps

(1) De re Méd. Lib. IV, cap. 21.

(2) Lib. IX, cap. 9.

(3) Définit, medic. n° 288.

(4) De morb. chron., lib n cap 5.

(5) Morb. chron., lib V, cap 7.

se purifiait des mauvaises humeurs, Galien (1), empêchait complètement une observation sans préjugés, comme dans les temps modernes les fleurs blanches ont éié longtemps la cause de la connaissance imparfaite de la blennorrhagie de la femme. Cependant Àretée cite la yavoppoix yu.<xutix, comme un

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Tels sont les documents que nous ont laissés les médecins de 1 Antiquité sur la blennorrhagie. Leur principale erreur ne consiste guère qu’à avoir pris pour du sperme l'écoulement muco-purulent, mais à part cela, on voit que leurs observations étaient recueillies avec une scrupuleuse exactitude.

Relativement à l’étiologie, si les médecins grecs n'ont pas spécialement mentionné la contagion par le coït, ils surent reconnaître que la débauche était une des causes principales de la maladie, notamment les accidents de la bouche et des lèvres des fellatrices décrits par Arétée, considérés par lui comme de même nature que les ulcères syriens produits par une cause semblable. Les uréthrites occasionnées par le coït buccal ont été observées, d’ailleurs, par les syphiligraphes modernes. Et c'est avec raison qu'ils admettent la contagion, comme pour le coït vaginal, puisqu’ils ont constaté dans ces écoulements des gonococcus de la blennorrhagie spécifique. Ensuite, il faut bien admettre que les pertes blanches et les menstrues des femmes grecques et romaines adonnées à tous les excès vénériens, devaient provoquer à ceux qui les approchaient des accidents analogues à ceux que nous constatons journellement.

L'Orchite. Galien appelait orchite l'inflammation des testicules ^2). D’après Paul d’Egine, l’orchite est caractérisée par de la douleur sous une pression assez forte des doigts, tandis qu’une pression légère passe presque inaperçue. La rougeur et la dureté sont peu sensibles à l’extérieur ; mais le doigt investigateur découvre cette dernière dans le fond (3).

(1) Galien de sympt. caus., lib m, cap n.

(2) De diœt. in acut. XV.

(3) Lib m, cap 54.

Quelquefois, la fièvre s’associe à l’orchite (1), et, lorsque l’inflammation n’est pas combattue sur le champ, la douleur s’étend jusqu’aux régions inguinale et lombaire ; les parties enflent, le cordon spermatique grossit et devient dur. Celse (2).

L’induration des testicules est une cause de stérilité. Celse ,3).

Enfin Arétée a fait mention de la névralgie des testicules et Hippocrate du prurigo de ces mêmes organes.

Ulcères des organes sexoels. — Les ulcères des organes sexuels sont fréquents, puisque les parties sont déjà en ellesmêmes disposées à la putréfaction, tant à cause de leur humidité naturelle, qui explique l’existence de beaucoup de glandes absorbantes et celle des poils, que parce qu’elles sont des organes d’excrétion. Galien (4).

La saison influe sur l'apparition de ces ulcères qui se montrent plus fréquents par un temps chaud et humide (5). Us se présentent sous la forme d’aphtes, surtout chez les femmes. Quand ils sont superficiels, ils ont une grande tendance à s’étendre. Assez souvent il s’y joint de l’inflammation Ÿ^tyfiov/] , et le gonflement des parties affectées. Souvent ils sont douloureux, tantôt humides, tantôt secs. Dans le plus grand nombre de cas, ils prennent un caractère putride ÿayrfciv* ; et ils ont une tendance à devenir gangreneux. Dans ce cas, il n’existe ordinairement qu’un seul ulcère formé d’une pustule Souvent aussi, ils prennent une marche chronique, et alors ou ils deviennent calleux ou ils se recouvrent d’excroissances. Hippocrate (6).

Les fissures et les gerçures se rencontrent souvent au pré-

(1) Galien, de pronost. ex puis, lib IV, cap. xo

(2) Lib. Vil, 18.

(3) De semine, cap. i5.

(4) Meth. med. libr., cap. 4.

(5) Hippocrate. Aph. vol.iu. Avec ces conditions climatériques, les excrétions de la peau, des glandes sébacées, des cryptes du vagin augmentent en abondance et en fétidité. Ils sont donc sous une certaine dépendance de la constitution épidémique. Rosenbaum.

(6) De natura mulierum vol. 11.

E. DUPOUY

LA PROSTITUTION DANS l’aNTIQUITE

puce lorsqu’il est trop rétréci ou retiré par force; il se manifeste alors de la douleur et de l’inflammation, et si la guérison ne se fait pas rapidement, les bords deviennent calleux et il faut alors les enlever avec le couteau. Mais en général, les plaies du prépuce guérissent difficilement. Hippocrate (1).

Lorsque le prépuce devient gangréneux, il faut le couper circulairement, et arrêter le sang au moyen du fer rouge. Paul d’Egin e (2).

On observe des ulcères sur la face interne du prépuce, qui deviennent assez souvent la cause du phimosis et de paraphimosis. Il existe certains ulcères qui prennent une colora tion noirâtre. Chez d’autres, on voit survenir des excroissances

et des condylomes. Celse (3).

Les ulcères secs du gland doivent être distingués des ulcères humides et purulents, qui deviennent la cause du phimosis et du paraphimosis. La matière secrétée est tantôt claire, tantôt purulente; elle prend quelquefois une mauvaise odeur. Ces ulcères s’étendent en largeur et en profondeur, détruisent même le gland sous le prépuce, de sorte qu’il tombe et qu’on est obligé d’inciser celui-ci. Celse, loc. cit.

Il existe une espèce d’ulcère circa corona glandis et une autre cancer colis , qui est flasque et rongeant, qui secrète un liquide clairet sanguinolent. Aétius. (4) Une autre espèce est la fxyzfcivx des Grecs, qui s’étend rapidement.

L'Anthrax est un ulcère qui s’annonce par un picotement, qui est suivi d’une ou de plusieurs vésicules de la grosseur d’un grain de millet, ayant l’apparence d’une brûlure; elles crèvent et laissent derrière elles un ulcus crustaceum , en forme d’eschare. Actuariels (5).

L’anthrax résultait d’un coït impur, comme le prouve ce passage de Phalladius, in Lausiaca liistoria : « Un certain Héron était venu à Alexandrie où il fréquentait le théâtre, les

(x) Goac. prœnot, vol. r.

(2) Lib. VI, cap. 57.

(31 Lib. VT, cap. 18.

(4) Te;rab. IV, s. 2 et 3.

(5) Meth. med., 11, cap. 12.

courses de chevaux et les mauvais cabarets. De cette manière, débauché et ivrogne, il tomba dans la fange de l’impudicité. Il entra en relation avec une comédienne et lui dénoua la ceinture. Après qu’il eut accomplit cet acte, il se déclara, par la volonté divine , un anthrax sur son gland, et il en fut si malade, pendant six mois, que ses parties pourrirent et tombèrent d’elle smêmes. Puis il mourut. »

Malgré les difficultés que présentent quelques mois du texte il est néanmoins clair et hors de doute, ajoute Rosenbaum qui rapporte cette observation, qu’Héron iava.it gagné l’anthrax en exerçant le coït avec une actrice, et les conditions que Phalladius y rattache ne peuvent pas amoindrir le fait; aussi Becket a-t-il répondu aux sceptiques commentateurs de l’Allemagne : Quelles preuves veut-on avoir de la syphilis dans P antiquité si celles-ci ne comptent pas}

Il n’est d’ailleurs] pas sans intérêt de constater qu’encore aujourd’hui l’anthrax et les chancres sont regardés dans les Indes, comme identiques; et les cabirajasou médecins indiens désignent, suivant William Jones, ces deux affections par le nom de Nar Farsi ou Ateshi Farsi.

Vanthrakosis est un ulcère semblable qui est accompagné de bubons, qu’Hippocrate considère comme épidémiaue Galien, loc. cit. r

De même que dans les ulcères du prépuce, il s’élève sur ceux du gland des excroissances fongueuses, et, dans certains cas, des callosités sur les bords, qui laissent une cicatrice appelée vj/os chez les Grecs et clavus chez les Romains. Celse (i).

Il ne faut pas beaucoup d imagination pour considérer ces accidents locaux de la verge comme des chancres pha^édé-

niques compliqués de balanite, par le contact sur le <dand du virus syphilitique.

Celse, d'ailleurs, ne manque pas d’ajouter que la gangrène de l’organe survient quelquefois, qu’elle attaque la verse entière et que dans ce cas, il faut inciser, trancher dans le vif,

(i) Loc. cit.' V. 8.

l8ü LA PROSTITUTION DANS l’aNTIQUITÉ

enlever les parties gangrenées et cautériser fortement avec un mélange de chaux et de piment.

Plusieurs auteurs grecs et latins ont écrit sur les ulcères des organes sexuels de la femme, parmi lesquels il faut citer Aétius, Àrétée, Paul d’Egine et Archigènes. Aétius dit :

« On rencontre dans l’épaisseur des nymphesdes abcès qui, lorsqu’ils se dirigent vers l’anus, ne peuvent être ouverts par le couteau, parce qu’il en résulterait facilement des fistules, ce qui n’est pas à craindre quand ils se dirigent vers l’urèthre.

Le vagin et l’orifice de la matrice sont sujets à des ulcères,

pustules scabrœ , qui laissent derrière eux des écailles furfuracées, et d’autres, tubercule, miliaria, qu'on distingue très bien au toucher et avec le spéculum matris. Ceux-ci nuisent à la menstruation et à la fécondation. » Aétius (i).

Certains ulcères, qui se montrent à l’orifice de la matrice, ont la forme de fissures, qui deviennent calleuses ou donnent lieu à des excroissances. Ils secrétent ordinairement une sanie claire, et sont douloureux dans le coït. Galien (eh

Les ulcères proprement dits sont superficiels et présentent des excoriations ; ils sont larges et secrétent une petite quantité de pus épais, sans odeur. A cette classe appartiennent les ulcères aphteux. d’Hippocrate. Il en existe d’autres qui sont profonds, douloureux et qui donnent un pus de mauvaise odeur. Dans certains cas, ceux-ci s’étendent très profondément, leurs bords deviennent durs ; ils secrétent une sanie fétide, sont accompagnés de violentes douleurs, et arrivent à détruire le tissu de l'utérus. Cette espèce porte le nom de yayeoVavse ; elle est très dangereuse et se termine par la mort (3). Hippocrate.

Les ulcères des organes sexuels de la femme deviennent dangereux pour les hommes qui exercent le coït avec celles qui en sont affectées. Cedrenus (4),

(1) Tetrab. IV, S. 4.

(2) De loc. affect, lib. IV, cap. 5.

(3) De natura muliebri et de morb. mulier.

(4) Synopsis, Paris 1647, in fol., p. 266

LA PROSTITUTION DANS l’aNTIQUITÉ

Cette action contagieuse était connue des Romains, comme le prouve ce fait rapporté par Paliadius (i) :

Pendant la persécution des chrétiens ordonnée par l’empeieur Dioclétien, une jeune fille d’une rare beauté fut dénoncée comme chrétienne. Appelée devant le juge, elle ne chercha pas à renier sa religion, et refusa les propositions que celui-ci lui fit avec insistance et menaces. Condamnée à être livrée à la prostitution publique, elle fut conduite dans un lupanar et offerte par le lenok tous les libertins de la ville. Sur le point de succomber à leurs violences, elle leur dit alors qu'elle avait un ulcéré [idc us) à un endroit secret , et qu’elle se livrerait à eux quand elle serait guérie. Ce subterfuge lui épargna le supplice qu’elle craignait — ce qui indique nettement la connaissance de la contagion des ulcères des organes sexuels de la femme, le morbus indecens ou lues venerea dont les effets étaient redoutés au plus haut point par les prostitués des deux sexes.

Les Rhagades — Les ulcères et les fissures de l’anus étaient communs chez les pédérastes passifs. Gallien leur donnait le nom de douleurs brûlantes, et Celse les appelait rhagades,

pxyxdix .

Aétius, qui a écrit très longuement sur les maladies de l’anus, a vu ces affections se compliquer d’abcès avec trajets fistuleux. Dans ce cas, ils prenaient le caractère de la >©,<«?, ou de la nytfeivx. Assez souvent il se formait des adhésions ou des excroissances.

Celse a indiqué encore une autre affection de l’anus qui était le résultat de la débauche : c’était la chute du fondement, et un ulcère semblable à un champignon qui se montrait à l’anus et à la vulve.

Il y avait enfin les condylomes, les fies et autres végétations dont nous parlerons dans un chapitre spécial.

Les Bubons. — Les médecins de l’Antiquité entendaient par bubon, bubo , toute inflammation des glandes lympha-

(i) Vita Patrum cap. CXLVIII.

LA PROSTITUTION DANS l’aNTIQUITE

tiques; mais comme cette affection se montre particulièrement dans la région inguinale, on appelait ainsi particulièrement bubon 1 inflammation des glandes inguinales, ainsi que cette région elle-même. Les Romains employaient ainsi le mot inguem pour désigner la région et la maladie. Plus tard on fit plusieurs distinctions : on appelait bubon l’inflammation accompagnée d’enflure, et phyma l’inflammation qui marchait rapidement et entrait vite en suppuration. Galien désignait par le mot fwyefl w l’enflure des glandes, accompagnée d une inflammatiou érysipélateuse de la peau, qui prenait le nom de ou strinna , quand il y avait induration. D’après le même auteur (i), ces glandes, à cause de leur structure molle, sont, en générai, disposées à être affectées de C’est

pour cette raison que les glandes des aines, des aisselles et du cou s’enflamment, lorsque des ulcères se forment aux orteils, aux doigts et à la tête. Les bubons se forment également et sont plus difficiles à guérir, lorsque le corps est surchargé de mauvaises humeurs. La plupart des écrivains admettent que, par suite d’autres causes, les bubons étaient aussi précédés d’ulcères, quoique aucun d’eux ne spécifie particulièrement les ulcères des organes sexuels. Cependant, dans le passage d’Hippocrate (2), les mots eAxw/*ar*, fvfjixvx tÇuOev, EïscuGev TX Tiep. povêwscs, permettent de supposer une explication de ce genre. Rosenbaum.

Galien recommandait de faire des scarifications sur les bubons qui avaient des dispositions à la suppuration, mais de ne pas se presser de les ouvrir. Ce n’est que lorsqu’il ne pouvait obtenir la résolution qu’il se décidait à l'opération, qu’il pratiquait par une incision transversale, parallèle à la région inguinale et non au fémur, parce que dans ce cas, les bords de la plaie ne se rapprocheraient que difficilement.

Les syphiligraphes modernes ont, comme les médecins de l’Antiquité, différencié le bubon simple qui ne suppure que rarement, déterminé par une plaie ou un ulcère, du bubon virulent qui est produit par la propagation du principe viru-

(1) Meth. méd. ad Glaucum lib. II, cap. i et lib. XIII cap. 5

(2) Lib. IV aph. 8>.

lent d’un chancre et sa localisation sur un ou plusieurs ganglions lymphatiques.

Des exanthèmes. — L’herpès des organes sexuels suivi d'ulcération, l’herpès créions d Hippociate (i), apres ex plication du texte par Hensler, se communiquait par le coït. Un passage de Galien peut être interprété dans le meme sens ; car il admet la contagion, mais on ne saurait affirmer qu il s’agit de l’herpès ou d’un autre exanthème du vagin (2) .

Aétius a mentionné, dans le Tetrabiblon , des pustulae spontaneae inpudendis , qui produisent le phimosis ; et dans le meme chapitre (3) il a donné la description du sabies scroti, qui a une disposition à se transformer en ulcère avec écaillés, en laissant après lui un prurit us scroti très violent. Galien, de son côté, définit le psoriasis scroti comme une induration du scrotum compliquée de démangeaisons et quelquefois d’ulcères.

Les condylomes. — Ge sont des éminences qui se pro duisent en quantité plus ou moins grande à l’anus et aux parties génitales. Ge fut Galien qui leur donna le nom de condylomes xovd quand ils se fixaient à 1 anus, mais les autres médecins grecs les désignaient sous le nom de «ruxos, ««««s, «**/*«, wxctfftw, quand ils se trouvaient aux parties génitales. Les Romains appelèrent le condylome ficus.

Galien décrivait le <tjxov ou le ficus comme un tubercule ulcérant, secrétant de l’humidité, (/oc. cit.) Suivant Oribase, il était de forme ronde, de couleur rougeâtre, un peu dur et douloureux. Il ne se montrait pas seulement à 1 anus et aux parties génitales, mais aussi sur les lèvres, le menton et sur les parties velues du corps.

Hippocrate désignait les condylomes des parties génitales de la femme sous le nom de xiu>v et disait qu’ils répandent une mauvaise odeur (4).

(1) Aphorisme vol. III et de liquidorum usu vol» Il

(2) Synops. med. sec. loc. lib IX, cap. 8

(3) Serm. 2 cap. 15

(4) De natur. mulier vol. II

I A PROSTITUTION DANS i/âNTIQUITÉ

Aétius en a fait cette description : Condylomci est vugosci eminentia. Rugaeenim circa os uleri existent es dum inflammatui , attolluntur et indurantur , tiunoremqne cic crassitudinem quandam in locis efficiunt (1).

Les condylomes se rencontraient le plus souvent à l’anus, surtout chez les hommes. Gelse. Et on les attribuait à la pédérastie. Mais il est impossible de décider de ces condylomes ceux qui étaient primitifs et secondaires, ce qui ne nous autorise cependant pas a nier 1 existence de ces derniers dans 1 antiquité. Rosenbaum. Le traitement des condylomes, qui étaient considères par Celse, comme des végétations amenées par un état inflammatoire particulier de l’anus, tuberculum , qnod ex qucidcun inficinvncitione neisci solet, était analogue à cerni des rhagades, qui avaient la meme origine impudique : c’est-à-dire emplâtres résolutifs et cautérisations énergiques.

On traité les condylomes, maintenant, par l’excision et la cautei isation, et on les considère comme une irritation produite parle contact du pus blennorrhagique ou syphilitique. On ne saurait admettre que les condylomes aient eu autrefois un cause différente, puisqu’il est acquis que cés excroissances étaient le produit delà débauche et ne se rencontraient que chez les prostitués des deux sexes et tous ceux qui avaient commerce avec eux.

Les fies qui étaient si fréquents chez les Romains, n étaient que des condylomes de l’anus dont la cause était, avec raison, attribuée aux pratiques honteuses des rapports antiphysiques et qu’un traitement insuffisant laissait arriver à la suppuration et rendaitpresque héréditaires. C’est ainsi que des familles entières étaient atteintes de fies . Ces excroissances présentaient différentes variétés qui ont été décrites comme des entités pathologiques, malgré leur analogie avec lesautres.Tels sont le thymion décrit par Celse (2) comme une excroissance variqueuse, indolore, rougeâtre, rétrécie à la base, dure et rugueuse au sommet, Y akrochordon proéminence lisse, ronde, charnue, avec une base mince et ronde, indolore et calleuse.

(1) Tetrab. IV serm. 4

(2) Lib. IV, cap. 28.

LA PROSTITUTION DANS l’aNTIQUITE

Tantôt ccs dernières tombent d’elles-mêmes, tantôt elles s'enflamment et entrent en suppuration; et lorsqu’on les coupe elles ne laissent pas de racines. Celse (i).

Galien et Aétius ont rencontré l’akrochordon à l'anus et aux parties sexuelles de la femme. On les enlève d’après eux avec le couteau ou des caustiques.

La fivp/mz ixnç des médecins grecs, décrite sous le nom de formica par Celse, est une autre forme d’excroissance très rebelle, qui ressemble beaucoup à l’akrochordon. Elle n’est pas si élevée, mais elle est plus dure que le thymion; elle a des racines plus profondes et elle est plus douloureuse que celuici; elle est large à la base et mince au sommet. Quand on la touche, elle donne au malade la sensation d’une morsure de fourmi, d’où vient son nom de formica.

Telles sont, en résumé, les affections vénériennes que les médecins de l’Antiquité ont observées sur les parties sexuelles des hommes et des femmes. Quoiqu’ils ne nous aient pas laissé assez de documents pour établir positivement leur principe contagieux, il nous paraît cependant impossible de ne pas l’admettre, d’après l’étiologie et les caractères de leurs symptômes.

Lèpre et Eléphantiasis. — Les maladies vénériennes répandues en Egypte et dans toutes les contrées de l’Asie mineure où se pratiquait la prostitution sacrée, prirent, à un moment donné, un caractère beaucoup plus grave en Syrie et en Judée. Car alors, vint se greffer sur elles la lèpre, avec ses formes protéiques, mais toujours empreintes d’un élément constitutionnel, qui n’était peut-être IuLmême qu’une modification de la syphilis constitutionnelle de l’Inde et de rExtrême-Orient.

Le ce mélange, sous 1 influence de la malpropreté des peuples et de l’ignorance des prescriptions les plus élémentaires de 1 hygiène, on vit survenir ces nombreuses maladies des organes de la génération, cette lues venerea localisée sur la peau

(0 Meth. mcd., lib. XIV, ca >. 17.

et les membranes muqueuses, dont quelques médecins de l’Antiquité ont donné la description très détaillée. Il ne pouvait en être autant du traitement, car généralement les malades s’adressaient aux charlatans de l’époque : vendeurs de philtres, d’amulettes et de sortilèges, enchanteurs, prêtres et magiciens, tous plus ou moins souteneurs reconnus de la prostitution, religieuse ou profane.

Ce n’est qu’exceptionnellement en effet que les malades avaient recours aux médecins qui, d’ailleurs, se désintéressaient le plus possible de ces affections, comme l’indique Celse dans son 6e livre, et où il dit dans l’introduction :

« Pour traiter un pareil sujet, il n’existe pas dans la langue latine d’expressions convenables; et il est difficile de respecter la bienséance, en maintenant les préceptes de l’art. Cette considération n’a pas dû cependant retenir ma plume, parce que d’abord je ne veux pas laisser incomplets les utiles renseignements que j’ai reçus; et qu’ensuite il importe de répandre dans le vulgaire les notions médica'es relatives au traitement de ces maladies qu’on ne révèle jamais à d’autres que malgré soi. Dein , quia in vulgus eorurn curatio etiam prœcipue cognosccnda , quœ i avilis simus qui s que ait cri ostendit. »

Ces affections étaient donc déjà les maladies sécrétés , du temps d’Auguste.

La lèpre, comme on le sait, venait de l’Egypte et de 1 Asie Mineure, ces foyers permanents de toutes les pestilences. Les Hébreux, les Syriens, les Phéniciens et les Egyptiens en étaient atteints depuis longtemps. Elle avait pris chez ces peuples une forme chronique, constitutionnelle et héréditaire, se transformant, dans ses manifestations, suivant 1 âge, le tempérament des sujets et les circonstances climatériques, présentant des redoublements symptomatiques et des exacerbations dans les impuretés de la prostitution et les excès vénériens.

Ce n’est que vers l’an 65o de la fondation de Rome qu elle fit son apparition en Italie, sous le nom d éléphantiasis des

LA PROSTITUTION DANS l’aNTIQUITÉ 1 ^7

Grecs, et apporta aux maladies vénériennes un cachet particulier qui en fit la syphilis secondaire.

On voit, en effet, Celse, s’appuyant sur quelques observations isolées, venir déclarer que « ce mal affecte la constitution tout entière, au point que les os même sont altérés». Mais, avant lui, un médecin grec, Arétée de Gappadoce, en avait fait une saisissante description, et l’avait représentée comme un feu qui ne se répand au dehors qu’après avoir envahi toutes les parties intérieures du corps. « Au début de la maladie, dit-il, la peau de la face et de certaines parties du corps devient luisante , quelques tubérosités épaisses et raboteuses bourgeonnent les unes auprès des autres, et l espace intermédiaire de ces tumeurs inégales se gerce comme la peau de l’éléphant. Bientôt tout le corps se recouvre de semblables tubérosités, les poils dépérissent et tombent, la tête se dégarnit, et la face et le pubis ne tardent pas à leur tour à se déplier. La face se hérisse de poireaux durs et pointus, des dartres envahissent les doigts, les genoux et le menton. Les oommettes des joues enflent et rougissent, les yeux sont obscurcis et de couleur cuivreuse, les sourcils se rapprochent et se chargent de larges poireaux livides. Les joues et le nez offrent aussi des excroissances noirâtres, les lèvres se tuméfient, la lèvre inférieure est pendante et baveuse, les dents deviennent noirâtres, des ulcères rayonnent autour des oreilles et il en sort une humeur purulente. Toute la superficie du corps est sillonnée de rides calleuses et même de fissures noires : de là son nom d eléphantiasis. Des crevasses divisent aussi les talons et les plantes des pieds jusqu’au milieu des orteils. Si le mal prend des accroissements, les tubérosités des joues, du menton, des doigts, des genoux, se terminent en ulcères fétides et incurables ; ils s’élèvent même les uns au-dessus des autres, de façon que les derniers semblent dominer et ronger les premiers. Il arrive même que les membres meurent avec le sujet, jusqu’à se séparer du reste du corps, qui perd ainsi successivement le nez, les doigts, les pieds, les mains entières, les parties génitales ; car le mal ne

LA PROSTITUTION DANS l’aNTIQUITE

tue le malade, pour le délivrer d’une vie horrible et de cruels tou rments, qu’après l’avoir démembré. »

Voilà la symptomatologie de la lèpre. Elle diffère sensiblement des accidents cutanés de la syphilis moderne ; mais qui pourrait affirmer que celle-ci, évoluant en toute liberté sur certains sujets scrofuleux, sans le secours thérapeutique du mercure et de l’iodure de potassium, n’affecterait pas un processus analogue à sa période de marasme et de cachexie ?

Archigènes a fait, lui aussi, connaître son opinion sur l’ éléphantiasis. Il déclare que non seulement la maladie est contagieuse, mais encore que l’affection cutanée n’est que secondaire. Il dit que sa cause lui est inconnue, mais que les malades sont des individus très lascifs, et que les eunuques en sont exempts... Ce serait là encore une preuve de l’origine vénérienne de la lèpre, cependant certains auteurs prétendent qu’on ne trouve pas des indications suffisantes pour conclure que cette maladie ait primitivement affecté les organes sexuels. Mais, le savant commentateur des textes grecs et latins n’hésite pas, dans son ouvrage sur Y Histoire de la syphilis dans V Antiquité, à affirmer, comme presque tous les syphiligraphes modernes, que la lèpre et le mal vénérien, en se combinant ensemble, n’en ont plus fait qu'un. Pour lui, comme la meniagra pouvait se transformer en psora , aussi bien l’éléphantiasis, mis o rapport avec le morbus phœnicus , pouvait prendre naissance dans le coït, et son apparition principale à la face ne prouve rien contre ce fait, puisque les glandes cutanées de la face ont une grande connexité avec les organes sexuels. D’ailleurs, un grand nombre d’exemples, cités par les écrivains du moyen âge, prouvent que la lèpre se communiquait par le coït, ce qui permet de conclure que la syphilis du xve siècle était cette même affection, modifiée par un genias epidemicus particulier, qui sévissait quinze siècles auparavant sous le nom d’éléphantiasis, affection prenant sa source dans une cohabitation impure et dans les débauches de la prostitution.

LA PROSTITUTION DANS l’aNTIQUITÉ

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