‹ La prostitution dans l'antiquitéChapitre 2 sur 14 · RUE A N T 01 NI-; - DUBOIS · texte numérisé non relu

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L’histoire de la prostitution dans l’Antiquité touche à tant de questions importantes, se rattache à tant de problèmes difficiles, que pourêtre écrite d’une manière complète, elle exigerait la collaboration d’hommes éminents dans l’archéologie, les lettres et les sciences, la philosophie et la médecine comme le prouvent les travaux divers de Dulaure, de A. Bé-7 raud, de P. Chaussard, de Larcher, de de la Chau, de Félix Lajard, de F.Creuzer, de Famin, de Sabatier, de Rosenbaum, de Rabutaux,de Pierre Dufour, de Parent-Duchatelet, etc., etc. Mais peut-être est-il à la portée d’un esprit philosophiquement éclectique de résumer les études éparses de ces auteurs, qu’on ne trouve guère aujourd’hui que dans lesgrandes bibliothèques.

En analysant ces différentes monographies l’une après l’autre, on se trouve conduit involontairement à faire, à un point devue nouveau et original, l’histoire de l’esprit humain, dans son évolution à travers les théogonies anciennes et les religions orientales, à procéder à un examen très curieux des civilisations successives, dans leurs rapports avec les mœurs, les législations et l’hygiène des peuples.

Ainsi, dans l’histoire delà prostitution, nous constaterons trois périodes distinctes : i° l’époque de la prostitution hospitalière, c'est-à-dire de la concession, à titre dIus ou moins gracieux, de la femme-esclave à l'hôte que le hasard amène dans la hutte de 1 homme primitif *. c’est l'age de pierre de la prostitution, e° l’époque de la prostitution sacrée , qui

F. CUPOÜY,

s’exerce sous l’influence des idées superstitieuses et des passions brutales des peuples asiatiques ; l’époque de la prosti iution légale, qui tolère et sanctionne, au nom de l’hygiène physique et morale, le commerce impudique du corps humain.

Ces trois formes de la prostitution ont été admises par tous les auteurs qui ont écrit son histoire générale. Nous en avons trouvé une description très remarquable dans l’ouvrage de Rabutaux : « Partout, dit-il, aussi loin que l'histoire nous permet de pénétrer, chez tous les peuples et dans tous les temps, nous voyons comme un fait plus ou moins général, la femme acceptant le plus odieux esclavage, s’abandonner sans choix et sans attrait aux brutales ardeurs qui la convoi tent et la provoquent. Parfois, toute la lumière morale venant à s’éteindre, la noble et douce compagne de l’homme perd dans cette nuit tuneste la dernière trace de sa dignité, et devenue par un abaissement suprême, indifférente à celui qui la possède, elle prend place, comme une chose vile, parmi les présents de l’hospitalité : les relations sacrées d'où naissent les joies du foyer et les tendresses de la famille n’ont chez ces peuples dégradés aucune importance, aucune valeur.

< D’autres fois, dans l’ancien Orient, par exemple, et de proche en proche chez presque tous les peuples qui y avaient puisé d’antiques traditions, par un accouplement plus hideux encore, le sacrifice de la pudeur s’allie chez la femme aux dogmes d’un naturalisme monstrueux qui exalte toutes les passions en les divinisant; il devient un rite sacré d’un cuite étrange et dégénéré, et le salaire payé à d’impudiques prêtresses est comme une offrande faite à leurs dieux .

» Chez d’autres peuples, enfin, chez ceux qui tiennent sur l’échelle le rang le plus élevé, la misère ou le vice livrent encore aux impulsions grossières des sens et à leurs cyniques désirs une classe entière, reléguée dans les plus basses régions, tolérée mais notée d'infamie, de femmes malheureuses, pour lesquelles la débauche et la honte sont devenues un métier. »

D’une manière générale, appréciant au point de vue phy-

siologique les documents relatifs aux mœurs des premiers peuples civilisés, on peut, chez tous, distinguer a priori deux classes de femmes : les unes destinées par le mariage à la reproduction de l'espèce, vivant à peu près dans l’observation des lois de la nature, les autres ayant pour condition de se livrer à des fonctions sexuelles d'un autre genre dont le but est la stérilité pour elles, et pour les hommes la surexcitation du sens génital avec tous les raffinements de la volupté. C’est chez celles-ci qu’il faut chercher les causes premières des maladies vénériennes, et ces aberrations des facultés morales dont la formule psychique est encore à trouver. L’histoire de cette partie de la pathologie est donc liée étroitement à celle de la prostitution, plgie des races asiatiques, fléau fatal des générations futures qui, à notre exemple, en feront vraisemblablement la soupape de sûreté des passions humaines, et la gardienne immorale de la moralité publique.

Quelques historiens et philosophes de l’Antiquité ont expliqué l’origine religieuse de la prostitution par l’esprit timoré des hommes. Ils nous les montrent cherchant à apaiser la colère des puissances célestes, leur offrant les prémices de leurs moissons, de leurs fruits et de leurs troupeaux, quand apparaissent à leurs yeux des hommes se disant ministres des dieux sur la terre. Prêtres, ils leur réclament pour leurs autels des offrandes et des sacrifices. Et, abusant de leur crédulité ignorante, ils leur suggèrent que la clémence divine peut s'obtenir par la prostitution sacrée de leurs filles, dont la virginité est le monopole légitimement octroyé aux initiés et gardiens des temples. C’est alors que commencent ces cérémonies mystérieuses dans lesquelles la prostitution va jouer le rôle de dogme fondamental du culte, en présence d’idoles bizarres fabriquées avec le bois ou la pierre, n’ayant de l’organisme humain que l’appareil viril de la génération.

A la prostitution sacrée devait succéder fatalement la prostitution légale, celle qui se pratique comme un métier et dont l’unique mobile est l’argent. Elle continua l’œuvre de corruption commencée par la prostitution religieuse, mais avec

moins de retentissement sur la santé publique. Avec elle on voit bien les hommes et les femmes se livrer à tous les excès de la luxure, mais la créature humaine n’est plus plongée dans l’hypnotisme morbide des mystères d’Isis et de Belphégor, dans lesquels on la voit livrer son corps, comme un mannequin, à toutes les fonctions contre nature.

Les cultes de ces dieux avaient énervé profondément les populations asiatiques, et matérialisé leur civilisation. Heureusement la Vénus grecque vint apporter une favorable modification à ces mœurs barbares. Si elle divinisa encore la courtisane du Pirée et des îles de l’Archipel, si elle fut la protectrice d’impudiques prostituées, elle se montra dans les temples et dans les chastes gynécées des matrones, comme l’allégorie poétique de l’amour, dans ses plus ferventes aspirations vers l'esthétique. Avec elle, l’esprit humain reprend sa liberté ; il permet au génie grec d'allumer ce flambeau sacré dont les rayons iront éclairer le monde, et lui révéler le senti-

ment des arts, des belles-lettres et des sciences.

Parmi les innombrables statues qu’on lui éleva, celles de Vénus Aphrodite, de, Vénus Genilrix, de Vénus de Guide, de Vénus Victrix (dont la \ rénus de Milo n’est qu’un spécimen), les statues d' Adonis et de Cupidon, des Muses et des Grâces, compagnes de la déesse, prouvent que le culte de Vénus n’était, dans l’imagination des Hellènes, que le poème de ce sentiment, qui est une des grandeurs de notre nature, qui a conduit le ciseau de Phidias et de Praxitèle, qui a inspiré Homère, et Pindare, et Corinne, et le grand Platon.

11 y a loin, comme on le voit, entre ces érotiques personnifications des dieux asiatiques et cette divinisation de la femme, reine du monde, par les charmes de son esprit et la beauté parfaite de son corps. La Vénus-Urama est donc véritablement le point de départ où l'esprit humain prend son essor vers les sphères supérieures.

Son culte, honoré par tous les grands hommes de l'Antiquité, reconnu par toutes les nations du monde connu, se retrouvera encore dans les temples de la Rome antique, et

LA I'ROSTITUTION DANS l’aNTIQUITÉ

deviendra l'un des bons génies de la civilisation latine. Et ce sera lui, aux beaux jours de la Renaissance, qui viendra porter l’inspiration à nos poètes, à nos peintres, à nos sculpteurs. Car immortelle est son essence, et toute-puissante est l’action que la nature lui donne sur le cœur des hommes ! Mais, pourquoi la fatalité a-t-elle voulu qu’à côté du beau il y ait le difforme, à côté de Vénus-Urania, il y ait la Vénus- Pandémos, à côté de l’amour il y ait la prostitution ?

Ces considérations préliminaires étaient nécessaires à l’intelligence de cette étude historique des mœurs dans l’antiquité ; nous devions préparer les lecteurs aux sombres tableaux que nous allons faire passer sous leurs yeux, tableaux qui sont à îa morale ce que l’anatomie pathologique est à la médecine.

O PBOSTITÏTIO^ DM§ L O»E

Le Culte de Lingam

En suivant l’ordre chronologique, c’est dans l'Inder dont l'existence sociale remonte à la plus haute antiquité, que nous devons chercher les premières traces de la prostitution sacrée.

Le Lingam indien est identique au Phallus grec et au Priape égyptien : l’organe viril était considéré chez tous les peuples de l’antiquité comme le symbole de la fécondation universelle. Son culte est un des mythes populaires de l’Inde qu'on a traduit ainsi : Sur la montagne d’or Kailasa, habite le dieu Siva Là, est une plate-forme sur laquelle se trouve une table carrée, enrichie de neuf pierres précieuses, et au milieu le lotus, portant sur son sein le triangle, origine et source de toutes choses. De ce triangle sort le Lingam, dieu éternel qui. en fait son éternelle demeure.

« C’est sur cette montagne, disent Fr. Creuzer et D. Guignaut (i), que parut pour la première fois l’antique Phallus de Siva, que le dieu, suivant une autre tradition, divisa en douze Lingams rayonnants de lumière qui fixèrent sur eux les regards et des dieux et des hommes; puis il les transplanta dans les diverses parties de l'Inde, où les dieux et les génies préposés aux huit régions du monde, leur rendirent de pieux hommages; et maintenant encore ils y sont adorés.

(i) Religions dans l’antiquitc considérées dansleurs formes symboliqueset mythologiques par Creuzer et Guignaut, professeur d’histoire à l’Ecole normale.

LA PROSTITUTION DANS l’aNTIQUITÉ

« C’est là aussi qu'étaient célébrées en l’honneur de Siva, disent ces auteurs, les fêtes de Phallus où l'on portait solennellement cette image sacrée; là aussi, dans des orgies délirantes, ses adorateurs, mus d’un enthousiasme sauvage, semblaient céder eux-mêmes au pouvoir qui emporte la nature d’un mouvement irrésistible, et la vivifie d’un feu dévorant. »

Toutes les légendes indiennes ont représenté le Lingam comme l’un des plus anciens dieux hindous. Aux yeux de ces peuplades instinctivement religieuses, les organes génitaux ne pouvaient être que des parties sacrées que leur imagination plaçait sous la haute protection d’une divinité. Celle-ci leur fut, en effet, présentée par leurs prêtres sous la forme d’un organe mâle qu’ils adorèrent sous le nom de Lingam. Ce culte, favorisé par les brames, les porta, d’après les traditions, à tous les excès des sens, et leur amena des maladies contagieuses desorganes de la génération.

Pierre >onnerat, dans son intéressant voyage aux Indes, a reproduit une autre légende du culte de Lingam relative à l’origine des affections vénériennes chez les adorateurs de Siva et de Vishnu. Quoique ce récit n’ait que la valeur d’une histoire fabuleuse, il cache, sous le voile d’une fiction, un fait vraisemblable, qui concorde, d’ailleurs, avec d’au;res documents historiques d’une authenticité non discutable. Voici comment s’exprime Sonnerat : « Les pénitents étaient arrivés à un haut degré de puissance par leurs sacrifices et leurs prières; mais, pour le conserver, leurs cœurs et ceux de leurs femmes devaient toujours rester purs. Cependant Siva ou Chiven avait entendu vanter la beauté de ces dernières, et il résolut de les séduire. Ayant pris la forme d’un jeune mendiant (i), d’une beauté parfaite, il engagea Vishnu à prendre celle d'une belle fille et à aller au lieu de réunion des pénitents pour les

(i) Les mendiants ou Fakirs, dans l’Inde, parcourent le pays par milliers presque nus et extrêmement sales. Leurs visites, d’après Strabon, donnent la fécondité aux femmes. Le peuple s’empresse de leur faire tous les honneurs possibles, et les hommes quittent leurs villages pour laisser aux moines le champ libre. ( Rosenbaum ).

LA PROSTITUTION DANS l'aNTIQUITK

rendre amoureux. Vishnu s’y rendit, et en passant il leur jetait des œillades si tendres, que tous devinrent amoureux de lui -, ils abandonnèrent leurs sacrifices pour suivre cette jeune beauté. .Leur passion grandissait ainsi de plus en plus, tellement qu’à la fin ils paraissaient inanimés, et leurs corps languissants ressemblaient à la cire fondant à l’approche du feu.

« Chiven de son côté, alla vers la demeure des femmes, tenant dans une main un flacon d'eau comme les mendiants, et chantant comme eux. Son chant avait tant de charme que outes les femmes se réunirent autour de lui, et la forme du Jeau chanteur achevait ce que sa voix avait commencé. Le trouble était si grand que quelques-unes perdaient leurs bijoux et leurs vêtements, de sorte qu’elles le suivaient dans le costume de la nature sans s’en apercevoir.

« Ayant parcouru le village, il le quitta ; toutes l’accompagnèrent dans un bois voisin, où il obtint d’elles ce qu’il désirait. Bientôt les pénitents s’aperçurent que leurs sacrifices n’avaient plus leur ancien effet et que leur puissance ri était pas la meme. Après quelques réflexions pieuses, il leur parut clair que la cause en était à Chiven, qui, sous la forme d’un jeune homme, avait séduit leurs femmes, et qu’eux-mêmes avaient été égarés par Vishnu transformé en jeune fille Ils résolurent de tuer Chiven par un sacrifice. Honteux d’avoir perdu l’honneur sans pouvoir se venger, ils eurent recours aux moyens extrêmes ; ils réunirent toutes leurs prières contre Chiven. Ce sacrifice fut des plus terribles, et le dieu lui-même ne put résister. Ce fut comme un feu qui se jeta sur les parties génitales de Chiven et les sépara de son corps (i). Irrité contre les pénitents, il résolut de s’en servir pour mettre le monde entier en feu : déjà l'incendie commençait à s’étendre, lorsque Vishnu et Brahma, chargés de la conservation des créatures, avisèrent aux moyens de l’arrêter. Brahma prit la forme d’un piédestal, et Vishnu celle des organes sexuels de la femme, et ils reçurent les organes de Chiven. L’embrasement général fut ainsi

(i) Il n’est pas téméraire de voir dans cette fable la partie légendaire de l’histoire de la syphilis.

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arrêté. Chiven se laissa fléchir par leurs prières, et il promit de ne pas brûler le monde, si les hommes rendaient à ses par ties les honneurs divins »

Si nous réfléchissons à ce mythe, tel qu'il est raconté ici, dit Rosenbaum, nous ne pourrions nous défendre de la pensée qu'il appartient à des temps plus modernes, car cette fable est tout à fait propre à constater la syphilis de manière à ne plus rien laisser à désirer. Aussi Schaufus en a-t-il fait la base de son opinion, lorsqu’il dit que cette maladie a été importée de l’Inde en Europe. D’un autre côté, certaines particularités de cette histoire s’accordent tellement avec l’antique croyance des Indiens, qu il faut admettre que si elle repose sur une légende, elle a été composée en utilisant les indications anciennes.

Depuis lors le Dr F. Klein (i) a prouvé, d’après les annales du Malabar, que non seulement la maladie vénérienne était connue aux Indes orientales avant la découverte de l’Amérique, mais que les médecins Sangarasiar et Alessianambi, qui vivaient il y a près de dix siècles , et déjà plusieurs autres avant eux, parlent de la syphilis et de sa guérison par le mercure.

Plus récemment, en 1 863 , M. P. Dabry, consul de France en Chine, a publié un livre intitulé : La Médecine che q les Chinois , dans lequel on trouve la description de la vérole, d’après des manuscrits datant de plus de a5oo ans avant J.-C.

Enfin, le Dr Scheube, de Leipzig, a publié (2) un manuscrit totalement inconnu en Europe, qui contient des renseignements précieux au point de vue de l’ancienneté de la syphilis dans l’ancien continent. Ce manuscrit intitulé : Daido-rui-slnu-ho, ou Assemblage de recettes rangées par lasses , de la période Dai-do, fut composé vers Fan S08 de notre ère.

A cette époque, l’empereur Heizei Tenno, voyant son pays envahi de plus en plus par les sciences médicales chinoises,

(1) De Morbi veneri curatione in Judia orientali usitata, 1795.

(2) Archive fur Path. de Virchow , mars i883 p. 448.

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LA PROSTITUTION DANS I.’aNTIQUITK

résolut de rassembler en un livre tous les éléments de médecine propre au Japon.

Il chargea de ce travail ses deux médecins A-be Ma-nao et Idzu-mo Hiro-sada. Mais le manuscrit s’égara et ne fut retrouvé dans le temple d’une île de la province de Bungo qu’en 1827. Edité par Bude, ce manuscrit, dont la leciure est très difficile, vu qu'il est écrit en vieux langage japonais, était presque complètement inconnu du monde savant, quand un médecin japonais, le Ür Kayama, élève du I> Scheube, envoya à son ancien maître la traduction des chapitres relatifs à la syphilis. Comme interprétation, cette traduction ne laisse rien à désirer, car le Dr Kayama s’est assuré, pour les passages difficiles, le concours de savants Japonais, ses compatriotes.

Le chapitre 94 est ainsi conçu :

Kata-shine-kasa , c'est-à-dire éruption d'une des aines. Dans le pli transversal situe entre la cuisse et l’abdomen se montrent de la rougeur et du gonflement accompagnés de violentes douleurs et de fièvre. Après quelques jours survient la suppuration : l’abcès s’ouvre et il s’écoule beaucoup de pus.

Mara kasa-hyami , c’est-à-dire maladie éruptive du pénis. Au début, gonflement gros comme un grain de millet et douleurs. Après quelques jours ulcération et écoulement de pus.

Fuse-kasa. La peau du pénis, siège de l’éruption, contient de l’eau, phénomène qui se montre surtout en été. Le pénis est enflé et très augmenté de volume. Le gonflement s’étend à tout le pénis et on ne peut voir le gland de l’exterieur. De la peau s’écoule du pus.

Shiri-tnara-kasa , c’est-à-dire deuxième éruption du pénis. Au début se montre l’éruption comme celle de Mara-kasa-hyani. Puis, surviennent l’ulcération et les douleurs. Après quelques jours, l’ulcération s'étend et le gland tombe. Puis, l’ulcération gagne peu à peu en arrière, le pénis tombe tout entier et les testicules sont également envahis par l’ulcération.

Kaskiri-kasa, c’est-à-dire éruption courante. Le poison du pénis ou d'une des aines s’élève et l’éruption devient envahissante. Chaleur et froid s’établissent et les os des extrémités deviennent douloureux. Après quelques mois se montre sur le dos et sur le visage une petite éruption sans douleurs ni démangeaisons. De celle-ci s’écoule un liquide jaunâtre. Après quelques mois le visage se gangrène, prend une odeur fétide et il s’écoule du pus.

Voici maintenant le chapitre ç5 :

Hone-no-hari-kasa , c’est-à-dire éruption et gonflement des os. Après la guérison de l’éruption du pénis, les articulations des membres deviennent douloureuses, de telle sorte qu’on ne peut ni les étendre ni les plier. Il existe en général de la fièvre. Cela se nomme Hone-no-hari-kasa. Alors le poison s’élève et il survient divers phénomènes fâcheux, les os sont douloureux. Le malade a de la fièvre, celle-ci dure tout le jour et l’appétit est supprimé. Il existe de

LA PROSTITUTION DANS I.’aNTIQUITÉ

la constipation. L’urine est rouge et s’écoule difficilement au dehors.

Nondo-fuki-kasa , c’est-à-dire ciuption de la gorge. Le reste du poison de l’éruption du prépuce gagne les régions supérieures et détruit le visage et la tête. Pendant de longues années, il n’y a pas de guérison. Ce qui reste de poison détruit la tête, la peau, la chair, les os. Alors les oreilles sont détruites, ou il survient une éruption du nez ou la cécité. Ou encore, les extrémités inférieures se gonllent ou sont douloureuses pendant plusieurs années. Alors les malades tombent en pourriture. Le poison détruit tout le corps, ou les testicules se couvrent de pustules, gonflent et se gangrènent, et il se forme de nombreux trous. Ensuite toute la surface du corps se détruit.

Mimi-no-hi-kasa, c'est-à-dire éruption des oreilles. Le reste du poison gagne les parties supérieures ; il existe des bourdonnements d'oreilles et de la difficulté de l’audition. Après quelques mois surviennent de violentes douleurs, et il s’écoule un liquide jaunâtre. Les bourdonnements d’oreilles disparaissent, mais les malades n’entendent plus.

Il existe certainement, dit Gille de la Tourette, une grande confusion parmi tous les symptômes attribués à la syphilis, mais il est facile, malgré cela, de reconnaître les accidents primitifs, secondaires et tertiaires de cette maladie vénérienne : ulcérations du pénis, ulcérations de la gorge, douleurs ostéocopes, syphilides et gommes du cuir chevelu et delà face, etc.

S’il restait un doute sur la nature de la maladie, il suffirait d’ajouter que le mot Kasa , en japonais ancien, comme en japonais moderne, sert à désigner les affections contagieuses qui surviennent après les relations sexuelles qu'on connaît très bien aujourd’hui au Japon.

Le culte de Lingam et la prostitution sacrée qui en était la conséquence entrèrent tellement dans les mœurs indiennes que les voyageurs qui parcouraient, il y a moins d’un siècle, certaines provinces de 1 Inde orientale, retrouvèrent l’un et 1 autre aussi populaires qu’à l’époque de la tradition historique. L abbé Mignot, dans son second Mémoire sur les anciens philosophes de Vlnde ( i ), a dit : « Cette espèce de Lingam se ttouve encore aujourd hui dans l’Inde, comme on le voit par les figures des idoles de ce pays, qui ont été envoyées a jM. le marquis de Marigny. » On voit encore dans les pagodes des bas-reliefs représentant le Lingam avec des

(i) Mémoire de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres T 3r

la. prostitution dans l’antiquité

dimensions plus ou moins grandes, et il en existe également des peintures et des sculptures. Dans quelques pagodes, on représente de la même manière la réunion des deux sexes sous le nom de Pulïeior. Ces dessins se retrouvent enfin sur des amulettes appelées Taly qui, après avoir été bénies par Je brahme, sont remises par le mari à sa fiancée le jour du mariage. Sonnerat raconte à ce sujet une anecdote qui montre ce que vaut le zèle du prosélytisme déployé envers ces tribus ignorantes. Quelques-unes se sont converties au catholicisme, mais deux espèces de missionnaires étaient en concurrence auprès d’elles : les jésuites et les capucins. Ceux-ci dénoncèrent à Rome leurs rivaux, en raison de leur tolérance envers les femmes auxquelles ils permettaient de porter des amulettes estampées de petits Lingams. Les jésuites expliquèrent leurs raisons par les antiques usages du pays, et ils obtinrent l’approbation de la Cour pontificale, mais ils exigèrent, cependant, des Indiennes de faire ajouter la croix chrétienne sur leurs taly\...

D'autres récits montrent le culte de Lingam à ce point enraciné dans l'Inde que, dans les hôtelleries et sur les voies publiques, on aperçoit partout le dieu hindou, soit sous sa forme organique humaine, soit sous sa forme allégorique : un piédestal, supportant un vase d’où part un long cylindre. Le piédestal, c’est Brahma*, le vase, c’est Vishnu, le dieu femelle; le cylindre, c’est Chiven ou le dieu mâle; telle est la trinité indienne. Mais, dans les processions solennelles, au Lingam ordinaire, on adjoint la figure d’un homme ; « Et l’idée religieuse est de telle sorte présente à l’esprit des Indiens, dit Dulaure, qu’ils ne comprennent pas l’impudicité de leui pratique. » C’est ainsi « qu’on voit, dans la pagode d’Eiéphanta, un bas-relief représentant un groupe se livrant à l’action infâme que les latins désignaient par le mot irrumatio ; sur les portes d’une ville de Suri-Patnam, Sîta, femme de Rama, 7e incarnation de Vishnu, entourée de six Fakirs ou Pénitents à genoux et les yeux levés sur elle, tenant chacun un Lingam à la main ; dans la pagode de Villenour, des Lingams isolés, d’une dimension extraordinaire

LA PROSTITUTION DANS i/aNTIQUITK

représentés sur tous les murs. » M. de Grandpré, dans son Voyage dans l’Inde, raconte à son tour que, sur la côte de Trovencour un officier de marine envoya à terre quelques matelots pour prendre des renseignements. Les hommes de l’équipage aperçurent dans une niche un Lingam de semblable grosseur ; ils s’en emparèrent et s’en servirent comme d’un timon pour leur embarcation.

A propos du caractère religieux du Lingam dans l’Inde moderne, Dulaure a mentionné, d’après certains explorateurs, que les prêtres de Chiven, tous les jours à l’heure de midi, ornent de guirlandes de heurs et de sandal le Lingam sacré, et que, « dans le pays de Canara, les prêtres s’y promènent nus, en agitant des sonnettes qui appellent les femmes près d’eux pour embrasser pieusement leurs parties génitales. »

Quant à la prostitution religieuse, les faits qui la démontrent ont été contrôlés par Duquesne. Il a vu dans une pagode, aux environs de Pondichéry, des jeunes mariées venir faire au dieu le sacrifice de leur virginité. On les faisait asseoir sur un Lingam en bois ou en fer. Mais, dit-il, dans beaucoup de pagodes, « les prêtres plus adroits ont ravi à ce dieu une fonction aussi précieuse. »

Dans une autre pagode, celle de Tréviscaré, consacré à Chiven, on voit un monument colossal réprésentant la trinité indienne : « C’est dans ce sanctuaire, dit le même auteur, sur la pierre sacrée, que les prêtres de Chiven initient aux mystères de l’amour les jeunes Devedassÿ que nous connaissons sous le nom de Bayadercs ou Balaidera : et, en même temps qu’elles sont consacrées au culte, elles servent également aux plaisirs du public, comme les courtisanes et prostituées de la Grèce. »

Nous savons que ce s Indiennes exécutent des ballets, mais les accords des voix et des instruments, le parfum des essence? et celui des heurs, peut-être même la séduction des charmes qu’elles dirigent contre les spectateurs, tout se réunit peu à peu pour porter le trouble et l’ivresse dans leurs sens. Comme chez les aulétrides de la Grèce, quelquefois une douce émotion, un feu inconnu semble les pénétrer. Etonnées, puis

LA PROSTITUTION DANS l’aNTIQUITÉ

agitées, palpitantes, elles paraissent succomber sous l’impression d’une illusion trop puissante. C’est ainsi que par les gestes, les positions du corps les plus expressives, par des soupirs étouffés et brûlants, des regards scintillants ou chargés d’une molle langueur, elles ont su d’abord exprimer l’embarras de la pudeur, puis le désir, l'inquiétude et l’espoir, enfin les menaces et les trépidations de la volupté.

« Les Bayadères, danseuses de l’Inde, dit Raynal (i), vivent réunies en troupes dans des séminaires de volupté. Les sociétés de cette espèce les mieux composées sont consacrées aux pagodes riches et fréquentées. Leur destination est de danser dans les temples, aux grandes solennités, et de servir aux plaisirs des brahmes. Pourpailieraux peuples lescandale d’une vie si licencieuse, toutes ces femmes sont consacrées au service des autels. Les peuples se prêtent d’autant plus volontiers à cette espèce de superstition qu'elle renferme, dans une seule enceinte, les désirs effrénés d'une troupe de moines, et met ainsi leurs femmes et leurs filles à l’abri de la séduction.

« 11 est vraisemblable qu’en attachant un caractère sacré à ces espèces de courtisanes, les parents ont vu sans répugnance leurs plus belles filles, entraînées par cette vocation, quitter la maison paternelle pour entrer dans ce séminaire, d’où les femmes surannées pouvaient retourner sans honte dans la société ; car il n’y a aucun crime que l’intervention des dieux ne consacre, aucune vertu qu’elle n’avilisse. La notion d’un être absolu est, entre les mains des prêtres qui en abusent, une destruction de toute morale.

< Il ne restait plus aux brahmes qu’un pas à faire pour porter l’institut à sa dernière perfection. C’était de persuader aux peuples qu’il était agréable aux dieux, honnête et saint, d’épouser une Bayadère de préférence à toute autre femme, et de faire solliciter, comme une grâce spéciale, le reste de leurs débauches.

< Il est des troupes moins choisies dans les grandes villes pour l’amusement des hommes riches, et d’autres pour leurs

(i) Raynal, Histoire philosophique des Deux-Indes.

femmes. Mais de quelque religion, de quelque caste qu’on soit, on peut les appeler. Il y a meme de ces troupes ambulantes conduites par des vieilles femmes, qui, d’élèves de ces sortes de séminaires, en deviennent à la fin les directrices. (2)

r Aux sons monotones et rapides du tam-tam, les Bayadères échauffées par le désir de plaire, et par les odeurs dont elles sont parfumées, finissent par être hors d’ciles-mêmes. Leurs danses sont des pantomimes d’amour. Le plan, le dessin, les attitudes, les mesures, les sons et les cadences de ces ballets, tout respire cette passion, et en exprime les voluptés et les fureurs.

« Tout conspire au prodigieux succès de ces femmes voluptueuses : l’art et la richesse de leur parure, l’adresse qu’elles ont à façonner ieur beauté. Leurs longs cheveux noirs, épars sur leurs épaules ou relevés en tresses, sont chargés de diamants et parsemés de fleurs. Des pierres précieuses enrichissent leurs colliers et leurs bracelets.

« Rien n’égale surtout leur attention à conserver leur sein, comme un des trésors les plus précieux de leur beauté. Pour les empêcher de grossir ou de se déformer, elles les enferment dans deux étuis d’un bois très léger, joints ensemble et bouclés par derrière. Le dehors de ces étuis est revêtu d’une feuille d’or parsemé de brillants; mais ce voile qui couvre le sein, n’en cache point les palpitations, les soupirs, les molle> ondulations; il n’ôte rien à la volupté.

« La plupart de ces danseuses croient ajoutera l'éclat de leur teint, à l’impression de leurs regards, en formant autour de leurs yeux un cercle noir, qu’elles tracent avec une aiguille teinte de poudre d’antimoine. Cet art de plaire est toute la vie, toute l’occupation, tout le bonheur des Bayadères. On résiste difficilement à leur séduction. »

Indépendamment des Dévadassi, attachées spécialement à la prostitution sacrée, il existe plusieurs autres classes de Baiiadera \ ce sont les Natchés , qui remplissent les mêmes

(2) Exemple de la gradation de la pros.itution religieuse vers la prostitution légale

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fonctions, mais sans appartenir à un temple particulier, les Vestiatris et les Cancénis , qui se consacrent aux plaisirs des riches particuliers de l’Orient. Elles sont choisies parmi les plus jolies filles; leur costume est riche et brillant; et malgré leur vie licencieuse, leur état n'est pas considéré comme déshonorant. Les prêtres en ont décidé ainsi.

Dans le Mogoletl’Indoustan,la prostitution sacrée estencore aux mains des prêtres qui abusent étrangement de leur auto rité sur leurs malheureuses adeptes. Dernier, dans le récit de son voyage dans ces pays, raconte que, dans la pagode de Jagrenat, on y conduit les vierges pour y faire le sacrifice avec le dieu Lingarn lui-même, qui s’incarne pour la circonstance. La jeune fille est amenée le soir dans le sanctuaire, on lui dit que le dieu viendra pour l’épouser, qu’elle doit l’écouter et l’interroger sur l’avenir. A la faveur des ténèbres de la nuit, un prêtre profite de cette aubaine et la fille abusée croit avoir un commerce avecie dieu. Elle annonce ensuite, comme une confidence divine, tout ce que les prêtres ont intérêt à faire savoir aux populations, pour maintenir leur despotisme sur elles.

De son côté, l’abbé Dubois, dans son ouvrage, Mœurs de l’Inde, rapporte ce qu’il a vu en i 82 5, dans son voyage dans l’Inde : « Le Lingam, dit-il, que les dévots et les dévotes attachent, soit à leurs cheveux, soit à leurs bras ou suspendent à leur cou. est une petiterelique représentant véranda utriusque sexus in actn copulationis ; il y a en outre deux lignes blanches qu’on trace sur le front et qui rappellent masculiliquorem semblaient , et une ligne rouge indiquant feminæ Jluxum menstruum. »

Les Lingamistes sont très nombreux dans le Malabar et le Coromandel ; ils composent au moins la moitié de la population. Ilsconsidèrent le Lingam commerendant tous les hommes égaux; et leurs prêtres appelés Gourous , jouissent de très grands avantages. Lorsqu’un Gourou fait la visite de son district, chacun de scs adeptes se dispute l’honneur de le loger.

Dès qu’il a fait son choix, tous les mâles sortent de la maison; il y reste seul jour et nuit avec les femmes de ses hôtes

qui, toutes à l’envi, s’empressent de le servir au gré de ses caprices, sans que les maris témoignent la moindre jalousie.

« Il faut noter, dit toujours l’abbé Dubois, qu'il a eu soin de choisir la maison où se trouvent les plus jeunes et les plus jolies femmes. Ces Gourous ont en outre des maîtresses spéciales qualifiées d 'épouses des dieux , classe distincte des Bayadères, mais non moins déprave'es. Elles portent à la cuisse l'empreinte du Lingam. »

Telle fut la prostitution sacrée dans l’Inde et l’exploitation que, depuis les temps les plus reculés, les prêtres ont su en faire, au nom de l’intuition divine des peuples !

Nous allons retrouver ce s mêmes prêtres dans d'autres contrées, poussant encore les créatures humaines dans le cercle infernal des monstruosités sensuelles, les abêtissant avec leurs fables mensongères, débauchant les hommes, dédorant les vierges, vivant de prostitution et de corruption, élevant des temples à leurs licencieuses idoles, pontifiant en leur honneur, et réclamant, en leur nom, l'or utile à leur faste, l’obéissance nécessaire à leur orgueil, et les femmes indispensables à leur lubricité.

E. DU POU Y

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§ I. Cultes de Phallou, Baal-Péor, Moloch*

Atis et Adonis

Sous les noms de Phallou, deBaal-Péor, de Moloch, d'Atis et d' Adonis, nous allons retrouver le culte de Lingam, à peu de chose près, chez les Assyriens, les Chaldéens, les Chananéens et les Phéniciens.

Phallou était particulièrement honoré à Hiéropolis, sur les bords de l'Euphrate. Là existait un temple immense, d’une richesse inouïe, devant le portique duquel s’élevaient deux Phallou de 170 pieds de hauteur, portant pour inscription qu’ils avaient été érigés par un dieu assyrien en l’honneur de sa belle-mère.

Le temple de Baal-Péor ou Belphégor était situé sur le mont Péor ; de là son nom : chez les Chaldéens, Baal signifie seigneur.

Moloch était l’idole mâle des Moabites, des Syriens, des Lydiens et des Ammonites. Sa statue représentait un homme à tête de bœuf, en bronze et de dimensions colossales; elle tenait les bras étendus pour recevoir les offrandes de toute nature que les adeptes déposaient dans les sept bouches énormes creusées dans son ventre. Les victimes offertes à Moloch étaient ordinairement des animaux domestiques, mais quelquefois aussi des enfants. La base de la statue reposait sur un immense fourneau qu’on allumait pour brûler les victimes, au bruit d’une musique barbare exécutée par les prêtres du dieu.

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Dès que la cérémonie commençait et que l’airain de la statue était devenu incandescent, les fidèles se mettaient à tourner autour d’elle, en poussant des cris sauvages, et en se démenant avec frénésie. Puis, à un moment donné, ils se livraient entre eux à toutes les pratiques de la sodomie la plus cynique...

Les mystères du culte deBaal-Péor étaient identiques à ceux de Moloch, moins le sacrifice des victimes. Le dieu était figuré aux yeux des Madianites tantôt par un gigantesque membre viril, tantôt par une statue hermaphrodite. Son temple servait à toutes les débauches des hommes et des femmes, ainsi qu’à la prostitution des jeunes filles, qui lui devaient leur virginité aussitôt leur puberté.

D’après les appréciations des archéologues et les commentaires des Pères de l’Eglise sur les mystères de Baal, Pierre Dufour reconnaît, comme élément principal de son cuite, la prostitution sacrée. Et relativement aux acolytes des prêtres du dieu, il ajoute : « C'étaient de beaux jeunes f omîmes, sans barbe, qui, le corps épilé, frottés d’huiles parfumées, entretenaient un ignoble commerce d’impudicité dans le sanctuaire. La Vulgate les nomme efféminés ( effeminati ); en langue hébraïque, on les appelait Kedeschim, c’est-à-dire saints ou consacrés. Leur rôle ordinaire consistait dans l’usage plus ou moins actif de leurs mystères infâmes : ils se vendaient aux adorateurs de leur dieu et déposaient sur les autels le salaire de leur prostitution. Ce n’est pas tout, ils avaient des chiens dressés aux mêmes ignominies, et. le produit impur qu’ils retiraient de la vente ou du louage de ces animaux, le prix du chien , ils rappliquaient aussi aux revenus du temple. Enfin, dans certaines cérémonies qui se célébraient la nuit au fond des bois sacrés, lorsque les astres semblaient voiler leur face et se cacher d’épouvante, prêtres et consacrés s’attaquaient à coups de couteaux, se couvraient d’entailles et de plaies peu profondes; puis, échauffés par le vice, excités par leurs instruments de musique, ils tombaient pêle-mêle dans une mare de sang. » Les efféminés, dit le même auteur, formaient une secte qui avait ses rites et ses initiations, et dont l’origine se rattache évidemment à la profusion de diverses maladies honteuses,

LA PROSTITUTION DANS l’aNTIQUITÉ

qui avaient vicié le sang des femmes et qui rendaient leur approche fort dangeureuse : lèpre, tîux de sang et flux de tout genre.

Malgré cela, pour augmenter les revenus du culte, on adjoignit aux efféminés une association de femmes qui se prostituaient au bénéfice de l’autel. « Ces femmes nommées Kedeschott se tenaient sous des tentes bariolées, aux abords du temple de Baal; elles se disposaient à la prostitution, en brûlant des parfums, en préparant des philtres, et en jouant de la musique. »

Après la période de la prostitution sacrée, nous retrouverons les mêmes femmes se livrant à la prostitution légale, à laquelle elles étaient exercées dès l’enfance.

Le culte de Baal-Péor, de Moloch, d’Astarté et autres divinités semblables dont le nom changeait seulement suivant les pays, se composait donc de la prostitution des femmes et des hommes et des pratiques de la sodomie. Il en était de même en Egypte, dans les mystères d’Isis et d’Osiris, mais il faut dire que cet immonde dévergondage des sens était surtout le vice favori des Phéniciens, des Syriens et des Lydiens, qui le propagèrent dans toutes les contrées qu’ils fréquentaient. L’apôtre Saint-Paul, en parlant de ces peuples, écrivait : « Leur corps était plein de désirs, Dieu les abandonna à l’impudicité, afin que leurs corps fussent déshonorés. De même que les femmes changèrent en plaisirs contre nature la jouissance sexuelle naturelle, de même les hommes, renonçant à la cohabitation avec la femme, convoitèrent des individus de leur sexe et firent avec eux des choses honteuses. Le coït, selon les lois de la nature, en Asie, appartenait au culte de Vénus, mais la pédérastie en faisait aussi partie. »

Cette prostitution de l’homme fut l’origine de la castration chez les orientaux. Lucien le dit très explicitement dans ce passage (i) : « Lorsque l’on vivait encore sous les mœurs de l’ancien temps et que l’on respectait la vertu, fille des dieux, on se conformait aux lois de la nature, et ceux qui se mariaient

j) Amores. Cap. 20-21.

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à un âge convenable procréaient des enfants vigoureux. Peu à peu, en descendant des régions élevées de la morale dans le gouffre de la débauche, on chercha à satisfaire les plaisirs sexuels par des moyens infâmes et brutaux. La dépravation se répandit partout, et on foula aux pieds les lois de la nature. Il se trouva un homme qui, le premier, prit son semblable pour une femme, et sur lequel, soit par violence ou par ruse, il exerça sa brutalité ; et c’est ainsi que deux individus du même sexe s’accouplèrent dans la même couche, et n’eurent pas honte de ce qu’ils faisaient et de ce qu’ils laissaient faire sur eux. Semant, comme on le dit, sur un rocher stérile, ils recueillaient beaucoup de honte et de maux pour peu de plaisir. Quelques-uns, dans le dernier abrutissement de cette vie abjecte, allèrent jusqu’à s’enlever avec le fer les parties qui leur donnaient le caractère d’homme, et crurent mettre le comble à leur voluptueuse infamie en s’arrachant les signes de la virilité. Mais ces malheureux, en voulant prolonger leur état de garçon, ne restaient pas plus longtemps hommes, et un type équivoque d’un sexe double leur faisait bientôt perdre le caractère de leur nature primitive, ils ne savaient même plus à quel genre ils appartenaient. La force de la jeunesse ne les épuisait que plus vite; et pendant qu’on les comptait encore parmi les adolescents, ils étaient déjà des vieillards ; il n'y avait pas pour eux d’âge intermédiaire. C’est ainsi que la volupté, puisant un plaisir dans l’autre, et poussant à tout ce qu'il y avait de plus honteux et de plus dépravé, conduisit à un vice inavouable, de sorte qu’aucun genre de jouissance ne leur resta inconnu. »

Ce libertinage des hommes et des femmes, qui s’adonnaient au culte des divinités orientales, n’a pas été sans déterminer chez eux un certain nombre d’affections des organes génitaux qu'il est difficile de spécifier, mais dont on ne saurait contester l’existence et l’origine. Hérodote en parle, à propos de l’invasion des Scythes en Asie et de leur séjour dans la Syrie ; ils s’en retournèrent dans leur pays avec un vice-morbide contracté par leurs rapports avec les Syriens, vogo; 0-^Xeia, vice que la légende considère comme une vengeance de Mylitta, dont

LA PROSTITUTION DANS l’aNTIQUITÉ

ils avaient pillé le temple à Ascalon. Il en est fait mention encore dans un passage de l’historien Eusebius Pamphilius, relatif à la description du temple de Vénus au mont Liban. « Là, dit cet auteur, existait une école d’impudicité pour les libertins qui y déshonoraient leur corps de toutes les manières ; des hommes efféminés y reniaient leur dignité naturelle et ils vénéraient la divinité dans la Q/ffs-.a voaoq dont ils étaient alîectés. Il s’y pratiquait en outre des embrassements non permis entre les femmes, un coït lascif; il s'y commettait en outre des actes honteux et infâmes, comme dans un lieu où ne règne ni foi ni loi. »

Les auteurs nous ont laissé les noms de quelques autres maladies qui affectaient la bouche et les parties sexuelles morbus phenicus , scelerata lues , e/c., noms qui indiquent nettement une origine vénérienne, une nature contagieuse, et qu’on peut considérer comme les principes de la syphilis. Cependant, d’après certains commentateurs et d'après Rosenbaum en particulier, la maladie des Scythes, la Nosos Thaileia, n’était pas une affection vénérienne contagieuse, mais un amoindrissement de la virilité déterminé par la passion de la sodomie passive.

Il ne peut donc y avoir de doute sur cet état de prostitution de l’homme dans l’antiquité : l’idole du temple d’Amathonte d’ailleurs était représentée par une statue de femme barbue, avec les attributs de l’homme, sous des habits féminins, alors qu’elle était figurée sous la forme d’un simple cône en pierre blanche à Paphos, en Thonneurde la déesse de Cypris.

5 IL — Les Vénus asiatiques

La Vénus assyrienne portait le nom de Mylitta ou Milidath qui, selon Scaliger, signifiait genitnx , car il y avait en elle l’idée d’un être principe de tous les autres. Les Perses la nommaient Mit lira et les Arabes Alitta , comme l’indiquent Hérodote et Selden. D’après l’abbé de la Chau, elle était adorée par les Chaldéens sous le nom de Déléphat , par les

Babyloniens sous celui de Salambô , par les Sarrasins sous celui de Cabar. En Syrie et en Phénicie, on l'appelait Astarïé ou Asséra ; en Arménie, Anaïtis ou Anais. A Ascalon et à Joppé, c’était Dercéto. Celle-ci était représentée sous la forme d’une femme dont la partie inférieure se terminait en queuô de poisson.

Dans le principe, Mithra ou Mylitta ne fut autre chose que la Vénus céleste ou l’amour principe de la génération. Dans plusieurs dialectes de l'Orient, Mithra signifie, en effet, lumière et amour. Selon Hérodote, les Perses reçurent ce culte des Indiens et le transmirent aux peuples de la Cilicie.

M. de Hammer considère Mithra comme le génie du soleil, Yl^ed. Le nom de ce génie que les Grecs écrivaient Mi6paç est Mihr ; et ce mot en persan signifie encore Vl^ed, le soleil et l’amour.

C’est en Chaldée que le culte de Mylitta prit naissance, et de là il se propagea chez les nations voisines. Il consacra partout la forme religieuse de la prostitution, et dégénéra bientôt en cyniques débauches qui s’accomplissaient publiquement dans le milieu des temples élevés à la déesse. Hérodote. le père de la tradition historique, nous a initiés aux pratiques du culte de Mylitta qui caractérisent ce qu’on désigne sous le nom de Prostitution sacrée. Il dit:

« Les filles de Babylone sont obligées de se livrer une fois dans leur vie, et pour de l’argent, à un homme étranger, dans le temple de Mylitta. Les femmes de distinction, dédaignant de se voir confondues avec les autres, à cause de l’orgueil que leur inspirent leurs richesses, se font porter devant le temple dans des chars couverts. Là, elles se tiennent assises, ayant derrière elles un grand nombre de domestiques qui les protègent contre les attouchements des prêtres. Mais la plupart se placent dans les environs du temple avec une couronne de fleurs autour de la tête. On voit, dit l'historien, en tous sens, des allées séparées par des cordages tendus ; les étrangers se promènent dans ces allées et chois:ssent les femmes qui leur plaisent. Quand une femme a pris place en ce lieu, elle ne peut s’en aller qu’après que quelque étranger ait eu commerce

avec elle hors du lieu sacre, et lui ait donné de l’argent, en disant : J’invoque la déesse Mylitta. Quelque modique que soit la somme, il n’éprouvera pas de refus, la loi le défend, car cet argent devient sacré . Elle suit donc le premier qui lui jette de l’argent, et il ne lui est permis de repousser personne. Enfin, quand elle s’est acquittée de ce qu’elle devait à ladéesse, elle retourne chez elle. Après cela, ni promesses, ni dons, quelque grands qu'ils soient, ne peuvent plus la conduire dans les bras d’un étranger. Celles qui ont en partage une taille élégante et de la beauté ne font pas un long séjour dans le temple, mais les laides y restent davantage parcequ'elles ne peuvent satisfaire à la loi. Il y en a même qui y demeurent trois ou quatre ans ( i ) . »

Les philosophes et les historiens ont recherché l'origine de cette coutume de livrer la virginité des femmes au trafic le plus immoral avec des étrangers, — coutume qui n’existait pas seulement chez les Babyloniens, mais encore chez tous les peuples de l'Asie-Mineure qui connurent le culte de Mylitta. On a attribué cette forme de prostitution sacrée à la croyance répandue chez les anciens peuples de l’Asie, que les prémices de toutes choses devaient être consacrées à la divinité, et que, par conséquent, la virginité des femmes devait revenir à la déesse de l’amour. Mais, si c’était un acte religieux, pourquoi conviait-on à cette cérémonie des étrangers officieusement prévenus d’avoir à donner de l’argent aux filles qui leur offraient leur virginité?

On a invoqué aussi, pour expliquer la défloraison des vierges asiatiques, l’idée d’impureté attachée au sang qui s’écoule après la rupture de l’hymen. Mais c’est là une affirmation qui n’a jamais été prouvée par un texte authentique. Si le sang du premier coït avait été considéré comme réellement impur par les dogmes religieux, pourquoi les prêtres se chargeaient-ils de la besogne pour les gens de qualité (2). N’y avait-il pas, d’ailleurs, le Phallou et autres Priapes en bois destinés à rompre la membrane virginale? Notre opinion

(1 ) Hérodote, l ib. \,paragr. 199.

(2) Sonnerat raconte que, dans son Voy'age aux Indes orientales, le roi

LA PROSTITUTION DANS l’aNTIQUITK

est qu’il s’agissait avant tout d’une question d’argent, et que les marchands étrangers, qui vivaient dans les ports, payaient largement cette virginité, classée comme le principal revenu des temples et des familles pauvres. On en trouve la preuve dans les cérémonies nuptiales de certaines tribus : « Chez les Nasamons, peuplade de Lydie, raconte Hérodote, la première nuit de ses noces, la mariée accorde ses faveurs à tous les convives, et chacun lui fait un présent qu’il a apporté de sa maison(i) . > Le trafic de la virginité a depuis longtemps rapporté des dots aux filles qui n’en avaient pas. Les autres, celles des classes privilégiées, avaient la ressource d’entretenir dans le temple de la déesse des esclaves, connues sous le nom d 'hiérodules permanentes , qui se chargeaient d’acquitter pour elles le tribut de la prostitution sacrée.

C’est ainsi que Vénus perdit son caractère de déesse de la génération pour devenir la protectrice de l’amour impudique. Les temples et les bosquets cessèrent detre les endroits où les deux sexes se réunissaient dans le but de la procréation, et finirent par devenir des lieux de libertinage. Les offrandes ne furent plus que le tribut payé à la prostitution ; les tem-

ples devinrent de véritables maisons publiques dans lesquelles les prêtresses de Mylitta ou d’Astarté remplissaient le rôle de prostituées officielles, sous les yeux des prêtres et sous le manteau delà religion.

D ailleurs, la prostitution des vierges ne fut que le prélude de la prostitution des femmes, et c’est ainsi que le temple de Mylitta, a Babylone, devint trop petit pour contenir tous les adorateurs de la deesse ; mais il y avait à l’entour de ce temple une vaste enceinte qui en faisait partie et qui renfermait des édicules, des bocages, des bassins, des jardins : c’était là le champ de-la prostitution, dit Pierre Dufour. Les femmes qui s’y abandonnaient se trouvaient sur un terrain sacré où l’œil d un père ou d’an mari ne venait pas les troubler. Plérodote et Strabon ne parlent pas de la part que se réservaient les prêtres dans les offrandes des pieuses adoratrices de My-

t Slimrédê Vénut11 pr'2,reprinciPal 5°> Pour dénouer à ses femmes (O Hérodote. Lib. IV, cap. 172.

LA PROSTITUTION DANS La’nTIQUITK

litta ; mais le prophète Baruch nous représente ceux-ci comme des gens qui ne se refusaient rien.

La prostitution sacrée amena rapidement la dégénérescence des mœurs à Babvlone. Cette ville immense, de plusieurs millions d’hommes, fut livrée aux plus incroyables débauches. Quinte-Curce, dans son Histoire cl’ Alexandre le- Jrand, a tracé le tableau du libertinage de la grande cité assyrienne: « Il n’était rien de plus corrompu que ce peuple, dit-il, rien de plus savant dans l’art des plaisirs et des voluptés. Les pères et les mères souffraient que leurs tilles se prostituassent à leurs hôtes pour de l’argent, et les maris n’étaient pas moins indulgents à l’égard de leurs femmes. Les Babyloniens se plongeaient surtout dans l’ivrognerie et dans les désordres qui la suivent. Les femmes qui assistaient à leurs banquets quittaient leurs robes, puis le reste de leurs habits l’un après l'autre, dépouillant peu à peu la pudeur jusqu’à ce qu’elles fussent toutes nues. Et ce n’étaient pas des femmes publiques qui s’abandonnaient ainsi; c’étaient les dames les plus qualifiées, aussi bien que leurs filles. »

Le culte de Mylitta ne tarda pas à se propager dans toute l’Asie occidentale, apportant dans tous les pays le principe de la prostitution sacrée, le secret de la débauche publique que les peuples acceptaient avec enthousiasme, sous un nom différent et avec quelques adaptations à leurs coutumes particulières.

En Arménie, par exemple, Anaïtis eut un temple dont les dépendances étaient réservées aux jeunes filles du pays qui se consacraient au cuite. Les étrangers étaient admis dans ce sérail où les attendaient, moyennant une rétribution, les faveurs des filles arméniennes. Strabon ajoute qu’on avait soin d’assortir, autant que possible, l’âge, la figure et la condition des amants, pour complaire à Anaïtis. Après un certain temps passé dans le temple, les parents allaient chercher leurs filles et les mariaient, avec d’autant plus de facilité qu’elles avaient eu plus de succès dans leurs fonctions de prêtresses de l’amour.

Nous savons qu’en Syrie et en Phénicie, la déesse portait

le nom d'Astarté ou d’Asséra; de même Phallou prit celui d’Adonis, son amant, qui représentait la nature mâle, et dont le culte fut réservé aux femmes, jusqu’à ce que Astarté eût pris, dans ses statues, les doubles attributs sexuels de l’homme et de la femme. Dans les fêtes de nuit de la bonne déesse, la prostitution prenait un caractère de satyriasis et de nymphomanie impossible à décrire. Hommes et femmes se travestissaient et se livraient à tous les excès vénériens, au son de la musique et des tambours, en présence des prêtres qui dirigeaient eux-mêmes les cérémonies.

Dans les fêtes funèbres consacrées à Adonis, toutes les femmes étaient tenues de se faire couper les cheveux ou de se livrer pendant un jour aux étrangers , en l’honneur de la déesse, en présence de la statue du dieu, garnie, pour la circonstance, d’un nombre illimité de plialli de différentes grandeurs. Elles s’abandonnaient à ce trafic honteux, dit Lucien, autant de fois qu’on voulait les payer. Et tout l’argent que produisait cette prostitution publique était affecté à des sacrifices offerts à Anaïtis.

Ce culte, qui déifiait les jouissances vénériennes, avait envahi progressivement toutes les contrées du monde ancien ; il avait été apporté par les marchands phéniciens, qui avaient des relations commerciales avec les villes de l'Orient. Nous le retrouvons dans le Pont, à Zéla et à Comones, à Sidon, à Ascalon, sur le territoire de Carthage, et en générai sur tout le littoral habité de la mer. Partout on élevait à la Vénus du pa s des temples qu’on avait soin de placer sur les hauteurs, en vue de la mer, afin d’indiquer aux navigateurs la demeure de la déesse, où les attendaient les jeunes filles qui avaient à accomplir leur stage d’amour avant leur mariage, et à gagner une dot toujours acceptée avec empressement par des maris peu scrupuleux.

C’est chez les Lydiens qu’on commença d’abord à voir nettement la prostitution perdre son caractère sacré. La débauche des filles et des femmes n’avait pour but que l’argent qu’elles A gagnaient. Macrobe et Athénée ont fait le récit des mœurs ■erotiques des Lydiens, récit reproduit par Pierre Dufour

LA PROSTITUTION DANS l’aNTIQUITE

dans les termes suivants : « Ils avaient dans leurs armées une foule de danseuses et de musiciennes, merveilleusement exercées dans l'art de la volupté. La musique devint alors l'aiguillon du libertinage et il n’y eut pas de grand repas où l’ivresse et la débauche ne fussent sollicitées par les sons des instruments, par les chants obscènes et les danses lascives des courtisanes. Ce honteux spectacle, ces préludes de l’orgie sans frein, les anciens herses ne les épargnèrent pas même aux regards de leurs femmes et de leurs filles légitimes, qui venaient prendre place au festin, sans voile et couronnées de fleurs. Echauffées par le vin, animées par la musique, exaltées par a pantomime voluptueuse des musiciennes, ces vierges, ccs matrones, ces épouses perdaient bientôt toute retenue, et, la coupe à la main, acceptaient, échangeaient, provoquaient les défis les plus déshonnêtes, en présence de leurs pères, de leurs maris, de leurs frères, de leurs enfants. Les âges, les sexes, les rangs se confondaient sous l’empire d’un vertige général; les chants, les cris, les danses redoublaient. Une horrible promiscuité s'emparait alors de la salle du festin qui devenait un infâme dictérion. Le banquet et les intermèdes libidineux se prolongeaient de la sorte jusqu’à ce que l’aurore fît pâlir les torches et que les convives demi-nus, tombassent pêle-mêle endormis sur leurs lits d’argent et d’ivoire. »

Hérodote s’est étendu assez longuement sur la prostitution légale des Lydiens. Pour dépeindre le genre de vie de leurs filles, il s’est servi de ces mots qui ne prêtent à aucune équivoque : svspya crevai Traie vr/.a’. que Henri Heine a traduits : Ces filles font leur mêiier horizontalement . Strabon en a dit autant des Arméniennes Et quant aux Phéniciens, voici ce qu’en a dit saint Augustin, d'après Anthénagoros : Vencn etiam Phœnices donum dabant de prostilutionejilianim , antequam jungerent eas vivo.

Telle est l’histoire de la prostitution dans l’Asie occidentale d’après les monuments écrits. Les témoignages des auteurs se trouveront corroborés par ceux des monuments figurés, dans le chapitre consacré spécialement aux travaux des i ; , i Prostitution dans l’Antiquité.

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