L'INSCRIPTION
En parlant de lïnscription, le Dr Rollet écrit: "Elle "est la base de toute organisation ayant pour but soit la "répression morale, soit Tassainissement de la prostitu- "tion. Il est impossible, en effet, de soumettre les pros- "tituées à une surveillance régulière et à des visites sani- "taires, sans les avoir sous la main, c'est-à-dire sans que "leur nom, leur domicile et leur état civil soient couchés "sur un registre de police/'
"Tous les médecins, dit encore le Dr Commenge, qui "ont eu à s'occuper de la prostitution clandestine, méde- "cins de St. Lazare ou médecins des dispensaires de salu- "brité, demandent d'un commun accord la réglementation "et r inscription,'^
Le Dr Le Fort disait: "L'inscription doit pouvoir "être imposée aux filles exerçant la prostitution clandesti- ^*ne; cela ne saurait être matière à discussion; nous som- ''mes toiès d'accord à cet égards
Le sénateur Roussel disait devant l'Académie de médecine le 13 mai 1888: "qu'il allait exercer une influence salutaire sur la prostitution en suggérant des mesures préventives"; il disait, en effet: "Il peut être remédié par "la loi à ce que ce mal nécessaire de la prostitution a de "plus douloureux pour notre société et de plus redoutable "pour la propagation de la syphilis."
Qu'est-ce, en définitive que l'inscription? C'est l'obligation pour la femme qui vit de la prostitution, d'être soumise à des visites médicales; c'est, pour l'administration le droit de surveiller l'exercice d'une profession malsaine. L'inscription n'oblige pas la femme à continuer
son métier de prostituée ; elle peut reprendre une profession honorable, Texercer sans entraves et se faire ensuite raj^er des registres des prostituées, si elle est résolue à vivre en honnête femme.
L'inscription permet à la police de connaître les femmes qui se livrent à ce commerce et de combattre ainsi la prostitution clandestine si dangereuse. C'est d'elle que le Dr Mauriac disait dans son travail intitulé: "Diminution des maladies vénériennes dans Paris":
"Dans les statistiques des malades qui sont venus à "m.a consultation de l'hôpital pendant l'année 1869 et le "premier trimestre de 1870, j'ai noté, chaque fois que je "l'ai pu, les principales circonstances relatives à la fem- "me. Or, les résultats auxquels je suis arrivé, m'ont "démontré, de la manière la plus évidente, que la source "incomparablement la plus féconde de la contagion vénjé- "rienne, c'est la prostitution clandestine."
Voilà une accumulation de témoignages de la part des maîtres en médecine qui devront ouvrir les yeux à ceux qui veulent fermer les maisons et laisser la prostitution clandestine répandre ses sinistres ravages au milieu de notre société. Il est grand temps d'aborder ce problème avec courage et de se servir pour le résoudre des moyens que la science a adoptés en Europe, après l'avoir étudié sérieusement.
Mais, disent les partisans de la liberté de la prostitution, pourquoi vouloir protéger les individus qui s'exposent volontairement à contracter la syphilis? Il est certain au point de vue de la morale pure qu'il serait préférable que le rapprochement des sexes n'eut lieu que pendant le mariage ; mais il faudrait admettre alors que l'organisation sociale est si parfaite que le mariage est possible à l'âge où les besoins sexuels se font impérieusement sentir. Comme il n'en est pas ainsi, il faut bien avouer que s'il est des êtres privilégiés qui ont la force morale et la volonté de vivre dans la continence absolue jusqu'au
mariage, il en est un plus grand nombre dont la violence de lenipéramment a des OKigences physiques qu'il est bien difficile de ne pas satisfaire. Ne faut-il pas protéger ces malheureux? En prenant des précautions sanitaires indispensables, ne se préoccupe-t-on pas de sauvegai der la race? En protégeant ceux qui s'exposent proprio motu à contracter la syphilis, n'a-t-on pas en même temps le devoir de se préoccuper des malheureuses victimes innocentes de cette triste maladie? Car, il n'y a pas que ceux (jui courent volontairenient le risque des contaminations sexuelles qui contractent la syphilis. Coml'ien sont nombi'euses les victimes innocentes oui, en dehors de tout rapport sexuel, ont gagné cette affection ! I.e Dr Sarmoni, dans la ''Revue d'hygiène et de police sanitaire" fait remarquer que si la contagion syphilitique ne se propage pas à distance, n'ayant pas pour véhicules les molécules de l'air, comme la plupart des maladies épidémiqnes, la syphilis s'insinue cependant d'une manière si insidieuse, qu'elle peut avoir envahi avant qu'on y ait pris garde tous 'les membres des familles même aux moeurs les plus pures ; elle a, de plus, cela de fatal qu'elle peut se transmettre même à la progéniture, ce qui ne se produit pas avec les germes des autres affections épidémiques et contagieuses. Il fait observer, à ce propos, que des enfants qui naissent syphilitiques deviennent des foyers d'infection d'autant plus dangereux que leur innocence et l'état latent de leur maladie ne laissent pas soupçonner qu'ils puissent être le réceptacle d'un poison si subtile et si traître.
Le Dr Commenge dit avec beaucoup de raison dans son livre cité plus haut, à la page 558 :
"La prostitution doit être surveillée, pour diminuer "les dangers qu'elle fait courir à la santé publique. Je "n'ai jamais compris pourquoi on a voulu rattacher à une "question politique ou à une question religieuse, ce qui "touche à la prostitution. Pourquoi mêler la politique ou "la religion à des mesures qui ne doivent ressortir que du "domaine de la prophylaxie? Le médecin doit avoir une
''préoccupation constante et exclusive, l'intérêt de Thygiè- ''ne publique, la conservation de Tespèce et son développe- •'ment dans Tétat de santé parfaite."
Voilà le vrai point de vue auquel il faut se placer dans l'intérêt de la société. Le péril est à la porte de nos demeures et c'est à vous, les gardiens des intérêts de notre ville, à prendre les moyens suggérés par les plus hautes autorités en la matière, pour le conjurer.
En publiant cette lettre, j'ai l'espoir d'avoir fait un acte utile. J'ai essayé d'apporter un peu de lumière dans une question que l'on cherche trop à obscurcir. J'es- /père qu'après m'avoir suivi dans les développements que j'ai donnés, vous admetterez que c'est un document de bonne foi.
CHS. LANGELIER- Québec, 30 juin 1919.
L'Imprimerie Nationale» Enr.
317, Rue St-Jo«q>h, - - Québec.