‹ La prostitution et la traite des blanches à Londres et à Paris... -- Dr MinimeChapitre 21 sur 76 · LXXXII · texte numérisé non relu

LXXXII

n’ont commis d’antre délit que de contracter, irès involontairement sans doute, la blennorrhagie ou la syphilis. Le régime des prisons est appliqué dans toute sa rigueur dans cette deuxième section sur des femmes malades qui y sont mal logées, mal vêtues, mal et insuffisamment nourries, vivant dans un infect milieu où règne constamment la gale, où toute fille à demi-perdue tombe immédiatement dans l’abjection la plus absolue par la fréquentation ; où toute affection bénigne dégénère souvent en une maladie grave ; où languissent pendant des mois et' parfois des années de pauvres femmes qui se tuberculisent, où la cachexie syphilitique exerce des ravages souvent irréparables. Malgré la science et le dévouement des médecins qui s’efforcent d’abréger dans la mesure du possible la durée du séjour, malgré les soins d’un directeur éclairé et intelligent, les femmes croupissent ignoblement et injustement dans la deuxième section de Saint-Lazare: ignoblement parce qu’elles sont traitées comme des criminelles; injustement parce qu’elles y sont retenues prisonnières sans avoir commis aucun délit.

Au point de vue strictement médical, la détention des femmes dans cet établissement présente même de très sérieuses objections. Qu’on enferme une femme atteinte d’accidents syphilitiques

— r.xxxiv —

contagieux , cela se comprend à la rigueur clans un but d’intérêt public; mais qu’on enferme des femmes qui n’ont aucun accident contagieux, c’est du pur arbitraire, et nous pensons que MM. les médecins du dispensaire dépassent le but que s’est proposé l’administration en envoyant à St-Lazare des fdles atteintes d'ulcérations du col comme cela a lieu très souvent et comme la preuve en est faite par les statistiques que ces honorables praticiens envoient eux-mémes à la Préfecture. Le plus ignorant des médecins sait que cette affection n’est ni vénérienne, ni contagieuse ; qu’elle n’est pas le résultat d’un coït impur ou môme de la dépravation habituelle.

Pourquoi également envoyer en prison les femmes atteintes d’accidents purement cutanés et non contagieux tels que la roséole ? On me répondra qu’une femme qui a la roséole a eu des plaques muqueuses et qu’elle peut en avoir de nouveau. Mais comment I vous enfermez aussi lesfemmes parce qu’elles peuvent devenir malades. C’est vraiment trop de prudence, et je ne crois pas trop m’avancer en disant que tous les bons esprits, alors même qu’ils approuvent le système actuel, réprouveront de pareils procédés. Si vous vous croyez le droit d’enfermer les femmes atteintes d’accidents syphilitiques conta* gieux dans le but de protéger laprécieuse santé des

paillards, faites-le ! Mais n’enfermez que celles-là.

Terminons ces trop longues réflexions en pro posant une réformequi peut être appliquée immédiatement et que l’humanité et la simple équité doit nous faire considérer comme urgente.

Puisque l’administration croit utile d’enfermer les femmes malades, que cette mesure arbitraire soit appliquée dans les conditions suivantes :

1° N’enfermer que les femmes présentant des accidents syphilitiques contagieux, et seulement celles-là :

2° Séparer complètement ces femmes des criminelles prévenues ou condamnées pour des faits de droit commun ;

3° Traiter ces femmes non comme des criminelles, mais comme des malades.

Cette dernière réforme surtout est la plus urgente et peut être réalisée dans les 24 heures. Il suffit simplement d’appliquer à ces malades le régime pur et simple de l’Assistance Publique, de les traiter simplement comme les malades de Lourcine, dont nous parlons plus loin. Privezles de leur liberté, puisque vous le jugez nécessaire, mais donnez-leur une nourriture convenable et traitez-les en malades. Comment admettre cette injustice révoltante, que les vénériennes de Saint-Lazare soient malmenées comme dans un bagne et que celles de Lourcine

soient soignées et nourries comme les malades des hôpitaux généraux !

Les tableaux suivants présentent un certain intérêt et viennent à l’appui de nos assertions. On voit que des affections dont la contagion est nulle ou douteuses (métrite, uréthrite) conduisent à Saint-Lazare.

Voici les tableaux dressés par M. Lacour, pour la période de 1850 à 1869 et ceux communiqués au Conseil municipal et reproduits par M. Yves Guyot pour 1871-1880 :

384 id.

297 id.

255 id.

224 id.

222 id.

244 id’.

227 id.

218 id.

235 id.

123 id.

Page 1