MESURES DE COERCITION. — SAINT-LAZARE
Disons maintenant quelques mots des mesures appliquées aux filles, qu’elles soient arrêtées comme insoumises, ou condamnées à des peines coercitives pour contravention à la police des mœurs.
Toute fille arrêtée est envoyée au dépôt, puis examinée par les médecins du dispensaire. Si elle estatteinteou seulement soupçonnée atteinte d’une maladie, elle est envoyée à Saint-Lazare en traitement. Elle y reste prisonnière pendant un temps qui varie selon la nature de sa maladie.
A Saint-Lazare, les détenues sont réparties en trois sections:
La première comprend les femmes prévenues de crimes ou délits, les condamnées subissant leur peine (emprisonnement au moins d’un an), les femmes détenues préventivement et attendant leur jugement; cette catégorie bien définie relève du Ministère de la Justice.
C’est la deuxième section qui comprend les filles soumises et malades, les filles insoumises détenues en hospitalité ou par mesure administrative.
On a enfin créé une troisième section pour enfermer les enfants.
Les. jeunes filles âgées de moins de seize ans détenues par voie de correction paternelle, les jeunes accusées de moins de seize ans acquittées pour avoir agi sans discernement, détenues en vertu de l’art. 66 du code pénal jusqu’à vingt années, celles également âgées de moins de seize ans, condamnées comme ayant agi avec discernement et détenues en vertu de l’art. 67, jusqu’au moment de leur transfèrement dans les maisons de correction, constituent le personnel de cette troisième section.
Nous ne donnerons pàs une plus longue description de Saint-Lazare. Une visite sommaire dans cet établissement suffit pour démontrer qu’il est placé dans les plus déplorables conditions hygiéniques. Nous n’aecusons certes pas l’administration de ce fait, ni les médecins distingués qui en assurent le service médical avec beaucoup de zèle et de dévouement. Mais Saint-Lazare est placé dans un quartier populeux et aggloméré ; les bâtiments, à l’exception d’un seul, consacré à la deuxième section, y sont anciens, humides.
mal éclairés et mal distribués ■$ la plupart des cours y sont trop étroites ; les ateliers de travail oü les filles passent la plupart de'Ieur temps, sont humides et reçoivent un jour insuffisant ; les internes sont logés dans un véritable bouge. La chapelle seule est ornée avec soin par les sœurs de la Congrégation Marie-Joseph.
Mais, nous le répétons, ce n’est pas là le défaut qu’on doit reprocher à Saint-Lazare. Ses bâtiments sont vieux et défectueux ; ils n’ont pas été bâtis à l’origine pour leur destination ; ils sont appelés à disparaître un jour, et l’administration ne demande pas mieux que dé les reconstruire d’après les plus récentes données de l’hygiène. Nous ne parlerons môme pas de la première section de l’établissement où sont enfermées les femmes prévenues ou reconnues coupables de crimes ou de délits de droit commun. Si les femmes y sont mal, tant pis ! Je ne suis pas de ceux qui s’apitoient constamment sur le sort des criminels et qui voudraient, comme M. Ilerbette, leur assurer en prison un bien-être et un confortable qui leur donne le plus vif désir d’y retourner après libération.
Mais le médecin et le moraliste doivent réserver leurs critiques pour la deuxième section qui est un hôpital et dans lequel sont détenues, par simple mesure administrative , les filles qui