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visite réglementaire au dispensaire communal et la réclusion à l’infirmerie de Saint-Lazare, dans le cas où son affection contagieuse serait constatée, "elle prétexte une absence de Paris, un voyagé en province. En se présentant ainsi à l’hôpital, sous un nom supposé, elle sait que l’administration de l’AssistancePublique, esclave du secret professionnel, ne procède pas avec la rigueur accoutumée aux investigations que ses visiteurs exercent dans les cas ordinaires, qu’elle n’encourt de ce chef qu’une expulsion de l’hôpital, qu’elle échappe, par conséquent, à toute recherche indiscrète ; aussi elle reste à Lourcine le temps nécessaire à sa guérison. Il est à remarquer, du reste, qu’en général son séjour n’est marqué par aucun fait grave d’inconduite ; elle évite toutes les occasions qui pourraient nécessiter son expulsion ; elle suit avec la plus scrupuleuse exactitude son traitement; et à l’encontre des autres malades, elle ne quitte l’hôpital, je le répète, que complètement guérie; il s’agit, en effet, pour elle, d’être considérée au dispensaire comme indemne de toute affection contagieuse.
Les malades de Lourcine sont libres au même titre que les malades d’un hôpital général. Elles entrent, elles sortent selon leur désir. Elles ne sont soumises qu’aux règlements en vigueur dans toute l’admistration générale de l’Assis-
tance Publique. La spécialité de l’affection traitée n’est point là une cause de sévérité spéciale.
Parmi les malades qui, tous les ans, viennent, en grand nombre, réclamer les soins des médecins de Lou reine, U ne faut pas croire qu’il n’y ait que des prostituées, ce serait une grande , erreur. Toutes les femmes atteintes d’une affection vénérienne et contagieuse y sont admises et traitées, comme dans un hôpital général. Aussi y trouvons-nous des femmes mariées, victime de l’inconduite du mari, des nourrices victimes de la contagion de leurs nourrissons, des enfants, des jeunes filles même, victimes d’une hérédité malsaine, ou d’un attentat à la pudeur, d’une tentative criminelle, le viol ; de jeunes femmes égarées par de fallacieuses promesses. Des femmes de toutes conditions et même dans de certaines positions de fortune viennent s’y faire soigner, désireuses de demeurer à l’abri de toute indiscrétion et de suivre scrupuleusement leur traitement.
Tout en classant, comme je viens de le faire,les malades de Lourcine, il convient d’ajouter que les victimes y sont en petit nombre ; la plupart sont des recrues ou des anciennes de la prostitution clandestine.
A l’hôpital de Lourcine, j’y insiste, les malades entrent librement ; librement elles en sortent.
Aucun pouvoir ne peut.les y retenir malgré elles. En vain le médecin déclare-t-il qu’elles ne sont pas guéries, en vain, l’administrateur tâche-t-il de leur faire comprendre que, dans leur intérêt môme, elles doivent suivre jusqu’au bout un traitement indispensable, elles s’en vont, quand leur caprice ou leur intérêt les y engage.
Autrefois, le régime de l’hôpital avait un caractère pénitentiaire ; on y usait du cachot contre les réfractaires ouïes indisciplinées; aujourd’huiles mesures de répression les plus anodines ont succédé à ce procédé assez barbare ; elles consistent en quelques privations de parloir ou de promenoir, très rarement appliquées et d’ailleurs très inefficaces. J’ajoute que, depuis mon arrivée à Lourcine.cesmesuresont môme été supprimées dans mon service. Il y a trois ans encore, on pouvait agir moralement sur les malades rebellesau traitement, en leur inspirant quelque crainte au sujet d’une intervention possible de la Préfecture de police; cette crainte salutaire ne compte plus aujourd’hui.